Grâce à traval de Isabelle Dupéron, membre du Modem, que j'ai rencontré à Seignosse, vous allez pouvoir prendre connaissance d'un condensé du discours de clôture de François
Bayrou.
Cela représente, sans qu'il n'y paraisse, un travail conséquent.
Les puristes pourront, grâce au lien, retrouver le texte complet du discours. Il pourront s'assurer ainsi que le condensé n'a pas altéré le texte originel.
Merci à Isabelle pour son travail. Vous aurez, prochainement j'espère, la possibilité de lire un document dont Isabelle est l'auteure traitant du sujet crucial des "valeurs". A ma demande, elle a
bien voulu entreprendre un travail de condensation afin que l'article soit publiable. Le document originel fait plus de 30 pages et n'est pas publiable, de ce fait, sur un blog.
Début de citation :
DISCOURS DE F. BAYROU (EXTRAITS)
CLÔTURE DU FORUM DES DEMOCRATES
Nous porterons un seul nom – et c’est un grand nom – le Mouvement Démocrate. Le temps est venu que nous nous définissions, non pas par rapport aux autres, mais par rapport à nous-mêmes, à ce que
nous sommes, à ce que nous voulons. Je n’ai jamais renié ce qu’il y a de juste dans l’aspiration du centre ; mais dire « centre », c’est se définir par rapport à la droite et par
rapport à la gauche. Et nous, nous sommes démocrates ! Nous sommes démocrates, d’abord parce que « démo » veut dire « peuple », et parce que nous croyons au peuple
davantage qu’à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de pouvoir et de privilèges. Nous sommes démocrates parce que nous croyons que l’état de citoyen est un état supérieur
d’appartenance à la Cité. Et il y a un grand courant démocrate en formation dans le monde. Et le monde a besoin de ce courant.
En France avec nous, et bientôt, je le crois, dans l’ensemble des pays européens, l’organisation des démocrates dira que l’avenir ne se résume pas à la fatalité et à la soumission aux dominants.
La question est celle-ci : soumission ou résistance au modèle dominant dans le monde ? Il y a un modèle dominant, extraordinairement efficace, extraordinairement puissant. Ce modèle,
c’est ce que j’ai appelé le « modèle d’inégalité croissante », où les inégalités s’accumulent au travers des générations. Une étude parue cette semaine montre que l’augmentation du
niveau de vie des Etats-Unis, ces dernières années, a profité entièrement aux 5 % les plus riches de la population américaine, et, pour la moitié, aux 1 % les plus riches. Les 95 % autres, ceux
qui travaillent, ceux qui triment, pour créer une croissance de l’ordre de 4 % par an, ceux-là ont stagné et reculé ! C’est une société inégalitaire, et ce n’est pas l’aspiration de la
société française. L’inégalité croissante comme moteur des sociétés ; l’accumulation continue de capital au profit de quelques uns ; la prééminence de l’univers financier, obsédante, et
qui fait que ce qui défile constamment au bas des écrans des chaînes d’information, ce sont les cours de la Bourse ; l’influence incroyable de cet univers sur la politique américaine – tout
cela, c’est un modèle de société, et ce n’est pas le nôtre.
Je croyais, je crois, je croirai toujours que face à ce modèle dominant, quand bien même tout le monde plierait, il y aurait toujours dans le monde une résistance, et que cette résistance, c’est
celle de la France ! Et si j’ai eu depuis longtemps une confrontation avec Nicolas Sarkozy, une confrontation sur le fond, c’est sur ce modèle de société. J’ai avec lui un conflit de
valeurs, et cela va bien plus loin qu’une divergence sur les « mesures », comme on dit, qu’il faut décider et prendre. Ses choix montrent qu’il conduit la France, non pas à la
résistance contre ce modèle dominant, mais à l’alignement sur ce modèle dominant !
C’est une question de valeurs ! Tous les hommes d’Etat français, depuis le premier jour de la cinquième République, tous ont partagé implicitement le même patrimoine de valeurs profondes.
Qu’ils fussent de droite, de gauche, du centre, et pour certains, au-dessus, – ils avaient en commun une chose : ils ne s’alignaient pas. Ils étaient les porteurs et les garants de cette
flamme de l’indépendance française, et de cette idée que nous, France, parmi les nations, notre destin était de porter des valeurs universelles pour le monde ! Chacun à sa manière, Charles
de Gaulle, George Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac.
Et dans cette chaîne, voilà la rupture. Pour la première fois, avec des grands mots, avec de grandes figures, avec des citations à la pelleteuse de Jaurès – en réalité, au-dessous, l’œuvre
entreprise, c’est l’alignement de la France sur le modèle qui domine le monde, et sur l’administration qui l’incarne le plus ouvertement. Le modèle où l’on propose l’argent comme valeur ! La
ministre de l’économie, l’a dit, naïvement peut-être : le but du gouvernement, c’est de « réhabiliter l’argent, corollaire du succès ». Je pensais qu’il y a bien des choses à
réhabiliter en France : l’effort, l’esprit critique, l’idée de justice, l’esprit démocratique, la séparation des pouvoirs, le respect des citoyens, l’amour de la liberté, mais j’avoue qu’il
ne m’était pas venu à l’esprit que le but du gouvernement de mon pays pût être de réhabiliter l’argent. Et je conteste, en tant que père de famille, que le gouvernement vienne me dire que
l’argent est le « corollaire du succès ». Comme pères de famille, comme éducateurs, nous passons notre vie, et c’est parfois difficile, à expliquer qu’il y a autre chose dans la vie,
d’autres dignités, d’autres grandeurs, d’autres succès que l’argent ! Et nous aimerions bien que le gouvernement nous aide dans cette bataille qui consiste à transmettre à nos enfants une
hiérarchie des valeurs, morales, intellectuelles, philosophiques, spirituelles !
L’argent, les biens matériels, il en faut, il y a beaucoup de gens qui en manquent ; quelque chose me dit qu’il y aura dans les mois qui viennent, beaucoup de Français qui en auront
moins. Les premières décisions du gouvernement, les premiers votes de la majorité ont été pour distribuer 15 milliards d’euros que la France n’avait pas, aux plus aisés de nos compatriotes.
On a aggravé le déficit du pays alors qu’il fallait le réduire, pour faire, selon le mot du Ministre des Finances allemand, des cadeaux à une clientèle électorale. Et bien sûr, ce n’est pas
juste. Mais mon inquiétude va au-delà : je crains que ce ne soit contre-productif. Car si on voulait dépenser cet argent, il fallait le concentrer sur la production et l’emploi (c’est ce que
je proposais, à ma manière, de faire avec les deux emplois sans charges). Quand le moment viendra où, en raison de ces décisions, nous allons être rattrapés par la réalité – par l’impératif des
comptes qui dérapent – alors ces largesses vont revenir en boomerang, et les Français vont répondre : « vous nous demandez des efforts à nous qui avons peu, pourquoi alors
avez-vous été si généreux avec ceux qui ont beaucoup ? ».
Il y a dans la majorité des hommes et des femmes de droite qui, sans pouvoir le dire, sans oser le dire, partagent cette inquiétude. Mais – et c’est un drame pour la France – nous avons des
institutions qui interdisent la parole libre. Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont indignes d’un grand pays comme le nôtre, indignes d’une démocratie ! Nous,
le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui n’est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons l’absolutisme présidentiel ! Le
Président de la République décide de tout, tranche sur tous les sujets, le gouvernement a disparu. Chacun pour être bien vu du pouvoir se précipite dans un concours de lèche permanent, le cirage
de pompes est devenu un sport national dans notre pays. Les journaux économiques les plus sérieux vous expliquent que les grandes décisions qui vont concerner l’avenir économique de la nation ne
peuvent être prises que par le Président lui-même. Et l’absolutisme présidentiel est devenu tel que le secrétaire général de l’UMP s’est cru obligé de faire une très sérieuse déclaration publique
pour dire qu’il va falloir que l’on règle en France le statut de l’épouse du chef de l’Etat : « il faut le faire, dit-il, nous sommes en retard : les monarchies ont traité cette
question depuis longtemps ». En quel temps vivons-nous, qu’il faille rappeler au premier responsable du parti au pouvoir que, précisément, nous ne sommes pas une monarchie – nous
sommes une République, et nous avons bien l’intention de le rester ?
Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de l’absolutisme et de la faire entrer dans l’ère nouvelle d’une authentique démocratie, comme celles qui existent dans
les pays du même niveau de développement que le nôtre. Et pour cela, de retrouver la pierre de fondation de toute constitution démocratique, qui est la séparation des pouvoirs.
Nous allons commencer dans les semaines qui viennent la construction qui consiste à défendre dans notre pays une idée d’une démocratie de plein exercice, dans laquelle les citoyens sont pris au
sérieux, et pas seulement considérés comme des objets de communication.
Fin de citation.
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