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Bien que très technique, le sujet fait couler beaucoup d'encre ...
De quoi s'agit-il?
Grâce à un outil logiciel réputé approprié, l'Assedic évalue le risque de chômage de longue durée pour chaque demandeur qui vient s'inscrire dans ses bureaux.
Le procédé n'a, à mes yeux, strictement rien de choquant.
1. Savoir que tel ou tel demandeur d'emploi présente un risque élevé de chômage de longue durée est une donnée utile à tout le monde.
En particulier au demandeur d'emploi lui-même. A charge pour lui de faire le meilleur usage possible de cette information.
Egalement à l'organisme payeur des allocations pour d'évidentes raisons de constitution des provisions comptables éventuelles à réaliser. N'importe quelle compagnie d'assurance procède ainsi. Or, en France, le régime indemnitaire des chômeurs relève d'une logique d'assurance même si la souscription est obligatoire. Cette réalité n'est d'ailleurs pas sans conséquence sur le comportement constaté chez bon nombre de demandeurs d'emploi eux mêmes.
Egalement à l'organisme en charge du placement afin de pouvoir prendre les dispositions utiles pour tenter d'en juguler les effets souvent dévastateurs.
Egalement à l'organisme financeur des actions correctives lourdes à mettre en oeuvre en vue de corriger ces mêmes effets dévastateurs. S'il ne veut pas être assimilé à "un cochon de payant", le financeur a, c'est le moins qu'on puisse accepter, son mot à dire! Personnellement, j'accepterais même que cet avis soit déterminant.
2. Encore faut-il que le logiciel soit fiable dans son application et dans les résultats qu'il permet d'obtenir!
Là, le bât blesse ... Non que l'algorithme soit intrinsèquement faux ... Mais, plus prosaïquement, parce que les données statistiques qu'il triture ne sont pas d'une fiabilité à toute épreuve!
Certes les données sur le sexe, l'age, l'ancienneté dans l'emploi perdu, la région où cet emploi s'excerçait sont a priori fiables, il n'en va pas forcément de même dans la définition codifiée de l'emploi en question. Codifiée? Oui! Nous utilisons une sorte de répertoire appelé "ROME" (répertoire opérationnel des métiers et des emplois) qui décline en plus de 450 positions-repères les différents emplois sensés être exercés sur le territoire ... J'ai beau répéter à qui veut bien l'entendre que ce nombre est beaucoup trop élevé, que 150 positions-repères seraient largement suffisantes, rien n'y fait! Pire, même : on va nous en rajouter environ 150 de plus ...Ce qui portera le total à environ 600 ... Plus on augmente le nombre de ces positions-repères, plus le risque d'erreur est élevé! C'est assez facile à comprendre, me semble-t-il ... Cela n'est cependant pas compris par les décideurs. Il est vrai que dès lors que l'outil a été élaboré par des personnes qui n'ont que fort peu, voire pas du tout, travaillé en entreprise du secteur marchand, il ne faut pas s'étonner des écarts constatés entre la réalité concrète du marché et l'outil sensé décrire ladite réalité ... L'espoir fait vivre! Je ne désespère donc pas de voir un jour quelques unes de mes suggestions faire leur trou au milieu du maëlstrom ...
3. Que faut-il prendre en considération? Le dernier emploi exercé ou bien l'emploi recherché par le premier intéressé, à savoir le demandeur d'emploi lui-même?
Quand on se place dans une situation stable où les personnes détentrices d'une qualification professionnelle réellement demandée par le marché exercent effectivement le métier qui se rapporte à cette dernière, il n'y a pas de problème. Les choses se compliquent quand le principal intéressé exerce le métier qu'il a accepté parce qu'il avait un impératif besoin de gagner sa vie alors même qu'il pouvait exercer un autre métier, mieux rémunéré, plus valorisant mais non disponible au moment où il organisait sa recherche. Une énorme proportion des demandeurs d'emploi se trouvent dans le cas numéro deux et non dans le cas numéro un! Je peux en témoigner personnellement ... Et je ne dis rien des situations ubuesques que j'ai rencontrées ... Par exemple celle-ci : Un jeune homme titulaire d'une maitrise de droit se présente à moi. Comme je le fais toujours, d'une manière systématique, je consulte, aux fins de vérification (chat échaudé craint l'eau froide!), son dossier. Le "ROME" était celui de l'employé polyvalent de restauration. Autrement dit "équipier chez Mc Do". Vous recherchez un emploi d'équipier de restauration? , lui dis-je ... avec une maitrise de droit? Vous poursuivez vos études sans doute et vous avez besoin d'un "petit boulot" pour les financer? Non, non!, qu'il me répond ... C'est votre collègue, la dernière fois, qui m'a demandé ce que je faisais. Je lui est donc répondu ... " . Si le collègue avait posé la bonne question, à savoir "quel est l'emploi que vous recherchez?", il n'aurait pas commis cette lourde erreur! Hélas! Les consignes verbales étaient bel et bien l'emploi dernièrement occupé et non l'emploi recherché! Heureusement, les instructions écrites du Directeur général de l'Anpe sont sans aucune équivoque. Il s'agit bien de l'emploi RECHERCHE ... et non celui occupé! Qu'en est-il alors de celui qui déclare rechercher un emploi de ... cosmonaute alors qu'il ne sait ni lire ni écrire? Je pose la question car c'est au cours d'un de ces interminables débats internes que la réplique me fut envoyée. Ma réponse est simple : je ne valide pas l'emploi recherché mais j'enregistre bel et bien le souhait... en expliquant à l'intéressé qu'il est exclu que je l'aide en quoique ce soit à atteindre son objectif ... au simple motif qu'il est irréalisable, a fortiori dans des délais raisonnables et que j'ai mieux à faire de mon temps, financé par les impôts des contribuables, en aidant des demandeurs d'emploi sérieux et responsables.
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