Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Jacques Sapir , un anti européen militant (1).

22 Août 2006, 18:36pm

Publié par Jacques Heurtault

Ayant été "cordialement" invité par un blogueur à répondre à l'argumentattion développée par un certain Jacques Sapir, économiste et, par conséquent, distingué (tous les économistes sont distingués, n'est-il pas!) dont je n'avais JAMAIS entendu parlé (il est vrai que ma culture est d'une telle faiblesse que, forcément, je ne POUVAIS pas le connaître), j'ai décidé de relever le défi.

Ma méthode sera la suivante :

1. Je publie succèssivement chacune des trois parties de son article (dans son intégralité).
2. Je laisse reposer la pâte 24 heures.
3. Je porte mes commentaires comme tout un chacun en lieu et place où ceux-ci doivent se trouver.

Début de citation :

" L'euro constitue certainement la plus ambitieuse création institutionnelle en Europe ces dernières années. La monnaie unique est ainsi devenue le symbole du projet fédéraliste. Il n'est cependant pas sans risque de vouloir transformer une institution économique en symbole, et il n'est pas sur que toutes les implications de la monnaie unique aient été clairement comprises ou même simplement perçues. L'idée de la monnaie unique est ainsi devenue l'otage d'une fuite en avant des "européistes". Ce faisant, c'est le bien-être économique et social des européens, la soutenabilité du modèle social des pays d'Europe continentale, qui a été pris en otage. Pourtant, depuis le début de l'année 2005 les illusions sont en train de s'effondrer. Les écailles tombent des yeux même des plus partisans.

Les éléments d'une crise de l'Euro sont indéniablement en train de s'accumuler et ne peuvent que se renforcer dans les mois à venir. Au-delà des conséquences économiques évidentes, une telle crise aurait aussi des implications politiques importantes.

I - Qui croit encore dans l'Euro?

Les principales critiques formulées contre l'Euro ne sont pas aujourd'hui le produit de cénacles partisans, mais bien l'expression d'un sentiment profond. Un sondage réalisé début juin 2005 par l'IFOP montrait que 61% des français regrettaient le Franc. Au-delà de l'importance du chiffre, deux éléments sont à prendre en compte. Le désamour quant à l'Euro est une tendance qui va se renforçant. Les résultats de sondages similaires montraient que 39% des français regrettaient l'Euro en février 2002 et 48% en juin 2002. On peut constater que plus les effets de la monnaie unique se font sentir dans la durée, moins celle-ci convainc les français.

Les choix politiques révélés lors du vote du 29 mai 2005 ne peuvent entièrement expliquer cette perte de confiance dans l'Euro. Si 77% des personnes ayant voté "non" lors du referendum regrettent le Franc, c'est aussi le cas de 44% des partisans du "oui". Ainsi, le soutien à l'Euro chez ces derniers apparaît plus faible que celui de l'ensemble des français en février 2002 (56% contre 61%). Ces éléments indiquent que nous sommes bien en présence d'une tendance structurelle et non d'une réaction conjoncturelle.

Le doute quant à la stabilité et la soutenabilité de la monnaie unique est désormais le fait d'économistes réputés. Les notes diffusées par les responsables des études de la Caisse des Dépôts et Consignations, puis du groupe Natexis-Banques Populaires, témoignent de ce qu'aujourd'hui les spécialistes de la finance ont pris la mesure des limites et des incohérences structurelles de la monnaie unique telle qu'elle a été appliquée. Un ancien conseiller commercial au ministère de l'Économie et des Finances, Serge Federbusch, montre bien dans un article récent le coût désormais exorbitant et insupportable de la surévaluation de la monnaie unique. Des doutes identiques se sont exprimés dans d'autres pays, en Italie et en Allemagne en particulier.

Pour autant, on chercherait bien en vain les éléments du nécessaire débat quant à l'avenir de l'Euro. Les grands médias organisent à ce sujet un véritable black-out qui confine à la désinformation. Il suffit cependant de parler avec des professionnels, banquiers et financiers, pour savoir que la crise est bien à venir. Or, faute de débat démocratique, la manipulation des opinions et les coups de force médiatiques risquent d'être de règle quand la réalité va s'imposer avec sa force coutumière.

Cette absence de débat, alors qu'il y a clairement le feu à la maison, renvoie à la mythification idéologique dont la monnaie unique a été l'objet. On ne peut toucher à son principe et son existence car ce serait porter atteinte au coeur même du credo européiste: il ne saurait y avoir eu d'erreurs dans les politiques antérieures, et par voie de conséquence il est impensable que l'on puisse être obligé d'en changer ou de revenir en arrière. L'européisme partage ainsi avec le fascisme et le stalinisme l'idéologie du "tout a été prévu". Ainsi, les proclamations suffisantes de la BCE et de son gouverneur font tristement écho au "Il Duce a sempre raggione" de l'Italie Mussolinienne et aux déclarations analogues de l'URSS stalinienne. Il n'empêche: le Roi est Nu, et ceci ne peut être indéfiniment nié.

La crise de l'Euro qui s'annonce résulte dans une large mesure des conditions dans lesquelles fut réalisée son introduction. Car, il faut le souligner, l'idée d'une monnaie unique n'est pas sans mérites. On doit cependant les identifier avec précision si on ne veut confondre le réel et l'imaginaire.

L'idée de la monnaie unique sur une zone comprenant plusieurs pays a été avancée par Robert Mundell en 1961. Elle a répondu à une opinion progressivement avancée par un nombre croissant d'économistes standard qu'une économie en régime d'ouverture commerciale et de libéralisation des capitaux ne pouvait plus avoir de politique monétaire indépendante si on était en présence d'une mobilité parfaite - ou quasi-parfaite - des capitaux. Une monnaie unique a alors essentiellement deux avantages. Le premier est qu'elle fait disparaître les coûts de transaction et les incertitudes liées au taux de change sur la zone où elle est pertinente. Il faut cependant noter que ces coûts de transaction et incertitudes sont d'autant plus importants que l'on est en système de taux de change flottant, sous la pression de marchés financiers libéralisés. Dans une situation où le taux serait fixé pour des périodes déterminées, et les mouvements de capitaux à court terme contrôlés, ces coûts et cette incertitude seraient déjà fortement réduits.

Un second avantage est qu'une monnaie unique, en évitant un phénomène de concurrence entre des instruments monétaires, permet de mener une politique monétaire unique. Cette dernière à l'avantage de pouvoir ainsi donner une cohérence à la politique économique sur l'espace de son application. Encore faut-il cependant que l'on ait la volonté de mener une politique monétaire qui soit un élément intégré d'une politique économique globale, et que les statuts de la Banque Centrale le permettent.

Les deux avantages que l'on vient d'indiquer sont d'autant plus importants que l'on est en présence d'une zone commerciale intégrée. Il y aurait ainsi une cohérence forte entre intégration commerciale et intégration monétaire, au point que la première déterminerait à terme la seconde. L'Euro se présente ici dans la continuité du discours sur le "Marché Unique". Notons cependant une première dissonance. Le Traité Constitutionnel Européen, qui prétendait couronner la mise en place du "Marché Unique"entendait établir la concurrence, dite "libre et non faussée" en principe fondateur. Or, la monnaie unique a pour fonction au contraire de faire disparaître la concurrence entre instruments monétaires. Elle établit un monopole.

Ce dernier est certainement nécessaire, et la théorie du Free Banking ou de la concurrence entre monnaies constitue une profonde régression. Cependant, si on admet que le monopole peut être nécessaire, alors pouvait-on honnêtement établir la concurrence en principe? On touche ici à une des incohérences du discours européiste. Ce ne sera pas la seule.

Etablir un monopole d'instruments et de politiques monétaires a des implications spécifiques. Parce qu'elle devient unique, la politique monétaire ne peut plus prendre en compte la diversité des situations sociales et économiques sur son territoire d'application. Si l'on suit le raisonnement initial de Mundell, il faut en effet que l'on ait une mobilité parfaite du travail au sein de la zone concernée pour faire face aux chocs économiques. Est-ce à dire qu'il ne saurait y avoir de monnaie unique que sur des espaces entièrement homogènes économiquement et socialement? La réponse est négative, car la monnaie n'est pas heureusement la seule institution économique ni le seul instrument disponible. La contrepartie à une monnaie unique réside dans la solidarité fiscale et budgétaire, qui veut que l'on puisse transférer des ressources dans les régions qui seraient indûment pénalisées lors d'un choc asymétrique. Ce qui rend supportable le monopole monétaire dans une économie hétérogène, c'est une politique budgétaire active. On le voit de manière particulièrement claire dans le cas des pays aux structures fédérales. La part des dépenses fédérales doit dépasser les 50% pour que le système fonctionne. Si cette zone économique comprend plusieurs pays, alors la perte de l'instrument monétaire doit être compensée par le maintien d'une forte autonomie fiscale, permettant le cas échéant à un gouvernement de subventionner les secteurs économiques touchés par la crise au lieu de les aider à travers une dévaluation

Dans le cas de l'Euro, on touche ici à une seconde incohérence. La mise en place de la monnaie unique s'est faite sans débat quant à la possibilité de mettre en place un budget fédéral, au moins à l'échelle des pays concernés. Or, par la monnaie unique, on retirait aux pays l'instrument de la dévaluation et ce sans en fournir un autre. Nous n'avons pas fini de payer cette erreur. Pour y ajouter, les directives européennes limitent de manière drastique les subventions aux industries, comme on l'a vu avec l'intervention scandaleuse de la Commission Européenne dans l'affaire Alsthom. De ce point de vue, comme le reconnaît Alexandre Swoboda, on peut trouver chez Mundell, le partisan de la monnaie unique, des arguments forts contre l'Euro tel qu'il fut mis en place


Dans la controverse à propos de la monnaie unique on doit donc constater que l'on est progressivement passé d'une démarche analytique qui tentait d'en évaluer les éléments positifs et négatifs, à une position désormais purement propagandiste où il ne s'agit plus que de justifier l'Euro, même au prix d'incohérences argumentatives flagrantes et d'un abandon de toute méthode scientifique. Mais les contorsions des uns et des autres ne sauraient faire disparaître la réalité. Les faits sont têtus; quand on les méprise, ils se vengent. La monnaie unique n'était pas dans son principe nécessairement une mauvaise idée. On a voulu en faire un instrument à des fins politiques qui n'osaient s'avouer ouvertement. Elle pourrait bien ne pas s'en relever."

Fin de citation de la première partie.

 

Demain, je vais donc commenter cette première partie. 

Commenter cet article

Ad 23/08/2006 21:54

Jacques, je ne donnerai que ces quelques chiffres en guise de réponse, puissiez-vous les méditer pour tenter de tempérer un peu vos jugements extrêmes et énervés.Accusez Jacques Sapir d'accointance avec Le Pen parce qu'il utilise le mot "européiste", non mais on croit rêver ! quelle méthode détestable, vus auriez fait un excellent petit propagandiste dans les années 1950 en URSS Jacques...
Allez, bonne lecture !
Zone Euro, chômage : 8,6%
Pays européens hors Euro : 5,4 %
 
Zone Euro, croissance : 1,3%
Pays européens hors Euro : 2,5 %
 
Zone Euro, inflation : 2,4%
Pays européens hors Euro : 1,2 %
 
Zone Euro, déficit : 2,6%
Pays européens hors Euro : 1,5 %
Au fait..."Jacques SAPIR, né en 1954 à Puteaux (92800), est Directeur d'Études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. Il y dirige le Centre d'Études des Modes d'Industrialisation (CEMI-EHESS) et assure la fonction de responsable de la formation doctorale Recherches Comparatives sur le Développement de l'EHESS.
Après avoir commencé sa carrière comme professeur de Lycée (1978-1982), il a enseigné l'économie à l'Université de Paris-X Nanterre de 1982 à 1990 avant d'entrer à l'EHESS en 1990, où il est devenu Directeur d'Études en 1996. Il a aussi délivré des enseignements à l'ENSAE de 1989 à 1996, à l'ENS-Cachan ainsi qu'en Russie au Haut Collège d'Économie (1993-2000) et aux États-Unis.
Diplômé de l'institut d'Études Politiques de Paris en 1976 (avec félicitations du jury), il a soutenu sa thèse de 3ème cycle à l'EHESS en 1980 et obtenu son doctorat d'État es Sciences Économiques à l'Université de Paris-X Nanterre en 1986. Il est devenu spécialiste des problèmes de la Russie et de l'URSS après avoir enseigné la macroéconomie et l'économie monétaire."

Jacques Heurtault 23/08/2006 22:34

Je reconnaîs que le ton des mes quatre commentaires est un peu "énervé" comme vous dites. Sur le fond, j'ai vraiment tendance à voir rouge quand je lis des contre-vérités. Je ne suis pas en mesure de critiquer vos chiffres mais je vous remercie de les avoir publiés. Je vous invite à poursuivre le débat. je vous promets d'être un peu moins "sec" demain et les jours suivants.Vous me reconnaitrez, je l'espère,  une totale franchise et une totale loyauté. Ayant été attaché parlementaire d'un député au Parlement européen, j'ai appris à connaître l'Europe de l'intérieur. J'ai pu constater la mauvaise foi patente des gouvernements (le Conseil) essayant de rendre la Commission responsable de tous les maux. Si le Traité constitutionnel avait été adopté, le Parlement aurait eu des pouvoirs considérablement élargis pour faire pièce aux deux autres piliers (Le Conseil, la Commission). 
Ce jour 25 Août, je rajoute des éléments de réflexions sur vos chiffres.Vos chiffres prennent-ils en compte tous les nouveaux membres entrés dans l'Union en Mai 2004?  Si c'est le cas, je vous prie de bien vouloir me fournir vos sources. S'agit-il d'Eurostats? Il est en effet notoire que la plupart des nouveaux Etats-membres ont un taux de chômage beaucoup plus élevé. Par contre, leurs "réalités statistiques", pour des raisond techniques ne peuvent être pris en compte dans Eurostats car leur adhésion est trop récente.Pour ce qui est de la croissance, si les nouveaux Etats-membres y sont inclus, il est parfaitement normal que cette croissance soit très élevée (un peu comme en Chine, mais pour des raisons complètement différentes). Quand on part de très bas, il ne faut pas s'étonner que la croissance est élevée , surtout quand on bénéfice de l'aide de l'Union, notamment pour investir dans la construction d'autoroutes et de voies de liaison de toutes formes. La logistique cohérente est un puissant facteur de croissance.

Jacques Heurtault 23/08/2006 18:01

L\\\'Euro est-il surévalué? Oui, évidemment ... Il es cté, aujourd\\\'hui aux environs de 1,3 Dollar pour un Euro. Or, au moment de sa création, il était coté 1,18 Dollar. L\\\'Euro a donc gagné environ 10%.Certes, cela renchérit le prix de nos exportations et nous rend un peu plus difficile d\\\'accès les marchés extra-européens. De même, cela diminue le coût de nos importations et nous subissons donc , sur nos marchés intérieurs européens, la concurrence des pays extra-européens (la Chine et les Etats Unis). Cela ne fait, tout de même, que 10%. Dans les transactions sur les marchés INDUSTRIELS, ça ne pèse pas énormément ... Un industriel achète sur des critères de qualité, de fiabilité, de régularité dans les approvisionnements. Rarement sur la base du seul écart de prix pour un produit "équivalent" (même si le prix est bien entendu pris en considération...).

Jacques Heurtault 23/08/2006 17:44

La concurrence libre et non faussée serait selon ce soit-disant économiste LA GRANDE NOUVEAUTE des "européïstes" qui l'auraent (subrepticement?) glissé dans le Projet de Traité Constitutionnel ... On en reste sur le CUL . ..C'est en 1957, date de la signature du Traité de Rome, que ce principe FONDAMENTAL a été consigné dans le Traité FONDATEUR dit de Rome, ville où il a été signé.  Eh, Jacquot! Il serait temps de se réveiller ... Parti comme vous êtes parti là, vous allez bientôt suivre le chemin de la Belle au Bois dormant! Pour elle, c'est un siècle ... Vous n'y êtes pas encore mais vous en prenez le chemin puisque vous en êtes presque au demi-siècle.
 

Jacques Heurtault 23/08/2006 17:34

Par la mise en place de la monnaie unique , on retire aux pays qui l\\\'adopte la possibilité de dévaluer la leur. C\\\'est, en substance, ce qu\\\'écrit Jacques sapir. Non seulement ledit Jacques enfonce des portes ouvertes mais, comme ça ne suffit pas, il les enfonce de travers ... Un comble!Oui, on ne doit plus jamais trafiquer les monnaies . Philippe le Bel est mort depuis un bon moment et c\\\'est tant mieux! Une monnaie, Monsieur Sapir, c\\\'est comme un instrument de mesure. On ne doit jamais la bricoler pour convenances ... électorales. Il faut être presque débile pour avoir oublié que lorsque le cycle infernal des dévaluations s\\\'enclenche, tous les Etats susceptibles d\\\'y être impliqués finissent par rentrer dans le système  : ils dévaluent leur monnaie, eux aussi; ce qui a pour effet normal d\\\'annuler les effets de la dévaluation précédente ...En outre, Jacques Sapir doit avoir, momentanément du moins, oublié que le monde entier ou presque fonctionne depuis déjà plusieurs années (voire decennies) dans un système de change flottant. Les accords de Bretton Wood sont caducs depuis 1971. Ce n\\\'est donc pas d\\\'hier. Aujourd\\\'hui, alors que les monnaies nationales fluctuaient entre elles et par rapport au Dollar ou au Yen, l\\\'Euro fluctue par rapport au Dollar. Et ceci, sans que les Etats vienent y mettre leur nez en tripatouillant je ne sais quoi.  

Jacques Heurtault 23/08/2006 17:11

Européistes? Européistes? J'ai déjà lu ça quelque part ... Ah, oui! je me souviens. CHEZ LE PEN .... Jacques Sapir aurait-il des accointances avec Le Pen? Possible, je ne connais pas cet illustre Sapir. Ce mot a une nette connotation péjorative. C'est bien le droit pour Jacques Sapir d'avoir des accointances avec la bête immonde. Ce n'est pas un crime, ni même un délit. Ce serait bien si  ledit Sapir assumait son choix (quelqu'il soit, au demeurant).