La rumeur court et enfle. Plus aucun doute n'est permis. La Banque Centrale Européenne, celle qui, loin de la turbulence politicienne, gère notre précieuse monnaie, a décidé de relever ses taux. C'est la deuxième fois en trois mois.
Que n'a t-on pas entendu comme sottises pendant la campagne référendaire du 29 Mai 2005! Il ressortait que, si nous étions en diffulté, ce n'était pas de la faute de nos "chers" politiques mais bien exclusivement celle de cette foutue banque.
Les textes institutionnels sont clairs : la Banque Centrale Européenne est indépendante de tous les pouvoirs "bruxellois". Elle fonctionne selon des règles qui ont été décidées par les Etats-membres dans le cadre des Traités qui organisent le fonctionnement des instances européennes, savoir : le Parlement, le Conseil et, en dernier, la Commission. Il n'est pas possible de modifier ces règles à la convenance de tel ou tel Etat. Pour cela, il faut l'unanimité des Etats. Et c'est bien difficile d'obtenir l'unanimité des Etats ... surtout lorsqu'il s'agit du pognon!
Ainsi, le Gouverneur de la Banque Centrale est désigné par le Conseil (et non pas par la Commission). Une fois désigné, il est inamovible pendant toute la durée de son mandat sauf, bien entendu, s'il commet des fautes personnelles graves (il faut tout de même le reconnaitre : si Jean-Claude Trichet, ancien Gouverneur de la Banque de France et actuel Gouverneur de la BCE, assassine sa femme, il ne restera pas Gouverneur; ça tombe sous le sens). J'écris à titre d'illustration sans même savoir s'il est marié, ce dont je me moque complètement.
Cette indépendance-là est absolument cruciale. On les connait bien "nos politiques". Comme très peu ont le courage de faire ce qu'il faut au moment où il faut "parce que ça fait perdre des voix aux élections", "ils" ont trouvé une astuce! Il s'agit de forcer la BCE (ou bien, autrefois, la Banque de France) à prendre des décisions de commodité comme par exemple laisser "filer" la monnaie, procéder à des dévaluations ... Bref, faire preuve de laxisme en matière de gestion.
Et, bien évidemment, comme une mauvaise décision en appelle une autre, on part alors dans une spirale de dérives qu'il faut, un jour ou l'autre, payer. Dans de telles circonstances, c'est toujours les gens humbles et travailleurs qui paient les pôts cassés. Jamais les puissants. Eux, en effet, savent toujours se "débrouiller".
Parmi les missions qui incombent à la BCE, il y a, c'est vraiment le moins que l'on puisse attendre d'elle, la défense de la monnaie. Autrement dit l'euro.
Pourquoi faut-il défendre la monnaie? On se le demande, en effet. Après tout, ce ne sont que des bouts de papier ... Grave erreur! La monnaie, c'est l'instrument qui fait fonctionner l'économie toute entière. Mauvaise monnaie = mauvaise économie = appauvrissement relatif voire appauvrissement absolu. Ainsi, l'Allemagne peut témoigner de l'importance cruciale de pouvoir disposer d'une bonne monnaie.
Sous la République de Weimar, l'Allemagne a connu l'hyper-inflation accompagnant la ruine de son économie et l'appauvrissement du plus grand nombre. On sait, par la suite, ce qu'il a fait "le plus grand nombre" : Il est allé se réfugier dans les bras de Hitler avec toutes les conséquences tragiques que l'on sait.
A l'inverse, largement échaudée (excusez l'euphémisme) par la "suite" des évênements, l'Allemagne s'est reconstruite à une vitesse fulgurante en appliquant, entre autres remèdes, une politique de stabilité rigoureuse de sa monnaie. Avec l'indiscutable succès que l'on sait.
La monnaie, c'est le garant de la stabilité des rapports économiques et le garant de la confiance mutuelle sans laquelle il est impossible de batir un avenir durable.
Pourquoi la BCE envisage t-elle de relever ses taux? Pour ceux dont la macro-économie n'est pas leur tasse de thé, ce n'est, a priori, pas évident.
Il faut se référer à un indicateur extrêmement important : la masse monétaire. Pour que les équilibres soient maintenus, il faut, grosso- modo, que la quantité de monnaie qui circule pour faire fonctionner le "marché" ne soit pas plus importante qu'il n'est nécéssaire. Si la masse monétaire augmente nettement plus vite que la valeur des biens en circulation, tôt ou tard, le système se rééquilibre par un phénomène de dépréciation de la monnaie : l'inflation. Autrement dit, les prix augmentent. Les salariés veulent alors un rattrappage ( ce qui est bien normal, après tout). Mais, comme on n'a pas résolu le problème, la masse monétaire augmente à nouveau ce qui provoque une augmentation générale des prix et ... rebelote, ça continue, sans fin, dans le cadre d'un "cercle vicieux" jusqu'au moment où "les politiques" s'en mêlent par une intervention administrative dans l'économie, telle par exemple, le blocage des prix, ou bien le blocage des salaires, etc ... etc.
Si la BCE relève ses taux d'intérêt, cela a une incidence immédiate sur les emprunts. Il devient plus couteux d'emprunter auprès des banques. Si on veut bien ne pas oublier que ce qui motive un investisseur, c'est, évidemment, l'espérance de profit et non pas l'existence prélable de profits qu'il faudrait coûte que coûte "investir pour que ça rapporte", les emprunts contractés se focalisent sur les opérations les plus profitables, en laissant tomber les autres. Autrement dit, l'économie, qui avait tendance à surchauffer, se calme un peu. Les prix se stabilisent, l'inflation se résorbe, la monnaie redevient fiable, la confiance revient, les investiseurs, rassurés, redémarrent sur des bases assainies et ... tout rentre dans l'ordre.
Disons le clairement : en réalité, c'est un peu moins simple ... mais l'essentiel est là.
Cette fameuse masse monétaire se mesure précisément (enfin, presque!). Si vous voyez , dans vos lectures, des termes aussi abscons que M1, M2, M3, eh, bien, vous y êtes, en plein dedans ...
M1, c'est la masse des billets de banque en circulation et des sommes inscrites sur les comptes courant (votre compte en babque personnel en fait partie) .. Les billets, au fond, ce ne sont que des bouts de papier dont la valeur est quasi nulle mais dont la contrepartie auprès des commerçants ne l'est pas! On peut s'en rendre compte tous les jours, aussi bien qu'en on n'en pas que quand on a. Le total des comptes courants est environ 8 fois plus élevé que le total des billets en circulation. La seule garantie que nous avons, c'est la confiance que nous plaçons dans le sytème bancaire (puisque c'est une simple écriture dans un compte).
M2 , c'est M1 + les différents comptes d'épargne à court terme comme les livrets A, B, des Caisses d'épargne ou bancaire. Les Codevi en font aussi partie. Pour les rendre liquide, il suffit d'aller à sa banque pour demander le virement sur le compte courant. Dans le même esprit, tout ce qui peut être rendu liquide en moins de 3 mois rentre dans le calcul de l'agrégat M2.
M3, c'est M2 + toutes les autres sommes que l'on peut mobiliser à court terme, en cas de besoin en les vendant sur le marché (Sicav, Fonds commun de placement, etc).
Il est aisé de comprendre que quand un acteur économique a pris des options "à cout terme" (j'achète maintenant et je prends tout de suite en payant dans trois mois), il vaut mieux pour lui qu'il puisse payer "à l'échéance" sinon gare ... dans l'immédiat et, bien plus encore, pour les prochaines fois. Pour y parvenir, soit il dispose maintenant, d'une manière certaine, des sommes exigibles, soit il emprunte ... à condition de trouver un banquier qui veuille bien le faire! Et comme les banquiers sont tout ... sauf des têtes brûlées ... Vous devinez la suite.
Il ne faut jamais oublier que le monde de la finance, bien plus encore que le monde des affaires (au sens le plus large), est d'une cruauté inouïe, surtout quand la panique s'en mêle.
Mais pourquoi deux hausses des taux en trois mois? Pourquoi pas une seule hausse d'un coup? La raison en est simple : il n'y a rien de plus détestable pour un banquier que d'être pris au dépourvu. D'où l'annonce, toujours plusieurs jours, voire semaines, à l'avance de ce que "le grand argentier" va faire (et qu'il fera certainement, car la politique du bluff est bien évidemment proscrite, bannie même) afin que l'on prenne des dispositions utiles (dans le jargon, on appelle cela "se couvrir"). Dans le même esprit, la brutalité ne convient pas à ces énormes machines. De même que, pour nous, il est dangereux d'accélerer brutalement puis de freiner tout aussi brutalement, il est dangereux, pour le phénomènal poids lourd qu'est l'économie européenne, de lui faire subir des à-coups.
Pour illustrer le propos, voici quelques chiffres inréressants :
En rythme annualisé, la masse monétaire a augmenté de 7,6% en Janvier (en réalité douze fois moins, mais donné en rythme annuel, ça parle mieux). Bien entendu, tout le monde le sait, la croissance n'atteint pas de tels sommets (c'est bien dommage d'ailleurs ...). Même en prenant en considération l'interpénétration croissante de l'économie (ce qui appelle, naturellement, une hausse de la masse monétaire, saine celle-là), le compte n'y est pas. Donc : signal d'alarme! Tout le monde se calme. D'ailleurs l'inflation en rythme annualisé est de 2,4%. Tout cela malgré les importations massives à bas prix, en provenance de Chine entre autres, qui exercent une pression déflationniste ... Ce n'est peut-être pas une alerte rouge, mais c'est certainement une alerte.
Vive le débat!