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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

La Nouvelle Zélande (2)

12 Décembre 2005, 18:55pm

Publié par Jacques Heurtault

Voici un deuxième morceau de l'article de Maurice Mac Tigue, ancien ministre néo-zélandais. Pas de doute, ça décape! Lisez ... C'est saisissant!

"Alléger l'Etat ?
Donner pour objectifs la diminution du nombre des allocataires !


Le nouveau gouvernement réformateur élu en 1984 se trouva confronté à trois types de problèmes : trop de dépenses publiques, trop d'impôts, trop d'Etat. Il fallait réduire les dépenses publiques et les impôts ; il fallait diminuer le rôle de l'Etat dans l'économie. La question était : comment ? La première chose à faire dans ce cas est bien évidemment de se demander si tous les fonds dépensés par l'Etat produisaient des résultats tangibles pour les citoyens de Nouvelle Zélande. Pour être sûr que ce serait désormais le cas, nous avons complètement changé la méthode de détermination des budgets alloués à chaque agence gouvernementale. Ainsi, nous avons en quelque sorte passé un contrat avec les responsables de ces agences : nous leur avons demandé de nous préciser clairement les résultats concrets auxquels ils comptaient aboutir avec les fonds ainsi mis à la disposition de leurs administrations. Nous avons aussi changé le mode de recrutement de ces hauts responsables administratifs : nous avons recruté ceux que nous jugions les plus compétents pour ces fonctions, non seulement en Nouvelle Zélande mais encore dans le monde entier, sur la base d'un contrat de cinq ans, renouvelable éventuellement pour trois ans supplémentaires. Ils ne pouvaient être licenciés avant la fin de leur contrat que s'il n'avaient pas atteint les objectifs sur lesquels nous nous étions mis d'accord avec eux ; ainsi cela stabilisait leur position en cas d'élections conduisant à un changement de majorité gouvernementale. Motivés par cette obligation de résultats, ces hauts fonctionnaires n'avaient d'autre choix vis à vis de leurs subordonnés directs, tout comme les dirigeants du secteur privé, que de leur fixer aussi des objectifs très clairs et leur faire comprendre qu'eux aussi avaient une obligation de résultat.

Nous avons tout d'abord demandé aux diverses administrations publiques des avis et des conseils sur les politiques à mettre en oeuvre dans les domaines respectifs de leur agence. C'était en quelque sorte notre premier « contrat » avec elles. Cette demande de conseils était destinée à susciter un débat de fond entre le gouvernement et les hauts responsables administratifs sur les moyens d'atteindre les objectifs fixés comme, par exemple : comment réduire le nombre de mal nourris ou de sans-logis ? Au passage, je signale que la question posée n'était pas de savoir comment l'Etat pourrait assurer à chacun ses besoins alimentaires ou un logement suffisant. La vraie question était de savoir comment il pourrait y avoir moins de personnes mal nourries ou mal logées. En d'autres termes, comme nous l'avons clairement fait comprendre à nos interlocuteurs, le succès ne serait pas mesuré par le nombre de personnes qui bénéficieraient des subsides gouvernementaux en ces domaines, mais par le nombre de personnes qui cesseraient de dépendre des aides gouvernementales et deviendraient ainsi capables de subvenir par elles-mêmes à leurs propres besoins.


Réduire les impôts ?
Diminuer la fonction publique !


En même temps que nous nous engagions dans cette voie, nous avons posé un certain nombre de questions de fond aux responsables des administrations publiques. La première question était : que font réellement ces administrations ? Et la seconde : font-elles ce qu'elles devraient faire par rapport à leur rôle propre ? Une fois obtenue la réponse à ces deux questions, il leur a été demandé de restreindre le domaine d'intervention de chacune de leurs administrations à ce qui correspondait à leur raison d'être, à ce qu'elles devaient faire. En d'autres termes, si ce que faisaient ces administrations ne ressortait pas du rôle propre de l'Etat, elles devaient désormais ne plus le faire. Enfin venait une dernière question : qui devaient payer les services que rendent les administrations gouvernementales : les contribuables ? les usagers ? les consommateurs ? les entreprises ? Cette question est importante car, dans de nombreux cas, les contribuables financent un certain nombre de dépenses dont ils ne reçoivent, en définitive, aucun avantage. Et si on ne fait pas payer le coût d'un service par ceux qui l'utilisent, d'une part, on incite au gâchis et, d'autre part, les services rendus perdent leur vraie valeur.

Quand nous nous avons engagé ce processus au ministère des transports, celui-ci employait 5.600 personnes. A la fin du processus, il n'y en avait plus que 53. Pour l'agence des forêts, nous sommes passés de 17.000 personnes à 17. Le ministère de l'industrie employait 28.000 personnes. J'étais alors ministre de l'industrie. A la fin du processus, il ne restait qu'une personne, moi-même. La principale activité de ce ministère était la conception et la construction d'unités de production industrielle mais il n'est pas nécessaire d'être employé de l'Etat pour être compétent et capable en ces domaines. On va me dire : « Vous avez détruit tous ces emplois ! » Grossière erreur ! L'Etat a bien cessé d'utiliser son personnel pour effectuer toutes ces tâches ; elles n'ont pas disparu pour autant et il a bien fallu trouver des gens pour les accomplir. J'ai rencontré un certain nombre de travailleurs forestiers quelques mois après leur licenciement par le gouvernement ; ils étaient loin d'être malheureux. Ils m'ont dit qu'ils gagnaient maintenant trois fois plus que ce qu'ils gagnaient auparavant ; bien plus, ils avaient découvert avec surprise qu'ils avaient pu augmenter leur productivité d'environ 60 % par rapport à leur productivité antérieure ! Le phénomène a été similaire dans tous les domaines que je viens de prendre en exemple.

Tout simplement, ce n'est pas le rôle de l'Etat de faire par lui-même un certain nombre de choses. C'est pourquoi nous avons privatisé les télécommunications, les transports aériens, les services d'irrigation, les entreprises informatiques, les imprimeries gouvernementales, les compagnies d'assurances, les banques, les institutions financières, les institutions de crédit immobilier, les chemins de fer, les transports routiers de personnes, les hôtels, les transports maritimes, les firmes de conseils du monde agricole, etc. Au total, le transfert au secteur privé de toutes ces activités s'est traduit par une augmentation de leur productivité et une baisse des prix de leurs produits ou services. Ce fut, en définitive, un gain net important pour l'économie du pays. Il a aussi été décidé que d'autres administrations étatiques pouvaient être gérées comme des entreprises du privé : elles devraient alors être capables de faire des profits et de payer des impôts. Ainsi, par exemple, nous avons regroupé toutes les activités relatives au contrôle aérien dans une société de droit privé. Cette société, avons-nous demandé à ses dirigeants, devrait désormais réaliser un taux de profit raisonnable par rapport aux capitaux investis. De plus, nous leur avons fait comprendre qu'elle ne devait plus espérer de capitaux frais de son actionnaire, l'Etat. Nous avons procédé de la sorte pour 35 agences gouvernementales. Toutes ces agences coûtaient à l'Etat environ un milliard de dollars par an. Maintenant elles versent à l'Etat, en dividendes et impôts, un milliard de dollars par an.

Nous avons pu ainsi réduire les effectifs des administrations publiques de 66 %, et donc alléger d'autant le poids de l'Etat sur la société civile. La part de l'Etat dans le PNB est tombée de 44 à 27 %. Le budget de l'Etat est alors devenu excédentaire. Il n'était pas question cependant de conserver des excédents disponibles. Nous savions en effet que, s'il y avait de l'argent non utilisé, il se trouverait bien quelque inconscient pour trouver une raison de le dépenser. En conséquence, nous avons utilisé ces excédents d'abord pour éponger la dette de l'Etat ; la dette publique est tombée de 63 % à 17 % du PNB. Les excédents budgétaires non affectés au remboursement de la dette nous ont par ailleurs permis de réduire le poids de la fiscalité. Ainsi, nous avons réduit de moitié le taux de l'impôt sur le revenu et supprimé un certain nombre de taxes annexes. Paradoxalement, les recettes de l'Etat ont augmenté de 20 %. Oui ! Ronald Reagan avait raison : réduire les taux de l'impôt a effectivement pour conséquence l'augmentation des recettes fiscales."

La suite prochainement ...

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