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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

La censure au Parisien "libéré"!

15 Mars 2016, 14:34pm

Publié par Jacques Heurtault

Chacun qui me lit régulièrement en conviendra aisément : il n'est pas dans mes habitudes d'être particulièrement tendre ni même aimable avec le monde des journalistes! Il m'arrive assez fréquemment de les qualifier de "journaleux de merde" même si j'essaie - c'est difficile - de faire la différence entre ceux et celles qui font leur métier d'informer et les autres, bien plus nombreux, qui se comportent comme des valets obséquieux.

Aussi, quand il arrive que des journalistes émettent une protestation contre la censure que leurs patrons respectifs leur imposent, je suis particulièrement fier de reproduire ladite protestation! De la sorte, chacun comprendra que je n'ai rien contre le métier de journaliste mais que je suis, tout au contraire, très remonté contre les insuffisances professionnelles!

Voici donc le communiqué de trois organisations syndicales de journalistes d'un quotidien populaire, lu par des gens ordinaires, en l'occurrence "Le Parisien libéré". Ce quotidien est publié par la Société Amaury qui est une filiale du groupe LVMH dirigé par son principal actionnaire, Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France.

Dans un article récent, je vous ai parlé d'un excellent film que je vous recommande d'aller voir : "Merci Patron!" dont le réalisateur est François Ruffin, éditeur du périodique Fakir.

Curieusement, aucune mention rédactionnelle de ce film n'a été faite dans les colonnes de ce quotidien ... Pas si curieux que ça bien sûr puisque, dans ledit film, Bernard Arnault n'a pas le plus beau rôle!

Forcément, les journalistes s'en sont émus ... Ils sont allergiques à la censure, ce en quoi ils ont bien raison! Voici donc leur communiqué de protestation :

 

Début de citation :

"Le film Merci patron ! censuré au Parisien"

Communiqué des syndicats SNJ, FO, SNJ-CGT et de la SDJ du Parisien (Acrimed).

Les syndicats SNJ, SNJ-CGT et FO ainsi que la SDJ ont été reçus lundi à leur demande par le directeur de la rédaction à propos du film Merci patron ! dont notre journal n’a pas parlé sur décision « assumée » de Stéphane Albouy.

Ce film auquel le journal Le Monde a consacré deux pages et Le Canard Enchaîné une demi page met en scène le groupe LVMH. Bien que diffusé dans moins de 10 salles parisiennes et une trentaine en province, il a attiré 80 000 spectateurs – ce qui est un très gros succès pour un film hors des grands circuits de diffusion – et fait l’objet d’un énorme buzz sur les réseaux sociaux.

Pourtant, ordre a été donné aux confrères du service culture-spectacle qui avaient visionné le long métrage de ne pas le chroniquer, fut-ce en 10 lignes. De même a été repoussée plus tard une proposition de sujet du service politique sur le buzz suscité à gauche par le film sous prétexte qu’il s’agissait « d’un sujet militant », « et qu’il y avait d’autres sujets prioritaires ce jour là ». L’argument est étonnant car s’il ne faut plus parler dans nos colonnes des actes militants, la rubrique politique a-t-elle encore une raison d’être ?

À nos yeux, et malgré les dénégations de la direction, c’est un acte de censure qui a été posé. Ou plus précisément d’auto-censure. Demain sera-t-il impossible de parler d’une marque appartenant à LVMH ou de Bernard Arnault autrement qu’en termes laudateurs ? Aura-t-on le choix entre louange bien dosée ou silence honteux ? En l’espèce, c’est le silence qui a été choisi et cela nous semble encore plus préjudiciable à l’image et l’intégrité de la rédaction vis-à-vis de ses lecteurs comme des observateurs.

Stéphane Albouy a justifié sa décision en la banalisant : « C’est mon choix, un arbitrage comme j’en fait des dizaines d’autres ». Sauf que si l’arbitrage est banal, le sujet lui est loin de l’être. « Il fallait voir le film. Ce que j’ai fait » a-t-il dit. Il ajoute n’avoir pas voulu « même en 10 lignes, faire la promotion d’un procédé déloyal, malhonnête qui a instrumentalisé les Klure » (un couple licencié par une filiale de LVMH, menacé d’expulsion de sa maison, auquel le groupe de Arnault, sous la menace du réalisateur, donne 40 000 euros et un CDI au mari chez Carrefour en exigeant en retour le secret absolu). Faudra-t-il donc désormais passer sous silence toutes les enquêtes menées en caméra cachée ou sous couvert d’anonymat de type « Cash Investigation » ? Si le procédé est à condamner, Le Parisien doit avoir la liberté de le dire et d’interroger ce fait.

Ainsi, par exemple, la critique du film aurait pu être assortie d’un édito, ou d’un billet, sous la plume du directeur de la rédaction, pour poser clairement un certain nombre de reproches quant aux procédés du film, mais en garantissant ainsi l’indépendance de la rédaction.

Stéphane assure qu’il n’y a eu aucune pression ni consigne venue d’en haut. Nous le croyons volontiers. C’est justement le principe de l’autocensure que de rendre inutile les pressions, en anticipant la conduite supposément attendue.

Se pose alors la question de la confiance dans la direction de la rédaction à garantir notre liberté éditoriale et notre capacité à faire notre métier de journaliste, au risque de déplaire à notre puissant actionnaire. Nous étions attendus sur ce premier virage, comme nous l’étions par le passé pour parler des accidents sur le Paris-Dakar ou du dopage sur le Tour de France, propriétés du groupe Amaury. Il n’y avait qu’une bonne option : faire notre travail normalement et librement.

Au final, le choix retenu est toxique : le silence pour lequel a opté le directeur de la rédaction est un message dangereux envoyé à l’actionnaire LVMH.

Les syndicats SNJ, FO, SNJ-CGT et la SDJ du Parisien

Fin de citation.

 

Ce n'est évidemment pas la première fois que de tels dérapages se produisent! Je suis même en mesure de raconter un évènement qui illustre bien les méthodes et les moyens de pression "normaux" dont disposent les gens très, très riches pour contrôler leur "image", c'est à dire défendre leurs intérêts ... Il s'agit du groupe Nestlé.

Le groupe Nestlé - un géant de l'agro-alimentaire aux multiples marques dont le poids économique est, au moins, dix fois le poids du premier groupe agroalimentaire de France, Danone - a décidé, il y a environ 10 ans de cela, de mettre en place un plan social que l'on peut qualifier de "généreux" (Tant mieux pour le personnel!). Craignant cependant que  son image n'en soit altérée, le groupe Nestlé a décidé que la presse ne devait pas en parler ... On se demande bien pourquoi! Beaucoup de salariés aimeraient bien que leur entreprise mette en place un généreux plan social. Cela ne signifie pas qu'il faut leur donner raison mais c'est quand même bien à eux - et à eux seuls - de décider de la suite qu'il convient de donner à une proposition de départ négociée à un niveau satisfaisant ...

De fait, personne, absolument personne, dans la presse, notamment les télévisions (TF1 en tête!) n'a jamais mentionné ce plan social! Le moyen de pression fut simple : "Si vous en parlez, plus une ligne, plus une seconde de publicité dans tous les supports du groupe de presse concerné!" Comme un organe de presse ne peut pas vivre sans les recettes publicitaires, ils se sont tous tus! 

Quand certains journalistes viennent ensuite nous parler de leur indépendance, il y a de quoi rigoler franchement!

Comment peut-on sortir de ce piège?

Voici ce que, modestement, je propose :

1. La société éditrice d'un organe de presse (tous médias confondus) ne doit être qu'une émanation de la société des journalistes d'une part et de l'association des lecteurs abonnés d'autre part, éventuellement une association de financement à condition que les seuls pourvoyeurs de fonds soient exclusivement des personnes physiques (un peu à l'instar de ce qui se fait pour les partis politiques).

2. Les recettes publicitaires doivent être versées dans un pot commun à l'ensemble des organes de presse et redistribuées à chaque organe à proportion du nombre de ses pages rédactionnelles (hors publicité, par conséquent!) pondérées par le nombre d'exemplaires effectivement vendus (afin de limiter les effets des distributions gratuites ...).

Ces deux moyens additionnés devraient en calmer plus d'un! Faut-il rappeler que la plupart des organes de presse sont détenus par de très gros groupes qui ne sont pas du tout effrayés par les pertes abyssales enregistrées chaque année par l'ensemble du secteur? Pourquoi des entreprises, bien que motivées par le profit, s'engouffrent-elles dans un secteur structurellement déficitaire? C'est certainement parce qu'elles y trouvent leur intérêt ...

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I-Cube 16/03/2016 09:45

Très drôle, pour une fiction qui a si peu de chance d'être réalisable dans la "vie de tous les jours" !

Notez que sans la pub, tous supports, les industriels "grand-public" meurent à terme...
Leurs produits disparaissent des gondoles, malgré les budgets de "mise en avant" et de promotion.
C'est comme ça : Pas de produit, pas de vente. Pas de "visibilité" du produit, pas plus de vente.
Autrement dit, tout le monde se tient pas la barbichette et c'est le "kon-sommateur" qui paye et en redemande (en plus) !

Votre idée n'est pas mal : Notez que vous payez aussi des impôts pour que l'Etat subventionne la presse et encore, c'est sans compter le régime fiscal "paradisiaque" des pisseurs de lignes et leurs entreprises de presse...
Notez également que les "journaleux" auraient pu envisager de faire jouer tous leur "clause de conscience" (= rupture de leur contrat de travail au tort exclusif de l'employeur) : Plus de journaliste, des indemnités à payer et plus de journal...

Un bon plan, finalement.

Bien à vous !

I-Cube

Jacques Heurtault 16/03/2016 10:13

Quand une personne a suffisamment d'argent pour acheter au moins un paquet de cigarette par jour (environ 7 euros), pourquoi n'en aurait-elle pas pour acheter un quotidien par jour alors que celui-ci ne coûte, à l'achat, que 2 euros maximum? La réponse est simple :
1. Les journalistes ne font pas leur travail correctement. Au lieu d'informer leurs lecteurs, ils consacrent leur temps à faire du militantisme politique bien réel sous couvert d'information par le moyen de "commentaires". S'ils produisaient des articles intéressants, les gens les liraient. Chaque dimanche vers 10H00, il y a, sur France Inter, est diffusée une émission qui s'appelle "Interceptions". Il est rare que j'en loupe une! Pourquoi, parce qu'il y a un véritable travail d'investigation ...
2. Les lecteurs se rendent parfaitement compte que, quelque soit le quotidien ou périodique, le contenu est sensiblement le même. A quoi bon payer pour avoir accès à des "informations" dont on nous rebat les oreilles du matin au soir sur tous les grands médias? Il est frappant de constater que, d'un support à l'autre, il n'y a aucune originalité. Même un quotidien comme "La Croix, pourtant typé, suit cette pente : hier, c'était sur la Syrie, aujourd'hui, c'est sur la pédophilie, comme partout! Pourquoi cela ne pouvait-il pas attendre demain, après demain? Tout simplement parce que l'article est un quasi copié collé d'un dossier de presse (le même pour tous!) qui a été fourni par je ne sais quelle officine manifestement téléguidée!

J'ai une autre réforme à proposer : l'interdiction de toute publicité sur les télévisions et radios ... Pourquoi? Tout simplement parce que un support écrit permet de passer en survol la "pub"; il suffit de tourner la page! Il ne peut en être de même pour une télévision ou une radio! On est bien obligé d'attendre la fin de la "page" de pub pour pouvoir suivre la suite! C'est ni plus ni moins que du viol des consciences!

jacqueshenry 15/03/2016 16:11

Paul Craig Roberts parle de presstitute ... Je trouve ce néologisme parfaitement adapté !

Jacques Heurtault 15/03/2016 16:14

J'ignorais ce qualificatif. Comment faut-il le comprendre? Presstitute = Presse institutionnelle? Merci de bien vouloir m'éclairer.

Cambournac 15/03/2016 15:51

Bravo ! Bien remarqué et bien dit...
Bien à vous.

Jacques Heurtault 15/03/2016 15:56

Je l'ai fait parce que d'aucuns me reprochent volontiers de manquer de nuance dans mes appréciations ... Je persiste à avoir un regard plutôt négatif vis à vis des journalistes ... Je considère désormais que c'est à eux de montrer qu'ils sont VRAIMENT indépendants.