Ayant dis comment je voyais le rapprochement Anpe/Assedic, vu sous l'angle "Assedic", j'en viens maintenant à l'angle "Anpe". Je suis, certes, agent de l'Anpe, Mais je suis aussi citoyen électeur. Et, à ce titre, j'ai bien l'intention de donner mon point de vue sur les nécessaires évolutions du dispositif.
Je constate, au fil des ans, une étroite et excessive dépendance de l'Anpe au pouvoir politique en place, qu'il soit de droite ou de gauche. L'Anpe se trouve donc tirée à hue et à dia au gré des circonstances (quand se ne sont pas des sondages et des mouvements d'humeur de l'opinion). Cette situation est malsaine pour le bon fonctionnement de l'outil.
Je constate également que les moyens financiers dont dispose l'Anpe sont issus de sources dont le nombre est trop faible. De même qu'une entreprise qui n'aurait que deux ou trois clients se trouverait fortement fragilisée, l'Anpe, avec ses trois ou quatre sources de financement, est fragilisée. Il est, objectivement, difficile, pour l'Anpe, de construire une stratégie de développement stable dans la durée.
Ceci m'amène à faire une première proposition, vraiment audacieuse. Il faut permettre à l'Anpe de facturer ses prestations. Tout particulièrement celles proposées aux entreprises. Cela devient d'autant plus évident que, désormais, l'Anpe est en concurrence avec des entreprises et des structures sur le marché du traitement des offres d'emploi. Car, il ne faut pas s'y tromper, il s'agit bien d'un marché.
Pour que cette proposition soit réalisable, il FAUT, c'est un impératif, que le statut de l'Anpe soit modifié. D'établissement public administratif, l'Anpe doit, au minimum, devenir un établissement public commercial, voire une entreprise publique.
J'entends, d'ici, les hauts-cris, pour ne pas dire les protestations indignées, les hurlements et toutes les autres gracieusetés communément utilisées en pareilles circonstances.
Cette réforme-là serait pourtant, si on veut bien mettre de côté les querelles idéologiques, particulièrement utile à une amélioration du fonctionnement de l'outil. Sans parler de la légitime mise à niveau de l'Anpe face à ses concurrents, lesquels ne se gênent pas pour utiliser -gratuitement- les services de l'Anpe pour, ensuite, facturer leurs prestations à leurs clients. A l'Anpe les coûts, aux entreprises, notamment d'intérim, les bénéfices ... Il y a quelque chose qui cloche!
Cette autorisation pérenne d'émettre des factures serait, ensuite, un puissant moyen d'évaluaton de la performance globale de l'Anpe.
En effet, un employeur, naturellement et légitimement "près de ses sous", ne paiera pas sans barguigner une prestation mal exécutée. Il ira même jusqu'à ne pas renouveler sa commande s'il est vraiment mécontent. Quand à lui demander de payer une prestation qu'il n'a pas commandé, il ne faut évidemment pas y compter. Même chose quant à payer deux fois une prestation qui n'aura été commandée qu'une seule fois. Un client, parce qu'il paie, a le droit d'être exigeant.
Dans le même esprit, l'Etat, actuellement pourvoyeur discrétionnaire d'une forte proportion des fonds, pourrait être amené, ayant permis la facturation, à se comporter de la même façon pour lui même. Devenu client de l'Anpe, il passerait ses commandes, dans un cadre légal préalablement défini, à son fournisseur. Lequel présenterait sa facture comme le ferait n'importe quelle autre entreprise. L'Etat aurait une exigence de client et non plus une exigence régalienne.
Voyons maintenant le coté "demandeur d'emploi". Le plus important en volume mais aussi le plus politiquement sensible.
Rappelons tout d'abord que, de par la Loi, toute personne ayant acquis des droits à indemnisation doit, obligatoirement, s'inscrire à l'Anpe (et nulle part ailleurs) pour prétendre les faire valoir. Une radiation de l'Anpe implique, quelqu'en soit le motif, un arrêt, au jour calendaire près, du paiement de l'allocation. Cela provoque de fortes réticences, de la part des agents, à enclencher un processus de radiation. Heureusement, la responsabilité, légale et légalement non délégable, de la décision, incombe au directeur de l'agence locale, pas aux agents. Donc, soit dit en passant, si vous lisez, ici ou là, dans un livre dont on parle en ce moment, que "des agents radient complaisamment", sachez que cela est tout simplement faux! Lesdits agents n'en ont tout simplement pas le pouvoir.
Personnellement convaincu que la concurrence a des effets positifs quand elle est correctement encadrée, je vais au bout de ma logique en disant que, sur ce volet "demandeurs d'emploi" comme sur celui "entreprises", je souhaite que l'Anpe soit mise en concurrence avec d'autres organismes. Je n'en ai absolument pas peur! Je suis convaincu que, dans un tel cadre assaini, nos prestations pourraient tenir leur rang face à des concurrents qui croient un peu trop facilement qu'il est vraiment aisé de placer des demandeurs d'emploi. Et, probablement, pour un coût moindre de la part de l'Anpe. Bien entendu, seule l'expérience peut le démontrer ... Aussi, pourquoi ne pas essayer?
Dans ce même volet, on ne peut passer sous silence la charge, démesurée selon moi, de la fourniture des statistiques. Demesurée non pas pour les agents (l'élaboration des "stats" se fait automatiquement) mais pour l'Anpe dans son ensemble qui, collectivement, focalise beaucoup trop sur cette production, nécessairement très imparfaite eu égard au nombre franchement fantastique des paramètres pris en compte.
D'un point de vue théorique, si tout est rigoureusement traité, le résultat est parfait. La réalité est tout autre : les grains de sables sont nombreux qui viennent gripper la machine et qui conduisent les décideurs, internes ou externes, a commettre, de bonne foi, des erreurs d'évaluation, faute d'avoir des données fiables. Le meilleur indicateur, ce sont encore les euros. S'ils rentrent à un rythme soutenu, c'est que les actions qui en sont à l'origine sont bonnes et ont été bien conduites.
Bonne lecture et bonnes réflexions! J'attends vos commentaires.
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