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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Dominique Reynié, moins drôle que Jean d'Ormesson mais pas complètement idiot

17 Août 2014, 09:17am

Publié par Jacques Heurtault

Pas complètement idiot, Dominique Reynié ...C'est ma manière de dire, un peu trop méchante sans doute, qu'il n'a pas, loin s'en faut, raison dans tout ce qu'il dit, lui aussi, dans le même support (c'est à dire Le Figaro).

Je vous donne à lire l'interview ...

Début de citation :

A la veille d'une rentrée politique qui s'annonce chaotique et alors que la France traverse une crise économique, mais aussi politique et morale majeure, quel regard portez-vous sur l'année politique qui vient de s'écouler. Quels sont les trois évènements majeurs que vous retenez?

Dominique Reynié: Ce qui retient toute mon attention, au point que je dois résister à une sorte de fascination, est le débordement complet des politiques nationales par les puissances que l'Histoire est en train de libérer, ce qui fait craindre le pire mais ne doit pas nous décourager d'espérer le meilleur. La terre tremble, pour reprendre le titre du film de Visconti: le réchauffement climatique prend de la vitesse, l'islamisme chasse le christianisme de son Orient natal - excusez du peu! -, les dettes - publiques et privées - sont devenues océaniques, la transition démographique recompose l'ordre politique planétaire, l'idée démocratique paraît épuisée par l'impuissance gouvernementale, quand les pays émergents, beaucoup plus autoritaires, ont le vent économique en poupe… la liste est longue des enjeux qui se présentent à nous, quand un seul est capable de bouleverser nos vies.

En France comme ailleurs les gouvernants perdent pied. En témoigne le contraste spectaculaire entre la vénération d'un passé morbide dans un usage démesuré de la commémoration et l'incapacité à regarder devant, à penser le futur et, bien sûr, à le bâtir.

François Hollande est au plus bas dans les sondages, l'opposition apparaît déchirée et n'a pour l'heure aucun leader incontestable. Les grands partis traditionnels sont-ils selon vous en mesure de redresser le pays? Leur logiciel politique est-il toujours adapté aux enjeux actuels?

C'est précisément pour répondre à cette question qu'il faut d'abord prendre la mesure de la situation historique dans laquelle nous nous trouvons. Notre ordre politique national est le résultat d'un état des choses qui n'est plus et chaque jour qui passe le montre avec plus de clarté que la veille. C'est l'esprit de l'innovation qui devrait animer nos débats et déterminer nos choix. La France existe quand elle est au rythme du monde. Au lieu de cela, nous assistons à l'engluement de notre classe politique, et syndicale, par un conservatisme de rentier, matérialiste, dominé par la peur d'agir, la crainte de devoir penser, de devoir imaginer un autre agencement des choses.

Peut-on aller jusqu'à dire qu'on assiste à l'autodestruction de la politique? S'agit-il d'une faillite des hommes ou des idées? L'année a également été marquée par la victoire de Marine Le Pen aux élections européennes. Vous avez écrit plusieurs livres sur montée des populismes. Qualifieriez le FN de parti populiste? Sa progression vous paraît-elle inexorable? Jusqu'où peut-elle aller?

La plupart des idées et toutes les institutions connaissent un terme à leur existence. Si nous considérons que nous sommes entrés dans une époque de bouleversements, ce n'est pas tant le désarroi des politiques qui est problématique, car il pourrait se comprendre, mais le sentiment que donnent la plupart d'entre eux de pas parvenir à prendre la mesure de ce qui se passe, de ce que nous allons devoir accomplir, à l'échelle de notre pays comme à l'échelle de l'Europe, si l'on veut, au moins, persister comme communauté libre d'orienter son destin dans l'Histoire. Au cœur de ce grand tourbillon, je ne vois aucun dessein proposé aux Français, aucun horizon tracé, aucun rêve de conquête ni de grandeur. Seul se distingue le Front national qui propose le grand repli, l'Etat providence, encore et toujours, mais cette fois grâce au nationalisme. C'est un programme de chauvinisme social, une sorte d'ethno-socialisme, le socialisme pour les «petits Blancs».

Au moins c'est une idée, même si elle est absurde ou mortelle. Dès lors, par un effet mécanique, le FN se trouve favorisé puisqu'il est le seul à porter un grand projet. Moins les partis de gouvernement se montreront capables de concevoir un grand dessein fait de renaissance et de conquête, plus la tâche du FN sera facile.

L'ascension de Marine Le Pen semble être également le fruit de l'effacement du clivage droite/gauche. Quelles sont les différences fondamentales qui opposent encore la droite et la gauche?

La polarisation qui se met en place n'oppose plus la gauche et la droite, mais les partis de gouvernement, de gauche et de droite, aux partis populistes, de gauche et de droite. La fin du clivage gauche/droite est aussi ce par quoi prospère désormais le Front national. C'est pourquoi il affirme clairement depuis janvier 2011 un discours qui n'est plus seulement national mais qui est aussi social et étatiste, tandis que la gauche ne peut plus cacher son incapacité à être «socialiste». Résultat, le Front national est devenu la nouvelle gauche. On en trouve une parfaite illustration lors des dernières élections européennes au cours desquelles 41% du vote ouvrier est allé aux listes FN et 8% aux listes PS.

Les clivages «sociétaux» et identitaires ont-ils remplacé les clivages économiques et sociaux?

Il faut ajouter les clivages culturels, technologiques et générationnels. Les différents types de clivages se combinent entre eux, et ce n'est pas nouveau. En revanche, le changement tient au fait qu'aucun parti ne parvient à représenter ni à exprimer la variété et la force de ces clivages. Cela se passe ailleurs et autrement, en témoignent le mouvement altermondialiste, les «Indignés», la «manif pour tous», les divers mouvements antifiscalistes ou encore la défense des auto-enrepreneurs, pour ne prendre que quelques exemples de ces mouvements que les partis n'ont fait que suivre, de manière confuse et inconséquente, c'est-à-dire sans forger une doctrine. Par exemple, la droite s'est opposée au mariage pour tous au nom de valeurs qu'elle n'avait pas l'habitude de brandir et sans en tirer de conséquences puisqu'elle a voté peu après sans difficulté aucune la suppression de la référence à la situation de détresse mentionnée dans l'encadrement législatif du droit à l'avortement.

D'une manière plus générale, il faut comprendre que les clivages politiques sont aujourd'hui radicalement affectés par l'encastrement de nos vies dans un ordre existentiel global. Mille signes nous montrent à quel point les formes de l'appartenance tendent à devenir plus complexes, imbriquant différents univers entre eux: une nation, des origines, une religion, des goûts culturels, une orientation sexuelle, un niveau de vie, l'Europe, une région, etc. Un élève de collège n'est pas loin de passer plus de temps sur les réseaux sociaux et sur son téléphone qu'à suivre des cours à l'école ; lors de la coupe du monde de football, des milliers de Français ont fêté les victoires de l'équipe d'Algérie comme s'il s'agissait de leur seconde patrie ; d'autres sont allés regarder la finale à Berlin dans l'espoir de fêter la victoire de l'Allemagne, au nom d'un sentiment européen. Songeons encore à ceux, de plus en plus nombreux, qui estiment devoir quitter leur pays pour réussir, ou simplement pouvoir commencer, leur vie professionnelle, ou pour échapper à une pression fiscale jugée spoliatrice. Ils ne se sentent pas moins «Français». D'autres, enfin, nés ici, passés par les écoles laïques de la République, se retrouvent en Syrie et en Irak au nom du Jihad. Il suffit d'observer ce qu'est devenue la famille, ce qu'est devenue l'école et ce qu'est devenue la nation pour comprendre que le civisme et le nationalisme républicains ont cessé d'exister.

La France périphérique, celle des «petits Blancs» pour reprendre votre expression, qui vote Marine Le Pen ou se réfugie dans l'abstention, rejette à la fois «le social libéralisme» de la gauche et le «libéralisme social» de la droite. Na faut-il pas en tenir compte? Ce constat appelle-t-il une recomposition profonde du paysage politique? Dans quel sens?

Je ne vois pas de libéralisme dans notre débat politique, ni à droite ni à gauche. Notre pays ploie sous le poids d'une vie politique entièrement arrimée à une idéologie social-étatiste, de droite et de gauche. Cette idéologie constitue chez nous la véritable pensée unique. Elle est désormais aussi celle du Front national. Droite ou gauche, partis de gouvernement ou partis populistes, l'étatisme est leur pensée commune. Le plus terrible est que cette idéologie dominante étouffe tout débat sans parvenir à empêcher la faillite de l'État.

Fin de citation.

Si Dominique Reynié a manifestement raison quand il affirme qu'il n'y a pas de libéralisme ni à gauche (c'est presque "normal"!) ni à droite (c'est curieux ... mais c'est vrai!), il a encore plus raison quand il dit que la partition politique est désormais entre, d'une part, les partis de gouvernement (UMP, Centristes, PS) et, d'autre part, les partis populistes (FN, Front de gauche, NPA, etc.). Ce clivage va s'accentuer avec la nouvelle progression attendue du Front National ayant, désormais, grace à Philippot), parfaitement intégré le discours de la gauche "archéo" ... toujours développé par le Front de Gauche et le PCF.

Cette analyse, à laquelle je souscris aux 2/3, me conforte dans mon choix stratégique : il faut que le Front National progresse encore, au détriment du Front de Gauche, du PCF et de toute l'extrême gauche, afin de friser les 35% (Jean d'Ormesson parle de 38%!)... Il restera alors à la nouvelle coalition de GOUVERNEMENT (UMP, Centristes, PS) à entreprendre, dans un consensus politique national pour le temps d'une mandature (à la rigueur, deux mandatures ...), le programme COMMUN de gouvernement pour conduire les réformes de STRUCTURES qui, chaque jour, deviennent de plus en plus évidentes.

J'ai cru comprendre que c'est l'un des scénarios retenus par Jean d'Ormesson ... Notez que je n'ai pas dit "souhaité" par le même! Laissons au César de la littérature française (qui va, bientôt et enfin, entrer à La Pléïade!) toute la saveur de son alacrité.

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Pierre du site licenciement pour faute grave (article réforme des prud'hommes) 23/08/2014 13:27

L’article de Dominique Reynié est plein de vérités.
J’ajouterai qu’au 19ème siècle la loi pouvait protéger, aujourd’hui elle oppresse tout le monde et porte gravement atteinte à notre compétitivité : il faut payer une administration gigantesque et en plus ce que l’on ne voit pas, on oblige les entreprises à multiplier les emplois administratifs pour répondre à toutes les obligations légales et réglementaires. La vrai richesse est celle produite par l’industrie et les services non administratifs (qu’ils soient publics ou privés, d’ailleurs).
Pour ce qui est des solutions : - il faudrait une véritable « révolution réformatrice », avec comme premier axe la simplification. Je veux dire une vraie simplification qui consisterait à sabrer une grande partie des règles et des normes qui étouffent toute possibilité d’action dynamique. Pour contraindre les hommes politiques qui ne savent qu’empiler les règles, sans doute faudrait-il interdire, par une loi constitutionnelle, pendant une période de 10 ans au moins, toute nouvelle règle qui ne serait pas contrebalancée par la suppression de trois autres dans un domaine similaire et d’importance équivalente ; ensuite lorsque le niveau de notre réglementation serait revenu à un niveau plus raisonnable, la suppression exigée pourrait être d’une règle supprimée pour une créée. – il faudrait aussi redonner de la confiance et de la responsabilité aux niveaux les plus proches des questions à gérer….
L’efficacité devrait être systématiquement recherchée dans tous les domaines de la sphère publique, y compris celui de la justice. A ce propos, je vous invite à lire mon article qui expose la proposition de réforme des prud’hommes présentée par le Président de la Chambre sociale de la Cour de Cassation, M. Lacabarats, en juillet à Mme Taubira (suive mon lien). La partie du bilan confirme ce que l’on percevait sur le terrain : une véritable catastrophe en termes de délai et plus grave encore, en termes de qualité des jugements.
La question est ensuite de savoir qui pourra porter cette « révolution réformatrice ». Je ne crois pas que ce puisse être le Front National, dont le programme est plein de dangers pour notre pays.

Jacques Heurtault 30/08/2014 22:52

Je comprends bien la logique de votre souhait et je l'approuve ... Toutefois, pour atteindre cet objectif éminemment louable, la méthode que vous préconisez ne peut être la bonne car elle est juridiquement inapplicable.
En fait, il faut examiner chaque code, chaque texte en vigueur et repenser la logique d'ensemble.
Des juristes ont procédé à la codification et à la recodification de la plupart des lois et réglementations en vigueur. Pour des raisons de principe, ils n'ont pas eu la possiblilité d'agir autrement qu'à droit constant sinon cela aurait voulu dire que ce ne sont plus les députés qui votent les lois ...
Maintenant que ce travail est quasiment terminé, il faut passer à l'étape suivante : recodifier à droit évolutif (c'est à dire non constant). Ce travail doit être conduit sous l'autorité politique du seul Parlement afin que chacun soit dans son rôle :
- le Parlement légifère
- le Gouvernement applique les lois votées
- les Tribunaux traduisent dans la vie concrète l'ESPRIT des LOIS ...
Retour à Montesquieu, en quelque sorte!

Loubomyr 19/08/2014 15:58

Ah!!! Dominique Reynié!!!! Un des "experts" favoris de "C dans l'air" et qui expertise dans tous les canaux bien pensants!!! On ne peut que partager - tout du moins dans cet article - son exposé des faits et son analyse de la situation. par contre, j'ai du mal a partager ses solutions (sic!) : d'ailleurs, il n'y en pas dans cet article!!! Sinon, a contrario, au travers de la critique de l'étatisme à la française, la promotion de la sempiternelle idée : toujours moins d'état et toujours plus de libéralisme. Quand on voit les dégats engendrés par les Chicago boys et leurs élèves au travers de la planète, on se dit qu'il est temps, grand temps, d'inventer autre chose!!!! Peut etre que Piketty va faire des émules? Peut etre que les économistes en colère vont se faire un peu mieux entendre? Peut être que Rifkin et sa "troisdième révolution industrielle" vont inspierer des décideurs de plus en plus nombreux? Parce que, tous ceux qui, derrière Alain Minc et consorts, se trompent, trompent ceux qu'ils conseillent et nous mentent comme des arracheurs de dents dans leurs bouquins, tous ceux qui n'agissent que pour une minorité qui s'empiffre depuis trente ans, eh bien y'en a marre !!!!!

Jacques Heurtault 22/08/2014 09:20

Le débat politique, ce n'est pas une affaire de "compétences"! C'est une affaire de choix entre plusieurs orientations avec des conséquences différentes selon les choix qui sont faits.
Si on fait - par exemple - le choix de renoncer à la croissance, cela veut dire qu'il va falloir se partager la production existante et aucun "supplément" (puisque, par définition, il n'y en aura plus!). Il faudra donc arbitrer entre le maintien des inégalités et une nouvelle répartition de la production stagnante. Certes, il y a bien la lutte contre les gaspillages, première source d'économies mais il va falloir commencer par expliquer à tous ceux qui profitent, individuellement, du gaspillage (ils sont nombreux!) qu'ils vont désormais en profiter moins ... Pas si évident que ça!
En outre, j'aurais bien aimé vous lire sur vos solutions ... De la sorte, j'aurais pu comparer avec les miennes! Après tout, rien ne dit que MES solutions sont les meilleures (même si j'en suis pourtant profondément convaincu!). De la discussion jaillit la lumière ...

Loubomyr 21/08/2014 14:30

Vous m'avez déjà ouvert vos colonnes pour que j'expose, non pas mes solutions, mais celles données par des experts (beaucoup plus compétents que moi) alternatifs aux zexperts qui zexpertisent en nous ressassant la doxa néo libérale. Les solutions ne sont pas à gauche ou à droite mais ailleurs. Nous ne pourrons, dans une planète limitée en ressources, nous en sortir que par une autre vision et une autre gouvernance que celle qui consiste à toujours plus de croissance. Il est possible de vivre mieux avec moins : vivre ce n'est pas consommer. Je vous rappelle que depuis le 15 aout, nous vivons à crédit par rapport à ce que la planète peut produire et éliminer et vivre avec un crédit de 30%, cela a des limites : au bout de deux ans, on apratiquement bouffé deux fois son capital!!!! Les solutions vous les trouverez chez Rifkin et chez tous les écologistes responsables et promoteurs du développement durable. Alors faites les recherches nécessaires, ayez un soucis d'altérité et vous arriverez aux mêmes conclusions que moi.

Jacques Heurtault 20/08/2014 20:14

La critique est nécessaire et parfaitement normale.
Toutefois, je souhaite pouvoir lire, venant de vous, des SOLUTIONS!
Ce blog vous est ouvert pour les exposer si vous le souhaitez.

Jean Rivaud 17/08/2014 13:45

Pour ce qui est du vote et de la politique intérieure française* un élément clivant se trouve être, non pas tellement l'immigration, mais celle qui contribue à l'expansion de l'islam. On est pour ou on s'en fiche, mais si on est contre, pour qui voter, je vous le demande ?
* ou plutôt en France, dans ce domaine peut-on encore la qualifier de française ?

Jacques Heurtault 17/08/2014 15:58

Je ne vois qu'une seule réponse à votre question : Front National ...
Personnellement, même si mon vote sera, désormais, celui-là pour les raisons que j'ai dites, je ne crains pas l'immigration musulmane en tant que telle. Ce que je ne supporte pas du tout, c'est la dimension non-laïque des religions ...
Pour, c'est simple : va à l'église qui veut, va à la mosquée qui veut (en silence!), va au temple qui veut ... Mais personne, absolument personne, ne vient faire chier l'autre et surtout pas celui qui, comme moi, ne va nulle part ...
Actuellement, je suis dans une phase de "raideur", de "rejet" ... J'ai été trahi par des élus que j'ai pourtant aidé à accéder au pouvoir ... Ceux-là vont commencer par me le payer! Je ne ferai pas preuve de la moindre pitié, de la moindre condescendance!