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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

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6 Juin 2006, 21:14pm

Publié par Jacques Heurtault

Il y a encore quelques semaines, je ne savais même pas qu'il y avait, quelque part en France, un certain général d'active (depuis peu en retraite, donc dans le "cadre de réserve") qui avait des idées et qui entendait les faire connaître ...

Pour mieux découvrir ses idées, il ne vous reste qu'à lui rendre visite sur son blog.

En attendant, voici sa plus récente publication. 

Début de citation :

Les prises de position d’un certain nombre de leaders politiques concernant la « restauration » possible d’un « service »-qu’il soit civil, civique, militaire ou approchant…- avec un encadrement militaire comme solution pour un « repêchage » possible d’une partie de notre jeunesse en déshérence,  et les nombreux commentaires et piques lancés ici ou là depuis ces derniers jours m’amènent à vous préciser ma pensée concernant un problème de fond que je connais un peu  pour m’y être intéressé. Il s’agit de notre jeunesse donc de notre avenir. Celui-ci nous concerne tous ou le devrait.

Toutefois je répète qu’à défaut d’une « vision » pour le pays, d’avoir un véritable projet politique qui sous-tende toute l’action gouvernementale dans un cadre espace-temps défini, il pourrait être tentant à certains zélateurs de penser se délester d’une part du fardeau, le plus ingrat,vers les armées. Vouloir ressusciter le mythe d’un service égalitaire –qui ne l’a jamais été d’ailleurs !-, obligatoire même- qui serait une erreur !- comme panacée possible, les tenants de ces divers projets me paraissent aller vite en besogne s’agissant de nos armées.

En effet nos forces, professionnalisées depuis maintenant dix années, ont été dimensionnées en fonction des seuls impératifs de protection des intérêts de la nation. Ayant perdu plus de 150 000 hommes en six années et avec des effectifs s’érodant encore au cours d’exercices budgétaires difficiles, disposant d’un encadrement d’active calculé au plus juste et ne permettant dés lors aucune « souplesse », avec des matériels de transport et de vie courante réduits en nombre, les casernements inutilisés cédés, vendus, ou en friche, la défense de 2006 n’a plus guère à voir avec celle que nous avons connue.

Bien sûr, à défaut d’avoir su anticiper la brusque déflation de nos effectifs et mesurer les effets induits, en particulier la montée de la délinquance associée à un chômage chronique, le Roi est nu !

Ce n’est pas faute de l’avoir dit, et suggéré l’instauration d’un véritable « service intégration », nécessaire contrepartie que je jugeais alors - le donnant donnant- d’une professionnalisation à marche forcée devenue incontournable : c’était en 1992 … Mais qui m’a lu à l’époque ? Tout y était : permis de conduire, citoyenneté, bataillons humanitaires, disponibilité de la jeunesse sur une durée courte de quelques semaines, rôle de l’encadrement militaire sans armes, etc … On ne pourra pas revenir en arrière !

Toutefois la réserve opérationnelle, « nouvelle réserve » – sans commune mesure en efficacité avec la réserve de « masse » qui prévalait durant la « guerre froide »-, avec ses officiers et sous-officiers très motivés ainsi que ses unités opérationnelles dérivées seraient sans doute cette « marge de manœuvre » possible, mais non suffisante, si la décision de recourir aux armées, sur une large échelle, devait être prise. Je reviendrai sur l’emploi possible des réservistes au cours de mes prochains articles.

En outre autant il m’apparaît sain de confier l’insertion professionnelle et la formation manuelle d’une frange de notre jeunesse aux seuls professionnels dûment formés- quitte à redéfinir leurs objectifs et à revoir les modalités des formations dispensées-, autant vouloir appliquer en ce début de XXI ème siècle des schémas des années soixante, succédané du service militaire adapté (SMA) me paraît tenir de l’utopie tant, d’une part la typologie de notre jeunesse a évolué , et de l’autre les attendus Hexagonaux n’ont rien à voir avec ceux de nos DOM-TOM.

Il ne faudrait pas non plus que les tenants de « l’ordre ancien »-qui n’ont jamais accepté la suspension du service national- et déconnectés de la réalité de la défense telle qu’elle est aujourd’hui voient dans les propositions émises ici ou là le moyen facile d’une « revanche » sur le cours des choses. Rien n’est pire que d’avancer des propositions qui ne pourront être tenues le moment venu…

Aussi parler de la formation manuelle réussie de quelques centaines d’îliens avec un encadrement militaire dont c’est la mission, mais réduit en nombre par la force des choses, n’a rien à voir avec ce qui est évoqué par nos responsables politiques et la réalité métropolitaine: combien de milliers voire de dizaine de milliers de cas à traiter ?

Et au nom de quoi nos armées qui, pour des raisons opérationnelles, de  limitation de ses coûts de fonctionnement, de restructurations drastiques, sous-traitent de plus en plus des pans entiers de formations de ses cadres dans le milieu civil, renoueraient-elles avec ce qu’elles ont abandonné pour des raisons d’efficacité en propre ? Et je n’évoque même pas les difficultés de nos unités d’active, quelle que soit la couleur de leur uniforme, pour faire passer les épreuves du « permis », celles-ci n’ayant plus rien à voir avec les stages FRAC que nos appelés et engagés volontaires passaient en quelques semaines dans la cour de nos casernes sous le regard bienveillant d’officiers « assermentés » : c’est fini !

L’Europe et la technocratie en ont fait une « spécialité »complexe donc une « chasse gardée »pour les auto-écoles qui ont parfaitement compris l’intérêt de ce qui est devenu une rente de situation, c’est le moins que l’on puisse dire ! Mais quid pour ceux qui n’ont pas les moyens de se « payer » le permis ?

C’est la raison pour laquelle il faut donc raison garder, ce qui n’interdit pas que soient envisagées, avec la défense en tant que partenaire, des solutions qui, pour avoir une chance de réussir, doivent être pragmatiques, limitées dans le temps et s’inscrire dans un projet d’ensemble.

Quant aux reproches ou doutes sur notre capacité à former des jeunes, c’est un mauvais procès qui me porte à sourire car c’est faire fi de plusieurs dizaines d’années au cours desquelles des millions de jeunes Français sont passés entre les mains d’un encadrement rigoureux, disponible et entièrement dévoué. Ils ont ainsi découvert la vie en collectivité, la fraternité et partagé un certain nombre de valeurs et d’idéaux acceptés sur lesquels nous avons bâti la France. Notre armée de métier poursuit dans cette voie qui transcende l’individu. Au fait n’est-ce pas ce que nous recherchons afin de sortir de ce marasme et de ce pessimisme ambiant qui nous mine ?

La défense a donc le devoir de s’impliquer dès lors que nos concitoyens, et parmi ceux-ci les plus fragiles, en ont besoin. A défaut si les armées de la nation devaient être récusées pour des raisons idéologiques éculées ou si les conservatismes internes devaient être tels qu’elles soient absentes de la nation en crise, alors il ne faudrait pas s’étonner qu’elles soient considérées comme des mercenaires et traitées avec le mépris qu’il convient !

Pour ma part je suis de ceux qui pensent qu’il est du devoir de nos armées d’être au cœur de la nation dont elles sont l’émanation. C’est essentiel pour elles comme pour le pays, n’en déplaise à certains ! A ma place, pendant toute ma vie d’officier j’ai œuvré pour qu’existe un lien armées nation vrai, et pas une fois je n’ai eu à regretter mon engagement et mon opiniâtreté. La formation sans concession des hommes, l’entraînement rigoureux en vue d’un engagement opérationnel toujours possible, les situations difficiles traversées comme les dangers auxquels nous avons eu à faire face, l’extrême misère côtoyée sur tous les théâtres des opérations et ce que j’ai observé dans nos banlieues m’ont convaincu de la justesse et de la profondeur de ce lien.

Alors j’aborderai sous peu ma façon de concevoir une participation possible de nos armées, et plus largement celui de notre défense, à un projet de « service » qui prenne en compte la réalité du terrain, ménage les susceptibilités et s’appuie sur l’expérience. En d’autres termes proposer du « sur-mesure » tout en envisageant un scénario de «masse » qui soit toutefois compatible avec les priorités quotidiennes de nos forces.

Fin de citation.

Est-il besoin de préciser que je partage son analyse et sa démarche?  

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louis 06/06/2006 23:16

formidable blog en effet!! c'est un homme fantastique qui a une vision pour notre pays...Merci de me l'avoir fait connaitre!