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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Pédagogie de la crise financière et indépendance de la BCE

13 Juillet 2008, 10:55am

Publié par Jacques Heurtault



Pauvre Banque Centrale Européenne! Si décriée, trainée dans la boue, vilipendée, stigmatisée, si injustement affublée de tous les maux ...

Tous ceux qui s'intéressent à l'économie, à la politique, aux grands problèmes du monde ont forcément entendu parler de "la crise des subprimes" et beaucoup pensent volontiers que les problèmes financiers que la planète rencontre actuellement sont la conséquence de cette crise.

Bien entendu ,ce n'est pas, loin s'en faut, exact! Les "subprimes" (disons plus simplement, les mécanismes financiers qui ont permis aux prêteurs (pas toujours des banques, hélas!) de diluer les risques liés aux crédits immobiliers trop généreusement accordés à des gens insuffisamment solvables ) ne sont que le facteur déclenchant d'une crise financière bien plus profonde qui repose, elle, sur un endettement généralisé de nombreux acteurs économiques (aussi bien les entreprises que les particuliers) colossal ...

Réfléchissons ensemble.

Vous êtes propriétaire d'un patrimoine (peu importe que vous soyez un particulier, une entreprise, une banque, etc ...) et vous "placez" cet argent, ces biens, auprès d'emprunteurs moyennant le paiement, par eux, d'un intérêt, en plus du nécessaire remboursement du capital prêté évidemment.
Vous êtes enclin à prêter une forte somme à peu de gens et à un taux d'intérêt faible si vous avez la certitude que vous serez remboursé et que les intérêts qui doivent vous être versés le seront effectivement.
A l'inverse, vous êtes enclin à prêter peu et à un taux d'interêt plus élevé si vous avez la conviction que l'emprunteur présente un risque élevé d'incapacité à rembourser sa dette et à payer les intérêts qu'il vous doit. Logique!

Les choses se compliquent lorsque vous ne gérez pas vous même votre argent et que vous faites appel à des "spécialistes" qui ne sont pas responsables, sur leurs biens propres, du bon usage de votre argent. Leur logique "professionnelle" repose, bien évidemment, sur leur intérêt, pas sur le vôtre! Vous servez de pigeon que l'on plume allègrement. Ils vous feront perdre de l'argent pour pouvoir en gagner ... Sans le moindre état d'âme!

Et ces emprunteurs "professionnels", que font-ils de votre argent, celui que vous leur avez prêté? Ils ne le mettent évidemment pas dans un tiroir, histoire de voir comment ça pousse! Ils savent bien que ça ne pousse pas tout seul. Ils le prêtent dans des conditions différentes à d'autres personnes, notamment à des candidats à l'accession à la propriété de leur logement. Quoi de plus naturel, en effet, que de vouloir être propriétaire de son logement? On se dit que, de la sorte, en cas de coup dur, on ne se retrouvera pas "à la rue". Comportement responsable de tout bon père de famille, on ne peut plus humain!
Hélas! Ces acquéreurs de logements (de préférence des maisons individuelles, là encore, c'est parfaitement humain) ont, évidemment besoin d'emprunter beaucoup d'argent... La quasi totalité de la valeur du bien, pour tout dire. N'avez-vous jamais, vous-même, lu, vu, entendu, des propositions alléchantes du type "Devenez propriétaire avec 0 euro d'apport personnel!". Il faut s'en méfier, évidemment. Mais c'est tellement tentant! Tellement humain de s'y engouffrer!
Oui, mais! Il faut rembourser et payer les intérêts, chaque mois! Et, bien entendu, le prêteur est tout sauf fou! Il prend ses précautions et vous fait signer une "hypothèque" ou, mieux encore, un "privilège de prêteur de denier" qui l'autorise à faire vendre votre maison, au prix du marché du moment, évidemment, si d'aventure, vous ne parveniez pas à payer vos mensualités.
Et comme il sait bien que vous risquez de "tiquer", il vous rassure en vous disant que la valeur de votre maison aura forcément augmenté, de quoi couvrir largement le coût du capital emprunté restant à rembourser! Donc, vous y allez ... en oubliant que les aléas de la vie peuvent vous faire perdre votre travail, donc vos revenus, que les taux d'intérêts peuvent augmenter et vos traites mensuelles augmenter elles aussi, bien plus vite d'ailleurs, que la valeur de la maison n'est pas garantie et que ce n'est pas parce que l'immobilier a beaucoup augmenté qu'il va continuer à augmenter encore (c'est même le contraire qui est le plus probable!). Pire même (si! si! c'est possible ..., c'est même certain!), si vous êtes contraint de vendre parce que vous ne pouvez plus rembourser et si, malheur à vous, ça se sait, le prix qui vous sera proposé va baisser! Les requins se précipitent toujours, de préférence, sur les proies les plus faciles, les proies déjà blessées, celles qui perdent leur sang.
En un mot comme en cent : vous êtes ruiné!

En France, le principe de la faillite personnelle n'est pas admis, contrairement aux Etats Unis. Là-bas, si vous êtes ruiné, autrement dit si vos dettes sont très supérieures à vos avoirs (tous vos avoirs!), vous allez voir un juge pour déclarer votre faillite personnelle. Il a toute les chances de vous en accorder les avantages, non négligeables : vous ne possedez plus rien ... et vous ne devez plus rien, à personne! Vous pouvez repartir de zéro. Ce n'est pas automatique mais cela fait partie de la culture américaine qui permet à tout un chacun un nouveau démarrage dans la vie après un échec, à condition toutefois que vous n'ayez pas fraudé, que vous n'ayez pas cherché à monter une "manip" en dissimulant des avoirs (si la Justice s'en apperçoit, ça fait très très mal! c'est la prison à coup sûr!).
Les prêteurs peu scrupuleux (souvenez-vous, ce sont des gens qui ont eux-mêmes emprunté pour pouvoir prêter!) connaissent cette règle de la faillite personnelle et anticipent, en bon gestionnaires de leurs intérêts qu'ils sont! En quoi faisant? Tour simplement en "refourgant" leurs créances douteuses ... en prenant, au passage, leurs marges de bénéfices (ils sont plutôts égoïstes, ces gens-là!), dans la grande lessiveuse financière internationale!
Et voilà comment de braves gens certes, mais aussi des banques de renommée mondiale, américaines bien sûr, mais aussi européennes et françaises, se retrouvent avec des titres de créance qui apparaissent comme telles dans leurs actifs et dans leurs bilans, à une valeur qui ne correspond pas du tout à la valeur réelle ..., nettement inférieure.

Bien évidemment, ce n'est pas fini!

Les banques, dont le métier consiste à essayer de gagner de l'argent en en prêtant à ceux qui en ont besoin, ont, par nature, des créances très supérieures à leurs dettes et même à leurs dettes augmentées de ce qu'elles possèdent en propre (leurs capitaux propres). C'est un processus normal qui repose sur le fait que la probabilité pour que tous les débiteurs fassent défaut, en même temps, dans leurs obligations de rembourser la banque, est quasi nulle.
Les législateurs européens, c'est à dire les institutions européennes (la Commission, le Conseil et la Banque Centrale Européenne, voire le Parlement Européen), pas folles, ont quand même fixé des règles, telle un certain ratio entre l'encours des créances et les capitaux propres, voire ce même encours et le total des capitaux propres et des dettes de la banque (en gros, l'argent que vous avez déposé sur votre compte courant, par exemple, c'est à dire la créance que vous avez sur votre banque, sert à permettre à la banque de prêter de l'argent à d'autres).
Que se passe-t-il si les différents clients de la banque (tous ceux qui ont affaire avec elle, à commencer les autres banques elles-mêmes!) ont des doutes sur la solvabilité réelle de ladite banque? Elles ne prêtent plus car elles se méfient. Elles ont peur! Il n'y a rien de pire que la peur dans le monde des affaires et, par extension, dans l'économie mondiale! La peur paralyse.
Pour que la confiance revienne il faut, c'est absolument nécessaire, que les comptes soient apurés, que les créances et les dettes soient réévaluées à leur vraie valeur, celle du marché financier d'aujourd'hui.
En particulier, il faut que les créances douteuses soient déclassées ... Ceci a pour effet immédiat de déséquilibrer les bilans des banques et de les faire sortir du cadrage contraignant fixées par le législateur. Pour remettre les compteurs à leur juste niveau afin de pouvoir repartir d'un bon pied, il faut que les banques fassent deux choses :
1. Réévaluer leur bilan afin de le faire cadrer avec la réalité du marché
2. Se recapitaliser avec de l'argent frais, lequel ne viendra que si il a une espérance de gain satisfaisante, évidemment (car on n'attire pas les mouches avec du vinaigre!).
Décision délicate! Toutes les banques sont dans la même situation, plus ou moins! Alors vient une question : qui commence? Qui commence par reconnaitre qu'il a joué avec le feu? La réponse ne tarde pas : je veux bien dit l'une, mais à condition que les autres en fassent autant! On tourne en rond.

Au dessus de tout ça, il y a les banques des banques, c'est à dire les banques centrales. La Federal Reserve aux Etats Unis, mieux connue sous le nom de "Fed", la Banque Centrale Européenne pour l'Union Européenne, la Banque Centrale de la Chine, etc ..; dont les poids respectifs ne sont pas les mêmes.
Pour les dirigeants de la Fed, c'est très simple : ils sont d'abord américains, avant toute chose, banquiers et financiers ensuite! Si les intérêts monétaires et financiers des Etats-Unis sont menacés, ces dirigeants n'hésiteront pas une seconde à faire ce qu'il faut pour que les Etats-Unis tirent leurs épingles du jeu. C'est ainsi! Il faut s'y faire : les plus chauds partisans de l'économie de marché n'hésiteront pas à en transgresser les règles si cela s'avère intéressant pour eux. Ca marche pendant un certain temps, lorsque l'on est à la tête du peloton de tête ... C'est encore le cas, aujourd'hui. Cela ne le sera peut-être plus demain ... On ne peut plus exclure que l'Euro devienne, dans quelques années, la PREMIERE monnaie de réserve mondiale, autrement dit détrône le dollar dans son rôle de régulateur monétaire mondial et donc que l'Union Européenne détrône les Etats-Unis dans leur rôle de première puissance mondiale. NOUS N'Y SOMMES PAS! Mais on y vient, petit à petit ... Il ne faut évidemment pas laisser passer cette possibilité. Elle est la garantie d'une prospérité assurée pour les cinquante prochaines années qui suivrait un tel bouleversement.
C'est là qu'intervient la Banque Centrale Européenne, tellement et si injustement décriée aujourd'hui, alors même que son rôle est IRREPROCHABLE ... Pour qu'une zone économique soit forte, il faut que sa monnaie inspire une grande confiance. Pour cela, il faut que l'économie de cette zone soit elle-même d'une solidité de roc afin que la monnaie soit elle-même forte. C'est vrai pour toutes les zones économiques. C'est vrai pour les Etats Unis, aujourd' hui fragilisés car leur économie ne se porte pas bien du tout; c'est vrai pour l'Union Européenne, aujourd'hui politiquement malmenée mais économiquement très saine; c'est vrai pour la Chine qui a le vent en poupe mais qui va se retrouver, à assez brefs délais, avec des problèmes que nous connaissons bien, ceux des économies développées, mais que la Chine connait mal car l'économie chinoise est très sous-développée, n'en déplaise à certains qui veulent croire le contraire.
Pour inspirer une grande confiance dans le monde, l'inflation, au sein de l'Union Européenne, doit être strictement jugulée, quelqu'en soit le prix , n'en déplaise aux "politiques", toujours prompts à gérer "pour gagner l'élection suivante" alors qu'il faut gérer "en pensant à la génération suivante". Pour cela, il faut, non pas organiser une fuite en avant irresponsable en "laissant filer la pelote" mais, bien au contraire, faire preuve de courage en ne cédant pas aux sirènes du laissez-aller. C'est très facile d'ouvrir les vannes! C'est même encore plus facile de dynamiter les barrages qui permettent de canaliser correctement les énergies. C'est très difficile de refermer les vannes une fois qu'elles sont ouvertes. C'est impossible de reconstruire les barrages canalisateurs tant que le flot destructeur n'a pas, hélas! fait son oeuvre ravageuse et répandu sa désolation!

Monsieur Trichet! Ne faiblissez pas! Ne reculez pas! Ne cédez pas! Ne capitulez pas!  Si vous faiblissez, vous reculerez!. Si vous reculez, vous céderez! Si vous cédez, vous capitulerez!


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GM 15/07/2008 10:03

Euh oui... Maintenant, quel est le montant des transactions financières à traveres le monde ?Plus 1.500 milliards de dollars par jour... tous les jours !Un pays comme la France et son PIB qui change de main toutes les 36 heures !L'argent divagant...

Jacques Heurtault 15/07/2008 22:58


Exact! Et c'est un problème ... un vrai gros problème! La taxe "Tobin", pourquoi pas?