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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Noisy le Grand : un bel exemple de la duplicité du Parti Socialiste!

22 Septembre 2015, 10:57am

Publié par Jacques Heurtault

Voilà une élection municipale qui fait jaser à gauche! On entend, un peu partout, que "si la gauche a perdu, c'est la faute du Front de Gauche" qui a refusé la fusion pour le deuxième tour" ... Pas si simple! Voyons les chiffres.

Les résultats du 1er tour de la municipale partielle de Noisy-le-Grand dimanche soir 20 Septembre 2015 (ballotage).

Inscrits : 36074

Votants : 12593 ; 34,91 %

Exprimés : 12268 ; 34,00 %

Abstention : 65,09 %

Sièges à pourvoir : 49

Liste Brigitte Marsigny (LR) : 4954 ; 40,38 %

Liste Sylvie Monnin (FG) : 1281 ; 10,44 %

Liste Michel Paulin (FN) : 1181 ; 9,63 %

Liste Michel Pajon (PS) : 4852 ; 39,55 %

Les résultats du second tour 2015 (décisif).

Inscrits : 36074

Votants : 16017

Exprimés : (non disponibles pour l'instant)

Abstention : 55,6%

Liste Brigitte Marsigny (Républicains) : 7231 voix (46,4%)

Liste Michel Pajon (PS) : 7198 voix (46,19%)

Liste Sylvie Monnin (Front de Gauche) : 1156 voix (7,42%)

 

Résultats des précédentes élections municipales Mars 2014.

Maire sortant : Michel Pajon (PS).

Résultats du premier tour du scrutin du 23 mars 2014.

Inscrits : 36116.

Votants : 17853 (49,4%).

Exprimés : 17240 (47,7%).

Abstention : 50,5%.

Liste O’Bien (POI) : 2,40%;

Liste Pajon (PS) 38,4%;

Liste Marsigny (UMP) : 21,7%;

Liste Betuel (FG) : 10,4%;

Liste Martins (UDI) : 13,2%;

Liste Buttey FN : 13,7%.

Résultats du second tour (2014).

Votants 19406 (53,7%).

Exprimés : 18806 (52%).

Abstention : 46,2%.

Liste P.S. Pajon (42,9%), 36 sièges;

Liste Républicains Marsigny (37,5%), 9 sièges ;

Liste Front de Gauche Bétuel (8,8%), 2 sièges;

Liste Front National Buttey (10,7%), 2 sièges; 

 

Que nous apprennent ces chiffres?

1. L'abstention a considérablement progressé en 2015 par rapport à 2014 mais elle était déjà très forte lors du précédent scrutin (plus de 50%), signe qu'un malaise important traverse les électeurs et électrices.

2. Aussi bien cette fois-ci que la fois précédente, la gauche (PS + Front de Gauche) n'a pas fait son unité ni au premier tour ni au second. Or, cette fois-ci, le P.S a été battu alors qu'il avait gagné la fois précédente. La défaite n'est donc pas imputable à la désunion de la gauche.

3. Au deuxième tour décisif de 2014, l'écart entre la liste P.S et la liste UMP était d'une centaine de voix alors qu'il est, cette fois-ci, de 33 voix (mais inversé!). C'est une deuxième confirmation que l'échec du PS n'est pas imputable au Front de Gauche.

4. Au deuxième tour décisif de 2015, la liste Front de Gauche recule sensiblement mais pas suffisamment pour permettre la victoire de la liste P.S. Or, au premier tour 2015, le score du Front de gauche (en %) est sensiblement le même qu'au premier tour 2015. Il y a donc bien un socle "Front de Gauche" qui résiste à une année d'intervalle. S'il y a recul de la gauche, cela est du au seul recul du seul PS. Le Front de Gauche n'y est pour rien.

5. Dans un contexte déjà tendu au sein de la gauche en 2014 (il y avait déjà une liste PS et une liste Front de Gauche en 2014), ces deux listes n'avaient pas fusionné au deuxième tour alors que c'était juridiquement possible (Front de Gauche  = 10,4%). Espérer que ces deux listes à nouveau présentes en 2015 puissent fusionner cette fois-ci était donc un pur fantasme. Il y a bel et bien une vraie fracture entre les deux gauches et cette fracture ne semble pas pouvoir se résorber par des combinaisons d'appareil. Tout indique que les électeurs ne s'y laisseraient pas prendre. La conclusion politique sera soit un vrai retour idéologique du PS vers une vision plus classique de la gauche (abandon de la ligne social-démocrate actuelle) soit une disparition (ou quasi-disparition) de la gauche minoritaire (Front de Gauche) à l'instar de ce qui est arrivé au PCF au plan national depuis la signature du Programme Commun de Gouvernement (Juin 1972). A l'époque, Mitterrand avait déclaré devant le bureau de l'Internationale Socialiste (mais oui, ça existe!) que le but du Programme Commun de Gouvernement était de permettre à trois millions d'électeurs communistes de voter désormais socialiste. Cette stratégie a merveilleusement réussi au P.S ... A l'époque, les communistes avaient été assez naïfs pour s'y laisser prendre. 

6. Il s'ensuit que chercher à faire des listes d'union de la gauche dès le premier tour des prochaines régionales est une des magouilles dont le PS est désormais coutumier lorsqu'il est en difficulté. Que, cette fois-ci, le Front de Gauche refuse de se laisser piéger comme le PCF en 1972 n'a rien d'étonnant. Chat échaudé craint l'eau chaude!

7. Au demeurant, faire un procès (au sens strict, puisque le mauvais perdant Pajon va introduire un recours en annulation) contre la liste Front de Gauche en invoquant un refus de l'union de la gauche a un caractère quasi outrancier. La participation au deuxième tour a fortement augmenté alors que le nombre de voix obtenu par le Front de Gauche n'a pas fortement baissé, preuve que cet électorat s'est à peu près autant mobilisé aux deux tours de scrutin (tout comme en 2014). 

Mon article d'hier, développé sur le mode humoristique, mérite certainement une relecture approfondie. Non pour conclure que le PS doit renoncer à présenter des listes autonomes (hypothèse évidemment impensable, tout le monde l'a compris) mais pour que le même PS se mette une bonne fois pour toute dans la tête qu'on ne peut pas espérer piéger ses concurrents (en l'occurrence le Front de Gauche) et qu'il est plus sage de renoncer au pouvoir dès lors que les conditions de son accession (et, a fortiori de son maintien!) ne sont pas réunies. C'est ce qu'a fait le SPD allemand en choisissant de s'allier avec la CDU et en renonçant, clairement, à toute alliance avec "Die Linke". Cette stratégie se traduit par la construction d'un puissant courant politique (droite modérée + sociaux-démocrates) fonctionnant de manière plutôt harmonieuse et normalement destiné à être pérennisé.

 

Il est toujours plus facile de dire après coup ce qu'il aurait fallu faire avant ... Toutefois, n'étant pas "grand-noiséen" (mais j'habite à environ 7 km et je connais, de ce fait, suffisamment le contexte local), si j'avais été à la place de Sylvie Monnin (tête de liste F.G.) j'aurais proposé le marché suivant à mon meilleur "ennemi" socialiste Pajon :

"Ta liste (on se tutoie volontiers à gauche ...) a obtenu environ quatre fois plus de voix que la mienne au premier tour et, ensemble, nous pouvons gagner alors que sans la fusion, TU es certain de perdre. Donc fusionnons ... Mais, comme la liste peut espérer obtenir 38 sièges, il en revient environ 1/5e pour ma liste et 4/5e pour ta liste soit 8 et 30 (N.B. : dans la négociation, Sylvie Monnin commence par demander une répartition 1/3 des sièges pour sa liste (soit 13) et seulement 2/3 pour la liste Pajon (soit 25 sièges ce qui ne lui laisse qu'une très courte majorité pour diriger la ville en cas de victoire) mais celui-ci, pas complètement fou, refuse). "Cela te permet de continuer à diriger la ville puisque tu as la majorité des sièges au Conseil Municipal (30 sur 49) et cela nous permet d'avoir une meilleure représentation au niveau des élus. Si tu le souhaites, on peut même aller plus loin ... avec deux voire trois postes d'adjoints pour le Front de Gauche et, par conséquent, un engagement de notre part sur la solidarité de gestion".

Mais les inimitiés très fortes accumulées depuis tant et tant d'années n'auront probablement pas permis ce réalisme politique ...

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