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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Interview de Al Assad par la télévision allemande ...

11 Mars 2016, 15:51pm

Publié par Jacques Heurtault

Cet interview a eu lieu le 1er Mars 2016 et son objet est le cessez le feu entre les différents protagonistes du conflit en Syrie.

Début de citation :

11 mars 2016

Entretien accordé par le Président syrien à la télévision allemande « ARD » [Texte intégral]

Bachar al-Assad : "Lorsque les États occidentaux auront la volonté de faire leur devoir, nous n’aurons plus de problème pour arrêter le cauchemar en Syrie"

 

 

 

 

 

Journaliste : Monsieur le Président, je vous remercie infiniment pour avoir accordé cette entrevue à la télévision allemande ARD.

Le Président al-Assad : Bienvenue à vous en Syrie

 

Question 1 : Hier, alors que nous filmions à la Mosquée des Omeyyades, nous nous sommes entretenus avec les gens sur le cessez-le feu. Un vendeur de Chawerma nous a dit « c’est peut-être un jour historique ». Ma question est, Monsieur le Président, êtes-vous d’accord que ce serait là un jour historique, et vivons-nous un moment particulier de l’histoire syrienne ?

Le Président Al-Assad : Disons plutôt que je l’espère, étant donné que nous avons accepté l’accord sur la « cessation des hostilités » la semaine dernière. Parlons plutôt d’une lueur d’espoir pour les Syriens et pour nous tous. Mais en général, un cessez-le-feu, une cessation des hostilités, ou n’importe quel accord de ce type est bilatéral. Il va donc être difficile de le maintenir et de le sauver, puisqu’il est multilatéral. Je veux dire par là que vous parlez d’une centaine de factions de terroristes et de nombre de pays qui les soutiennent. Autrement dit, vous parlez de deux camps ayant des objectifs contradictoires en ce qui concerne cet accord. C’est pourquoi, disons que nous allons faire notre travail pour qu’il fonctionne, quoique la bonne volonté ne soit pas suffisante.

 

Question 2 : Que faites-vous, vous et le gouvernement syrien, pour sauver ce cessez-le feu ?

Le Président Al-Assad : Dans les faits, il a commencé il y a moins de 48 heures et, comme vous êtes ici depuis quelques jours, je pense que vous savez que les terroristes l’ont violé dès la première heure. Quant à l’armée syrienne, nous nous sommes abstenus de riposter pour lui laisser une chance de se maintenir. Voilà ce que nous pouvons faire, mais finalement toute chose a ses limites et cela dépend de l’autre partie.

 

Question 3 : Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour arriver à un accord ?

Le Président Al-Assad : Il n’a pas fallu si longtemps pour arriver à un accord. Il a fallu longtemps pour que les autres pays qui supervisent les terroristes, notamment les États-Unis, se mettent à travailler là-dessus. Ils ont commencé à en parler il y a seulement quelques mois ; alors que, dès le début, nous avions initié ce processus sur une base interne que nous avons désigné par « Réconciliation locale ». Un processus qui mène à la cessation des hostilités à partir du moment où vous accordez l’amnistie aux miliciens afin qu’ils rejoignent l’armée syrienne ou retournent à une vie civile normale. C’est un processus que nous avons lancé depuis quelques années et qui a réussi dans plusieurs régions. La seule différence est que cet accord de cessation des hostilités est plus global, bien qu’il ne soit pas total.

 

Question 4 : Il y a trois jours, nous étions à Daraya. Nous avons vu le bombardement intensif de cette ville. Je pense que l’un des problèmes de la Syrie est : « qui décide que ceux que vous frappez sont des terroristes de l’EIIL et du Front al-Nosra ou des rebelles ? ». Je pense que vous êtes le seul à en décider et que la paix est entre vos mains. Non ?

Le Président Al-Assad : Qu’entendez-vous par « la paix entre mes mains » ?

 

Question 5 : Votre décision de frapper ou de ne pas frapper. C’est vous qui définissez qui sont ces gens ?

Le Président Al-Assad : Vous avez raison. Lorsque vous avez un tel accord, vous devez vous poser deux questions : sur quelles cartes militaires devez-vous travailler et quels sont les critères ou les mécanismes de surveillance du cessez-le-feu ? Or, comme je viens de le dire, la cessation des hostilités a été décrétée il y a 24H et, jusqu’à cet instant précis, nous ne disposons toujours pas de ces cartes. Par conséquent, disons que l’accord n’est pas encore arrivé à maturité. Lorsque ce sera le cas, vous pourrez dire que j’en assume la responsabilité en tant que partie prenante de la survie de cet accord.

 

Question 6 : maginez, Monsieur le Président, que je sois un rebelle et non un terroriste de l’EIIL ou du Front al-Nosra, un rebelle de l’armée syrienne libre [ASL]. Que devrais-je faire pour que vous m’acceptiez de nouveau comme civil syrien ?

Le Président Al-Assad : Juste que vous déposiez vos armes et que vous n’ayez aucun autre agenda politique. Que vous décidiez de rejoindre le processus politique ou que vous vous en désintéressiez, n’a pas d’importance. Le plus important pour moi, d’un point de vue légal et constitutionnel, en me basant sur l’intérêt du peuple syrien et sur le principe valable pour tout État, est qu’en tant que citoyen vous n’êtes pas autorisé à user de vos armes pour nuire aux personnes et aux biens. C’est tout ce que nous demandons et rien d’autre. Comme je l’ai dit, nous leur offrons une amnistie totale. C’est déjà arrivé, certains ayant rejoint l’armée syrienne, d’autres s’étant intégrés dans la vie politique.

 

Question 7 : C’est donc une réelle amnistie que vous offrez à tous les rebelles ?

Le Président Al-Assad : Nous l’avons fait, et cela a fonctionné.

 

Question 8 : Pourquoi le gouvernement syrien ne peut-il accepter l’existence de deux sortes de groupes [armés] : l’un correspondant aux terroristes, tels ceux de l’EIIL et du Front al-Nosra ; l’autre correspondant aux rebelles, disons, plus civils ? Pourquoi dites-vous toujours que vous combattez uniquement des terroristes ?

Le Président Al-Assad : Dun point de vue légal, celui qui porte des armes contre les civils ou contre les propriétés privées ou publiques est un terroriste. Je crois qu’il en est de même pour mon pays et le vôtre. Vous n’acceptez pas qu’une soi-disant « opposition modérée » use de ses armes pour atteindre ses objectifs. Aucun pays ne l’accepterait. C’est l’un des aspects de votre question.

L’autre aspect est que nous ne disons pas que tout milicien est un extrémiste. Nous disons qu’actuellement la majorité des groupes armés qui contrôlent certaines régions sont essentiellement des groupes terroristes. L’autre partie, promue comme modérée, est marginale et sans importance. Elle n’a aucune influence sur le terrain et c’est pourquoi la plupart de ses bases rejoignent les extrémistes, non parce que ses éléments sont nécessairement des terroristes, mais par peur, pour l’argent ou le salaire. Donc, si nous disons que nous combattons des terroristes, c’est parce qu’aujourd’hui le vrai ennemi est constitué par des groupes terroristes, principalement Daesh, Al-Nosra, Ahrar al-Cham, et Jaïsh al-Islam.

 

Question 9 : N’avez-vous pas le sentiment qu’en réalité il y a quand même une différence entre ces deux groupes ? Ces terroristes viennent de l’étranger, d’Arabie Saoudite, de Tchétchénie et de partout dans le monde ; alors que les rebelles sont finalement des Syriens et viendra le moment où vous devrez discuter avec eux. Pourquoi ne pouvez-vous pas commencer dès aujourd’hui ?

Le Président Al-Assad : Nous l’avons fait. Nous l’avons déjà fait. C’est ce que j’ai signifié en évoquant les réconciliations locales. Dans ce cas, vous parlez avec les milices [armées] qui se battent sur le terrain, non avec l’opposition politique. Je suis donc d’accord avec vous sur ce point.

En revanche, lorsque vous parlez de deux sortes de groupes, les Syriens que vous désignez par « rebelles » et les autres, vous négligez qu’en réalité, ils travaillent ensemble. Vous n’avez pas, en Syrie, un groupe [terroriste] composé exclusivement d’étrangers. Vous avez des [terroristes] étrangers mélangés avec des Syriens partageant la même idéologie qui refuse quiconque ne leur ressemble pas et les mêmes espoirs, notamment celui de créer ce qu’ils appellent l’« État islamique » ou équivalent.

 

Question 10 : Monsieur le Président, vous avez accepté un processus de transition. Quelles sont les prochaines étapes ?

Le Président Al-Assad : C’est un processus qui doit aboutir à un gouvernement d’union nationale auquel se joindront ceux qui souhaiteront en faire partie. Ce gouvernement devra préparer la prochaine Constitution, laquelle sera suivie d’élections législatives qui définiront la forme de la prochaine ou de la nouvelle Syrie. Telles sont les principales étapes de la période de transition.

 

Question 11 : J’étais ici il y a quatre ans, au moment ou se sont déroulées les élections législatives de 2012. Comment pouvez-vous dire qu’il serait possible de tenir des élections pendant la guerre civile ?

Le Président Al-Assad : Tout d’abord, il n’y a pas de guerre civile. Une telle définition est fausse. Il y a guerre civile quand existent des lignes de démarcation sociales correspondant à des différences sectaires, ethniques, ou autres. Nous n’avons toujours pas cette sorte de lignes, vu le mélange manifeste dans les zones contrôlées par le gouvernement où coexistent toutes les couleurs du spectre social syrien. Vous ne pouvez donc pas parler de cette guerre comme d’une guerre civile. C’est vraiment les terroristes contre tout le reste.

Quant aux élections, il ne s’agit pas d’un passe-temps, de l’opinion du Président ou de l’humeur du gouvernement. Elles renvoient à la Constitution. Notre guerre est motivée par l’indépendance de notre pays, parce que d’autres pays, principalement en Occident veulent, avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, détruire notre pays et transformer la Syrie en État confessionnel comme au Liban et, peut-être, comme en Irak.

La Constitution est aujourd’hui le symbole de l’unité, de la souveraineté et de l’indépendance du pays. Nous devons la défendre. Or, la Constitution n’est pas une simple rédaction sur papier. C’est la manière dont vous la mettez en pratique, notamment en organisant des élections, lesquelles n’appartiennent pas de droit au gouvernement mais à chaque citoyen. C’est aux citoyens de décider s’ils en veulent ou pas. Et si vous interrogez les Syriens, tous souhaitent un nouveau Parlement.

 

Question 12 : Est-ce que la Constitution et donc la stabilité en Syrie valent plus que des centaines de milliers de vies ?

Le Président Al-Assad : Il n’y a pas de contradiction qui ferait que nous ayons à juger de l’importance de l’un de ces sujets par rapport à l’autre, car sans stabilité vous perdriez des milliers de vies, alors que la stabilité retrouvée vous permettrait de les sauver. Vous ne pouvez donc pas dire que ceci est plus important que cela, la stabilité et la Constitution étant très importantes pour épargner des vies.

 

Question 13 : L’écrasante majorité des pays et organisations du monde disent qu’il ne pourrait y avoir de solution à la question syrienne avec vous au pouvoir. Êtes-vous prêt à l’abandonner ?

Le Président Al-Assad : Pour ces pays et ces fonctionnaires ? Non, bien sûr que non, car ce n’est pas leur affaire. C’est pourquoi je ne leur ai jamais répondu. Cela fait cinq ans qu’ils le répètent et que nous n’avons accordé le moindre intérêt à ce qu’ils disent. C’est notre affaire. C’est l’affaire de la Syrie. Seuls les citoyens syriens ont le droit de dire qui ils veulent pour président. En tant qu’Allemand, vous n’accepteriez pas que moi ou n’importe qui d’autre vous dicte quel devrait être votre Chancelier ou votre système politique. Vous ne l’accepteriez pas, comme nous ne l’acceptons pas. Par conséquent, non, quoi qu’ils disent, mon destin politique est uniquement lié à la volonté du peuple syrien.

 

Question 14 : Plus généralement, si les conditions étaient telles que le peuple syrien le voulait, seriez-vous prêt à vous retirer ?

Le Président Al-Assad : Certainement et sans aucun doute. Je le ferais immédiatement sans aucune hésitation, car si vous voulez réussir en tant que fonctionnaire élu à un poste de Président, de Premier ministre ou de n’importe quelle autre fonction, vous avez besoin du soutien du peuple. Sans ce soutien, vous ne pouvez rien accomplir. Alors, que feriez-vous à votre poste ? La volonté du peuple et votre capacité à accomplir quelque chose sont donc liées l’une à l’autre.

 

Question 15 : Avez-vous déjà une idée sur le timing de cette étape ? Vous savez que plusieurs dates ont été évoquées. Une information issue du Bureau de De Mistura dit que la date la plus probable serait en 2018.

Le Président Al-Assad : Non, non, ce n’est pas leur affaire. Cela ne fait partie d’aucun plan. Comme je l’ai dit, seuls les Syriens peuvent en décider.

 

Question 16 : Êtes-vous d’accord que ce que nous voyons en Syrie est une catastrophe humanitaire ?

Le Président Al-Assad : Bien sûr, sans aucun doute.

 

Question 17 : Alors, pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que vous autorisiez le plein accès aux zones assiégées ?

Le Président Al-Assad : Non, ce n’est pas vrai. Nous n’avons pas mis si longtemps à en autoriser l’accès. En réalité, ce sont les médias occidentaux qui ont mis beaucoup de temps à reconnaître ce qui se passait sur le terrain. Je vais être très franc avec vous. Posons une question logique et réaliste à la fois : ces zones dont vous parlez, lesquelles seraient assiégées depuis des années par l’armée tout en continuant à la combattre jusqu’aujourd’hui et à lui envoyer bombes et tirs de mortiers ainsi que sur les villes voisines, comment aurions-nous pu les empêcher de recevoir aides et nourriture alors que nous n’avons pas pu les empêcher de recevoir des armes ? Est-ce logique ? Non, ça ne marche pas. Soit l’embargo est total, soit vous ne pouvez pas faire d’embargo. Et si nous n’avons pas fait d’embargo c’est pour plusieurs raisons. Mis à part l’aspect humanitaire, les valeurs auxquelles nous croyons et le sens des responsabilités de notre gouvernement à l’égard de tous les Syriens, imposer un embargo aurait précipité les civils habitant ces régions dans le giron des terroristes.

Une autre raison concrète est pourquoi assiégerions-nous ces villes, citées par vous et récemment par beaucoup d’autres médias, pendant que nous continuons à envoyer des vaccins et les salaires des fonctionnaires à des villes comme Raqqa, laquelle est sous contrôle de l’EIIL ? Comment pouvons-nous faire un embargo ici et ne pas faire un embargo là-bas ? Ce que vous dîtes est contradictoire et irréaliste.

 

Question 18 : Maintenant que vous avez la couverture du cessez-le-feu, vous est-il possible de garantir aux organisations de secours un accès permanent à ces zones assiégées ?

Le Président Al-Assad : Elles ont travaillé ici au cours de ces dernières années. Nous n’avons jamais dit non. Mais leur travail doit passer par le gouvernement. Elles ne peuvent pas faire comme si le gouvernement n’existait pas. Ceci dit, il est évident que la réalité sur le terrain peut parfois faire obstacle en zones de combats. D’autres fois, il arrive que des conflits surgissent entre ces organisations et les fonctionnaires de notre gouvernement. Mais du point de vue décision politique, nous ne posons aucun problème à l’arrivée des aides partout en Syrie, et nous les soutenons.

 

Question 19 : Vous avez parlé d’élections en avril prochain. Ne serait-ce pas consulter une fraction du peuple, puisque nombre de Syriens ont quitté le pays pour fuir le chaos ?

Le Président Al-Assad : Oui, mais pour autant la Syrie n’est pas vidée. La majorité des Syriens vit toujours en Syrie, non l’inverse. Ce fut le discours précédant les élections présidentielles, mais le monde a été surpris de voir un pourcentage élevé de réfugiés, à l’extérieur de la Syrie, participer à ces élections. Par conséquent, je crois que chaque Syrien aimerait un tel renouveau dans son pays, parce qu’il redonnera de l’espoir et que c’est naturel pour tout pays et toute culture.

 

Question 20 : Le gouvernement syrien apprécie-t-il le rôle de l’Allemagne pour son accueil d’un grand nombre de Syriens ?

Le Président Al-Assad : Disons que nous l’apprécions d’un point de vue humanitaire. Nous ne pouvons pas dire que ce n’est pas bien d’accepter des réfugiés ayant quitté leur pays en raison des difficultés qu’ils y rencontrent. Mais ne serait-il pas plus humain de les aider à rester dans leur pays ? Parce que si vous posiez cette question à l’un d’entre d’eux, il vous répondrait qu’il aimerait pouvoir y retourner. Ne serait-il pas moins coûteux d’adopter ou de mener des politiques plus sages et plus prudentes en ce qui concerne la crise syrienne, et de permettre à ces personnes de vivre dans leur pays, en travaillant contre le terrorisme, pour la stabilité de la Syrie, sans s’ingérer dans ses affaires ? Ce serait plus humain.

 

Question 21 : Y a-t-il un rôle précis attribué à l’Allemagne dans l’ensemble de la question syrienne, ou bien est-elle considérée au même titre que d’autres pays étrangers, tels les États-Unis et l’Arabie Saoudite ?

Le Président Al-Assad : Nous espérons que chaque pays puisse jouer son rôle, particulièrement les pays européens dont l’Allemagne, qui a la plus forte économie et qui est censée mener l’Union européenne non seulement économiquement mais aussi politiquement ; un rôle que nous n’avons toujours pas constaté en pratique, car ce rôle suppose la volonté et que la volonté suppose l’indépendance. La question est donc : combien de fonctionnaires européens sont-ils indépendants de la politique et des politiciens étatsuniens ? Jusqu’à présent, ce que nous avons vu est un copier-coller de ce qu’ils disent et de ce qu’ils font. Par conséquent, je ne peux pas parler de rôle s’il n’y a pas d’indépendance.

 

Question 22 : Lors de mon dernier voyage en Syrie, je suis allé à Alep. Cette fois-ci, je me suis rendu à Homs. Ce sont des images incroyables, telles des images de l’Apocalypse. Je suppose qu’il n’y a pas de doute sur le fait que l’armée syrienne est en partie coupable de ce qui est arrivé ici. Ma question personnelle, Monsieur le Président, êtes-vous capable de dormir la nuit ?

Le Président Al-Assad : La question plus importante est : suis-je capable de travailler ? Peu importe que vous dormiez ou non. Pour les gens, ce qui importe est de savoir ce que le Président peut faire et de combien de terroristes nous pouvons nous débarrasser, à défaut de les convaincre de reprendre une vie normale. C’est ce que nous faisons tous les jours. Donc, si nous ne pouvons pas dormir, c’est parce que nous devons travailler. C’est précisément de cela qu’il s’agit.

 

Question 23 : L’ONG « Médecins Sans Frontières » a déclaré qu’en 2015, 94 hôpitaux ont été bombardés, avec le soutien de l’État. Comment est-ce possible ? Je veux dire, vous ne pouvez pas prétendre que, disons-le, ces crimes de guerre ont été commis seulement par la coalition américaine. La Russie et la Syrie ont leur part de responsabilité.

Le Président Al-Assad : Si nous avions voulu commettre ce genre d’actions, nous l’aurions fait depuis longtemps. Nous ne savons pas qui a commis le dernier bombardement [signalé par cette ONG]. Nous n’avons aucune raison de bombarder un hôpital. Quant à ce que vous décrivez comme un crime, c’est évidemment un crime. Mais cela dépend des critères sur lesquels vous vous basez pour user de ce terme. Si c’est sur nos critères à nous, c’est certainement un crime. En revanche, si vous vous basez sur les critères occidentaux, ce n’est plus le cas, pour la simple raison que l’Occident n’a toujours pas appliqué ce terme à sa guerre de 2003 en Irak, où plus d’un million et demi d’Irakiens ont été tués. L’occident ne parle pas non plus de crimes de guerre au Yémen, où les Saoudiens ont commis des atrocités. Il ne parle pas de crimes de guerre en Syrie, quand les groupes armés tuent des milliers d’innocents par des tirs de mortiers et des attentats de kamikazes. Franchement, cela dépend des critères et, selon nos critères, ce sont des actes criminels.

 

Question 24 : Pour être clair, la plupart des observateurs imputent le bombardement des écoles et des hôpitaux à l’armée syrienne et à la force aérienne russe, précisant qu’il s’agit d’une stratégie de guerre, non de dommages collatéraux. N’est-ce pas un fardeau sur vos épaules ?

Le Président Al-Assad : Une question simple que vous devriez vous poser devant un tel discours : quel serait notre intérêt à agir de la sorte ? Mettant de côté les valeurs et les principes, je vous réponds : non. Non, parce que c’est le gouvernement qui a construit ces installations et ces infrastructures et qu’il a besoin que la population soit de son côté. Pour cela, c’est plutôt lui qui offre les services de base. Une simple question : que gagnons-nous ? Rien. Nous perdons. Nous n’avons donc aucun intérêt à ce faire et c’est un non définitif. Non, nous n’avons pas bombardé cet hôpital, il nous appartient, nous savons que ce sont des médecins qui l’occupent et non des terroristes. Il en est de même pour l’hôpital de Raqqa où sévit l’EIIL et où, comme je vous l’ai déjà dit, nous expédions des vaccins à la population. Pourquoi attaquerions-nous l’hôpital de cette ville ? C’est contradictoire !

 

Question 25 : Il y a deux ans, au moment où l’armée syrienne était affaiblie et en défaite, nous avons vu le Hezbollah intervenir comme, par exemple, à Al-Qusayr près de la frontière libanaise. Vers la fin de l’année dernière et alors que vous étiez sur le point de perdre Alep, nous avons vu les Russes intervenir pour vous aider, ainsi que nombre de combattants et de conseillers venus d’Iran. Qu’attendent-ils de vous en retour ?

Le Président Al-Assad : Tout d’abord, concernant ce que vous qualifiez de « défaite », toute guerre est en réalité une somme de batailles, certaines que vous perdez, d’autres que vous gagnez. Nous étions donc en train de perdre en un endroit et de gagner en un autre, la situation ne pouvant se ramener à une victoire ou une défaite. Ce n’est pas une guerre facile. Nous nous battons contre des dizaines de pays qui soutiennent ces mercenaires terroristes. Nos alliés et amis, ayant rejoint cette guerre directement ou indirectement, ont une vision différente de la vôtre. Ils ne sont pas venus en Syrie pour aider le président syrien ou le gouvernement syrien. Ils sont venus parce qu’ils savent que lorsque le terrorisme s’installe dans une région, il ne reconnaît pas les frontières. La preuve en est l’EIIL : de Libye, à l’Irak, à la Syrie, il n’a plus de frontières. Ils savent que si le terrorisme finit par contrôler cette région, il débordera ailleurs et non seulement dans les pays voisins. Leur vision de la situation est donc très claire. Ils ne se contentent pas de nous défendre, mais se défendent aussi. Ils ne sont pas venus pour me demander quoi que ce soit. Tous nos amis respectent notre souveraineté sans rien nous demander en retour.

 

Question 26 : Monsieur le Président, pouvez-vous encore dire que la Syrie est un État souverain. Votre politique n’est-elle pas d’ores et déjà définie à Téhéran ou au Kremlin ?

Le Président Al-Assad : La souveraineté est un terme relatif. Avant la crise, Israël occupait déjà une partie de notre terre. Par conséquent, nous considérions que notre souveraineté ne serait pas totale tant que nous n’aurions pas libéré cette terre. Actuellement, nombre de terroristes traversent nos frontières et nombre d’avions américains et de ce que l’on désigne par « la Coalition » violent notre espace aérien. Donc, en effet, notre souveraineté est incomplète. En même temps, tant que vous avez une Constitution, que les institutions fonctionnent, que l’État fait son travail au service de la population même à un niveau minimal, et surtout tant que le peuple syrien n’est soumis à aucune puissance étrangère ; cela signifie que vous êtes toujours souverain, même si ce n’est pas au sens plein de ce terme.

 

Question 27 : Revenons cinq ans en arrière quand les soulèvements dans le monde arabe ont commencé, ainsi qu’à Daraa, ville située au sud de la Syrie à la frontière syro-jordanienne. Notre impression est que des jeunes ont été emprisonnés pour avoir inscrit des graffiti sur un mur et que les Forces de sécurité ont frappé très fort lorsque les parents ont manifesté pour les récupérer. Était-ce une bonne idée de réprimer si durement cette sorte de jeunes fous et de déclencher toute la guerre civile qui a suivi ?

Le Président Al-Assad : Pour commencer, toute cette histoire n’a pas existé. Elle n’a pas eu lieu. Ce ne fut que de la propagande. Je veux dire que nous avons entendu parler d’eux, mais que nous n’avons jamais vu ces jeunes prétendument emprisonnés à ce moment là. Ce récit est donc faux. Supposons qu’il soit vrai, ce qui n’est pas le cas, et comparons-le avec ce qui s’est passé aux États-Unis l’année dernière, quand tout le monde discutait et condamnait plusieurs meurtres de citoyens noirs américains par la police. Quelqu’un a-t-il demandé aux gens d’user de leurs mitrailleuses pour tuer, juste parce qu’un policier a commis une erreur ? Ce n’était pas justifiable. Par conséquent, même si les choses s’étaient passées comme vous le dites, ce qui n’a pas eu lieu, ce n’est pas une excuse qui vous permettrait de prendre votre mitrailleuse, de combattre le gouvernement et de tuer des civils et des innocents.

L’autre question : quelles contre-mesures adopteriez-vous face à des gens qui tuent dans vos rues et attaquent les propriétés ? Vous leur diriez : faites ce que bon vous semble, quoi que vous fassiez je reste ouvert, je ne vous répondrai pas ? Ce n’est pas possible. Nous avons une seule option, celle de les arrêter et de les empêcher de continuer à tuer. Face à des mitrailleuses, nous n’allons pas répondre par un lâcher de ballons. Nous devons utiliser nos armes. C’est notre seule option.

 

Question 28 : La guerre en Syrie déstabilise toute la région, les États voisins comme la Turquie, l’Irak, la Jordanie, le Liban. De plus, elle affecte déjà l’Europe. Ceci fait qu’une large partie du monde est touchée par la guerre syrienne. Que faites-vous pour arrêter ce cauchemar ?

Le Président Al-Assad : Ce cauchemar ne dépend pas uniquement de la Syrie. Depuis le début de la crise, nous avons adopté deux pistes de travail : établir le dialogue avec tout le monde, les pays, les factions et les miliciens, afin de rétablir la stabilité ; combattre les terroristes qui refusent de déposer leurs armes. Mais la question est : à quoi sont prêtes les parties adverses ? Car une part de la catastrophe, ou du cauchemar dont vous parlez, est due à l’embargo occidental qui affecte tous les citoyens syriens sans exception et non seulement aux terroristes qui tuent et détruisent. Qu’est-ce qu’elles sont prêtes à faire pour arrêter le cauchemar et soulager la douleur des Syriens ? Sont-elles prêtes à faire pression sur des pays comme la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar, lesquels soutiennent les terroristes, afin de les obliger à arrêter le passage clandestin de terroristes, la contrebande de toutes sortes d’armes et la fourniture de toutes sortes de supports logistiques ? Telle est la question. Lorsque tous ces États se seront mis d’accord ou, disons-le, auront la volonté de faire leur devoir à ce sujet, je puis vous assurer que nous n’aurons pas de problème pour arrêter ce cauchemar en Syrie.

 

Question 29 : Ma dernière question, Monsieur le Président. Lorsque votre père Hafez est décédé en 2000, vous avez quitté Londres où vous exerciez votre métier d’ophtalmologiste, pour rentrer à Damas et accéder à vos fonctions. Ayant à l’esprit tout ce qui s’est passé ces cinq dernières années, le feriez-vous encore ? Reviendriez-vous à Damas, ou bien resteriez-vous à Londres ?

Le Président Al-Assad : En fait, dans cette région, la politique fait partie intégrante de la vie de chaque citoyen syrien étant donné les circonstances qui font qu’elle affecte son quotidien. Vous ne devenez donc pas un homme politique par goût, mais par nature. Il en est de même pour moi, d’autant plus que je suis issu d’une famille politique et que j’ai hérité de cette passion. Mais cette passion ne se réduit pas à un passe temps ou à un domaine qui vous plaît. Elle vous ramène à la façon dont vous pouvez servir votre pays. J’étais un médecin dans le secteur public. Je suis désormais un homme politique. Je suis donc passé d’un secteur public à un autre secteur public plus large. C’est toujours le même principe. Et, bien sûr, tant qu’il s’agit d’aider le peuple syrien vous devez être prêt à aider de plus en plus, à continuer encore et encore, jusqu’à ce que vous n’en soyez plus capable et que le peuple syrien ne veuille plus de vous à ce poste.

 

Journaliste : Je vous remercie beaucoup.

Le Président Al-Assad : Merci à vous

Docteur Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

01/03/2016

Source : SANA [ Syrian Arab News Agency]

http://sana.sy/en/?p=70991

Texte traduit par Mouna Alno-Nakhal

URL de cet article 30057
 
Fin de citation.
 
29 questions ... Voilà ce qu'on peut appeler une interview en profondeur. Le texte des questions démontre que le journaliste n'a fait preuve d'aucune complaisance. On aimerait avoir des médias de cette qualité en France! Hélas, on en est loin!
 
Bien entendu, je n'assume pas le contenu des réponses faites par Bachar Al Assad. Toutefois, je me porte garant de leur authenticité car je n'ai aucune raison de mettre en doute la réalité de cet interview. Il tombe en effet sous le sens que si cet interview était "bidon", voire un "hoax", la chaine de télévision ARD aurait déjà réagi pour protester, attendu que l'interview a eu lieu le 1er Mars et que nous sommes déjà le 11 Mars ...
 
Les réponses sont claires, dépourvues de la moindre ambigüité, de la moindre échappatoire. Comment se fait-il que l'on ne parle pas de cet interview pourtant capital dans la presse française? En a -t-on parlé dans la presse allemande? Je n'ai pas la réponse ...
 
Merci au journal "Le Grand Soir" de l'avoir mis à disposition et de nous avoir tous autorisé à le reproduire en citant la source.
Cet interview est à rapprocher de l'appréciation que Obama vient de rendre public quant au rôle des Etats Unis aussi bien dans ce conflit que dans le conflit précédent qui concernait, lui, la Lybie aboutissant à ce que je n'hésite pas à qualifier d'assassinat de Khadafi (quoi que je puisse penser - pas vraiment "positif", c'est le moins que l'on puisse en dire! - de ce "personnage") aboutissant à une situation encore plus cahotique dans ce pays dont on se demande s'il mérite toujours le nom d'Etat.
   
 

 

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Alain 14/03/2016 10:07

C'est une vision tres restrictive du journalisme!Dans votre option ils ne seraient que des machines a debiter des informations brutes qui ne sont pas la meilleure facon d'informer ,bien au contraire!!Aucun pays democratique ne voit ainsi le role des journalistes.

Jacques Heurtault 14/03/2016 11:16

Je maintiens qu'un journaliste, pour mériter ce label, ne doit, EN AUCUN CAS, se comporter en militant. Il doit dire ce qu'il sait, même si cela ne va pas dans le sens qu'il souhaite au regard de ses convictions personnelles. En outre, on peut constater que la plupart des organes de presse participent à de véritables campagne de propagande. C'est vrai, notamment, lorsque, le même jour, de nombreux organes de presse publient ou développent un thème précis dont le contenu, d'un organe à l'autre, est le même et pourrait être inter-changé avec un autre organe. La source, c'est le "dossier de presse" qui est remis par l'agence de communication, laquelle décide même d'un "embargo" (interdiction d'en parler avant telle date!) afin de provoquer un impact plus important sur l'opinion publique, action véritablement programmée et nourrie par un "but à atteindre".
L'interview de Assad par l'A.R.D (télévision allemande!) est un magnifique contre-exemple : comment se fait-il que personne n'a jamais entendu parler de cet interview? Pourquoi faut-il que ce soit les services officiels syriens qui en diffusent la traduction? La réponse est simple : le contenu de cet interview contribue à renforcer la position de Assad alors même que le but du journaliste n'était pas celui-là! (A-t-on entendu dire que l'Allemagne était devenue favorable à Assad? Ce n'est évidemment pas le cas!). Il est EVIDENT qu'une campagne de presse hostile à Assad vient de commencer sur plusieurs médias (France 2, La Croix). C'est la conséquence des graves revers politiques encaissés par l'opposition "modérée" (qui utilise moult mitrailleuses, lance-rockets, matériel sophistiqué de combat qui sont fournis GRATUITEMENT par des Etats étrangers qui ont intérêt au renversement d'Assad). La Russie, elle, intervient, LEGALEMENT, en Syrie puisqu'elle le fait en application des accords de coopération militaire entre les deux pays. Tout comme la France au Mali ... Rien de plus, rien de moins!
Par contre, un journaliste qui ne s'appuierait, systématiquement, que sur une seule source commettrait une grave faute professionnelle et déontologique. Du fait de cette dégradation et du manque évident d'élémentaire neutralité, j'ai, pour ma part, décidé de me tourner vers des sources alternatives ...
Comment peut-on justifier que la plupart des grands groupes financiers et/ou industriels tiennent à être propriétaire d'un organe de presse (quotidien, hebdomadaire, radio, télévision ...)? Il doit bien y avoir une raison qui n'est pas l'espérance de gain puisque TOUS ces médias sont déficitaires!

Julien 12/03/2016 09:57

Les questions sont en effet sans complaisance.mais je constate que AL Assad manie fort bien la langue de bois et ne recule devant aucun mensonge.Nous avons aussi en France de tres bons jornalistes,pouquoi d'ailleurs n'en serait t il pas ainsi?Si un jounaliste francais avait fait cette interview,n'auriez vous pas dit qu'elle etait pro occidentale.Ouvrir les yeux?fort bien! Mais il faut bien les ouvrir et regarder partout, ce que, selon moi vous ne faites pas.

Jacques Heurtault 12/03/2016 10:41

J'attends d'un journaliste qu'il pose TOUTES les questions qu'il a envie de poser à condition qu'elles soient en rapport avec le sujet. J'attends du même journaliste qu'il ne pose pas deux ou trois la même question parce qu'il estime ne pas avoir obtenu la réponse qu'il attendait. Cette pratique est, hélas!, très courante, trop courante. J'attends encore que le journaliste conserve une absolue neutralité. Son métier consiste à poser des questions, à recueillir des réponses, à diffuser TOUTES les réponses sans faire le tri entre les "bonnes" réponses et les "mauvaises" et, SURTOUT, à s'abstenir de commenter les réponses car son opinion personnelle ne doit pas peser davantage que celle de n'importe lequel des citoyens auditeurs. Un journaliste ne doit pas débattre avec son interlocuteur. Par contre, il peut, il DOIT organiser et animer un débat entre deux interlocuteurs ayant un point de vue opposé. Cette conception que je défends rend le travail du journaliste beaucoup moins "intéressant" mais est nécessaire pour garantir l'honnêteté des confrontations.
Le contre-exemple le plus accompli de ma conception est Laurent Joffrin. Ce "journaliste", apparemment touché par la grâce présidentielle, est tout à fait capable de soutenir qu'il est normal que Nathalie Kosciusko-Morizet puisse se présenter à une "primaire" (qui n'a aucun caractère institutionnel légal et n'est qu'une initiative qui ne concerne que les protagonistes qui entendent participer à cette primaire soit comme candidat soit comme électeur!). Bien entendu, le même Laurent Joffrin est très hostile à l'existence d'une primaire à gauche parce que, dit-il, la gauche a déjà SON candidat, un certain Hollande! Or, il est démontré que, lors de la primaire socialiste, des électeurs qui n'ont certainement pas voté Hollande au premier tour des vraies élections et n'en avaient jamais eu la moindre intention, ont sciemment participé à cette primaire dans le but de faire barrage à Hollande ... Dans ces primaires, les dés sont, par nature, pipés! Laurent Joffrin n'est pas digne de détenir une carte de presse!
Quant à mon rôle personnel là-dedans, il ne faut pas perdre de vue que, moi, je ne suis pas journaliste! Je n'aspire nullement à le devenir! Je ne suis qu'un citoyen qui est "partisan" en ce sens que je ne suis pas neutre et ne veut pas l'être. Je promeus mes idées (qui peuvent changer!) à l'instant "t" ... Ainsi que vous vous en êtes peut-être rendu compte, la ligne directrice de mon positionnement politique du moment, c'est, AVANT TOUT, de contribuer à faire battre Hollande ou n'importe lequel de ses substituts. C'EST TOUT! IL FAUT que ce sbire paye durement ses trahisons! C'est une affaire de salubrité publique.