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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

La Nouvelle Zélande (3)

13 Décembre 2005, 21:13pm

Publié par Jacques Heurtault

Voici le troisième volet de l'article de Maurice Mac Tigue, ancien ministre néo-zélandais. Je vous laisse apprécier, en positif et, éventuellement, en négatif. 

"Encourager la créativité ?
Supprimer les subventions !


Parlons maintenant de cet envahissement de la société civile par l'Etat au travers des multiples formes de subventions et d'aides gouvernementales. Il faut bien mesurer, pour traiter de cette question, les conséquences d'une telle politique : trop d'assistance gouvernementale crée une mentalité d'assistés ; et, quand se répand une telle mentalité, les gens perdent leurs capacités d'innovation et de créativité, et ont de plus en plus besoin d'être assistés.

Laissez-moi vous donner un exemple. A l'époque, en 1984, les aides gouvernementales représentaient quelques 44 % des revenus des éleveurs de moutons en Nouvelle Zélande. Le principal débouché de cet élevage est la viande d'agneau. L'agneau se vendait 12,50 dollars la bête sur le marché mondial. L'Etat donnait en sus aux éleveurs le même montant : 12,50 dollars par bête. Et bien, nous avons supprimé en un an toutes les aides gouvernementales aux éleveurs de moutons. Vous imaginez que ceux-ci n'étaient pas très heureux ! Pourtant, après avoir accepté comme une nouvelle donne qu'ils ne devaient plus s'attendre à recevoir de subventions gouvernementales, ils ont constitué un groupe d'études chargé de réfléchir aux moyens de gagner 30 dollars par agneau. La conclusion de ces réflexions a été que cela serait difficile, mais pas impossible. Néanmoins, il fallait que le produit mis sur le marché soit conçu différemment, il allait falloir modifier les processus de production, il fallait prospecter de nouveaux marchés. En deux ans, c'est à dire vers 1989, ce qu'ils mettaient maintenant sur le marché, équivalant à un agneau, se vendait 30 dollars au lieu de 12,50 initialement. D'évolution en évolution, ce chiffre d'affaire par agneau est passé, deux ans après, à 42 dollars ; en 1994 il passait à 74 dollars, puis vers 1999 il atteignait les 115 dollars. La leçon à tirer est claire : les éleveurs de moutons de Nouvelle Zélande sont allés à la recherche de nouveaux marchés et ils ont trouvé des clients qui acceptaient de payer plus cher leurs produits. Ainsi, si vous allez dans les meilleurs restaurants, aux Etats-Unis, et si vous commandez de l'agneau de Nouvelle Zélande, vous le paierez aujourd'hui entre 35 et 60 dollars la livre.

Comme on pouvait s'y attendre, quand nous avons décidé de supprimer les aides gouvernementales aux éleveurs, beaucoup ont prédit qu'il en résulterait un exode massif de ceux-ci. Pourtant, cela n'a pas été le cas. Je donnerai un seul exemple pour illustrer mon propos : n'ont cessé leur exploitation que 0,75 % des exploitations consacrées à l'élevage du mouton ! Et, clairement, ceux qui les exploitaient n'étaient pas à leur place dans cette activité. En outre, certains prévoyaient la disparition d'un grand nombre d'exploitations familiales au profit d'entreprises de type capitaliste. Finalement, c'est le contraire qui s'est produit : les exploitations de type capitaliste ont reculé, et celles de type familial sont devenues plus nombreuses. La raison en est probablement que les exploitations familiales peuvent se permettre une rentabilité moins forte que des entreprises de type capitaliste. En définitive, il est arrivé ce qui pouvait arriver de mieux. Cela a démontré une chose : si les gens n'ont d'autre choix que de faire preuve de créativité et d'esprit d'innovation, ils trouveront par eux-mêmes des solutions.


Redresser le niveau scolaire ?
Responsabiliser les enseignants !


J'en viens maintenant aux problèmes que posait notre système éducatif. Il était en complète déconfiture : c'était notamment un échec complet pour environ 30 % des enfants scolarisés et particulièrement pour les enfants venant principalement des zones économiquement et socialement les plus défavorisées. Depuis vingt ans, il avait été consacré toujours plus d'argent à l'éducation mais les résultats empiraient d'année en année. En vingt ans, les sommes consacrées à l'éducation avaient doublé, avec des résultats plus mauvais qu'au départ. Nous en avons conclu qu'il fallait réfléchir très sérieusement à ce problème.

Nous avons tout d'abord cherché à voir à quoi servait précisément tout l'argent consacré à l'éducation nationale. Et comme nous n'étions pas sûrs de l'objectivité des services gouvernementaux, nous avons confié cette mission d'investigation à des consultants internationaux. Il ont fait apparaître que 70 % des fonds consacrés à l'éducation nationale allaient au financement des services administratifs. En conséquence, nous avons décidé immédiatement de supprimer tous les Conseils d'Education (« Boards of Education ») du pays. A leur place, chaque école a été dotée d'un Conseil de Gestion (« Board of Trustees ») dont les membres étaient élus par les parents d'élèves de l'école et par personne d'autre. Il a été décidé que les fonds alloués aux écoles par l'Etat seraient uniquement fonction du nombre d'élèves de l'établissement. En même temps, nous avons informé les parents qu'ils avaient le droit le plus absolu du choix de l'école de leurs enfants. Il me paraît en effet inadmissible qu'une autorité quelle qu'elle soit puisse obliger les parents à envoyer leurs enfants dans une école qu'ils jugent mauvaise. Ce nouveau système a été appliqué le même jour à 4.500 établissements d'enseignement.

Mais nous avons fait plus : nous avons donné aux écoles privées la possibilité de bénéficier des mêmes avantages financiers que les écoles publiques. Les parents bénéficient ainsi d'un « bon scolaire » qui leur permet d'avoir un plus grand choix en matière d'écoles pour leurs enfants. Là encore, tout le monde prévoyait qu'il y aurait un véritable exode des écoles publiques vers les écoles privées, l'écart de niveau entre celles-ci et celles-là étant estimé entre 14 et 15 %. Cette crainte ne s'est pas concrétisée et, qui plus est, la différence de niveau a disparu rapidement. Cela a pris environ 18 à 24 mois. Pourquoi cela ? Parce que, tout simplement, les enseignants des écoles publiques ont réalisé tout d'un coup que, si leurs élèves partaient ailleurs, les financements qu'ils recevraient seraient réduits d'autant, les fonds alloués, et destinés entre autres à rémunérer les enseignants, dépendant du nombre d'élèves de l'établissement. C'était donc leur emploi qui risquait d'être remis en question. Avant que nous ne lancions cette réforme, 85 % des élèves fréquentaient l'école publique. Un an après, à la suite de ces réformes, ce pourcentage ne s'était que peu réduit puisqu'il était passé à 84 %. Mais, trois ans plus tard, il était remonté à 87 % ! Pour autant, ce n'est pas le plus important : avant ces réformes, le niveau scolaire de notre pays était considéré comme inférieur à celui des pays comparables au nôtre d'un pourcentage estimé à 14 ou 15 % ; à la fin du processus, le niveau scolaire était estimé supérieur à ces autres pays d'un pourcentage de l'ordre de 14 à 15 %."

Il y a, là, matière à débat!

La suite très prochainement ...


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