Pour y voir plus clair, laissons parler le Professeur Lublin, de l'American University de Washington.
Début de citation :
"Il n’est pas difficile de trouver des raisons d’abolir le collège électoral chargé d’élire le président des
États-Unis, particulièrement si l’on considère que ce système produit parfois l’élection d’un candidat qui a reçu au niveau national moins de suffrages populaires que le candidat battu, mais
remplacer le système actuel n’est pas si simple !
Le collège électoral n’est pas prêt de disparaître.
En effet, il est très difficile de modifier la Constitution des États-Unis. Sa modification exige que le
Congrès adopte un amendement nécessitant la majorité des deux tiers à la Chambre des représentants comme au Sénat. Cet amendement doit ensuite être ratifié par les trois quarts des États
fédérés.
La Constitution n’a donc été modifiée que 27 fois depuis son adoption en 1787. Encore ces 27 amendements
comprennent-ils les 10 amendements constituant la Déclaration des droits qui ont été adoptés peu après la ratification de la Constitution d’origine.
Un très large soutien, pour ne pas dire un consensus, est indispensable pour obtenir la ratification d’un
amendement constitutionnel. Or, l’idée de l’abolition du collège électoral ne bénéficie pas d’un tel consensus pour l’instant. De nombreux démocrates estiment que la défaite de leur candidat en
2000 confirme l’urgence d'une réforme, mais certains républicains considèrent que les efforts visant à modifier le régime actuel ont pour objet de jeter le discrédit sur la victoire de leur
candidat cette année-là. Il n’y a donc pas consensus sur la nécessité d'une réforme, même si cette idée a des sympathisants au sein des partis aussi bien démocrate que républicain.
Plusieurs États auraient en outre des raisons de s’opposer à une telle ratification. Les petits États sont
avantagés lors de la répartition des grands électeurs. En effet, chaque État reçoit au sein du collège électoral un nombre de voix correspondant au total du nombre de ses sénateurs (toujours
deux) et du nombre de ses représentants à la Chambre des représentants (un au minimum). Certains États où la compétition est particulièrement serrée, notamment la Floride et l’Ohio en 2000,
en 2004 et en 2008, bénéficient d’une sollicitude accrue de la part des candidats à la présidence. En effet, sauf au Maine et au Nebraska, le vainqueur dans un État donné reçoit la totalité
des suffrages des grands électeurs de cet État. Les opposants au système du collège électoral dénoncent cet aspect, mais les petits États ne sont pas prêts à renoncer aux égards que les
candidats leur accordent. Enfin, de nombreux Américains sont attachés au fait que le collège électoral reflète le caractère fédéral des États-Unis et ne souhaitent pas son abolition. Ils voient
dans les tentatives de réforme une attaque contre le régime fédéral et les prérogatives des États fédérés.
L'hypothèse d'un pacte entre États.
Certains partisans d'une réforme du collège électoral proposent de trouver une alternative à la méthode
d'amendement de la Constitution en adoptant un pacte entre États (le National Popular Vote Compact). Ce pacte garantirait que le candidat ayant reçu le plus grand nombre de voix populaires lors
de l’élection au niveau national sera élu président. Ses partisans souhaitent que des États détenant la majorité des voix au sein du collège électoral s’engagent à voter en faveur du candidat à
la présidence qui aura remporté le vote populaire au niveau national, que ce candidat soit arrivé en tête ou non dans tel ou tel des États adhérant à ce pacte. Il est vrai qu’il serait beaucoup
plus facile de réformer le système du collège électoral au moyen d’un pacte entre États que dans le cadre d'un amendement de la Constitution. En effet, il suffirait que les 11 États fédérés les
plus peuplés s’accordent pour que le pacte s’applique, alors qu'un amendement constitutionnel ne peut entrer en vigueur qu’après ratification par 38 États.
La solution apparemment astucieuse du pacte risquerait toutefois d’être source de nouvelles difficultés,
car l’élection présidentielle américaine ne se déroule pas dans le cadre d’un scrutin
national unique. En fait, 51 élections distinctes ont lieu dans les 50 États et dans le district de Colombie (c'est-à-dire à Washington, la capitale des États-Unis). Chaque État décide du nom des
candidats aux fonctions de président et de vice président figurant sur ses bulletins de vote. Des noms différents sont donc inscrits sur les bulletins des différents États. Un pacte ne serait pas
suffisant pour créer aux États-Unis un vrai scrutin national permettant aux électeurs de disposer d’un choix uniforme de candidats.
En théorie, un candidat à la présidence peut même se présenter avec des colistiers différents selon les
États. Le pacte envisagé prévoit que les suffrages exprimés dans tout État en faveur d’un candidat à la présidence et de son colistier comptent en faveur du tandem, quel que soit le candidat à la
vice-présidence dont le nom figure sur le bulletin. Pour prendre un exemple, le nom du colistier du candidat indépendant Ralph Nader n’apparaissait pas sur les bulletins de vote de la Californie
en 2004. Dans notre exemple, tous les suffrages exprimés en faveur de Ralph Nader en Californie auraient été totalisés au niveau national, non seulement à son nom, mais aussi en faveur du
colistier dont le nom ne figurait pas sur le bulletin. Le caractère insatisfaisant d'une telle solution est évident.
Nouvelles questions.
La nécessité d’une réforme du collège électoral a été illustrée lors de l’élection présidentielle serré qui a
opposé le républicain George W. Bush au démocrate Al Gore en Floride en 2000. Paradoxalement, un scrutin populaire national serait de nature à accentuer les difficultés en cas de résultats
particulièrement serrés.
Aucun mécanisme ne permet actuellement de trancher dans ce cas-là. Et le National Popular Vote
Compact proposé ne règle pas la question. Les lois actuelles relatives à un nouveau compte des
suffrages en cas de scrutin indécis ne s'appliquent qu'au niveau des États pris individuellement et non au niveau national. Par ailleurs, contrairement à ce qui s'est passé en 2000 lorsqu'un
nouveau compte s'est révélé nécessaire en Floride, les médias et les partis démocrate et républicain auraient beaucoup de mal à veiller au bon déroulement du nouveau compte au niveau national. La
définition de résultats serrés serait en outre beaucoup moins stricte dans le cadre d'une élection nationale, même s’il est certain qu'une telle éventualité est moins vraisemblable.
On peut également se poser la question de la force juridique d’un pacte qui imposerait aux États contractants
de voter d'une manière donnée au sein du collège électoral. La Constitution américaine accorde au corps législatif de chaque État le droit de décider de la répartition des suffrages de leurs
grands électeurs. Le pacte interdirait à tout État de se retirer dans les six mois précédant une élection, mais la force juridique de cette disposition est loin d'être établie. Il ne prévoit
aucune mesure de sauvegarde si les tribunaux refusent d'interdire à certains États de se retirer du pacte alors même qu’ils le souhaitent.
Ces considérations peuvent sembler marginales et excessivement techniques, mais l'élection présidentielle de
2000 a montré l’importance des subtilités juridiques et la nécessité d’être prêt lorsqu'un scrutin produit des résultats particulièrement serrés. Il sera peut-être un jour possible d'élire au
suffrage universel direct le Président des États-Unis, mais cela n'est envisageable qu'au prix d'importants efforts de préparation au niveau fédéral et sous réserve que se dégage un consensus
nettement plus large que ce n'est le cas aujourd'hui.
Fin de citation.
On peut rappeler, à propos du "fédéralisme" que la lutte politique se situe entre les "fédéralistes" et les
"anti-fédéralistes" (vu de France, ceux-ci pourraient être confondus avec les jacobins alors qu'ils sont, en réalité, les partisans de plus de pouvoirs aux Etats fédérés, c'est à dire les plus
anti-jacobins) ... La Civil War (vu de france, c'est la guerre de sécession) a été gagnée par les fédéralistes contre les "confédérés". Ce n'est pas pour rien que les Américains citent volontiers
le nom de l'Etat dont ils sont originaires. Chacun d'eux a une histoire propre.
Ils prétendent à être la plus grande démocratie du monde.
Ce qui n'est pas faux mais pas tout à fait juste : la démocratie fonctionne comme une coopérative selon le proncipe "Un homme, une voix".
Pas chez eux.
Ils prétendent à être la première démocratie historique du monde occidental.
Ce n'est pas vrai : La première date de 1755 mise en place à la Consulta di Corti en Corse elle même précédée par celle de 1735 qui a eu fait long feu : http://fr.wikipedia.org/wiki/Constitution_corse
Mais tout le monde s'en tape, n'est-ce pas !
On est entre gens civilisés, pardi !
Si ça eut fait long feu c'est que Théodore de Neuhoff s'est fait élire Roi des Corse après une longue campagne électorale...
Et il eut pris comme ministre de la finance le père de Pasquale Paoli, élu "Généralissime" la génération suivante, père de la "Nation Corse" qui a mouru en 1769 face aux mercenaire du roy des français.
1769, année de naissance de Napoléon, déjà la génération suivante, mais là je suis sûr que vous savez de quoi en causer, puisque ça devient aussi l'Histoire de France...
Quand même triste de ne pas tout savoir de tous les détails sur les origines de propre patrie, Monsieur Heurtault...