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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

De Gaulle le visionnaire ... Il avait 50 ans d'avance!

21 Février 2016, 23:59pm

Publié par Jacques Heurtault

Force est de constater que, dans le débat politique particulièrement délétère qui caractérise notre époque, certaines personnes évoquent voire opposent les traités internationaux que la France a signé et ratifié à un moment donné, dans un contexte donné comme faisant obstacle à la mise en oeuvre de certaines orientations politiques.

On entend dire ou on lit, ici ou là, que la France ne pourrait pas se soustraire à certaines conventions ...puisqu'elle les a signé et ratifié ...

Voyons maintenant ce qu'en pensait, en son temps, un homme illustre, l'un des rares qui soit entré dans l'Histoire de son vivant : le Général de Gaulle.

Début de citation :

Conférence de presse du 21 février 1966

Rien ne peut faire qu’une loi s’impose sans amendement quand elle n’est plus en accord avec les mœurs.
Rien ne peut faire qu’un traité reste valable intégralement quand son objet s’est modifié.

Rien ne peut faire qu’une alliance demeure telle quelle quand ont changé les conditions dans lesquelles on l’avait conclue.

Il faut alors adapter aux données nouvelles la loi, le traité, l’alliance, sans quoi, les textes, vidés de leur substance, ne seront plus, le cas échéant, que de vains papiers d’archives, à moins que ne se produise une rupture brutale entre ces formes désuètes et les vivantes réalités.

Eh bien ! Si la France considère, qu’encore aujourd’hui, il est utile à sa sécurité et à celle de l’Occident qu’elle soit alliée à un certain nombre d’États, notamment à l’Amérique, pour leur défense et pour la sienne dans le cas d’une agression commise contre l’un deux, si la déclaration faite en commun à ce sujet, sous forme du Traité de l’Alliance Atlantique signé à Washington le 4 avril 1949, reste à ses yeux toujours valable, elle reconnaît, en même temps, que les mesures d’application qui ont été prises par la suite ne répondent plus à ce qu’elle juge satisfaisant, pour ce qui la concerne, dans les conditions nouvelles.

Je dis : les conditions nouvelles. Il est bien clair, en effet, qu’en raison de l’évolution intérieure et extérieure des pays de l’Est, le monde occidental n’est plus aujourd’hui menacé comme il l’était à l’époque où le protectorat américain fut organisé en Europe sous le couvert de l’O.T.A.N.

Mais, en même temps que s’estompaient les alarmes, se réduisait aussi la garantie de sécurité, autant vaut dire absolue, que donnaient à l’Ancien Continent la possession par la seule Amérique de l’armement atomique et la certitude qu’elle l’emploierait sans restriction dans le cas d’une agression. Car, la Russie soviétique s’est, depuis lors, dotée d’une puissance nucléaire capable de frapper directement les États-Unis, ce qui a rendu, pour le moins, indéterminées les décisions des Américains quant à l’emploi éventuel de leurs bombes et a, du coup, privé de justification – je parle pour la France – non certes l’alliance, mais bien l’intégration.

D’autre part, tandis que se dissipent les perspectives d’une guerre mondiale éclatant à cause de l’Europe, voici que des conflits où l’Amérique s’engage dans d’autres parties du monde, comme avant-hier en Corée, hier à Cuba, aujourd’hui au Vietnam, risquent de prendre, en vertu de la fameuse escalade, une extension telle qu’il pourrait en sortir une conflagration générale. Dans ce cas, l’Europe, dont la stratégie est, dans l’O.T.A.N., celle de l’Amérique, serait automatiquement impliquée dans la lutte lors même qu’elle ne l’aurait pas voulu.

Il en serait ainsi pour la France, si l’imbrication de son territoire, de ses communications, de certaines de ses forces, de plusieurs de ses bases aériennes, de tels ou tels de ses ports, dans le système militaire sous commandement américain devait subsister plus longtemps.

Au surplus, notre pays, devenant de son côté et par ses propres moyens une puissance atomique, est amené à assumer lui-même les responsabilités politiques et stratégiques très étendues que comporte cette capacité et que leur nature et leurs dimensions rendent évidemment inaliénables.

Enfin, la volonté qu’a la France de disposer d’elle-même, volonté sans laquelle elle cesserait bientôt de croire en son propre rôle et de pouvoir être utile aux autres, est incompatible avec une organisation de défense où elle se trouve subordonnée.

Par conséquent, sans revenir sur son adhésion à l’Alliance atlantique, la France va d’ici au terme ultime prévu pour ses obligations et qui est le 4 avril 1969, continuer à modifier successivement les dispositions actuellement pratiquées, pour autant qu’elles la concernent.

Ce qu’elle a fait hier à cet égard en plusieurs domaines, elle le fera demain dans d’autres, tout en prenant, bien entendu, les dispositions voulues pour que ces changements s’accomplissent progressivement et que ses alliés ne puissent en être soudain et de son fait  incommodés.

En outre, elle se tiendra prête à régler avec tels ou tels d’entre eux, et suivant la façon dont elle a déjà procédé sur certains points, les rapports pratiques de coopération qui paraîtront utiles de part et d’autre, soit dans l’immédiat, soit dans l’éventualité d’un conflit. Cela vaut naturellement pour la coopération alliée en Allemagne.

Au total, il s’agit de rétablir une situation normale de souveraineté, dans laquelle ce qui est français, en fait de sol, de ciel, de mer et de forces, et tout élément étranger qui se trouverait en France, ne relèveront plus que des seules autorités françaises. C’est dire qu’il s’agit là, non point du tout d’une rupture, mais d’une nécessaire adaptation.

Charles de Gaulle, 21 février 1966

Fin de citation.

Je conclus simplement en posant deux questions :

1. Dans la mesure où la Constitution des Etats Unis interdit que des militaires américains soient commandés par des officiers autres que américains eux-mêmes (ce qui explique que le commandement militaire des forces de l'OTAN est obligatoirement dirigé par un général américain car les troupes de l'OTAN comportent nécessairement des militaires notamment américains), pourquoi la France devrait-elle accepter que ses troupes soient commandées par des officiers autres que français?

2. Hormis la référence explicite à la Russie soviétique, qu'y a t-il à changer, aujourd'hui, à ce texte d'une fulfurante lucidité?

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Crollalanza 27/02/2016 12:01

Bonjour. Merci pour ce document et vos questions. Puis-je suggérer de se rapporter au mouvement de l'Union Populaire Républicaine ? Inspiré, notamment, du raisonnement politique de de Gaulle, l'UPR propose que soit débattue la sortie de l'Union Européenne, de l'Euro et de l'OTAN. Les moyens, les conditions et les objectifs sont exposés sur le site www.upr.fr. On y constate, en outre, combien problématique (mais en fait fondamentalement banal) est le positionnement de M. Mélanchon à l'égard de ces questions stratégiques.

Jacques Heurtault 27/02/2016 12:11

Sur ce site, vous trouverez TOUJOURS la possibilité de débattre sur le fond des choses. Je ne suis affilié à aucun parti politique. Cela n'a pas toujours été le cas ... Si vous souhaitez publier, SOUS VOTRE RESPONSABILITE, sur mon blog, un texte défendant la sortie de la France de l'Euro, de l'Union Européenne et de l'OTAN, c'est bien volontiers que je vous y accueillerai ... Pour cela vous pouvez utiliser la fonction "Laisser un message" en bas de page. Je reprendrai votre texte (qui devra être signé!) aux fins de publication.

I-Cube 22/02/2016 11:18

Parfait !

Pourquoi reste-je un des derniers gaulliste de ce pays, au juste ?

Bien à vous !

I-Cube

Jacques Heurtault 22/02/2016 12:03

Bien dit! Toutefois, on ne peut pas aller de l'avant d'une manière sécurisée en regardant dans le rétroviseur ... L'Histoire est toujours très utile car elle permet de ne pas recommencer les mêmes erreurs ... quand on l'utilise correctement!