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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Une page d'histoire ancienne ... passionnante!

9 Décembre 2015, 10:22am

Publié par Jacques Heurtault

Histoire de nous changer les idées, je vous propose, aujourd'hui, un article extrait d'un site que je critique de temps

en temps et qui, espérons que ça dure longtemps, a publié il y a un peu plus d'une semaine  cet article

d'archéologie, science qui, personnellement, me passionne car elle est à la source d'une meilleure compréhension

du cheminement de la pensée et, donc, d'une meilleure compréhension du présent.

 

Début de citation :

Le 2 décembre 2015, l’archéologue israélienne Eilat Mazar annonce avoir fait une découverte historique :

l’empreinte du sceau d’un roi de la Bible, Ézéchias, qui régnait à Jérusalem quelque sept cents ans avant

Jésus-Christ. Que nous révèle cette trouvaille ? Quelles en sont les implications sur le plan historique et religieux ?

Décryptage.

Le sceau

L’objet mesure à peine plus d’1 cm, et pourtant, la découverte est de taille : c’est la première fois qu’une inscription

mentionnant un roi de la Bible hébraïque est exhumée au cours de fouilles archéologiques à Jérusalem. Cet objet

est une empreinte de sceau sur bulle d’argile mesurant 13,4 mm en largeur et 11,9 mm en hauteur.

Déjà dans l’Antiquité, les sceaux servaient à authentifier les documents émanant d’un personnage important :

notable, haut fonctionnaire, prêtre, gouverneur, prince… sans oublier les rois bien sûr ! Ces sceaux étaient

gravés à l’aide de motifs ou de termes permettant d’en identifier le propriétaire. Pour sceller un document, il suffisait

alors d’imprimer le sceau sur une surface malléable telle l’argile fraîche.

 

Sceau cylindre découvert à Mari (Louvre, AO 18368).

 

 

 

Si le document lui-même était écrit sur une tablette d’argile, le sceau pouvait simplement être apposé à la fin du

texte, à l’instar d’une signature en bas d’une lettre. Les tablettes d’argile étaient courantes en Mésopotamie (l’actuelle

Iraq) et leur usage s’étendait jusqu’en Égypte en passant par la Syrie et la Palestine. Les sceaux étaient alors le plus

souvent de forme cylindrique, et l’on déroulait le sceau sur la tablette - tel un rouleau à pâtisserie - pour y transférer le

motif. Mais le sceau dont l’empreinte a été découverte à Jérusalem est d’un autre type : il s’agit d’un cachet, de

forme ronde, qui était serti dans une bague et que l’on apposait tel un tampon. Le document ainsi authentifié n’était pas

une tablette cunéiforme, mais un papyrus enroulé, entouré d’une ficelle nouée puis scellé à l’aide d’une bulle d’argile

estampillée du cachet royal. D’ailleurs, les traces du papyrus sont encore visibles au revers de la bulle.

L’inscription

Ce sceau comporte trois registres : les registres supérieur et inférieur comportent des lettres hébraïques, tandis

que le registre central comporte deux motifs. Intéressons-nous d’abord aux lettres : elles ne ressemblent guère à

l’hébreu moderne, et pour cause : il s’agit de lettres dites paléo-hébraïques. Leur origine remonte au IIe millénaire avant

J.-C., lorsque des Sémites adaptent les hiéroglyphes égyptiens pour créer le premier alphabet. Celui-ci se

développe lentement avant d’être adopté par les Phéniciens, les Araméens et les Hébreux notamment. Il donnera

.naissance à l’alphabet grec, puis latin, mais aussi à l’alphabet arabe.

 

Voici ce que l’on peut lire sur ce sceau (ici en lettres hébraïques traditionnelle
 

Ce qui signifie : « À Ézéchias (fils de) Ahaz, roi de Juda ». Or, ce roi est mentionné dans la Bible à partir du

second livre des Rois, chapitre 16, verset 20 : « Ahaz se coucha avec ses pères et fut enterré avec ses pères dans

la cité de David. Ézéchias, son fils, régna à sa suite ». Le texte de ce sceau concorde parfaitement avec les données

bibliques ; pour la première fois de l’histoire, un roi de la Bible hébraïque apparaît sur une inscription découverte

lors de fouilles archéologiques à Jérusalem !

Que sait-on sur ce roi ? Selon la Bible, Ézéchias régna de 716 à 687 environ avant J.-C. Son règne fut long et

prospère ; Ézéchias agrandit la capitale de son royaume, Jérusalem, afin d’accueillir les nombreux Israélites

venus s’installer en Juda suite à la destruction de leur royaume par les armées assyriennes vers 722. Ézéchias

lui-même résista aux troupes assyriennes qui assiégèrent Jérusalem vers 701. La Bible présente sa victoire

comme signe de la faveur divine, évoquant à plusieurs reprises sa fidélité à Yahwé, le dieu d’Israël. Ainsi

apprend-on par exemple qu’Ézéchias fut l’auteur d’une réforme religieuse visant à mettre fin aux pratiques

idolâtres ou syncrétistes qui avaient cours en Juda. Pourtant, la bague qu’il portait au doigt pourrait contredire ce

portrait idyllique… Explications.

Les motifs

Entre les registres supérieur et inférieur, le cachet du roi Ézéchias comporte deux motifs. Or, ceux-ci sont

tout droit issus de l’Égypte : la croix ansée, appelée ânkh, représente la vie dans les hiéroglyphes égyptiens ; le

soleil à son zénith, bardé de rayons et doté de deux larges ailes déployées en signe de protection, est l’une des

principales divinités égyptiennes connue sous le nom de Rê (« celui qui fait »), associé plus tard à Atoum, dieu

solaire créateur. Que viennent donc faire ces motifs égyptiens sur le sceau du roi Ézéchias ?

Dès le IIe millénaire avant J.-C., la Palestine est dans le giron du puissant empire d’Égypte. Ainsi a-t-on retrouvé,

lors de fouilles archéologiques en Égypte, la correspondance entre le pharaon Akhénaton (XIVe siècle avant J.-C.)

et le gouverneur de Jérusalem, un certain ʿAbdi-Khéba. Un demi-siècle plus tard, le pharaon Séti Ier érige une

stèle à Beth-Shean (au nord d’Israël) sur laquelle il commémore ses victoires dans la région. L’influence de la

civilisation égyptienne perdure des siècles durant, comme en attestent les nombreux objets égyptiens ou égyptisants

découverts sur les sites archéologiques de la Palestine antique. D’ailleurs, un millénaire plus tard, au IIIe siècle

avant J.-C., c’est à nouveau un pharaon, le roi grec Ptolémée II, qui règne sur la Judée.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant qu’un Hébreu adopte des motifs égyptiens sur son cachet, et le cas

d’Ézéchias n’est pas unique. Reste qu’on est loin du culte aniconique (c’est-à-dire sans représentation du divin)

prôné par certains textes bibliques, et qui ne se développera en réalité que deux siècles après Ézéchias : les fouilles

archéologiques révèlent un abandon des objets cultuels domestiques, tandis que les cachets ne figurent plus de

représentations divines.

Entre chasse au trésor et chasse aux sorcières

Cette découverte jette un autre pavé dans la mare. Depuis une dizaine d’années, plusieurs empreintes du même

sceau circulent sur le marché des antiquités. N’ayant pas été découvertes lors de fouilles archéologiques régulières,

elles ont suscité les critiques de nombreux spécialistes affirmant qu’elles étaient l’œuvre de faussaires. Cet

ultra-scepticisme est même devenu une mode, si bien que tout objet en rapport avec un personnage biblique est

immédiatement disqualifié dès lors que sa provenance n’est pas établie. Les épigraphistes qui auraient le malheur

de publier ces inscriptions sont accusés de collaborer avec les faussaires, comme ce fut le cas pour Robert Deutsch

, qui a publié la première empreinte du sceau d’Ézéchias en 2003.

Une telle chasse aux sorcières ne tient pas compte des réalités politiques actuelles : les territoires palestiniens ne

bénéficient pas d’une infrastructure à même de préserver les sites archéologiques comme c’est le cas en Israël, en

Jordanie ou en Égypte. Cette situation est évidemment dramatique, tout comme le pillage et la destruction de sites

archéologiques en Iraq ou en Syrie. Entre pressions politiques et lobbying religieux, les scientifiques ont parfois du

mal à conserver l’objectivité qu’exige leur discipline.

Ainsi est-ce Elad, un puissant lobby israélien, qui a financé les fouilles au cours desquelles Eilat Mazar a

découvert cette nouvelle empreinte de sceau en 2009. Les preuves archéologiques d’un royaume hébreu à

Jérusalem plusieurs siècles avant notre ère sont immédiatement mises à profit par les politiques, à l’instar du

premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui écrivait le 2 décembre sur sa page Facebook : « Cette

découverte est une preuve supplémentaire des liens étroits entre le peuple juif et Jérusalem, notre capitale

éternelle et indivise. C’est également une réfutation de l’affirmation absurde selon laquelle nous serions des

colonialistes en terre étrangère ». À l’inverse, d’aucuns s’empresseront d’affirmer qu’Ézéchias était davantage

égyptien que juif, sur la base des motifs représentés sur son cachet royal, et que sa religion n’avait rien à voir

avec le judaïsme d’aujourd’hui. Ballotté, le sceau oscille entre ultrasionisme et judéophobie.

Une découverte riche d’enseignements

La découverte de cette empreinte confirme l’existence du roi Ézéchias de Juda quelque sept cents ans avant

Jésus-Christ et, corollairement, l’authenticité de l’empreinte du même sceau publiée il y a une dizaine d’années

déjà. Elle s’ajoute à la masse croissante de données archéologiques montrant la fiabilité du cadre historique

général dans lequel s’inscrivent les récits bibliques pour la période des royaumes d’Israël et de Juda. Elle

souligne en outre l’influence majeure de l’Égypte sur les Judaïtes, non seulement sur le plan politique, mais

également sur les plans culturel et religieux, bien avant la naissance du judaïsme tel que nous le connaissons. Elle

permet ainsi de mieux comprendre les milieux de rédaction de la Bible hébraïque en les replaçant dans leurs

contextes historiques.

Fin de citation.

J'en profite pour émettre un souhait : va-t-on, enfin, s'attaquer sérieusement aux sources historiques de la Bible

et examiner ce document sous un angle vraiment scientifique, débarrassé, par conséquent, de toutes les fioritures

des "exégètes", lesquels ne semblent avoir qu'une idée en tête : partir du postulat que Dieu existe et arriver

à la conclusion "scientifique" que, "Oui, Dieu existe!" ... Heureusement que les authentiques scientifiques ne

raisonnent pas de cette façon!

 

 

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