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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

"Démonstration" immonde!

2 Avril 2006, 16:22pm

Publié par Jacques Heurtault

Je découvre, sur un blog voisin (Energies Démocrates, dont vous trouverez le lien ci-contre), la reproduction d'un article paru dans "Les Echos" (un excellent journal) sous la signature d'un certain Philippe Hayat, présenté comme "Chef d'entreprise" et "Professeur à l'Essec".

L'iniative des Echos est louable. La reproduction qu'en fait le blog que je cite également. C'est une contribution au débat.

Beaucoup moins louable l'argumentation que développe ce "professeur". Mon sang n'a fait qu'un tour. J'y ai mis un commentaire. Vous le trouverez ci-dessous. Je ne dis pas que c'est une citation puisque j'en suis l'auteur.

"Ah, ce cher "professeur" Philippe Hayat! Il parle, il écrit, il cause ... mais il ne démontre pas.

1. Le taux de chômage est de 9,6% (toute tranche d'age confondues) et de 22% pour les moins de 26 ans. D'où sort-il ses chiffres? Etant "professeur", qui plus est, à l'ESSEC, il devrait savoir que un professionnel sérieux doit s'attacher à démontrer pour pouvoir convaincre. Qu'est-ce qu'un taux de chômage? Le sait-il? Je suis fondé à croire que non.

2. Pour le CPE, la période d'essai est de deux ans, nous dit-il. Incroyable. Moi, le professionnel de l'emploi, je m'évertue à expliquer la différence qu'il y a entre une période d'essai telle que définie dans le Code du Travail et la période de consolidation définie dans la loi sur le CPE. Pendant ce temps, un "patron", un vrai "sale patron" (de ceux que j'ai toujours haïs) nous explique qu'il y a bien une période d'essai de deux ans! Mais alors, les jeunes ont donc raison de se révolter! Et moi qui essayait de leur expliquer le contraire ... Ce sont les "patrons", les "sales patrons", exploiteurs au dernier degré (c'est ce qu'il faut croire en lisant ce clown...) qui le disent. Merci Monsieur Hayat de m'avoir décillié les yeux.

3. Les indemnités de licenciement coûtent, d'après ce "professeur", entre 3 et 9 mois de salaires pour un "CDI ancienne version". C'est encore ce "professeur" qui le dit! Comment fait-il pour arriver à ces chiffres? Il n'en dit rien, évidemment ... On le comprend. Il sait bien (il faut l'espérer, du moins, sinon on va devoir s'interroger sur son quotient intellectuel) que c'est évidemment faux. Si c'était vrai, ce serait un véritable pactole. On s'ingénierait à se faire embaucher en "CDI ancienne version" pour ensuite s'arranger à se faire licencier sous un prétexte ou sous un autre.

4. On apprend même qu'il y avait un "CDI ancienne version"! Tiens donc! Ancienne version, dites-vous, cher "Professeur"? Elle est abrogée, alors (puisqu'elle est ancienne)? Si c'était vrai, ça se saurait, non?

5. Il est chef d'entreprise. Bien. Espérons que ce soit vrai (on ne sait pas laquelle, c'est sans doute secret ...). Ben, mon vieux, si vous gérez votre entreprise avec autant de rigueur que vous en avez mis à rédiger votre article, on comprend mieux pourquoi vous avez besoin d'être aussi "professeur" à l'ESSEC pour pouvoir boucler vos fin de mois." 

Cher lecteur, votre information ne serait pas complète si je ne vous donnais pas accès, en direct, à la tribune parue dans "Les Echos" le 27 Mars dernier. La voici.

Début de citation :

Le gouvernement s'attaque au chômage des jeunes. Cela se comprend aisément, il y a urgence. 22 % d'entre eux sont sans emploi (alors que la moyenne nationale, tous âges confondus, s'élève à 9,6 %), et deux jeunes non diplômés sur cinq n'ont pas de travail. La France est l'un des mauvais élèves de l'Europe dont le taux de chômage pour les moins de 26 ans atteint 19 %, alors qu'il se limite à 12 % pour le Royaume-Uni et à 15 % en Allemagne. On ne peut plus laisser désespérer ceux qui seront l'avenir de notre pays. D'autant plus que les prévisions ne sont guère réjouissantes : les recrutements prévus pour les moins de 26 ans d'ici à 2015 s'élèvent à 594.000, pour 680.000 jeunes disponibles sur le marché du travail.


Le 7 mars dernier, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue, en accusant le contrat première embauche d'engendrer de la précarité sous prétexte qu'il instaure une période d'essai de deux ans. Ne se doutent-ils pas que la précarité s'est déjà profondément installée dans le monde du travail, sans attendre le CPE ? 90 % des jeunes de 18 ans, et deux jeunes de moins de 26 ans sur trois, entrent aujourd'hui dans la vie active avec un contrat précaire (intérim ou contrat à durée déterminée). Le retour à l'emploi d'un chômeur de moins de 25 ans s'effectue également par un contrat précaire dans les trois quarts des cas. Ce n'est en moyenne que sept ans après l'entrée dans la vie active que l'on décroche un emploi stable.


Qu'on le veuille ou non, les choses ne vont pas s'arranger, indépendamment du CPE. En effet, les grands pourvoyeurs d'emplois sont les PME. Elles en ont créé 2,6 millions en vingt ans, quand les grands groupes en détruisaient 600.000. Or les PME recrutent, par définition, dans la précarité. Elles embauchent quand leurs carnets de commandes grossissent, et n'ont pas la surface financière pour conserver leurs effectifs quand ils diminuent. Le mythe de l'emploi stable a vécu. Ne pas s'en rendre compte risque de générer de furieuses désillusions, comme celles exprimées le 7 mars et depuis.


Le rôle fondamental des PME dans l'offre d'emplois explique la naissance du contrat nouvelles embauches, le grand frère du CPE, instaurant une période d'essai de deux ans pour tout recruté d'une entreprise de moins de 20 personnes. Le CNE lève un frein psychologique fort au recrutement, en diminuant le coût d'un éventuel licenciement. Celui-ci ne coûte à l'entreprise que 8 % des salaires versés à l'employé, contre trois à neuf mois de salaires en moyenne pour un CDI ancienne version. N'aurait-il pas, alors, été plus efficace d'étendre le CNE à toute entreprise de moins de 250 personnes (définition officielle de la PME) ? Autant la population comprend aisément qu'une PME a besoin de souplesse, autant elle ne peut admettre que l'on s'attaque à ses jeunes.


PHILIPPE HAYAT est chef d'entreprise et professeur à l'Essec.

Fin de citation.

Allez! Encore un effort, Monsieur Hayat et notre prochain Premier Ministre, après l'élection présidentielle de 2007, sera ... Henri Emmanuelli. Comme ça, vous aurez tout gagné!  

Commenter cet article

Alexandre 13/04/2006 07:16

Je me permets de noter que la mention "professeur a l'Essec" a ete rajoute par les Echos et non par monsieur Hayat lui-meme...
Mais je suis satisfait que vous regrettiez certaines de vos paroles... et j'espere que vous saurez peser vos mots un peu plus a l'avenir!
Je suis egalement heureux d'apprendre qu'un fonctionnaire n'ait pas rejete le CPE en bloc. C'est une lueur d'espoir pour notre pays, et qui sait, peut etre qu'un jour j'y retournerai.

Jacques Heurtault 12/04/2006 18:46

Décidément, je n'aurai jamais pensé que ce billet, qui est effectivement un billet d'humeur (merci de votre suggestion), aurait fait couler autant d'encre. Je vais finir par regretter de l'avoir publié!
Vous rendez-vous compte que ce sont, en définitive, les employeurs qui auront fait capoter ce projet pour lequel, au départ, j'avais donné mon adhésion de principe? Que faut-il penser de Mme Parisot qui nous explique que "la vie est précaire, l'amour est précaire, etc ...". Ce projet devait passer, sans trop de difficulté. Les employeurs qui n'en voulaient pas (semble-t-il) ont puissamment contribué à le faire capoter.
Il est vrai que, compte tenu de la méthode employée par le Premier Ministre, il ne faut guère s'étonner du résultat .... Nous en sommes, maintenant, à une vraie crise de régime!
J'ai du respect pour l'ESSEC et nos grandes écoles. Je persiste à penser qu'un professeur de l'ESSEC n'a pas besoin de se prévaloir de cette qualité pour convaincre. Un bon pédagogue doit savoir le faire, sans effort.
Comme je l'ai dit dans mon article, mon sang n'a fait qu'un tour. Un peu  rapide, j'en conviens ...
Si Monsieur Hayat s'est senti blessé, dites-lui que je lui présente mes excuses. Et qu'il dispose, bien entendu, d'un droit de réponse sur mon blog.
En temps que professionnel de l'emploi de l'ANPE, je n'ai évidemment pas créé un seul emploi direct. Ce n'est pas mon rôle; je n'en ai pas les moyens. Je me suis par contre efforcé d'aider des personnes sans emploi à en trouver un, en leur présentant l'entreprise (en général) comme un outil indispensable qu'il ne fallait pas considérer comme un ennemi, bien au contraire. Beaucoup de mes collègues ne tiennent pas, loin s'en faut, ce discours.     

Alexandre 12/04/2006 10:41

Monsieur Heurtault,
Je m'etonne qu'un homme politique et "professionnel de l'emploi" peine a saisir une demonstration aussi basique: les CPE/CNE seront tres utiles aux PME, qui ont des besoins d'embauche tres fluctuants. Or les PME sont en France de loin les plus grosses creatrices d'emplois. Les CPE/CNE seront donc favorable au marche de l'emploi, encore plus si leur champ d'application est etendu. Pour contrer les accusations portant sur l'augmentation de la precarite, l'article souligne que la majorite des jeunes francais le sont deja quoi qu'il arrive.
Pardonnez-moi, mais vos commentaires s'attachent a des details et manquent l'essentiel:
1. Les chiffres de chomage cites ne sont peut-etre pas exacts a la virgule pret, mais l'essentiel est de montrer qu'ils sont hauts.
 2. Meme si elle est mince, il y a en effet une difference entre periode d'essai et periode de consolidation. Vous avez raison, il aurait mieux fait d'ecrire "periode de consolidation", et vous allez tout a fait dans le sens de sa demonstration. N'avez-vous remarque qu'il etait en faveur de ces nouveaux types de contrat?
3. De meme, l'auteur tient a demontrer que le cout du licenciement d'un CDI est eleve, et peu importe que ce soit 3.2 ou 5.4 mois.
4. Monsieur Hayat ecrit "CDI ancienne version" seulement pour le mettre en opposition avec le CPE/CNE. Cela me parait evident, et je m'etonne encore que vous se soyiez arrete sur ce point.
5. Je ne me serais pas certainement pas arrete sur cet article si je n'avais pas ete un des eleves de monsieur Hayat. C'est assurement l'un des professeurs les mieux consideres a l'Essec et un des chefs d'entreprise que j'estime le plus. Il est extremement dommage de lui porter un pur jugement de valeur: "sales patrons", "demonstration immonde", et j'en passe.
Bref, vous parlez, vous ecrivez, vous causez, mais vous ne demontrez pas.
En realite, j'ai du mal a comprendre tout ce deversement de haine envers l'auteur d'un simple article... Quand les hommes politiques francais cesseront d'hair les patrons, nous aurons fait un grand pas en avant. Je suggere d'ailleurs que vous mettiez ce billet dans la categories "humeurs", il y aura bien plus sa place.
Et vous, "professionnel de l'emploi", combien d'emplois avez-vous cree?

Jacques Heurtault 07/04/2006 14:15

Il y a méprise, sans doute par ma faute, de votre part ,sur le sens de la critique. Ce que j'ai simplement voulu dire, c'est que je n'admets pas que l'on puisse se targuer de fonction telles "professeur à l'Essec" (ce qui n'est pas rien) ou bien encore de "chef d'entreprise" pour convaincre du bien fondé d'une argumentation.Si ce Monsieur Hayat veut convaincre, il ne doit pas faire état de sa qualité de "professeur" ou bien de "chef d'entreprise" (sans préciser laquelle, qui plus est!). Il doit démontrer comme doit le faire tout scientifique sérieux.
Vous faites référence à un article où on COMPARE des données entre différents pays. Ces comparaisons sont justes (d'une manière relative) car les méthodes de calcul sont, en principe, les mêmes d'un pays à l'autre (Eurostats) sauf quand Eurostats est amené à exiger d'un pays membre de l'Union qu'il corrige ses méthodes ...!
Qu'est-ce qu'un "taux de chômage"? Connaissez vous la définiton? Cela correspond, peut-être, à une "vision économique" répondant à un besoin "macroéconomique" mais sûrement pas à une approche "sociale". Sinon, comment expliquerait on que la situation s'est indiscutablement dégradée depuis 15 ans alors que le taux de chômage est resté sensiblement le même (autour de 10%)?
Pourquoi les pouvoirs publics (il ne s'agit pas de l'ANPE, là) s'obstinent ils à réciter qu'il y a 2,5 millions de chômeurs alors que je suis absolument certain qu'il y a au moins 4,5 millions d'inscrits à l'ANPE? Qui sont les deux autres millions? Combien sont-ils à ne pas être inscrits car ils n'ont pas droit à une allocation? Pourquoi les bénéficiaires du RMI ne sont-ils pas astreints à s'inscrire? Ne cherchez pas! La réponse est toute simple : cela gonflerait le nombre d'inscrits d'au moins un million supplémentaire.
Il y a encore beaucoup de choses à dire ...    

RENAUD72 07/04/2006 11:46

Mr Heurtault
je ne comprends guère la faculté que vous avez à tenter systématiquement de critiquer ce qui relève de l'emploi , et de l'ANPE service public pour lequel vous travaillez; Lorsque vous remmettez en cause les chiffres cités par Mr HAYAT, vous vous contredisez car ces mêmes chiffres nous les retrouvons  sous votre signature dans un article du 05/02/2006 intitulé "l'emploi en Angleterre et en France :Comparaisons utiles", vous les présentez comme étant issus d'un étude "sérieuse" que vous avez vous même diligenté.
Est ce de la langue de bois ?

Candide 04/04/2006 11:02

Je suis sûr Mr Heurtault que vous lirez avec plaisir le billet que je consacre aux surdoués, dont Mr Hayat fait certainement parti.
http://librecours.over-blog.com/article-2336391.html
Bien cordialement
Candide