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Début de citation.
Je veux leur dire que je partage leurs valeurs qui sont celles d'une certaine idée de la République et de la citoyenneté.
Je veux leur dire mon estime pour le travail souvent difficile qu'ils accomplissent chaque jour au service de tous, pour leur dévouement, et pour leur sens du devoir.
En France le service public ce n'est pas seulement une profession, ce n'est pas seulement un métier, c'est une vocation.
Vous n'avez pas fait ce choix par appât du gain. Vous aviez à votre portée d'autres emplois sans doute plus rémunérateurs. Si vous avez décidé d'entrer dans la fonction publique c'est, pour la plupart d'entre vous, parce que vous êtes animés par la passion de servir, par ce besoin de donner aux autres qui est au cœur de la morale du service public.
Si vous avez voulu devenir fonctionnaires, ce n'est pas, à votre âge, parce que vous vouliez un emploi à vie. C'est parce que pour vous l'intérêt général c'est quelque chose d'important, parce que pour vous ce n'est pas une formule creuse mais une expression qui a du sens, qui exprime un engagement, une cause plus grande, plus belle que celle du seul intérêt personnel.
Il ne faut pas qu'entre la réalité que vous vivrez au quotidien et la représentation idéale que vous vous en faite la distance soit telle que la déception devienne fatale. Je sais que ce sont des questions que vous vous posez.
Il ne faut pas que votre ardeur, se consume dans un enchevêtrement inextricable de règles et de procédures.
Il ne faut pas que toute votre énergie s'épuise à essayer de lutter en vain contre le rouleau compresseur des logiques bureaucratiques.
Il ne faut pas que vous soyez sans cesse confrontés à des exigences contradictoires qui finissent par vous décourager.
Il ne faut pas que vous soyez démoralisés parce que votre travail ne serait pas reconnu, parce que vos efforts ne seraient pas récompensés ou parce que vous seriez tout simplement privés des moyens de remplir correctement votre mission.
Il est dans l'Etat qui est devenu impécunieux et impuissant en même temps qu'il ne cessait de s'étendre pour devenir tentaculaire.
Il est dans les hôpitaux totalement désorganisé par les 35 heures.
Il est dans la fonction publique territoriale.
Ce malaise fait obstacle au changement.
Je souhaite l'accomplir avec tous les Français.
Parce que l'Etat, l'administration, le service public, ce n'est pas que l'affaire de quelques-uns, ce n'est pas que l'affaire de quelques experts. Ce n'est pas que l'affaire des fonctionnaires. C'est l'affaire de tous.
Je récuse l'idée qu'il y aurait d'un côté le secteur public et de l'autre le secteur privé, d'un côté les fonctionnaires et de l'autre ceux qui ne sont pas fonctionnaires.
La France, c'est tous les Français.
C'est le travail de tous les Français et donc celui des fonctionnaires qui fait la prospérité de la France.
Pour l'essentiel, cette croissance, nous ne la trouverons pas en dehors de nous mais en nous. Nous ne pouvons pas nous contenter de compter sur les autres. Il nous faut compter d'abord sur nous-mêmes.
Dans le développement le non marchand est aussi important que le marchand, la qualité aussi décisive que la quantité, l'immatériel aussi crucial que le matériel. La qualité du service public compte autant pour la croissance que la qualité de la production, la productivité des administrations autant que celle des entreprises.
C'est une question d'économie : nous n'avons plus les moyens de gaspiller, nous avons trop de déficits, nous avons trop de dettes, nous avons trop de besoins urgents.
L'argent qui est gaspillé, l'argent qui est détourné par la fraude, c'est de l'argent qui est pris à ceux qui en ont le plus besoin. C'est de l'argent qui n'ira pas à la lutte contre l'exclusion, contre la pauvreté, qui n'ira pas à la santé, qui n'ira pas à l'éducation, qui n'ira pas à l'investissement.
Il ne faut pas se tromper sur les remèdes.
Les insuffisances de l'école ne sont pas la faute des enseignants.
La désorganisation de l'hôpital n'est pas la faute des infirmières ou des médecins.
Le chômage n'est pas la conséquence d'un grand accès de paresse. Les Français ne sont pas moins courageux, moins inventifs, moins entreprenants que les autres.
Dans leur immense majorité, les fonctionnaires ont été victimes et pas coupables de cette situation et je trouverai honteux que l'on en fasse des fonctionnaires, les boucs émissaires d'une défaillance de la volonté politique qu'ils ont davantage subie que provoquée.
Je n'aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires pour leur faire endosser une responsabilité qui n'est pas la leur.
Nous avons l'une des fonctions publiques les plus remarquables du monde, héritière d'une longue tradition de service public.
En 1945, il y avait dans le droit fil du programme du Conseil National de la Résistance une grande ambition pour la fonction publique qui était le corollaire d'une grande idée de l'Etat et d'une grande ambition républicaine.
En 1958, ce fut un autre moment fort de la rénovation de l'Etat, de la restructuration de son autorité, de son prestige, de son unité et la fonction publique a joué un rôle décisif dans la reconstruction d'une France épuisée par la guerre. Dans les Trente Glorieuses, la fonction publique était portée, entraînée par un projet collectif, par une volonté politique. Elle savait ce qu'était sa mission et elle s'y donnait sans réserve.
Et à aucun moment la réforme de l'Etat et de la fonction publique n'a été prise à bras-le-corps. A aucun moment une réflexion d'ensemble, une rénovation en profondeur de notre système de gouvernement, de nos administrations n'ont été entreprises. A aucun moment la question de la redéfinition des missions de l'Etat et des moyens d'action de la puissance publique n'a été réellement posée.
Cette remise à plat, que pratiquement tous les grands pays développés ont accomplie pour s'adapter aux réalités nouvelles de la technique, de l'économie et de la société, la France est l'un des seuls pays à ne pas l'avoir entreprise.
Mais faute d'un plan d'ensemble, d'une stratégie globale du changement, faute d'avoir forgé une vision claire des finalités de l'action publique, tout s'est fait dans le désordre, les contradictions se sont accumulées, exacerbées par le rationnement budgétaire qui était le substitut au manque de courage pour réformer. Plus qu'il ne s'est réorganisé, l'Etat s'est désorganisé.
La modernisation, qui aurait pu constituer un objectif exaltant pour des fonctionnaires aimant leur métier, passionnément attachés aux valeurs du service public, la modernisation a été vécue comme une menace, la réforme comme un sacrifice, comme l'expiation de fautes qu'aucun d'entre eux n'avait pourtant le sentiment d'avoir commises.
La réforme de l'Etat et de la fonction publique ne peut pas être résolue sans un changement en profondeur des méthodes, de l'organisation, des critères d'évaluation.
Avec la révision générale des politiques publiques, un dispositif sans précédent a été mis en place : 18 équipes d'audit composées de 200 auditeurs publics sont à pied d'œuvre pour proposer des réformes portant sur l'ensemble des mille milliards d'euros de dépenses publiques. Leurs propositions sont présentées chaque semaine à un comité de suivi co-présidé par le secrétaire général de l'Elysée et le directeur de cabinet du premier ministre associant les ministres concernés. Je présiderai un conseil de modernisation des politiques publiques avec tous les ministres à la mi-novembre. Ces travaux continueront jusqu'en avril où aura lieu un second conseil de la modernisation des politiques publiques dont les décisions seront intégrées dans la préparation d'un budget pluriannuel couvrant la période 2009-2011, et qui sera une première dans l'histoire de notre fonctionnement administratif. Jamais, on n'avait fait ce travail.
Chacun peut comprendre que dès lors que nul ne peut indéfiniment dépenser plus qu'il ne produit, la hausse non maîtrisée des effectifs de la fonction publique a fatalement pour corollaires la baisse du pouvoir d'achat et le rétrécissement des perspectives de carrière.
Mais, dans mon esprit, la réduction des emplois publics est une conséquence et un moyen de la réforme, non une fin en soi. Je me suis engagé à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Cet engagement, je le tiendrai parce qu'il n'y a aucun autre moyen pour améliorer le pouvoir d'achat des fonctionnaires et retrouver les marges financières qui permettront à l'Etat de ne plus vivre à crédit en finançant par le déficit, non l'investissement mais le fonctionnement.
Mais cette productivité, je ne veux pas chercher à l'obtenir par le rationnement, je ne veux pas chercher à l'obtenir par une politique comptable qui est souvent un remède pire que le mal qu'elle est censée combattre.
Je ne crois pas du tout à l'efficacité de la gestion par la pénurie et par le stress. Je ne crois pas du tout à l'idée que l'on fera la réforme de l'Etat en soumettant tous les fonctionnaires à une pression extrême.
Je veux faire la réforme par la motivation, non par la tension.
Le rythme de diminution des effectifs de l'administration fiscale sera fonction des progrès réalisés dans l'informatisation, dans la simplification des structures ou dans la remise à plat de nos prélèvements obligatoires, car tout le monde comprend bien que si l'on complique sans arrêt la fiscalité il sera plus difficile de faire des gains de productivité dans ce secteur, alors que si on la simplifie, on améliore l'égalité devant l'impôt et on rend la perception et le contrôle plus faciles.
Naturellement, une partie des gains qui seront obtenus dans certains secteurs devront être utilisés pour satisfaire les nouveaux besoins qui se font jour dans d'autres secteurs, pour répondre à de nouvelles attentes sociales.
Je veux un droit à la mobilité reconnu à chaque fonctionnaire de France. Mais il ne suffit pas de le reconnaître. Il faut le rendre effectif. Il faut évaluer les besoins. Il faut les prévoir. Il faut accompagner ceux qui souhaitent changer de fonction, de métier. Il faut les inciter quand c'est nécessaire. L'administration ne doit plus pouvoir s'opposer à la mobilité d'un agent qui souhaite aller vers un autre emploi, dans une autre administration ou dans le secteur privé. La seule obligation doit être de respecter un préavis pour que ça ne désorganise le service.
Le corps doit devenir progressivement l'exception. Je souhaite que ce soit dans la plupart des cas une gestion par métier qui prévale. C'est une gestion plus horizontale et moins verticale qui doit s'imposer. C'est une longue mutation dans la culture et l'organisation de la fonction publique qu'il faut rechercher, qui produira des effets dans la durée mais qui améliorera considérablement la carrière des fonctionnaires, qui leur ouvrira des opportunités qui aujourd'hui vous sont refusées.
Ce que je voudrais, ce que je crois profondément nécessaire, c'est que l'on cesse de gérer des statuts et que l'on se mette davantage à gérer des hommes et des femmes. Ce que je souhaite, c'est que l'on s'occupe davantage des personnes et moins des catégories. Ce que je souhaite, c'est que le fonctionnaire en tant que personne ne s'efface pas derrière des textes, des indices, des procédures. On a un peu progressé, mais on est encore loin du compte. Ce pourrait être le fil directeur, cher Eric Woerth, des réformes à venir.
La mise à plat des modalités de rémunération est, je le sais bien, un grand chantier difficile tant le maquis des bonifications, des primes, des avantages statutaires est devenu inextricable et, je l'affirme, parfaitement inégalitaire. Et moi, je n'ai pas peur de l'ouvrir, tant on est loin de l'idéal de la fonction publique de l'après-guerre au point que l'on combine désormais tous les inconvénients de l'égalitarisme sans avoir aucun des avantages de l'égalité, à commencer par la transparence. Ce n'est pas rien d'arriver à faire de l'égalitarisme sans faire de l'égalité.
Il y a aujourd'hui des heures supplémentaires qui n'en sont pas, qui sont simplement des compléments de rémunération attribués forfaitairement et qui sont payés à un taux inférieur au taux normal. Elles doivent être traitées pour ce qu'elles sont : des compléments indemnitaires.
C'est sur les heures supplémentaires qui correspondent à une charge supplémentaire que doit porter le plus gros effort. Dans la fonction publique, aussi, on doit gagner plus quand on travaille plus. Elles doivent, comme dans le secteur privé, être mieux payées que les heures normales. Elles serviront par exemple à rémunérer les enseignants qui encadreront les enfants après la fin de la classe ou les fonctionnaires qui travailleront davantage pour que les guichets soient ouverts au public le samedi.
Je veux que toutes les catégories de fonctionnaires puissent avoir droit à des heures supplémentaires quel que soit leur statut.
Car tout se tient : pas de mobilité, pas de perspective d'évolution sans formation continue.
Pas de gestion humaine si le dialogue avec sa hiérarchie se limite à la notation. Ce sont de véritables procédures d'évaluation qui impliquent l'engagement de l'encadrement et la définition d'objectifs de travail précis qui doivent se substituer aux pratiques de notation que nous connaissons aujourd'hui.
Pas de véritable échappatoire au carcan des statuts si le concours continue d'être la seule et unique règle pour la promotion et pas de brassage, pas d'ouverture, pas de diversité non plus si les épreuves restent aussi académiques, aussi peu en rapport avec les compétences et l'expérience de chacun.
Cette révolution, je veux la faire avec vous, je veux la faire avec les fonctionnaires. Après tant d'échecs, après tant de reculs, et donc tant de renoncements, il est temps de changer d'ambition et de changer de méthode. Il est temps de comprendre que la réforme est l'affaire de tous, que les efforts comme les bénéfices doivent être partagés, que le point de vue de chacun doit être compris, respecté et entendu.
C'est pour cela que j'ai souhaité que ce grand débat public sur l'avenir de notre fonction publique soit conduit par le Premier Ministre François Fillon avec le concours d'Eric Woerth et d'André Santini. Cette conférence sur les valeurs, les missions et les métiers de la fonction publique, qui s'ouvrira début octobre, se déroulera jusqu'en mars 2008. Je veux redonner du sens aux métiers des fonctionnaires. Nous lancerons donc cette démarche inédite qui permettra pour la première fois, aux fonctionnaires comme aux non fonctionnaires, de s'exprimer sur les valeurs, les missions et les métiers de la fonction publique pour bâtir un constat aussi partagé que possible sur l'avenir de nos administrations. Ce sujet est trop important pour que nous le conduisions en laboratoire. Les discussions seront ouvertes à tous ceux qui souhaitent faire prendre à notre fonction publique le tournant du XXIe siècle.
Je propose de favoriser partout la logique démocratique de l'élection. Je souhaite que l'on enrichisse les sujets ouverts à la négociation collective. Je suggère que l'on abandonne la composition strictement paritaire des instances de dialogue social, qui a mal vieilli. Que d'heures perdues à tant de formalisme au lieu de discuter vraiment des préoccupations des fonctionnaires ! La fonction publique hospitalière a renoncé au paritarisme dans ses comités d'établissement : ce n'est donc pas insurmontable. Le dialogue social n'en est pas moins réel.
Je veux aussi poser la question de la représentativité, comme dans le secteur privé, pour conjuguer démocratie sociale et respect des différentes sensibilités syndicales.
Vous savez que, pour cela, votre formation a été réformée dans le sens d'une plus grande professionnalisation de votre cursus. Ce n'est qu'un premier pas dans cette direction, mais je souhaite qu'elle vous permette de vous préparer à vos futures responsabilités.
C'est à votre génération que va incomber cette tâche immense et exaltante pour ceux qui ont l'intérêt général chevillé au corps, de poser les fondations d'une nouvelle fonction publique. Une fonction publique qui ne sera plus figée pour des décennies mais qui sera sans cesse en mouvement, en train de se transformer, de s'adapter, d'innover et où chacun des hommes et des femmes qui la font vivre seront considérés pour eux-mêmes et non pour leur statut juridique.
Je prendrai les miennes.
Je les prendrai dans un esprit de dialogue et d'ouverture. Mais j'irai jusqu'au bout. Parce que ce chantier est vital pour notre pays.
Je sais les difficultés des fonctionnaires.
Je sais combien il est dur pour certains d'entre eux d'exercer leurs fonctions face au manque de moyens ou face à la violence.
Les fonctionnaires de France me trouveront toujours à leurs côtés.
Je protégerai en toutes circonstances leur dignité.
J'ai confiance dans les fonctionnaires de France.
Qu'ils sachent que, parce que je les respecte, je ne leur mentirai pas. Mais je vous demande de prendre à bras le corps ce chantier de la modernisation de la fonction publique, parce que si nous ne le faisons pas ensemble, alors cela ne se fera pas. Et cette question-là, c'est une question qui se pose à chacun et à chacune d'entre nous dans un état esprit d'ouverture qui va bien au-delà des clivages politiques habituels. Notre pays est prêt, je souhaite une fonction publique modernisée et je ne ménagerai pas mes efforts pour que les fonctionnaires de France aient la récompense de leur mérite, sachent ce qu'ils ont à faire, soient respectés et considérés pour ce qu'ils sont des serviteurs de l'Etat, de la République et de la Nation.
Fin de citation.
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