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Aujourd'hui, je vais m'en tenir à l'exposé de certaines analyses (personnelles ou non) et de certains principes de réforme (qui, selon moi, doivent être considérés comme fondateurs), chacun devant être dans son rôle, les pouvoirs publics ayant reçu mandat de réformer le système, ils doivent le faire même si certains acteurs internes ne le veulent pas.
1. Faut-il un Service Public de l'Emploi?
A mon avis, OUI. Je pose la question car la réponse n'est pas absolument évidente. Je réponds OUI car il y a et IL Y AURA TOUJOURS des personnes en recherche d'emploi qui n'auront pas les moyens, financiers ou culturels, de se débrouiller seules. En particulier, si elles ne sont pas solvables, il est indispensable qu'une structure soutenue directement OU INDIRECTEMENT par les pouvoirs publics puisse proposer gratuitement OU POUR UN FAIBLE COÛT des prestations de soutien dans les démarches de retour à l'emploi.
2. Faut-il maintenir un régime d'ASSURANCE chômage?
Nous sommes actuellement dans cette configuration. Les salariés paient des cotisations d'ASSURANCE pour couvrir un risque et, en retour, si le risque se réalise (si l'éventualité devient un évènement diraient les statisticiens), ils perçoivent un revenu de remplacement et ont accès, de plein droit, à des prestations de soutien diverses dans leur recherche d'emploi.
Je préconise une approche différente : le chômage est un phénomène de masse de nos sociétés modernes qui "impacte" toute la société, toutes les familles, tout le tissu économique, tout le tissu social. Cette réalité incontournable conduit et impose de concevoir un outil placé sous le contrôle des pouvoirs publics, ne relevant pas de l'assurance mais de la solidarité. C'est dans cet esprit que j'ai, naguère, préconisé que ce risque bien réel soit fondamentalement financé par l'impôt et non par une cotisation (qui, depuis toujours, n'a jamais été volontaire et n'a donc de "cotisation" que l'habillage).
3. Faut-il y associer les partenaires sociaux?
Oui, certainement! A condition, toutefois, de fixer des limites précises ...
3.1. Ce n'est pas aux partenaires sociaux de faire la loi républicaine. C'est à la représentation nationale. Je récuse la démarche qui a été mise en oeuvre depuis plusieurs décennies, consistant à pousser les partenaires sociaux à négocier sur tout puis à entériner dans une loi ("bétonner" est le verbe employé!) le contenu de l'accord, pris tel quel ou presque.
3.2. C'est encore moins aux personnels qui exercent dans ces structures disparâtes de décider de l'avenir du système en place! Autant il m'apparaît légitime que les personnels concernés aient le droit de veiller à ne pas être les dindons de la farce, autant leur implication de droit dans la discussion me paraît déplacée. Ainsi, moi même, si j'interviens ici, c'est parce que je suis un citoyen électeur et non parce que je suis un des personnels concernés (en tant qu'agent de l'Anpe). Pour autant il me paraîtrait assez incongru et même franchement idiot que les participants à la discussion générale se privent de l'expertise des personnels concernés! Nous vivons tous les jours les dysfonctionnements du "bazar" et nous avons, peu ou prou, des idées qui méritent d'être au moins reçues, voire même examinées attentivement.
4. Service public donc "au service du public"!
Eh oui! Il faut le rappeler, le marteler même! Car cela ne semble pas évident pour tout le monde.
Etant moi-même agent public d'un service public, je le dis avec force et même, peut être, avec une certaine pointe d'irritation, tellement j'ai vu de situations abracadabrantes. Ma conviction est faite. Il est clair qu'une énorme proportion de mes collègues (je les côtoie depuis maintenant TREIZE ans) ne parlent de Service Public que par référence exclusive ou quasi-exclusive au statut public des AGENTS. Pas du tout ou très peu par référence à la mission de consistant à offrir des services aux publics, quelque soit leurs situation personnelle (riches ou pauvres, employeurs ou salariés privés d'emploi). Pour l'avoir observé dans de très nombreuses agences (la quasi totalité des agences Anpe de Paris où j'ai exercé pendant 5 ans notamment), je peux affirmer que lorsqu'une altercation éclate entre un agent et un demandeur, c'est l'agent qui en porte la responsabilité dans au moins 7 cas sur 10 ... Attitude inutilement arrogante, incapacité à expliquer la logique du système mis en place, attitude inappropriée dans un cas difficile, remarques inopportunes pouvant dégénérer en "clash", etc... Bref, le contraire, selon moi, de l'attitude d'ouverture et de compréhension positive qu'un agent public doit avoir vis à vis du public, tout spécialement du public fragilisé ...
Il faut en convenir : beaucoup d'agents de l'Anpe sont venus y travailler avec l'une ou l'autre des deux motivations suivantes (parfois les deux!) :
- devenir fonctionnaire
- mettre en oeuvre sa vision idéologique personnelle de la politique de l'emploi qu'il faut mettre en oeuvre alors que sa vraie mission, c'est de mettre en oeuvre la politique des autorités politiques en place (autrement dit des gouvernements ou des exécutifs territoriaux successifs).
5. L'Anpe, pas plus que n'importe quelle structure publique (ou parapublique), n'existe pour elle-même .. encore moins pour ses agents!
Pure création des pouvoirs publics, elle est, bien évidemment, au service des pouvoirs publics (mais pas au service du parti politique au pouvoir, quel qu'il soit! Ne pas confondre ...). Cela suppose une action conduite sur la base d'instructions écrites, datées, signées de l'autorité hiérarchique habilitée, rédigées sur papier à en-tête, éventuellement rappelées verbalement quand c'est nécessaire mais pas au delà.
Combien de fois ai-je entendu, de la part d'agent Anpe, des plaintes du style "le chômage baisse, il va y avoir des licenciements!". C'est à croire qu'ils souhaitaient que le chômage augmentât pour permettre le développement de l'emploi ... à l'Anpe! Vous ne me croyez pas? Vous avez tort! Je l'ai personnellement vécu ...
Cette remarque m'amène à adresser une supplique au Gouvernement, à François Fillon et à Christine Lagarde en particulier ... sans oublier Nicolas Sarkozy puisqu'il supervise tout. Pour éviter les écueils et le "plantage" magistral de la réforme qui s'annonce, faites en sorte que l'emploi soit numériquement ABSOLUMENT garanti. 30.000 agents à l'Anpe, avec le suivi mensuel des demandeurs d'emploi, ce n'est pas du luxe! C'est vraiment le minimum nécessaire. Je prends ma situation personnelle en référence. Je dois suivre, chaque mois, environ 200 demandeurs auxquels je dois, en principe, consacrer une demi-heure à chaque fois. Cela représente donc 100 heures d'entretiens par mois. Or, je suis à temps partiel (90%). Je dois donc 135 heures de service par mois. Je dois donc consacrer les trois quart de mon temps à recevoir du public ... C'est un rythme que personne ne peut tenir longtemps.
Voyons les choses sous un autre angle.
Supposons que tous les agents travaillent à temps plein (en réalité, près de 30% sont à temps partiel : il doit bien y avoir une raison pour que la proportion soit aussi élevée). Supposons qu'ils reçoivent tous du public (c'est évidemment faux : il y a des comptables et des administratifs et des hiérarchiques comme partout). Supposons qu'ils doivent gérer un portefeuille de 220 demandeurs d'emploi. Je vous laisse le soin de poursuivre ... Vous arrivez à un nombre de chômeurs qui est toujours nettement supérieur aux 2.000.000 annoncés. Il va bien falloir dire la vérité aux Français ...
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