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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Enseignement : l'exemple à suivre!

2 Juillet 2014, 22:58pm

Publié par Jacques Heurtault

J'ai trouvé dans le dernier numéro de la newsletter de S.O.S. Education, organisation dont je vous ai dit que j'en étais membre (et le suis toujours!), cet interview du directeur du Collège Latin ... Excellent! Tellement impressionnant que c'est précisément pourquoi je tiens à vous le faire partager.

Début de citation :

Cédric Paulay, une vocation de précepteur

Après avoir enseigné pendant près de 10 ans, ce professeur, habité dès l’enfance par sa vocation, s’est lancé dans une aventure peu commune : il a fondé un collège, porté par une véritable philosophie de l’éducation… interview exclusive pour SOS Education :

Cédric Paulay, avant de fonder le collège latin, vous avez enseigné pendant près de 10 ans dans des établissements traditionnels. Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans cette aventure ?

Collégien puis lycéen, j’ai souffert de ne pas aimer mon école. Le sentiment qu’une institution autrement plus vénérable était possible a hanté mon adolescence. Quant à ma vocation pour la formation des jeunes, elle a mûri à travers mon engagement dans différents mouvements d’éducation, notamment le scoutisme. Finalement, c’est avec l’intention de fonder une école que je suis devenu professeur : avant d’entreprendre, il me fallait apprendre.

Vous parlez volontiers de préceptorat pour définir votre pédagogie ?

Oui. La transmission intellectuelle dépend pour beaucoup de la relation humaine qui la sous-tend. L’emploi du terme préceptorat souligne la relation privilégiée que je souhaite établir avec mes élèves, et que je souhaite permettre à d’autres professeurs de vivre. Dans l’idéal, au Collège latin, une classe compte une douzaine d’élèves. Elle est confiée au soin d’un précepteur qui assure une grande partie des enseignements et coordonne les autres professeurs. Entre le précepteur et ses élèves, je veux que règne confiance, considération, estime, admiration même.

Quel est alors pour vous ce qui caractérise le rôle du professeur ?

Fondamentalement, un professeur a pour mission de transmettre ce qu’il a reçu, de faire aimer ce qu’il a appris à aimer. Si l’on envisage la question à l’échelle d’une génération entière, les professeurs doivent permettre à la jeunesse de maîtriser en vingt-cinq ans ce que l’humanité a mis plusieurs milliers d’années à maîtriser. Cette mission est au fondement de ce que l’on appelle civilisation. [Sumus] quasi nanos, gigantium humeris insidentes : nous sommes comme des nains, assis sur les épaules de géants (Bernard de Chartres, in Jean de Salisbury, Metalogicon, III, 4).

Comment définiriez-vous l’excellence en matière éducative ?

Ce qui compte, c’est l’exigence que les professeurs ont avec eux-mêmes. La grande question que doit sans cesse se poser un professeur ou un éducateur, ce n’est pas : « Comment faire progresser mes élèves ? » mais « Comment moi-même devenir un homme meilleur ? ». Le progrès des élèves viendra par rayonnement, par mimétisme. Il est une leçon que l’on récite volontiers aux jeunes chefs scouts à qui l’on confie des garçons et qui, personnellement, m’a beaucoup marqué : « si tu ralentis, ils s’arrêtent, si tu t’arrêtes, ils se couchent, si tu faiblis, ils flanchent, si tu doutes, ils désespèrent, si tu hésites, ils reculent, si tu critiques, ils démolissent … Mais si tu marches, ils courent, si tu cours, ils te dépasseront, si tu pries… alors ils seront des saints.

Quel est le rôle que vous attribuez au travail personnel ?

On doit amener les élèves à travailler de manière autonome. J’irais jusqu’à les laisser corriger eux-mêmes leurs exercices à l’aide de corrections jointes aux énoncés. Un tel travail implique bien plus les élèves que les corrections collectives faites au tableau, qui ne suscitent souvent qu’indifférence. Cela permet aussi à chaque élève d’aller à son rythme, dans un plus grand silence. Quant au professeur, il peut consacrer davantage de temps à un travail ciblé, aiguillonnant les meilleurs éléments, assistant les plus faibles. Bien sûr, tout cela suppose entre élèves et professeurs une relation d’une certaine maturité. Maintenant, quand un élève est incapable de travailler seul, mieux vaut rester à ses côtés et l’aider plutôt que de se plaindre.

Vous faites une grande place à la lecture dans votre approche, pouvez-vous nous en dire plus ?

La lecture est la respiration de la vie intellectuelle. Elle laisse une libre place au jugement personnel des élèves. Elle aiguise leur esprit critique, nourrit leur imagination, enrichit leur vocabulaire, embellit leur style, bonifie leur orthographe. Elle les met au contact direct des plus grands acteurs de la culture. Quand vous lisez les Misérables, c’est Victor Hugo lui-même qui s’adresse à vous.

Constatez-vous, chez les élèves qui arrivent au collège latin, des difficultés particulières dues aux méthodes employées ?

L’orthographe, la grammaire et le calcul mental sont souvent mal maîtrisés. Je ne pense pas qu’il n’y ait là qu’une question de méthode : peut-être aussi un désamour institutionnel pour l’humble mais essentiel enseignement de ces rudiments.

En même temps, votre enseignement, qui pourrait sembler par certains côtés assez traditionnel, ne dédaigne pas d’utiliser le numérique ?

Les outils informatiques peuvent s’avérer bien utile d’un point de vue pédagogique. Mais je ne considère pas qu’ils révolutionnent la manière de travailler. La craie pour le professeur, la plume pour l’élève restent des outils essentiels, et d’une efficacité inouïe pour peu qu’on sache en faire bon usage. Si l’on n’y croit plus guère, c’est peut-être que l’on ne sait plus bien s’en servir ; de même que si l’on ne croit plus en la pertinence des cours magistraux, c’est que leur qualité oratoire a chuté. Un professeur se doit d’être un orateur.

Allons plus loin : nul besoin d’un logiciel de géométrie quand on sait dessiner en perspective ! Nul besoin de Google Maps quand on sait tracer la France à main levée ! Que l’on ne se méprenne pas : je pense que ces outils peuvent être de précieux auxiliaires ; mais ils ne rendent pas obsolètes les vieux outils. Je pense même que la maîtrise de ceux-là suppose la maîtrise de ceux-ci. Je crains que l’enthousiasme avec lequel certains se rallient aux nouvelles technologies ne soient souvent que l’expression d’un soulagement : celui de croire palliée une certaine maladresse avec les anciennes. Il me semble indispensable, en revanche, d’initier avant la fin de leurs études les élèves aux principaux langages informatiques : le C+ et le SQL par exemple ainsi que les principaux langages Internet (HTML, CSS et PHP…).

 

Visiter le site du Collège latin

Fin de citation.

Et vous, êtes vous conquis?

Commenter cet article

Jean Daumont 06/07/2014 09:19

Non ...Pas du tout conquis ...Charabia du style "Saint Elève, priez pour nous !"

Jacques Heurtault 07/07/2014 17:46

Je veux bien admettre que mon appréciation personnelle a peut-être été un peu rapide ...
Une chose me parait cependant certaine : l'enseignement doit suivre le mouvement général de l'évolution civilisationnelle ...