Samedi 28 juin 2008
6
28
/06
/2008
19:35
Tout le monde connait le "Syndicat du Livre CGT". "Défenseur" infatigable des ouvriers du secteur économique de
l'imprimerie, donc de l'impression des quotidiens, il a été à l'origine des inadmissibles exactions tendant, par la violence, à priver les lecteurs de leurs quotidiens favoris
...
Non content de faire grève (c'est leur droit le plus strict et il n'est pas question, ici, de le remettre en cause),
constatant que les journaux pouvaient quand même "sortir" car tous les ouvriers ne suivaient pas, mécaniquement, l'appel à la grève, le Syndicat du Livre CGT a souvent, par des méthodes
"musclées", c'est à dire extrêmement violentes, empêché la distribution effective des quotidiens.
Voici un article paru dans Le Monde qui semble monter que le bon sens finit par l'emporter. C'est un signe de plus de
l'évolution positive de toute la CGT, laquelle, sous la conduite de Bernard Thibault, prend peu à peu une orientation de dialogue social dont le monde ouvrier a tant besoin.
Début de citation :
Réformiste, Michel Muller, secrétaire général de la Filpac-CGT (Fédération des travailleurs des industries du
livre, du papier et de la communication), livre son analyse sur le plan de modernisation des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP), qui prévoit 350 suppressions de postes, et la
crise de la presse.
Le Syndicat général du livre et de la communication écrite (SGLCE), une des branches du Syndicat du livre, a empêché la parution des
quotidiens le 12 juin, qu'en pensez-vous ?
Le blocage de la sortie des quotidiens ne s'imposait pas. Un accord a été trouvé vendredi 20 juin entre la SGLCE et la direction des NMPP. Mais
il ne règle pas tout. La Filpac veut que les négociations avancent vite pour que l'on ne se retrouve pas en septembre dans une impasse alors que devraient s'ouvrir les états généraux de la presse
(annoncés par Nicolas Sarkozy). Et, surtout, je ne voudrais pas que ces états généraux se préparent avec l'idée que tous les maux de la presse viennent du Livre. Ce qui ferait de nous les boucs
émissaires rêvés.
Que pensez-vous du plan de modernisation des NMPP ?
La presse est arrivée à des échéances qui font que tout ce qui la régulait aux plans économique, social, industriel, ne suffit plus à répondre
aux impératifs. Le système de distribution des NMPP, inhérent au statut de la presse d'après-guerre, n'a suivi ni les aménagements du territoire ni les nouvelles formes de distribution, comme le
portage. Il faut le revoir. Tout le monde est d'accord.
Depuis 1989, les NMPP vont de plan social en plan social. Mais le plan 2007-2010 a du sens, c'est la première fois qu'on a une réforme qui ne
vise pas seulement à détruire, mais à construire. Elle vise à améliorer la productivité et la qualité de la distribution.
Faut-il en finir avec les avantages du Syndicat du livre ?
Les qualifications issues de l'histoire ont disparu, il faudrait discuter de nouvelles qualifications. L'organisation et le temps de travail
doivent évoluer. La structure sociale fondée sur les ouvriers, les journalistes, les employés, les cadres, devrait être revue. Nous sommes prêts à tout mettre sur la table, la contrepartie est de
trouver des interlocuteurs. Nous avons un déficit d'interlocuteur, avec des structures patronales qui s'affaiblissent. Nous voulons nous associer avec les autres syndicats, notamment les
syndicats de journalistes, pour faire front commun. Il faut raisonner en termes d'organisations syndicales d'entreprises, et non plus de métiers. Le congrès de la Filpac a approuvé cette position
à 80 %. Le temps est compté. Tout le monde est conscient que c'est la fin d'une époque. Si nous ne sommes pas partie prenante à ces débats, nous risquons de disparaître. Il faut s'adapter.
Pensez-vous que le Livre a un avenir ?
Nous sommes arrivés au bout d'une histoire. C'est peut-être la fin du Syndicat du livre, mais là n'est pas la question. Ce qui importe, ce sont
les statuts sociaux de demain, avec des droits pour tous les salariés adaptés à ce qu'ils font.
Que préconisez-vous pour les états généraux de la presse ?
Face à l'explosion numérique, la presse écrite doit trouver un nouveau modèle économique. De nombreuses questions se posent : les menaces de
précarité qui pèsent sur les journalistes, la mutualisation des contenus, le travail pour différents supports, etc. Les aides à la presse devraient être différenciées. Dès la rentrée, la Filpac
va lancer une grande campagne pour faire des propositions sur des sujets-clés tels que le statut des journalistes, la consolidation de leurs positions, un nouveau modèle économique lié à un
nouveau réseau d'impression et de distribution. Le seul avenir d'un quotidien ne peut être d'appartenir à un grand groupe comme Lagardère ou Bolloré. Si le modèle de la concentration s'impose,
quelle sera alors l'alternative pour le pluralisme incarné par la presse écrite ?
Propos recueillis par Pascale Santi
Vive le débat!