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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Jacques Sapir , un anti-européen militant (4)

22 Août 2006, 18:45pm

Publié par Jacques Heurtault

Voici maintenant le quatrième et dernier volet des articles de Jacques Sapir. Je vous laisse le temps de le lire soigneusement. D'ici à demain, j'y apporterai mes commentaires personnels.

Début de citation :

"Vers une nouvelle architecture monétaire européenne.

 Il faut en revenir aux deux éléments fondamentaux de la problématique de la monnaie unique. Cette dernière peut avoir des avantages, mais présente des coûts importants à partir du moment où elle s'applique sans s'articuler à une politique fiscale et budgétaire commune à des pays dont les structures économiques et sociales sont fortement hétérogènes. Par ailleurs, l'autonomie de la politique monétaire, en particulier en matière de taux d'intérêt et de gestion du taux de change, est d'autant plus efficace que les capitaux ne circulent pas librement.

Le premier élément suggère déjà une réponse : la monnaie unique ne fait sens aujourd'hui que là où les dynamiques sont homogènes. La Zone Euro telle qu'elle existe aujourd'hui n'est pas l'espace de référence pertinent.

Le second élément indique que ce n'est pas une loi de la nature qui a enlevé aux politiques monétaires leur pertinence, mais bien l'ensemble des décisions humaines qui ont abouti à la libéralisation des marchés des capitaux. Or, ce qu'une décision humaine a fait, une autre peut la défaire. Cette libéralisation des marchés des capitaux s'est faite au nom d'une vision idéologique de la réalité économique qui fait de l'homogénéité et de la liberté des flux un principe absolu. Pourtant, les mouvements de capitaux sont, dans leur nature comme dans leurs fonctions, hétérogènes. Les déterminants des flux d'investissements, soit des mouvements à long terme, n'ont rien à voir avec ceux des mouvements à court terme. Par ailleurs, la finance ne peut ni ne doit être séparée dans sa logique des structures productives, sous peine de conduire à des crises récurrentes. La nécessité impérieuse de la cohérence, en statique comme en dynamique, entre la dimension "réelle" et la dimension monétaire de l'économie doit être un des piliers de la nouvelle architecture institutionnelle.

Dès lors, on voit se dessiner ce que pourrait être l'architecture monétaire réaliste de l'Europe en réponse à la crise qui vient.

Il faut donc penser en termes de zones concentriques, où l'Euro pourrait éventuellement être monnaie unique, sur un espace nettement plus réduit qu'actuellement où cette solution serait pertinente, puis monnaie commune là ou les hétérogénéités structurelles rendraient la monnaie unique trop coûteuse mais où l'accrochage d'une monnaie nationale à l'Euro permettrait un gain en matière de lutte contre la spéculation financière et de crédibilité de la politique monétaire du pays concerné. Ce système de zones concentriques s'appuierait sur un encadrement des flux de capitaux visant à favoriser l'investissement matériel au détriment des opérations spéculatives.

Pour les pays de la première zone, l'Euro serait inchangé. Par contre les flux de capitaux hors de cette zone seraient contrôlés. Autant les mouvements à long terme pourraient être laissés libres (moyennant bien entendu des règles de sécurité stratégique), autant les mouvements à court terme pourraient être pénalisés. Des distinctions fonctionnelles dans les mouvements de ces capitaux seraient établies qui se combineraient avec la notion de temporalité pour déterminer la dureté du contrôle.

Pour les pays de la seconde zone, on aurait l'Euro comme monnaie commune, détenue uniquement par les banques centrales des pays adhérants à ce système, serait l'unité de compte globale ainsi que l'instrument de réserve pour ces pays. Elle viendrait se superposer aux monnaies nationales qui seraient alors rétablies pour les pays dont les structures économiques sont trop hétérogènes par rapport à celles de la première zone. Le fonctionnement des monnaies nationales serait encadré par les mécanismes de connexion à la monnaie commune. Une telle conception est rigoureusement cohérente avec la pensée keynésienne réelle. Dans les transactions entre les pays membres de ce système, seuls les soldes de fin d'exercice devraient être réglés. Ils pourraient faire l'objet, dans certains cas, de crédits de la part de la BCE pour éviter toute crise des paiements.

Ces pays européens conserveraient ou retrouveraient leurs monnaies nationales, mais ces dernières ne seraient convertibles que dans la monnaie commune, l'Euro. Il n’y aurait pas de cotation d’une monnaie en une autre, mais une cotation de toutes par rapport à l’Euro. Les taux de change entre les monnaies du système se déduiraient de cette cote, tout comme elles se déduiraient pour le change avec des monnaies hors du système de la cotation entre cette monnaie extérieure (par exemple le dollar ou le yen) et la monnaie commune.

Les taux de change entre chaque monnaie nationale et la monnaie commune, dans un espace financier où les mouvements de capitaux à court terme seraient étroitement contrôlés, pourraient être révisés de manière périodique de manière à tenir compte des évolutions dans chaque pays. On pourrait ainsi procéder à des dévaluations et des réévaluations concertées de manière à gérer les chocs macroéconomiques ou des divergences fortes dans le rythme de croissance de la productivité du travail. La BCE piloterait l'évolution du taux de change de l'Euro par rapport aux autres monnaies de référence pour éviter les mouvements destructeurs comme la récente brutale réévaluation de l'Euro face au dollar.

Les pays membres récupéreraient donc une souveraineté monétaire, mais hors du cadre de marchés libéralisés. Elle serait à la fois plus réelle et plus facilement coordonnée. La politique budgétaire ne serait plus condamnée à porter seule le fardeau des ajustements conjoncturels. L'existence de taux de conversion régulés entre les monnaies nationales et la monnaie commune ferait largement disparaître l'incertitude de change et diminuerait les coûts de transaction tout en évitant l'excessive rigidité du système actuel. En cas de crise un pays ne serait plus devant le choix dramatique d'avoir à supporter le coût de son maintien dans la zone Euro ou de se retrouver exposer au grand vent de la spéculation financière internationale. La deuxième zone monétaire, définie par l'Euro monnaie commune, jouerait alors le rôle de sas. Elle serait dans certains cas une solution de repli, dans d'autres une étape vers la monnaie unique. Dans tous les cas on sortirait de la logique actuelle du "tout ou rien."

Fin de citation.

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Zoui 30/08/2006 19:30

Au lieu de discuter avec ton réunionais, tu ferai mieux de parler de l'euro, on a pas ton avis

Jacques Heurtault 30/08/2006 20:30

Je pensais que mon point de vue ressortait nettement de mes commentaires apportés aux thèses de Jacques Sapir. Puisque, quand les choses vont dans dire, elles vont mieux en les disant, alors soit!Je suis bien entendu favorable à l'Euro. Je ne veux à aucun prix que l'on en sorte. Ce serait une véritable tragédie. Egoïstement, je pourrais, compte tenu de mon métier d'agent de l'Anpe, me réjouir de cette sortie de l'Euro car il ne fait pour moi aucun doute qu'une telle sortie se traduirait par une montée massive du chômage, ce qui me donnerait du pain sur la planche pour un bon moment (au moins le temps de partir à la retraite, soit environ 8 ans). Mais comme je ne suis pas égoïste (plutôt même altruiste, ça aide beaucoup pour faire ce métier), alors je redis clairement que cette campagne contre l'Euro n'est rien d'autre qu'une machination s'inscrivant dans la stratègie présidentielle de l'ultra-gauche (Besancenot, Laguiller et consorts) afin de trouver un ciment fédérateur nécessaire à la cristalisation des mécontentements sur un vote protestataire dont, pouquoi pas, José Bové pourrait être le porte-drapeau. Je n'ai aucune crainte. Cette opération échouera car ni Besancenot, ni Laguiller n'accepteront de se retirer au profit de José Bové. Celui-ci a clairement dit qu'il appellerait à voter pour le ou la candidat socialiste au second tour. Chose rien moins que impensable tant pour Besancenot que pour Laguiller. Je suis même prêt à prendre les paris ...   

Adrien Sonnet 28/08/2006 23:17

Merci de votre réponse clairvoyante et très très argumentée. Puis-je vous demander où vous apprenez tout cela ? comment connaissez-vous autant de choses ?
Cordialement
Adrien Sonnet

Jacques Heurtault 29/08/2006 07:54

J'ai 56 ans. Je suis plus agé que vous puisque vous êtes étudiant. On apprend tous les jours, petit à petit. Surtout, ce qu'il faut,  c'est  faire le tri entre tout ce qui nous tombe sur la tête. Question d'habitude!

Adrien Sonnet 28/08/2006 20:19

Pourquoi pas ? et que pensez-vous du fait que la France conserve des territoires outre-mer ?Je vais faire votre publicité, comptez sur moi
Adrien Sonnet

Jacques Heurtault 28/08/2006 21:58

Les Territoires d'Outre-Mer (TOM) ainsi que les Départements d'Outre-Mer (DOM) sont, ils faut le reconnaître avec humilité, une rémanence du colonialisme français. La france a aboli l'esclavage en 1847 (Victor Schoelcher) seulement! Alors qu'il était déjà tombé en désuétude en métropole depuis la mise en place du servage. La diiférence entre ces deux systèmes d'exploitation de la force de travail humaine réside dans le fait que, dans l'esclavage, l'esclave est ni plus ni moins qu'un objet vivant propriété exclusive de l'exploitant (disons plutôt "l'exploiteur"). Il peut donc vendre son bien de la même manière qu'il vend une vache ou un cochon ou un quintal de blé. L'être humain y perd toute sa dignité. Dans le cas du servage, le serf n'est plus attaché à son exploiteur mais une terre. Il ne change de maître que si la terre est vendue ou cédée par voie successorale. Le serf dispose donc d'une certaine garantie de l'emploi. il ne peut pas être "exporté". Cependant, il n'y a pas de contrat, évidemment. Le serf n'est pas libre de quitter son patron.Faut-il que la France se sépare de ses DOM et de ses TOM? ma foi, je n'en sais rien. Une chose me paraît cependant évidente : si les "tomiens" et les "domiens" expriment majoritairement le souhait de se séparer de la métropole, on doit, par principe, leur accorder l'indépendance totale. Quitte, ensuite, dans un rapport plus égalitaire, passer un contrat de coopération entre la métropole et les territoires.Que pensent les Réunionais de cette perspective? Je n'en sais rien. Je sais, par conttre, que en Guadeloupe, il existe un fort courant autonomiste, voire indépendantiste, qui, pour autant que je sache, n'est pas encore majoritaire (mais je peux me tromper).A mon avis, si ces mouvements ne sont pas majoritaires à notre époque, cela tient au fait que ces TOM et ces DOM sont des îles, qui plus est petites.Or, une île, du fait de son exiguïté, est fortement dépendante de la métropole ou des grands territoires que sont ces voisins. Grosso modo, il me semble que ces îles ne sont pas économiquement viables si elles sont complètement indépendantes. Les peuples risquent d'en souffrir beaucoup et ils le ressentent du plus profond d'eux-mêmes. Je serais donc d'avis que, périodiquement, un réferendum d'autonomie soit proposé aux habitants. A eux de décider! L'exemple de la Nouvelle Calédonie est particulièrement riche d'enseignement sur ce qu'il faut faire et sur ce qu'il ne faut pas faire. Je ne suis pas autrement surpris de constater que c'est Michel Rocard et Christian Blanc qui, avec une assez grande maestria, ont réussi à régler le problème à la satisfaction, sinon de tous, au moins du plus grand nombre.Les habitants de souche (ceux, au minimum, qui sont nés dans ces pays) commettraient une grave erreur en cherchant à opposer les familles des anciens colons aux familles autochtones. Cela pourrait dégénerer en violences sanglantes, chose dont elles n'ont pas besoin.   

Adrien Sonnet 28/08/2006 18:02

Merci Monsieur Heurtault, j'ai lu ces articles, passionnant. Sur les options sur titre, j'attends vos lumières.Avez-vous pensé à vous présenter aux présidentielles ?
Cordialement,
Adrien Sonnet

Jacques Heurtault 28/08/2006 20:05

Ah! Ah! Ah! Non, bien sûr! Par contre faire émerger des idées neuves, ça, ça m'intéresse bigrement. Je vous invite à m'y aider. Il y a forcément plus d'idées dans la tête de plusieurs personnes que dans la tête d'une seule.

Adrien Sonnet 28/08/2006 16:25

Bonjour Jacques Heurtault,
j'ai découvert votre site grâce à un ami, bravo pour sa grande qualité !
Pourriez-vous s'il vous plaît m'éclairer de vos opinions sur la réforme du marché du travail (CPE etc.) et sur les "stocks options" (options sur titre en français) que d'aucuns voudraient supprimer.Cordialement,
Adrien Sonnet
étudiant réunionnais

Jacques Heurtault 28/08/2006 16:36

Sur les stock-options, je crains de ne pas être à la hauteur ... mais je peux me renseigner.Pour tout ce qui touche à l'emploi, étant agent de l'Anpe, je peux vous donner beaucoup de renseignements. Vous pouvez commencer en lisant des rubriques comme "droit du travail", "allocations", "éditoriaux", etc ...Ou bien poser vos questions. En apportant votre propre appréciation, évidemment ...Bonne lecture! Merci pour vos compliments.