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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Contrôle de la recherche d'emploi (2).

21 Avril 2008, 13:02pm

Publié par Jacques Heurtault

Jacques Lamauragne, désormais fidèle contradicteur, me demande d'être plus précis dans mon appréciation sur le nouveau dispositif de contrôle de la recherche d'emploi ...

C'est donc bien volontiers que je l'être.

Cela fait plus de 14 ans que j'exerce dans cette établissement public qui s'appelle "Agence Nationale Pour l'Emploi (ANPE)". Je commence, on voudra bien me croire sans trop barguigner, à en connaitre pas mal de ficelles ... mais aussi quelques cordes, de quoi en remplir un sac!

Que savons nous du dispositif actuellement en vigueur relatif aux obligations des demandeurs d'emploi? Cela tient en quelques idées simples ...

1. N'importe qui peut s'inscrire comme demandeur d'emploi. Il n'est pas nécessaire de ne pas avoir d'emploi. Il suffit d'en rechercher un. C'est tout ... ou presque!
2. Il faut, par contre, être engagé, tous les jours, dans des démarches actives de recherche de l'emploi souhaité. Cela me parait parfaitement normal. En clair, il faut être "dedans" ou "dehors" mais sûrement pas "dedans" (administrativement) tout en étant "dehors" (intellectuellement), autrement dit "avoir l'esprit ailleurs qu'à la recherche de l'emploi pour lequel on s'est inscrit".

Tout ce que j'ai pu vivre professionnellement peut se résumer à deux idées simples. Tout d'abord, quand on cherche un boulot, on finit par trouver quelque chose! Pas forcément aussi bien payé que celui que l'on vient de perdre ... C'est là que le bât blesse! Ensuite, toute coercition du style "Vous prenez cet emploi sinon vous allez être radié" ne fonctionne pas. Tout simplement parce que cette démarche n'a aucun sens. A chaque fois que l'on a tenté de la mettre en oeuvre, ça a capoté ...  Il est en effet extrèmement facile d'obtenir que l'employeur ne concrètise pas la période d'essai, ou, même si c'est un peu plus long, obtenir du tribunal administratif qu'il annule la décision  de radiation ...

Ce qui est, par contre, plus facile à mettre en oeuvre, c'est la radiation sanction pour actes manifestement insuffisants de recherche d'emploi. Il s'agit alors d'un faisceau d'éléments qui conduisent à penser raisonnablement que le demandeur inscrit n'entreprend manifestement pas de démarche susceptible d'aboutir à la reprise d'emploi.

Quels sont les obstacles?

J'en vois au moins cinq.

1. La trop longue durée de l'indemnisation. Elle atteint, dans bons nombres de cas TROIS ans, voire CINQ ans ... Ce n'est pas avec de tels "pansements" que l'on a  de sérieuses chances de résoudre le problème!
2. L'ANPE n'est toujours pas, collectivement, capable de prendre en charge les demandeurs d'emploi d'une manière authentiquement dynamique. Aujourd'hui encore, une nette majorité d'agents ne vient pas à l'Anpe pour aider les demandeurs d'emploi à trouver un emploi satisfaisant mais pour devenir fonctionnaire (ou quasiment tel). Je pourrais citer une kyrielle d'exemples personnellement vécus. Dont certains proprement MONSTRUEUX, IGNOBLES, ABJECTS ... Un très long article serait nécessaire pour en faire une liste sommaire. Je n'envisage même pas la longueur de la liste exhaustive ...
3. Le concept même de contractualisation des rapports entre le conseiller de l'emploi et le demandeur ne pénètre pas, loin s'en faut, l'esprit des premiers, dont c'est pourtant la fonction que de faire le premier pas.
4. L'invraisemblable lourdeur administrative du fonctionnement de la "machine" ... A l'Anpe, c'est simple : quand on a le choix entre deux solutions, la "simple" et la "complexe", on choisit toujours la complexe! Jamais la simple! Par exemple, 150 positions de définition de métier (le ROME) suffisent amplement ... Nous en avons plus de 450! Avant 1990, il y en avait plus de 900 ... Notamment celle, ne riez pas!, de "caporal chel spécialiste de l'Armée de Terre", itou pour l'Armée de l'Air ... Par contre, nous étions incapables de discriminer les différents spécialistes (alors que c'est sans doute le seul vrai critère qu'il faut retenir!). Comme un malheur n'arrive jamais seul, il a fallu au moins quatre longues années pour changer l'ancien ROME par le nouveau : on n'arrivait pas à le faire rentrer dans l'informatique! En vertu de la loi dite "des emmerdements maximums", maintenant que nous en avons 450 environ, on s'apprète à nous en rajouter près de 150 supplémentaires sans envisager le moins du monde d'en supprimer au moins autant ...
5. La culture interne n'étant pas à l'aide et donc, primitivement, à l'écoute du demandeur, il s'ensuit une relation "administrative" débouchant sur un laisser aller ou sur le conflit ... Autrement dit sur deux écueils également dangereux ...

A chaque fois que l'Anpe a voulu s'orienter, sur injonction extérieure le plus souvent, vers une logique de coercition, à CHAQUE FOIS, elle s'est plantée! Je vois mal au nom de quelle "règle" non écrite, il en irait différemment cette fois-ci ...
Prenons l'exemple qui va, à mon avis, entrer dans les annales.
On nous a récemment (environ deux ans en arrière) demandé de "romer" (définir le métier du demandeur) sur la base de l'emploi perdu ... En première analyse, c'est la solution "évidente" car il semble raisonnable d'estimer que le demandeur d'emploi aura plus de chance d'être reclassé dans son métier perdu plutôt que dans un autre ....
On oublie juste deux ou trois petites choses ...
1. Juridiquement, c'est le demandeur d'emploi qui sollicite le concours du Service Public de l'Emploi pour l'aider à retrouver UN emploi. Ce n'est donc pas le Service Public de l'Emploi qui impose quoique ce soit à qui que ce soit hormis l'obligation "primaire" d'entreprendre des recherches d'emploi.
2. Si on impose à un demandeur d'emploi de se lancer sur telle piste plutôt que sur une autre, ce dernier est en droit d'exiger que l'ANPE s'engage à fond sur la piste en question en y mettant les moyens adéquat (ce n'est pas une affaire de quantité mais plutôt une affaire de qualité). Disons le clairement, l'Anpe n'est pas capable ni de prendre de tels engagements (ça ne fait pas partie de sa culture) et encore moins de les respecter (elle n'a pas, collectivement, les compétences appropriées et encore moins les moyens financiers de s'engager en assumant les conséquences de l'échec possible de la démarche ...
3. Par définition, le "marché du travail" est un marché, c'est à dire un "lieu" où se rencontrent non pas des "offres d'emplois" et des "demandes d'emplois" mais plus simplement des offres de compétences (les "demandes" d'emploi) et des demandes de compétences (les "offres" d'emploi). Confier à une structure administrative, profondément pénétrée de sa culture de fonctionnaires et imbue de son "autorité", la mission de faire se rencontrer ces offres et ces demandes de compétences est tout simplement absurde voire franchement ridicule ... Aussi absurde que de vouloir demander à l'Administration des Impôts de réguler l'économie générale du pays! Elle s'y risquera mais elle échouera ...C'est une certitude!
On régulera pas des relations économiques par des méthodes administratives. Autrement dit, pas avec des kilomètres de lois et de décrets ... On sait que ça ne marche pas!

Bien plus sage est la méthode que j'emploie quotidiennement.
1. J'enregistre la demande d'emploi telle que l'exprime le demandeur en m'assurant que nous nous comprenons bien, lui et moi (afin de "codifier" correctement).
2. Je lui fais part de ma connaissance du marché ...
3. Je lui dit clairement que lorsque l'on est demandeur d'emploi, depuis l'origine, l'accès à la formation n'a jamais été un droit. Le demandeur d'emploi est libre d'exprimer ses SOUHAITS de formation. La puissance publique qui finance est libre, elle, parce c'est elle qui paie, de donner suite  ... ou pas!
4. Sur cette base, le dialogue s'engage. La NEGOCIATION commence!
Pour cela, il faut être rompu à la discussion, et avant ça, à l'analyse objective d'une situation ... Les "oukazes" ne servent à rien! C'est en ce sens que toutes les contraintes "administratives", les menaces de radiations entre autres sont, par nature inéfficaces!
 


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tintin 15/05/2008 21:12

Eh oui, ce n'est pas sur les nombreux blogs de cette nébuleuse "blogosphère" qu'on trouve les vrais chiffres. Pour faire des propositions audacieuses dans tous les domaines, il faut déjà connaître les données nécessaires pour faire correctement son boulot. http://info.assedic.fr/demandeurs_emploi/index.php?idarticle=94&idmenu=0

Jacques Heurtault 18/05/2008 23:29


Mon boulot ne consiste pas à calculer la durée d'indemnisation des chômeurs ... mais à les aider à retrouver un emploi le plus vite possible ... parmi ceux qui sont disponibles, évidemment, n'ayant
pas le pouvoir de les créer!


jean-luc du 13 15/05/2008 16:33

je travaille comme toi dans cette 'institution' et j'aimerai savoir d'où tu puises tes affirmations concernant la durée d'indemnisation des demandeurs d'emploi. En effet, cette durée est de 6,12 ou 23 mois (selon la durée de travail) ou de 36 mois (uniquement pour les + de 50 ans). Point de durée de 3 ans comme tu l'affirmes et encore moins de 5 ans. Il me semble que ta conception de l'information (j'y travaille, donc je sais ce que je raconte !!!) est quelque peu étrange......   

Jacques Heurtault 18/05/2008 23:26


Je vois dans la documentationaimablement fourni par le commentateur suivant que certains demandeurs sont indemnisés pendant 42 mois ... Ce qui fait tout de même 3,5 ans ...! J'ai eu la main un peu
lourde avec mes "cinq ans", j'en conviens. Mille excuses!


Daumont Jean 27/04/2008 11:52

Comme d'habitude, j'apprécie vos articles sur les problèmes d'emploi, à la fois parce que c'est un sujet important de réflexion et que je suis concerné, comme vous le savez... Afin d'approfondir mon analyse (voir mon article sur les "35 heures"), je souhaiterais d'ailleurs que vous fassiez le point (dans un nouvel article) sur les chiffres réels du chômage, intégrant les "oubliés", ceux qui "n'existent pas" au sens social de l'expression...

Jacques Heurtault 27/04/2008 12:01


Très bonne suggestion ... Je vais le faire très prochainement! Peut-être même dès aujourd'hui.


Monsieur Aï 26/04/2008 00:59

Cad remplacer l'IRPP qui est un impôt progressif sur le revenu déclaré par un impôt progressif sur la consommation comme la TVA?La TVA a un taux qui va de 0 à 19.60% en passant par 2.10, 5.50 et 7.0? Et qui pourraient être aménagée selon le même principe de progressivité pour épargner les biens indispensables et taxer les produits qui ne le sont pas?Elle toucherait en effet aussi bien les produits fabriqués en France que ceux fabriqués ds les pays pratiquant le dumping social. D'autre part, tout le monde paierait en fonction de ses revenus réels, honnêtement déclarés ou d'origine douteuse, car en bout de chaîne, il y a le consommateur. Donc les trafiquants et fraudeurs viendraient à participer un peu plus à l'effort collectif?C'est une proposition audacieuse mais qui ne va pas dans le sens du politiquement correct. Et pourtant cela pourrait rapporté bcp en supprimant les injustices les plus criantes et en respectant une justice sociale.JH, c'est le sens de votre remarque?

Jacques Heurtault 26/04/2008 07:20


C'est (presque) ça! Je propose effectivement la SUPRESSION de l'impôt sur le revenu, la SUPRESSION de l'impôts société et l'alignement à un seul taux de la CSG.
Je vais même jusqu'à oser dire qu'il ne faut qu'un seul taux de TVA! Mais je ne veux pas être trop révolutionnaire ...
Je propose, en contrepartie, la mise en place d'un impôt général sur le patrimoine au taux de 0,1% sur l'ensemble de ce que possède une personne, qu'elle soit "physique" ou "morale".  C'est la
valeur réelle du bien déclaré qui est prise en compte avant déduction des emprunts éventuels contractés pour l'acquérir ... La possibilité serait donné au fisc de racheter un bien manifestement
sous-évalué au prix de la valeur DECLAREE et non au prix de la valeur réelle ...
Bien entendu, une holding qui possède des actions paie sur les actions qu'elle possède, la filiale paie sur la totalité de ses actifs après déduction des amortissements linéaires (et non pas
dégressifs!), avant déduction des emprunts, etc ...  Normalement, cela doit générer un important mouvement de dispariton des sociétés écran destinées à brouiller les pistes!
Heureux de vous lire, Monsieur Aï! Enfin quelqu'un qui me comprend!


Monsieur Aï 25/04/2008 19:09

Ce n'est pas de l'humour. C'est un cas réel:Monsieur est électricien au chômage mais est surchargé de travail au noir.Madame est femme de ménage au noir et parfois déclarée.Ils sont ressortissants de la CEE, 100% intégrés , la cinquantaine, préfèrent tavailler au noir car pas de charges et d'IRPP à payer et en plus ils peuvent percevoir de l'aide sociale. Ils roulent dans une routière "étoilée" très récente (où sont les contrôles fiscaux?). Ce sont des bosseurs mais ils se plaignent de leur "situation" même auprès de ceux qui connaissent la réalité des faits. J'en prends le partie d'en sourire maintenant. Le problème  c'est que ce ne sont pas des cas isolés. C'est pour ça que j'attends bcp des réformes sur le chômage parce que à côté de ces personnes, il y en a d'autres qui ont vraiment des difficultés pour trouver du travail et qui sont en situation économique délicate. Et à cause de mon exemple, tous les chômeurs sont mis ds le même sac.Une réforme bien conduite apportera satisfaction sur le plan économique et sur le plan humain car un chômeur sera considéré comme tel et non comme un éventuel profiteur.Nota: l'idée du RSA qui semble tant décriée me paraît bonne eu égard au cas sociaux que je rencontre avec des personnes qui veulent travailler mais qui sont perdant s'ils acceptent un emploi!! Et ça c'est réel. Hirsch a parfaitement raison.

Jacques Heurtault 25/04/2008 23:11


Il n'y aurait pas de travail au noir si les impôts reposaient pour l'essentiel sur le consommation.


Monsieur Aï 24/04/2008 01:44

Je le dis tout net, toutes ces propositions ne me conviennent pas. Je ne vois pas au nom de quoi il me serait interdit de rester une victime de la société en étant chômeur alors que je ne trouve pas de travail déclaré. Heureusement que les allocations chômage me permettent d'améliorer mon ordinaire en travaillant au noir et un peu plus de 35h/semaine. Cela montre que j'aime travailler mais en préférant garder le fruit de mon travail pour moi. La solidarité doit jouer pour ceux qui comme moi vivent dans la précarité en n'étant pas salarié et qui sont exclus de l'assurance maladie et vieillesse.Monsieur Aï.

Jacques Heurtault 24/04/2008 07:35


C'est sûrement de l'humour à front renversé ...


neuf 23/04/2008 20:56

Puisqu'il est question d'emploi et que l'actualité s'empare des clandestins travailleurs, je vais vous faire part de mon opinion sur ce qui aurait dû être fait depuis longtemps. En effet, celà remonte au temps ou les portugais avaient construit des bidonvilles comme en banlieue de Lisbonne, sur les hauts de Champigny et alentours. C'est Chaban-Delmas qui avaient pris les mesures pour les faire disparaitre. Observons au passage que maintenant ces portugais et leurs descendances construisent et se construisent de confortables résidences. Et qu'ils sont plutôt absents des faits divers.     A l'époque cet "accueil" sauvage des travailleurs étrangers me déplaisait, et je me disais qu'il devrait s'opérer d'une manière organisée dans la dignité et ne pas les laisser seuls dans la jungle d'un monde du travail qui leur était étranger.Peut-être, et même probablement allez-vous juger utopique mon point de vue, mais je pense que les employeurs devraient avoir une interdiction totale d'embauche d'étrangers, REGULARISES OU NON. Selon un système s'apparentant à l'Interim, c'est un organisme tel que l'ANPE qui serait l'employeur. Le salarié serait ainsi protégé, son salaire assuré et d'un niveau adapté, il profiterait de l'intégralité de ses droits, aidé dans de multiples occasions et aussi surveillé dans son parcours professionnel (chômage-arrêts maladie-absentéisme...)Le coût supplémentaire serait supporté par l'employeur, ce qui diminuerait la concurrence entre les main d'oeuvre émigrées et autochtones. Meilleures salutations.

Jacques Heurtault 23/04/2008 23:45


Oh, là! Vaste question qui mérite un examen très approfondi. Je suis d'accord avec l'idée que les étrangers hors communauté européenne en situation irrégulière devraient être expulsés, TOUS, sans
brutalité, quitte à les réadmettre après un filtrage d'opportunité au regard de notre situation de l'emploi.
Quant au rôle que vous voulez faire jouer à l'Anpe, disons le tout net, c'est complètement utopique! L'Anpe n'est absolument pas capable de jouer un tel rôle. Ce n'est d'ailleurs pas souhaitable.


Jacques 21/04/2008 23:05

JH me fait l'insigne honneur de justifier ce présent billet par une question posée par moi.Cette question concernait 'l'offre valable d'emploi" actuellement mise au point par le Gouvernement, je la repose:
Le seul vrai problème dans cette affaire c'est que l'Etat va être juge et partie pour décider si oui ou non l'offre est "valable"...Que préconisez-vous donc, vous qui est dans le bain, si je puis dire, pour éviter cet écueil, qui, à mon avis, est de grande taille et met le chômeur en victime potentielle de l'arbitraire pur et simple ?jf.
Je n'ai pas le sentiment que le billet ci-dessus y réponde....jf.

Jacques Heurtault 21/04/2008 23:27


La réponse n'est pas complète, j'en conviens! L'arbitraire viendra davantage de l'imcompétence notoire de certains agents de l'ANPE augmenté du zèle carriériste de certains autres plus nombreux que
de l'Etat lui même!


Jean-Pierre 21/04/2008 17:39

Plein de bon sens. Vous devriez proposer des formations aux "agents" de l'ANPE, ainsi qu'à des tas d'autres "services au public" :-) 

Jacques Heurtault 21/04/2008 18:18


Je ne demande pas mieux! Encore faut-il qu'il y ait un commanditaire!