Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Chômage : Indemnisation? Pas seulement!

14 Octobre 2014, 10:40am

Publié par Jacques Heurtault

Voilà donc plus de neuf ans que j'ai créé ce blog et que j'y ai publié mon premier article.

Je me suis efforcé d'y décrire un certain nombre de réformes qui me paraissaient indispensables dont j'ai eu le plaisir de constater que certaines avaient été partiellement sinon réalisées du moins sérieusement engagées.

Je ne vais pas faire dans l'autosatisfaction car je sais depuis longtemps que la politique est un éternel recommencement. Soit on se répète, soit on se contredit ...

Il se trouve que l'actualité se focalise sur l'indemnisation du chômage ... pour aller dans le sens d'une diminution du niveau et de la durée de l'indemnisation! Curieusement, ce n'est pas dans l'autre sens!

Je vais donc développer ce que je crois utile de faire pour résoudre ce dramatique problème ...

 

1. Le chômage est un fléau national et même international.

C'est une triste réalité qu'aucun esprit sensé ne peut sérieusement contester. En France, nous en sommes aux environs de 6 millions de personnes inscrites à Pôle Emploi, organisme que j'ai des raisons de bien connaitre puisque, non seulement j'ai moi même été chômeur, mais encore je suis "passé" de l'autre côté du guichet comme salarié) et que j'ai consacré près de la moitié de ma vie professionnelle (18 ans) à recevoir, jour après jour, des demandeurs d'emploi. Ceci m'a donc permis de découvrir, de l'intérieur, les épouvantables tares dont était frappé, dès l'origine, cet organisme qui s'est appelé Agence nationale pour l'Emploi (ANPE). Ce n'est donc pas à moi qu'il faut venir en raconter ... sauf si on est suffisamment masochiste pour aimer se faire remettre à sa place.

 

2. En France, "on" a fait un choix : mieux vaut indemniser plutôt que aider à la reprise d'un emploi.

Ce fut donc, dès le départ, une erreur tragique puisque l'on a considéré que ce système était celui qui contentait tout le monde. Y compris bon nombre d'agents de l'ANPE qui considéraient qu'il ne fallait pas que le chômage diminue sinon c'est eux, les agents, qui allaient perdre leur boulot ... Un comble! Imagine-t-on un médecin souhaitant que les malades ne guérissent pas afin qu'il puisse, lui, medecin, continuer à percevoir les honoraires de ses consultations? Complètement insensé ...

J'ai, depuis le début, toujours fait le choix inverse ... allant même jusqu'à soutenir qu'il était souhaitable que les entreprises soient en pénurie de main d'oeuvre car, de la sorte, du fait de la confrontation entre l'offre et la demande, les salaires de tous seraient tirés vers le haut. Je maintiens ce choix fondamental car il est humaniste et intéressant pour ceux et celles qui n'ont pour principale ressource (voire même la seule!) que la location de leurs compétences professionnelles.

A ce jour, en France, cette question n'est toujours pas réglée ... En Allemagne, on a fait un choix inverse et force est de constater deux choses : le chômage y est moins élevé qu'ailleurs en Europe (et surtout en France) et le niveau de développement y est sensiblement plus élevé qu'ailleurs, du moins pour le plus grand nombre.

 

3. Si on part de l'hypothèse que ce choix est réglé (ce qui reste donc encore à faire!), il convient de tenter de décrire ce qu'il y aurait lieu de faire pour avancer .. un peu.

Dans le chômage, il y a deux problèmes de fond à résoudre. Comment permettre à un chômeur de vivre convenablement malgré de fléau qui le frappe? Comment permettre à un chômeur de retrouver rapidement du travail?

La deuxième question est, en réalité la plus importante! Il tombe en effet sous le sens que si un chômeur retrouve rapidement du travail, il n'est plus nécessaire de l'indemniser ... C'est très bête de le dire mais il faut que cela soit dit et même répété, martelé! La répétition reste la méthode la plus efficace de la pédagogie ...

Plus précisément, on peut penser que si un salarié perd son emploi, compte tenu que c'est lui qui OFFRE ses compétences et les entreprises qui sont susceptibles de les DEMANDER, c'est parce que lesdites compétences ne répondent plus aux BESOINS de l'entreprise qui le licencie Quel intérêt, en effet, aurait une entreprise à se priver des compétences d'un seul de ses salariés si elle en a encore besoin? Tout au plus faudrait-il qu'elle procède à un nouveau recrutement, opération qui est forcément coûteuse ... et donc contraire à la finalité même de l'entreprise qui est de réaliser des profits à partir des capitaux mis en oeuvre.

Le problème devient donc : comment reformater les compétences d'un salarié pour qu'elles correspondent aux besoins exprimés par les autres entreprises?

Pour répondre à cette question, il faut être capable de répondre à trois autres questions.

- quelles sont les compétences (toutes les compétences!) dont dispose un chômeur?

- quels sont les besoins de compétences des entreprises?

- que doit-on faire pour que les entreprises trouvent les compétences dont elles ont besoin? Autrement dit quel est le chemin qu'il faut emprunter pour aller de l'existant (les compétences actuellement disponibles sur le marché) vers l'objectif (les compétences dont les entreprises ont besoin)?

Vient une question qui n'est pas la moindre ... Attendu que la préparation du marché des compétences est forcément coûteuse, qui va payer le coût du trajet?

 

4. J'affirme que c'est aux entreprises de financer toutes les opérations de formatage des compétences afin qu'elles soient adaptées à leurs besoins.

Dès lors que l'on retient cette orientation, il faut en admettre la conséquence. C'est aux entreprises de :

- définir leurs besoins (et à personne d'autre!)

- analyser dans leurs complexités les compétences dont elles disposent (en volume, en nature, en coût ...) car c'est leur intérêt (à quoi bon former à un métier si on a suffisamment de disponible sur le marché?).

 

5. Ayant pris le problème global par le bon bout (celui de l'adéquation entre la demande de compétences et l'offre de compétences), je peux, sereinement, aborder le problème de l'indemnisation des personnes privées d'emploi et qui en recherche un car elles en ont besoin.

6. J'ai déjà eu l'occasion de dire, plusieurs fois, que, le problème du chômage étant particulièrement dramatique, la logique de l'assurance ne peut aporter de réponse satisfaisante. Quoi? Ne devraient cotiser que les seules personnes susceptibles d'être, un jour, frappées par ce fléau? Et, par extension, leurs employeurs respectifs? NON! Catégoriquement NON!

C'est la logique de la solidarité qui doit désormais prendre le dessus et se substituer à la logique de l'assurance ... J'en fais une affaire de principe.

Toute personne vivant sur le territoire national (y compris les étrangers!) ou jouissant de la nationalité française (y compris celles qui vivent à l'étranger!) doit témoigner de sa solidarité avec les personnes exposées au risque de chômage. Il s'ensuit que toute personne disposant de revenus doit donc venir alimenter la caisse d'indemnisation, qu'elle jeune ou moins jeune, qu'elle soit en activité ou en retraite (c'est mon propre cas).

7. Nous disposons d'un impôt pour cela. Il est déjà en vigueur depuis 1988 soit 26 ans. C'est la CSG, c'est à dire la Contribution Sociale Généralisée.

Le budget d'indemnisation des chômeurs est de l'ordre de 32 milliards d'euros. Peu importe que le chiffre ne soit pas exact ... puisque j'en fais une affaire de principe. Si on admet que les enfants n'ont pas de revenus (je n'en suis pas si sûr pour ceux qui sont "nés avec une cuiller d'argent dans la bouche"), avec un versement MOYEN de 70 euros par mois, le nouveau système devrait couvrir, globalement, les besoins de financement. Je rappelle que le principe de la CSG repose sur un prélèvement PROPORTIONNEL aux revenus ... Avant d'envisager une hausse de la CSG pour tout le monde, il conviendra de procéder à un ajustement général des taux en vigueur qui, en contravention avec la philosophie fondatrice, ne sont pas exactement les mêmes selon les situations, le montant des revenus et leur origine ...  On doit cette déviance à cette maudite gauche archaïque qui ne veut pas admettre de procéder à sa mise à jour idéologique et qui prend des positions d'un autre âge.

Bien entendu, les entreprises ne participant plus au financement de l'indemnisation, elles n'auront plus leur mot à dire quant à la manière dont les fonds ainsi récoltés seront répartis. IL FAUT LE DIRE CLAIREMENT ET AVEC FORCE!

 

Si vous voulez en savoir plus, il faudra :

- que vous vous montriez intéressé

- et attendre un peu que je produise de nouvelles réflexions.

Commenter cet article

Jean Daumont 17/10/2014 17:45

Personnellement, je m'essouffle, au terme de 752 articles sur mon blog Convergences depuis 2005, à trouver matière à de nouveaux articles, et par conséquent, je comprends, comme vous en avez écrit au moins autant dans ce délai, que vous ayez pensé à fermer votre blog ...Je ne peux donc que me réjouir que vous éditiez un nouvel article ...et quel article !......Je m'essouffle à nouveau ...cette fois à le lire ...Il est vrai que vous êtes dans votre domaine de prédilection, malheureusement toujours d'actualité, le chômage et l'emploi ...
Je ne peux pas, dans un simple commentaire, tout examiner dans votre article, ...Ce qui m'a particulièrement intéressé, c'est votre passage sur les compétences, où vous affirmez que c'est aux entreprises de financer l'évolution des compétences ...Evidemment, car elles seront les premières à en profiter ...Reste à savoir comment les salariés en profiteront pour leur part ...
Pour ma part, ayant suivi avec intérêt l'émission d'hier de la 5 "C dans l'air" intitulée "Comment les syndicats font la loi", j'ai quelques questions à poser :
- Pourquoi les syndicats, pourtant les premiers concernés, n'ont pas voulu diriger Pôle Emploi parce qu'ils ne voulaient pas avoir la responsabilité de gérer le chômage ?
- Quels sont les chiffres réels du chômage ? ...Entre les chômeurs déclarés, les chômeurs non déclarés, les chômeurs fictifs, on s'y perd...
- Inversement, combien y a-t-il d'emplois n'ayant pas d'amateurs, et dans quelles catégories ?...
- Est-il légitime de sanctionner pour non-recherche d'emploi ?
- Certains chômeurs ne viennent-ils pas pointer pour avoir des indemnités en plus de leurs émoluments non déclarés ?...
- Est-il vrai qu'il y a seulement 5% de salariés inscrits à un syndicat ? ...Et dans ce cas, de quel droit un syndicat peut parler ?
- Et si on allait voir ce qui se passe dans d'autres pays ? L'Allemagne, par exemple ?...

Evidemment, je n'ai pas épuisé les questions...

Jacques Heurtault 17/10/2014 20:08

J'en suis, pour ma part, à plus de 1.500 articles.
Pour en venir au fond même de votre commentaire, en effet, vous n'avez pas épuisé les questions!
Brièvement, voici quelques éléments de réponses ...
1. Il me semble EVIDENT qu'il faut sanctionner ceux qui sont inscrits à Pôle Emploi alors qu'ils ne recherchent pas d'emploi. Le problème, c'est que des habitudes administratives ont été prises! Le "tarif", c'est deux mois de radiation entrainant deux mois de privation d'allocations ... C'est peut-être un peu cher payé pour n'avoir pas répondu à une convocation!
En, le système prévoit une gradation des sanctions mais, curieusement, il n'est pas appliqué! Comme il s'agit d'une décision administrative (Pôle Emploi tant un Etablissement Public Administratif), les décisions prises sont contestées devant les tribunaux administratifs ... Cela demande de nombreux mois de procédure. Les juges sont assez pointilleux sur chaque dossier présenté vu la lourdeur de la sanction. Ils cassent souvent la décision de radiation car Pôle Emploi, tout comme l'Anpe, a très mauvaise réputation. Le seul motif qui "marche" bien c'est la radiation pour absence à convocation car il est factuellement incontestable, surtout si la convocation a été envoyée en recommandé avec avis de réception ... Je vous laisse deviner le bazar! Tout simplement ingérable d'un point de vue pratique!
Si Pôle Emploi avait un statut de droit privé (tout en étant contrôlé par les pouvoirs publics, ce serait déjà beaucoup plus simple ... Je vous laisse cependant imaginer un responsable politique demandant la "privatisation" de Pôle Emploi alors que nous avons 6 millions de personnes inscrites au chômage? De quoi faire sauter un gouvernement!