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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Madame Taubira grimpe aux rideaux ...

27 Juillet 2014, 08:59am

Publié par Jacques Heurtault

L'affaire Leclère (celle de Rethel, pas celle du Maréchal!) a amené Daniel Schneidermann, dans Libération, a écrire cet article en forme de mise en garde dont je partage le contenu à au moins 95%.

Aussi je prends la liberté de le reproduire en citant la source.

Début de citation :

CHRONIQUE

Anne-Sophie Leclère tient commerce d’articles de pêche à Rethel (Ardennes). Le téléspectateur a fait sa connaissance en octobre dans l’émission Envoyé spécial (France 2). La caméra l’avait suivie dans son magasin, dans l’intimité de sa famille, mais aussi dans ses activités militantes. Car Anne-Sophie Leclère était la candidate Front national (FN) aux municipales de Rethel. La journaliste de France 2 était venue la voir sans intentions malignes, dans le but strictement informatif de montrer à la base la dédiabolisation mariniste, et comment ce sont des Français ordinaires qui se reconnaissent dans le «marinisme». On n’était pas dans le «filmage pincettes» d’extrêmistes au poil ras. On était dans le reportage copain, copine, sur une trentenaire ouverte, sympathique, pas sectaire, nullement raciste évidemment, avec des problèmes quotidiens.

Quand la journaliste découvre que Anne-Sophie Leclère a posté, sur sa page Facebook, un montage photo assimilant Christiane Taubira à un singe, elle ne se départit pas de son ton complice. Ce n’est pas du racisme, ce montage ? demande-t-elle doucement. Alors la candidate, sans aucune agressivité, très naturelle : «Non, ça n’a rien à voir ! Un singe, ça reste un animal ; un Noir, c’est un être humain. J’ai des amis qui sont noirs.» Et Taubira ? «Franchement, c’est une sauvage. Quand on lui parle de quelque chose de grave à la télé, elle vous fait un sourire, mais faut voir, un sourire du diable […]. A la limite, je préfère la voir dans les arbres après les branches, que la voir au gouvernement.»

Dans les heures qui suivent, le FN suspend la candidate Anne-Sophie Leclère. Elle est exclue du mouvement. La suspendue, elle, jure qu’elle n’est pas raciste. Comment ne pas la croire ? Non seulement, elle a des amis noirs, mais elle ne désire certainement que le bien de Christiane Taubira. Même si «un Noir, c’est un être humain», Taubira serait tellement plus heureuse dans son biotope naturel, à gambader dans les branches, parmi ses lointains cousins les singes, plutôt qu’à multiplier les sourires du diable sur des sujets diaboliques, comme le mariage pour tous.

Christiane Taubira ne porte pas plainte, ce qui est tout à son honneur. Ministre de la Justice, comment s’exposerait-elle aux inévitables accusations de conflit d’intérêt, en portant plainte contre une jeune femme qui souhaite la voir «dans les branches» ? Mais voilà : c’est le mouvement Walwari qui s’en charge à sa place. Walwari est un parti politique guyanais, fondé en 1993 par Christiane Taubira, et domicilié à Cayenne à la même adresse que Christiane Taubira. La plainte de Walwari ne fait aucun bruit hors de Guyane. En revanche, le jugement rendu la semaine dernière par le tribunal de Cayenne, condamnant Anne-Sophie Leclère à neuf mois de prison ferme, et le FN pour «instigation et fourniture de moyens» à 30 000 euros d’amende, reçoit un écho fracassant, chacun se demandant soudain pourquoi la plainte de Walwari - qui n’est pas une association antiraciste, mais un mouvement politique - a été jugée recevable par le parquet de Cayenne (hiérarchiquement soumis à une ministre de la Justice nommée Taubira, Christiane), et ce qui justifie, à l’encontre de toute la jurisprudence en matière de délits d’incitation à la haine raciale, la condamnation de la «personne morale» FN.

Déployant son marteau-pilon pour écraser la mouche Leclère, la justice trahit surtout une sorte de terreur devant ce péril au visage inédit : des femmes, toutes blondes, sans haine contre personne, au profil de voisines sans histoires, qui fracassent les scores électoraux en Belgique, au Danemark, en Norvège, en Hongrie, en Suisse, et bien entendu en France (un remarquable documentaire de la Chaîne parlementaire, Populisme au féminin, rediffusé le mois dernier, les passait en revue).

Le tribunal de Cayenne (le site de Libé a publié les attendus) s’indigne que Anne-Sophie Leclère «n’ait pas comparu bien que citée» devant lui. Bien entendu. Il est bien connu qu’une commerçante en articles de pêche de Rethel (Ardennes) devrait accourir pour se faire juger par le tribunal de Cayenne (Guyane). De quelque manière qu’elle s’en défende - si elle se soucie de s’en défendre - Christiane Taubira sera désormais soupçonnée d’avoir manœuvré obliquement le marteau-pilon. Mais nul ne s’en soucie beaucoup. Contre les affreux, tout est permis. En taule, l’affreuse, et qu’on n’en parle plus ! Le plus affreux, avec les affreux, ce n’est pas qu’ils soient affreux. C’est qu’ils nous acculent à être aussi affreux qu’eux.

Cette chronique reviendra le 18 août.

Daniel SCHNEIDERMANN

Fin de citation.

Pour ma part, j'ai défendu l'idée que Madame Taubira aurait du porter plainte elle-même à DEUX titres :

1. au titre de personne physique ayant été insultée par des propos inadmissibles

2. au titre de ministre car, dans une large mesure (et même dans la mesure PRINCIPALE!),  c'est la ministre et donc le Gouvernement et la République qui ont été insultés.

Elle ne l'a pas fait ... Je me demande si, à l'avenir, je ne serai pas amené à porter plainte (sans constitution de partie civile?)  car, dans une certaine mesure, ce sont aussi les citoyens qui insultés quand on insulte aussi bassement une ministre. Cela me parait d'autant plus justifié et légitime que je suis en opposition frontale avec la plupart des orientations politiques que défend Madame Taubira. Attitude paradoxale? Pas tant que ça finalement!

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