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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Nicolas Sarkosy. Discours de Périgueux.

5 Novembre 2006, 00:00am

Publié par Jacques Heurtault

Après le discours d'Agen qui donnait un éclairage "Nation" et "Gauche" (mais, oui! "gauche" ...) au positionnement de Nicolas Sarkosy, voici le texte du discours de Périgueux qui va dans le même sens ...

Rappelons que Périgueux est la ville de Dordogne (le Périgord blanc) dont Yves Guéna fut le maire pendant plusieurs mandats avant de devenir le Président du Conseil Constitutionnel. Yves Guéna est une des figures du gaullisme historique. Un proche de Jacques Chirac.

Début de citation :

Nicolas Sarkozy, président de l'UMP

 

"Notre République"
Périgueux
Jeudi 12 octobre 2006



Mes amis,

Mon devoir, ma responsabilité, mon ambition est celle de l'union de tous ceux qui veulent la victoire de nos idées. Que nul ne doute en cette minute que je ne faillirai pas à ma mission. Je veux l'unité. Je suis le garant de l'unité. Et s'il le faut je serai unitaire pour tous les autres.

Je salue le Périgord où depuis que le premier artiste dessina il y a 20 000 ans sa première représentation sur les parois de Lascaux il se tisse entre la nature et l’Homme ce lien profond et mystérieux qui sur tant de territoires rattache les Français d’où qu’ils viennent à une terre, à des paysages, à un climat.
Je salue les Périgourdins qui choisirent toujours la fidélité à la France et qui furent dans leur histoire toujours du côté de la justice et de la tolérance.
Je salue cette terre généreuse où les exilés et les proscrits ont toujours trouvé l’hospitalité et où naquit le premier Français qui osa proclamer que « la nature de l’homme est d’être libre et de vouloir l’être ».
Je salue cette terre où depuis les maquis contre les Anglais de la guerre de Cent Ans jusqu’aux maquis contre les Allemands de la Deuxième Guerre Mondiale, depuis les guerres de religions jusqu’aux révoltes paysannes se sont cachés dans ses grottes et dans ses forêts tant d’hommes qui avaient compris que pour devenir libre il faut avoir la force de dire «non ».
Français de toutes les provinces, nous sommes les citoyens d’un vieux pays qui a surmonté bien des épreuves et bien des drames. Nous sommes les citoyens d’un vieux pays qui s’est toujours relevé quand on le croyait terrassé, qui a toujours résisté quand tout le monde l'imaginait vaincu, qui a toujours repris son essor quand on le pensait condamné à la décadence.

Il y a dans le peuple français une énergie qui vient du fond des âges et qui resurgit quand tout semble perdu. Tant de fois la France parut sur le point de se défaire, tant de fois elle sut se ressaisir ! Tant de fois elle parut sur le point de s’effacer, tant de fois elle étonna le monde en ressuscitant !
Il y a des pays qui sont portés à la grandeur par le patient et laborieux effort d’un peuple persévérant.

Alors que le monde se met à douter de la France, et que les Français eux-mêmes s’interrogent, voilà qu’une fois de plus, des tréfonds du pays je sens monter cette volonté de renouveau que je veux incarner et par laquelle je veux vaincre la fatalité. Cette force que j'imagine, elle est en vous. Elle est dans cette foule immense rassemblée ce soir à Périgueux.
Vous êtes les héritiers d’une grande histoire. Vous êtes les héritiers de tous ceux qui refusent l'idée même du renoncement, qui connaissent le sens des mots résistance, honneur, fraternité, liberté, justice, et pour lesquels par dessus tout la République n’est pas une pensée morte mais une idée vivante.
Je le sais. Je le sens. La Dordogne est passionnément républicaine.

En 1940 la Dordogne accueillit les habitants de Strasbourg évacués devant l’avancée des troupes hitlériennes. Des milliers de Juifs alsaciens furent cachés dans les villages et dans les fermes. Certains parmi vous sont les enfants de ces persécutés que la milice et la Gestapo ne trouvèrent jamais et qui finirent la guerre dans la brigade Alsace-Lorraine. Malraux, qui se battit ici aux côtés des maquisards de Dordogne, disait d’eux : « ces quelques centaines d’hommes à quatre pattes dans les bois, avec quelques revolvers et un drapeau fait de trois mousselines nouées, ont maintenu la France avec leurs mains nues ».
Ils ont fait la République fraternelle dans laquelle je crois.
La République ne se définit pas seulement par ce à quoi elle s’est opposée – l’absolutisme, le cléricalisme, l’antidreyfusisme, le collectivisme ou le totalitarisme – mais aussi par ce qu’elle propose.
La République ce n’est pas seulement le contraire de l’Ancien Régime. Ce n’est pas seulement l’antithèse de Vichy. Ce n’est pas non plus uniquement la démocratie.
La République c’est la compréhension mutuelle, le respect de l'autre et la solidarité pour tous.
C’est la liberté de chacun garantie par la liberté de tous.
C’est l’égalité des droits pour tous garantie par les devoirs de chacun.
C’est la souveraineté de l’individu garantie par la souveraineté du peuple.
C’est l’espérance de la justice.
C’est la volonté générale exprimée par la loi.
C’est la nation qui se gouverne elle-même.
C’est l’Etat impartial. Idée sur laquelle je ne transigerai pas et qui passe par des nominations elles aussi impartiales.
C’est la foi dans la raison, dans l’Homme et dans le progrès.
C’est le mérite.
C’est la vertu civique comme fondement de la citoyenneté.
C’est la propriété et son respect comme conditions de la liberté.
C’est le service public comme condition de l’égalité de tous les citoyens, quel que soit leur rang, quel que soit leur handicap, quel que soit le territoire où ils vivent.
C’est l’éducation comme condition de l’émancipation.
La République fraternelle c’est celle des paysans périgourdins qui cachent les Juifs alsaciens au péril de leur vie.
La République fraternelle c’est celle d’Eugène Leroy et des croquants, celle de Mirabeau et des droits de l’homme, celle de Victor Hugo et des « Misérables », celle de Jules Ferry et des instituteurs, celle de Jaurès et des dreyfusards, celle du Général De Gaulle et des Français libres.
Nous sommes les héritiers de tous ceux qui dans l’histoire ont porté haut les idées de nation et de République quel que fût leur parti.
Qu’il soit bien entendu que nous ne laisserons pas plus le monopole de la République au Parti Socialiste que nous ne laisserons le monopole de la nation à l’extrême-droite.
Qu’ont fait les socialistes, pour la République ? Rien ! Qu’ont-ils l’intention de faire ? Pas davantage ! Les socialistes de jadis étaient d’abord des Républicains. Les socialistes d'aujourd'hui sont d’abord des socialistes. Ils ne sont pas préoccupés par l’avenir de la République. Ils sont préoccupés par l’avenir du socialisme. Ils n'ont pas tort : la République est toujours une idée neuve tandis que le socialisme est déjà une idée morte. Pour eux la République c’est l’affaire des partis. Pour nous c’est le problème de la nation. Pour eux la République c’est la gauche. Pour nous la République ce n’est pas la droite, ce n’est pas la gauche, ce sont tous les Français.
J'affirme qu’on affaiblit la République quand on cherche à abaisser l’autorité de l’Etat. On affaiblit la République quand on dénigre la nation. On affaiblit la République quand on soutient ceux qui violent la loi, ceux qui squattent le bien d’autrui, ceux qui veulent avoir tous les droits sans respecter les droits des autres. On affaiblit la République quand on s’efforce par tous les moyens de ruiner la morale de l’effort et du mérite, quand on transforme le citoyen en assisté, quand on confond l’égalité avec l’égalitarisme, la solidarité avec l'assistanat.
On affaiblit la République quand on la livre aux corporatismes et aux clientélismes, quand on l'abandonne aux communautarismes.
A ceux qui veulent l’ordre sans le mouvement, je dis que la République est un idéal de progrès, et que dans un monde qui change la République immobile est vouée au déclin.
A ceux qui veulent le mouvement sans l’ordre je dis que le désordre prépare toujours le triomphe de la loi du plus fort, qui est le contraire de la République.
Je veux dire que la République n'est pas un modèle figé pour l'éternité mais un projet toujours inachevé, un élan du cœur et de l'esprit, un idéal de civilisation et d'humanisme, un rêve d'universalité et de fraternité.
Je veux dire que la République, depuis 200 ans, c’est une continuité de principes, de valeurs, d’objectifs et une variété de moyens, de procédures et de priorités en fonction des circonstances.
Je veux dire que la République de Jules Ferry et de Gambetta n’était pas celle de Danton pas davantage celle de Robespierre, que celle de Clemenceau n’était pas celle de Lamartine et pas non plus celle du Général De Gaulle. Elle fut tour à tour girondine, jacobine, libérale, anticléricale, sociale, radicale... Elle se développa tour à tour par la conscription, par le suffrage universel, par l’école, par la laïcité, par la Sécurité sociale ou par le droit du travail… Elle s’affirma tour à tour dans la guerre et dans la paix, mais toujours combattant pour le même idéal.
Il y a cent ans presque jour pour jour Clemenceau prononça à la Roche-sur-Yon, sur cette terre vendéenne où il était né, un de ces discours dont il avait le secret «le combat éternel pour la libération de l’Homme continue, non plus nécessairement à coups de fusils mais à coups de pensées, par le livre, par la parole, par la leçon. Le combat n’est plus aux chemins creux, il est à l’école (…) La République n’est rien qu’un instrument d’émancipation, un instrument d’évolution par l’éducation de tous ». On ne saurait mieux dire !
Nul ne se bat plus pour le drapeau blanc ou pour le drapeau rouge.
Nul n’a plus à choisir entre la liberté ou la mort.
Il n’y a plus de sans-culotte pourchassant les aristocrates.
Il n’y a plus de chouans en Vendée, ni de croquants en Périgord.
La République a accompli le vieux rêve des rois. Elle nous a fait une nation une et indivisible. Une communauté de libres citoyens.
Il y a bien une exception française auquel il est légitime que nous soyons attachés, non parce qu'il est la marque d'une quelconque supériorité par rapport aux autres, mais parce qu'il exprime ce que nous sommes et ce qui nous unit. Cette exception tient en trois mots : la Nation, la République, l'Etat. Cette exception est politique. Elle est intellectuelle. Elle est morale. Elle est culturelle.
C’est le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à l’universalisme.
C’est le miracle de la France d’être une grande patrie faite d’une multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon d’être et de penser, où chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
C’est le miracle de la France d’avoir forgé de l’unité sans jamais fabriquer de l’uniformité.
C’est le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de l’Etat avec une passion aussi grande de la liberté.
C’est le miracle de la France d’être aussi fortement attachée à l’idée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
C’est le miracle de la France d’aimer d’une même passion l’égalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé.
L’Etat s’abîme dans l’impuissance, la nation dans la repentance, la République dans le communautarisme, les discriminations, le chômage et la pauvreté.
Dès lors, mon projet est simple : Je veux construire une nouvelle relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole donnée, de confiance. Je veux un nouvel Etat, une nouvelle nation, une nouvelle République.


La République c'est d'abord une certaine idée de la Nation.
A force de demander à la France d’expier son passé,
A force de demander aux enfants de se repentir des fautes des pères,
A force de réécrire l’histoire avec les préjugés d’aujourd’hui,
A force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la Terre,
A force de nourrir la honte d’être Français au lieu de chercher les raisons d’en être fier.
A force c’est notre capacité à vivre ensemble qui s’abîme, c’est notre participation à un destin commun qui est remise en question.
A force ce sont les valeurs de la République qui se trouvent menacées.
A la gauche je dis : non, la nation n’est pas l’ennemie de la République. La nation c’est ce qui fait que la République n’est pas seulement une idée généreuse mais aussi une réalité vivante.
A l'extrême droite je dis : non, la République n’est pas l’ennemie de la nation. La République est l’ennemie du nationalisme. La République c’est une conception ouverte, tolérante et généreuse de la nation. Le nationalisme c’est une conception fermée, intolérante et agressive de la nation.
A tous, je veux dire :
La nation n’est pas un obstacle à la démocratie, elle en est la condition.
La nation n’est pas un obstacle à la paix. C’est le mépris des nations et de leurs identités, c’est la violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui sont les principales causes de la guerre.
La nation n’est pas un obstacle à la construction de l’Europe, à l’organisation du commerce mondial ou à la lutte contre l’effet de serre.
Ceux qui voudraient construire le monde de demain contre les nations au lieu de travailler à leur entente et à leur coopération courent droit à l’échec. Un monde sans attache, sans frontière et sans souveraineté serait un monde sans liberté, sans solidarité et sans responsabilité. Un monde qui aurait perdu en humanité.
L’homme ne grandit pas quand la nation décline. Entre la fuite en avant dans le mondialisme et l’enfermement dans le local, entre le marché planétaire et les féodalités, entre le nomadisme et le tribalisme, je le dis haut et fort : la conception française de la nation est une force d’émancipation.
Le 21 avril 2002, le non à la Constitution européenne, la montée du vote extrême et du vote protestataire qui mettent la République en péril sont d’abord l’expression d’une profonde crise de l'identité nationale. Nous n'avons pas pris cette crise suffisamment au sérieux. Il faut cesser de se voiler la face, de se soumettre à la dictature du politiquement correct et de la pensée unique.
Il faut dire les choses comme elles sont :
C’est le dénigrement et l’affaiblissement de la nation qui attisent le nationalisme.
C’est l’incapacité croissante de la nation à protéger qui nourrit l’exaspération sociale.
C’est l’affaissement de l’identité nationale qui nourrit la crispation identitaire.
C’est le déclin du volontarisme qui nourrit la défiance envers des élus condamnés à répéter qu’ils ne peuvent rien.
La France est généreuse, la France est tolérante, la France est ouverte. Mais la France ne renoncera pas à son identité, à sa culture, à sa langue.
La France c’est la nation mise au service d’une certaine idée de l’homme, et cette idée de l’homme la France est bien décidée à ne pas la renier.
La France est accueillante mais elle ne veut pas qu’on s’installe chez elle sans respecter ses lois, ses mœurs, ses traditions, ses valeurs.
La France est prête à faire des efforts pour mieux intégrer ceux qui viennent d’ailleurs, pour leur donner des droits, pour lutter par tous les moyens contre les discriminations, contre les ségrégations et contre le racisme. Elle est prête à donner plus à ceux qui ont moins. Elle est prête à promouvoir la diversité partout où elle a du mal à s’imposer. Mais elle ne veut pas accepter le communautarisme. Elle ne veut pas de ceux qui ne la respectent pas. Elle ne veut pas de ceux qui ne l'aiment pas.
La France veut garder vivantes les langues et les cultures d’origine et les langues et les cultures régionales, parce que c’est une richesse et parce que la francité c’est quelque chose en plus, pas quelque chose en moins, une adhésion, pas une amputation.
Mais je n'accepterai jamais qu’il y ait en France des enfants qui n’apprennent pas le Français, qu’il y ait en France des enclaves linguistiques ou des citoyens qui seraient autorisés à utiliser une autre langue que le Français dans leurs rapports avec l’administration.
La France est prête à organiser le dialogue entre l’Etat et les grandes religions, elle veut que tous les croyants puissent prier dans des lieux de culte convenables, elle veut que les croyances de chacun soient respectées, mais elle ne veut renoncer ni à la liberté d’expression - les menaces contre un enseignant sont un scandale - ni à la laïcité. Elle ne veut pas le voile à l’école, ni l’infériorisation des filles, ni les mariages forcés, ni la polygamie, ni l’excision. Elle ne veut pas de la confusion entre le spirituel et le temporel, ni du fanatisme. Elle ne tolérera sur son sol ni les guerres de religions, ni le séparatisme religieux, ni l'extrémisme sous quelque forme que ce soit.
Elle ne reniera pas non plus, il faut avoir le courage de le dire, deux mille ans de chrétienté, deux mille ans d’héritage de valeurs spirituelles et de valeurs de civilisation que notre morale laïque a incorporées et qui sont inscrites dans les valeurs de notre République.
La France qui a porté la grande idée de l'Europe politique rejette le nationalisme qui n’est pas l’amour de la patrie mais la haine des autres. Elle est le seul pays qui, en hissant la fraternité au même rang que la liberté et l’égalité, dit au monde comme Antigone : « je suis née pour partager l’amour, non pour partager la haine ».
Mais si la France se trahit quand elle se laisse aller à la haine des autres, elle se détruit quand elle se laisse aller à la haine de soi. Il faut en finir avec le masochisme national. Si nous ne sommes plus unis par la fierté d’être Français, si nous ne prenons plus en partage une histoire et une civilisation, sur quoi allons-nous fonder notre appartenance à une communauté de destin ? Sur quoi allons-nous fonder notre solidarité ? D’où viendront nos droits et nos devoirs les uns vis-à-vis des autres ?
Je suis fier d’être Français et personne ne m'enlèvera cette fierté.


La décentralisation est une nécessité pour que l’action publique se rapproche des citoyens. Parce que les problèmes ne sont pas identiques en Picardie et en Provence, en Alsace et en Aquitaine, à la Réunion et en Martinique. Parce que les priorités ne sont pas les mêmes, parce que les atouts sont différents d’une région à l’autre.

Mais il est hors de question que la France devienne un Etat fédéral. Il est hors de question que renaissent des féodalités locales et des principautés, hors de question que les territoires riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, ou que la citoyenneté devienne à géométrie variable, hors de question que l’unité nationale et l’égalité qui en est la clé de voûte soient remises en cause par quiconque.
La France a besoin de l’Europe, la France veut l’Europe, mais la France ne veut pas que l’Europe se construise contre la nation. La France veut déléguer sa souveraineté pour qu'elle soit exercée en commun parce qu’elle sait bien que toute seule elle n’aura pas les moyens de faire entendre sa voix dans le dialogue des cultures, ni de jouer un rôle décisif dans l’économie globale.
Mais la France ne veut pas par la dérive des jurisprudences et par une interprétation abusive des traités que la démocratie nationale soit vidée de sa substance au profit d’une technocratie communautaire. Elle veut que le principe de subsidiarité soit strictement appliqué et que l’Europe soit un multiplicateur de puissance, non une cause d’affaiblissement.
Elle veut que l’Europe soit une protection, non le cheval de Troie d’une concurrence déloyale.
Elle veut le marché unique et la libre concurrence à l’intérieur de l’Europe mais elle ne peut accepter que l’Union serve de prétexte à tous les dumpings fiscaux et à tous les dumpings sociaux. Elle veut le droit à la libre circulation des personnes à l’intérieur de l’Europe mais elle ne peut pas tolérer que certains pays négligent le contrôle de leurs frontières ou que d’autres procèdent sans concertation à des régularisations massives d’immigrés clandestins.
Elle veut les règles du libre-échange mais si tout le monde les respecte.
Elle veut être un acteur de la mondialisation mais elle ne veut pas que l’éducation, la santé, la culture, l'agriculture ou l’environnement soient soumis au seul droit du commerce et à la seule loi du profit.
Elle veut tirer des leçons des expériences réussies des autres nations, mais elle ne veut en imiter aucune.
Elle veut être l’amie de tout le monde, mais elle ne veut être la vassale de personne.
Elle veut être idéaliste, mais elle ne veut pas être naïve.
Elle veut être ouverte et accueillante mais elle ne veut pas se dissoudre.
Il n’y a, à mes yeux, qu’une seule politique qui vaille pour la France : celle qui défend en toute circonstance son honneur, son identité, ses intérêts et ses valeurs. Au final, sa capacité à être exemplaire.


La République c'est aussi une certaine idée de l'Etat.
En France l’Etat a une importance qu’il n’a nulle part ailleurs.
C’est l’Etat qui a fait la France.
C’est l’Etat qui a forgé la nation et qui en a maintenu l’unité.
C’est l’Etat, tour à tour administrateur, militaire, instituteur, entrepreneur qui nous a faits ce que nous sommes.
Toujours, l’effondrement de l’Etat a coïncidé avec l’effondrement de la nation.
Nous ne moderniserons pas la France et nous ne conforterons pas la République sans refaire l’Etat.
Je récuse l’étatisme et le dirigisme.
J’ai la conviction que l’Etat n’a pas vocation à se mêler de tout, à intervenir partout.
J’ai dénoncé plus que quiconque les dérives et les excès de l’Etat-Providence qui ont contribué à créer un climat délétère d’irresponsabilité, d’assistance et de nivellement.
Je ne suis pas spontanément porté au jacobinisme et au centralisme.
Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que c’est en abaissant l’Etat que l’on relèvera la France.
La France pour être forte a besoin d’un Etat fort.
Or, aujourd'hui il est faible parce qu’il est étouffé par son endettement et par sa bureaucratie.
Il est faible parce qu’il se charge de trop de missions qu’il n’a pas les moyens d’accomplir.
Il est faible parce qu’il est miné par les corporatismes et paralysé par les conservatismes.
La faiblesse de l’Etat, elle est dans le renoncement politique bien plus que dans la défaillance de l’administration.
Quand l’Etat est humilié c’est la France qui est humiliée. Quand l’autorité de l’Etat est bafouée c’est la République qui est bafouée. Quand l’Etat est faible ce sont les plus vulnérables qui en souffrent le plus.
Comme en 1958 il faut refaire l'Etat. Sauf que le problème aujourd'hui n'est pas dans la Constitution. Il est dans les comportements, dans les façons de penser, dans la manière de gouverner.
Je veux un Etat respecté.
Je veux un Etat que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont les Français soient fiers.
Je veux un Etat exemplaire sur le plan de la diversité et de la lutte contre les discriminations.
Je veux un Etat qui domine les intérêts catégoriels au lieu d’être dominé par eux.
Je veux un Etat qui ne soit pas fragilisé par le laxisme et par la fraude.
Je ne veux pas que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur.
Je ne veux pas que ceux qui fraudent l’assurance chômage, l’assurance maladie, les allocations familiales, ceux qui escroquent le fisc ou les ASSEDIC, ceux qui détournent de l’argent public par copinage ou par favoritisme, continuent à mettre en péril la solidarité nationale.Parce que cela renforce la crise morale et la défiance vis-à-vis de ceux qui sont vraiment dans le besoin.
Il y a beaucoup d’économies à faire dans l’Etat. Mais ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c’est la réforme qui fera les économies. Et c’est la réforme aussi qui fera la croissance.
Depuis 20 ans, on échoue à réformer l’Etat parce que l’on se refuse à y consacrer les moyens nécessaires.
Je propose que soit créé un budget annexe dédié exclusivement à la réforme de l’Etat qui sera abondé par les recettes de privatisation. Je propose que le principe de la gestion de l’Etat soit désormais la productivité et l’efficacité de la dépense publique, et non plus les tours de vis indifférenciés qui accroissent les dysfonctionnements au lieu de les réduire.
Je propose que l’on entreprenne la réforme de l’Etat par l’évaluation des politiques publiques, en supprimant celles qui ne sont pas efficaces ou qui sont contradictoires.
Je propose que l’on supprime tous les organismes, toutes les commissions, tous les comités, tous les observatoires qui ne servent à rien, et qu’on continue de créer à tour de bras pour satisfaire des clientèles ou pour faire croire qu’on est décidé à s’attaquer à des problèmes qu’en réalité on ne veut pas résoudre.
On ne refera pas l’Etat sans les fonctionnaires. A fortiori contre eux. Je veux le dire ce soir : je n’aime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans notre pays.
Chercher à opposer les salariés du secteur public à ceux du secteur privé est dangereux.
Chercher à faire des fonctionnaires le boucs émissaires de la faillite des politiques dont ils ne sont en rien responsables est indigne.
Chercher à faire passer les fonctionnaires pour des privilégiés est injuste.
Les fonctionnaires sont comme tout le monde, ils veulent être reconnus et ils veulent être respectés. Ils sont prêts au changement mais ils veulent y être associés.
Les fonctionnaires ont la sécurité de l’emploi, mais ils ont vécu depuis 25 ans la même dégradation de leurs conditions de travail et de leur pouvoir d’achat que tous les autres salariés.
L’ascenseur social est en panne dans le secteur privé. Il l’est aussi dans le secteur public. La promotion interne s’est ensablée dans les contraintes budgétaires et les méandres de la gestion des corps.
Au fonctionnaire qui se sent mal payé, je dis que ma volonté est qu’il y ait moins de fonctionnaires mais qu’ils soient mieux payés et mieux considérés.
Au fonctionnaire qui se sent démotivé parce que ses efforts ne sont jamais récompensés je dis que mon objectif est que le mérite soit reconnu et les gains de productivité partagés.
Au fonctionnaire qui est prisonnier des règles de gestion des corps je dis que mon objectif est de supprimer la gestion par corps pour la remplacer par une gestion par métier qui ouvrira des perspectives de promotion professionnelle beaucoup plus grandes. Je ne veux pas que la seule voie de réussite soit celle des concours et des examens. L'expérience, cela compte aussi.
A l’infirmière qui veut progresser je dis que je veux lui donner la possibilité d’acquérir une formation complémentaire qui lui permette de devenir médecin par la promotion interne si elle en a l'aptitude et la motivation. Je veux par dessus tout qu'elle gagne plus parce qu'elle le mérite.
Au fonctionnaire qui souffre de la désorganisation créée par les 35 heures, en particulier à l’hôpital, je dis que mon objectif est la remise à plat complète des 35 heures dans le secteur public de sorte que ceux qui veulent travailler davantage et gagner davantage aient le droit de le faire.
Au fonctionnaire de police, au professeur, à l'agent hospitalier, au chauffeur de bus, au contrôleur de la SNCF qui se font insulter, agresser, menacer, je dis que cette violence dont ils sont les victimes est inacceptable et qu’elle doit être éradiquée, parce qu’ils ont droit à leur dignité et parce qu’à travers eux c’est à l’autorité de l’Etat qu’on porte atteinte, c’est la République qu’on offense.
Je veux dire aux juges que je veux une justice respectée.
Je veux dire aux juges que je sais à quel point leurs conditions de travail sont difficiles, à quel point leurs moyens matériels et humains sont insuffisants. Je veux leur dire combien la justice à mes yeux est une institution essentielle de la République.
Mais je veux leur dire aussi que dans la République nul ne peut prétendre se soustraire à la critique. Je veux leur dire que l’indépendance de la justice ne peut les exonérer d’avoir à rendre compte au peuple de la manière dont la justice est rendue en son nom. Je veux rappeler qu’ils ont mission d’appliquer la loi, non de la faire. Je veux rappeler qu’ils ont à juger en fonction du droit et non d’une idéologie. Je veux rappeler qu’ils ont pour fonction de rendre justice aux victimes.
Je veux leur dire que je serai toujours à leurs côtés pour défendre l’indépendance de la justice et l’accroissement de ses moyens.
Mais je serai toujours l’adversaire du corporatisme judiciaire, de l’impunité des juges qui ont commis des fautes, d’une justice qui n’aurait d’autre but que d’accorder davantage de considération au délinquant qu’à la victime.
Dans la République, la justice est rendue au nom du peuple.
Je propose qu'en correctionnelle, pour les affaires les plus importantes, on introduise le jury aux côtés des magistrats comme c'est déjà le cas en assises.
La parole rendue au peuple, le pouvoir redonné au peuple, c'est ça la République.


La République c’est aussi le civisme, une certaine idée du mérite et de l'équité.
J’ai proposé à la jeunesse de France d’instituer le service civique obligatoire. On m'a répondu que c’était impossible. Nos aïeux ont fait le service militaire obligatoire et nous, nous ne serions pas capables de faire le service civique obligatoire ! De qui se moque-t-on ? Il faut en finir avec cette pensée unique qui dit toujours que ce qui est nécessaire est impossible. C’est ça la rupture !

La République pour moi c’est à chacun selon son mérite.
La République pour moi c’est le travail récompensé. C’est le partage des fruits de la croissance. Ce n’est pas tous les profits pour quelques-uns et rien pour tous les autres.
Je le dis comme je le pense : aujourd’hui en France les prix sont trop hauts et les salaires sont trop bas.
L'euro que j'ai voté a masqué une réelle hausse des prix qui pèse sur le pouvoir d'achat, les 35 heures ont empêché la hausse des salaires.
Bloqué entre la concurrence des pays à bas salaires, l'appréciation de l'euro et le chômage de masse, le salarié français ne voit pas le bout du tunnel de la rigueur salariale alors qu'il doit faire face à l'envolée des prix de l'énergie et de l'immobilier.
Je le dis comme je le pense : il y a en France beaucoup trop de travailleurs pauvres c'est à dire qui n'ont pas la récompense de leurs efforts.
La République pour moi ce n’est pas seulement l’augmentation du SMIC comme le proposent les socialistes. C’est l’augmentation des salaires pour tous ceux qui le méritent.
Je propose que les subventions aux nouveaux Etats membres de l'Europe ne puissent pas servir à alimenter le dumping fiscal à l'intérieur de l'Europe. Ils ne peuvent pas être à la fois suffisamment pauvres pour bénéficier des subventions et suffisamment riches pour baisser leurs impôts. La solidarité européenne, ce n'est pas pour moi des pays qui importeraient nos ressources fiscales pour mieux exporter leur chômage.
Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de toutes charges salariales et de tout impôt pour que ceux qui veulent travailler davantage pour gagner plus puissent le faire.
Je propose que le maintien des exonérations de charges pour les entreprises soit dorénavant conditionné à la hausse des salaires et à la revalorisation des grilles de rémunérations fixées par les conventions collectives.
Je propose que la participation soit débloquée pour libérer du pouvoir d'achat et que toutes les entreprises soient incitées à la mettre en œuvre.
Je propose que les plans de stock-options, lorsqu'une entreprise y recourt, concernent obligatoirement l'ensemble des salariés.
Je propose que la prime pour l'emploi revienne à sa vocation d'origine qui était l'incitation au travail et qu'elle ne devienne pas qu'un complément de salaire qui soit un encouragement à la modération salariale.


La République c'est enfin pour moi une certaine idée de la liberté.
C’est la liberté d’expression et la liberté de conscience qui sont de nouveau menacées par le fanatisme et par l’extrémisme. Nulle divergence d’opinion n’autorise la menace de mort. Nous n’avons pas séparé dans la douleur l’Eglise et l’Etat il y a 100ans pour composer aujourd’hui avec le fanatisme religieux.
La République pour moi c’est la liberté d’aller et de venir sans se faire agresser.
C’est la liberté de choisir sa manière de vivre en fonction de ses aspirations.
C’est la liberté de choisir l’école de ses enfants.
C’est la liberté de travailler plus pour gagner plus ou de travailler moins pour gagner moins.
C’est la liberté pour la femme de choisir d’élever ses enfants et de travailler. C'est pourquoi je propose que toutes les familles de France puissent laisser leurs enfants en études dirigées après les cours sur la base du volontariat et que ces derniers rentrent à la maison leurs devoirs faits.
C’est la liberté d’entreprendre.
C’est la liberté de léguer à ses enfants le fruit de son travail.
C’est l’augmentation du pouvoir d’achat parce que le pauvre n’est pas libre.
C’est l’emploi parce que le chômeur n’est pas libre.
C’est l’effort personnel comme contrepartie de l’aide parce que l’assisté n’est pas libre.
C’est l’éducation et la culture pour chacun parce que l’ignorant n’est pas libre.

La République pour moi c’est l’égalité réelle qui n'est pas l'égalitarisme comme condition de la liberté.
Comment peut-on encore parler de République quand le destin de l’enfant est à ce point déterminé par le quartier où il est né ?
Comment peut-on parler de République quand l’origine ethnique constitue à ce point un obstacle à l’ascension sociale ?
Comment parler de la République au fils de harki, à l’enfant noir ou au fils de l’immigré maghrébin qui mesure le peu de chances qu’il a d’accéder un jour à des postes de responsabilités ou même simplement de trouver un emploi ?
Comment parler de la République à ceux dont les enfants se font racketter à l’école et qui ont peur de sortir de chez eux parce qu’ils subissent la loi des bandes et des caïds ?
Comment faire aimer la République à tous ceux qu’elle laisse à l’écart : travailleurs pauvres, mères qui élèvent seules leurs enfants, ruraux qui voient partir tous les services publics, agriculteurs à la pension de retraite dérisoire, ouvriers de l’industrie en concurrence avec la main d’œuvre bon marché du Tiers-Monde, jeunes qui mettent des années à accéder à un emploi stable, personnes âgées abandonnées à leur solitude ?
Comment faire espérer dans une République qui continuerait à tenir si peu ses promesses ?
Je ne me résigne pas à ce qui serait un désastre.
Je veux l’égalité des chances pour tous.
C'est pour cela que je propose à la jeunesse des internats d’excellence, des classes de 15 élèves dans les banlieues défavorisées, les devoirs faits à l’école, le droit à la formation tout au long de la vie, le droit à la deuxième chance, le droit à la première expérience professionnelle, le droit à la création. Et le plus important peut-être : le droit pour tous à une éducation d’excellence.
Parce que l’élitisme républicain a toujours fait davantage pour la promotion sociale que le nivellement et l'égalitarisme.
Parce qu’il n’y a pas plus grand mépris vis-à-vis d’une partie de la jeunesse que de la croire indigne des grandes œuvres de l’esprit, et de la culture la plus exigeante.
Je veux la culture pour chacun, parce la culture c’est la clé de l’égalité des chances.
J’ai proposé aussi la suppression de la carte scolaire parce qu’elle favorise la ségrégation sociale. On m'a répondu que c’était injuste et anti républicain. Comme si ce n’était pas plutôt d’obliger les enfants de familles modestes à fréquenter des écoles qui concentrent tous les handicaps sociaux qui était profondément injuste et anti républicain !
D’autres comme d’habitude m’ont dit que c’était impossible. J’ai envie de leur répondre : si vous croyez sincèrement que tout ce qui renforce la justice est impossible ne faites pas de politique et, une fois pour toutes, laissez dormir la République ! Je veux leur dire : la différence entre vous et moi c’est que je veux faire en sorte que tout ce qui est nécessaire et qui est juste devienne possible et vous ne le voulez pas !
Je veux l’égalité des territoires devant le service public. Je veux que les services publics reviennent dans les quartiers en difficulté.
Je veux que les services publics restent présents dans les zones rurales.
Je veux la mutualisation des risques par le moyen d’un cautionnement public pour que le malade puisse emprunter, pour que l’enfant de famille modeste ait le même droit à l’emprunt que l’enfant de riche, pour que celui qui n’a pas les moyens d’apporter une garantie puisse quand même louer ou emprunter pour financer ses projets.
Je veux que grâce à la mutualisation des risques il y ait plus d’investissement immobilier, plus d’opportunités d’entreprendre, plus de création, plus d’invention, plus de consommation et donc plus d’égalité de chances et plus de croissance.
Je veux qu’il y ait plus d’égalité et de justice dans les retraites.
La nécessaire réforme des régimes spéciaux doit être l’occasion de mieux prendre en compte la pénibilité réelle du travail.
Je pense notamment aux agriculteurs. Je pense plus encore à leurs veuves qui ont tant travaillé toute leur vie et qui ne touchent pas de quoi vivre. Je pense à ces femmes du Périgord si dures à la peine et que le veuvage réduit presque à la misère.
Je trouve que c'est bien mal récompenser leur peine et leur courage, et à travers elles celles de toutes ces femmes admirables, de ces épouses infatigables, de ces mères dévouées qui n'ont jamais pris de vacances de leur vie et pour lesquelles la durée du travail, les jours fériés et les congés payés n'ont jamais rien voulu dire. Je trouve que c'est indigne de notre République.
En 1936, pour la première fois dans l'histoire de France, trois femmes entrèrent dans le gouvernement Léon Blum. Suzanne Lacore fut l'un d'entre elles. Elle était institutrice en Dordogne. Elle est morte centenaire dans un petit village tout près d'ici. Le combat de sa vie était pour la condition de la femme. Dans les années 30 elle avait écrit : "la femme entend être non une ménagère et une maman avant tout. Avant tout elle veut être elle-même. Non un moyen, mais un être humain ayant sa fin en soi". L'aspiration demeure toujours aussi insatisfaite et toujours aussi vive. Depuis qu'en 1944 le Général de Gaulle a fait entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. Je le dis là encore comme je le pense : malgré la loi sur la parité, malgré la loi sur l'égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des citoyennes à part entière dans notre République.
Je veux un Etat exemplaire en matière d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte.
Je veux que dans les conseils d'administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de la parité tel qu'il s'applique à la politique s'applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises.
Je veux que le temps passé à l'éducation des enfants soit intégralement pris en compte pour le calcul des retraites, que les femmes aient continué de travailler en les élevant ou qu'elles aient cessé de travailler pour les élever.
Je veux que les femmes qui ont cessé longtemps de travailler pour élever leurs enfant et qui se séparent de leur mari soient davantage aidées pour retrouver un emploi.
Je veux que les femmes au chômage qui cherchent un emploi aient le droit de faire garder leurs enfants comme les femmes qui travaillent.
Je veux que la violence conjugale soit plus durement réprimée et que les femmes qui en sont victimes soient mieux accompagnées.
Je veux répéter qu'aucune coutume, aucune culture d'origine, aucune pratique religieuse ne saurait en France autoriser quiconque à proclamer l'infériorité intrinsèque de la femme. Je veux que partout en France les femmes soient libres de se promener en jupe, libres de vivre comme elles l'entendent, libres de se marier à leur guise.
Je veux que la République s’attaque aux nouvelles inégalités. Depuis des années, au nom de la morale républicaine, on proclame des droits qui ne sont pas suivis d’effet.
Parce qu’au fond personne ne se sent réellement concerné.
Parce que dans les méandres de la décentralisation les institutions et les collectivités ne cessent de se défausser les une sur les autres.
Qu’il s’agisse de l’hébergement d’urgence, du logement, de la garde des enfants, de la dépendance des personnes âgées, cela n'avance pas assez vite.
Il faut passer des droits virtuels aux droits réels.
Je propose que l'on passe de l'obligation de moyens à l'obligation de résultats. Parce que la question en politique ce n'est pas de savoir si oui ou non on a fait tout ce qu'on a pu pour résoudre un problème mais de savoir si oui ou non on l'a résolu.
Je propose que pour chaque droit nouveau une collectivité responsable soit désignée, de sorte que la responsabilité politique soit clairement établie.
Je propose que les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles sont responsables. Sinon il ne se passera rien parce que tout le monde continuera à ne pas se sentir concerné.
Pour faire cesser cette honte de ceux qui n'ont rien et sont condamnés à dormir sur les trottoirs, je propose que le droit à l'hébergement devienne opposable devant les tribunaux et que les collectivités publiques concernées disposent de deux ans pour créer les places nécessaires pour accueillir ceux qui n'ont même pas un toit pour s'abriter.
Pour que ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie aient la possibilité de se loger dignement, pour que le jeune qui gagne le SMIC ne soit pas obligé d'habiter indéfiniment chez ses parents, je propose qu'au bout de cinq à dix ans le droit au logement devienne opposable de façon à créer une forte incitation à construire des logements manquants là où ils sont nécessaires pour que tous les français puissent trouver un toit.
Pour faire cesser la situation insupportable de la mère qui travaille, qui élève seule ses enfants et qui n'arrive pas à les faire garder, je propose que le droit de faire garder ses enfants quand on travaille ou quand on est à la recherche d'un emploi devienne opposable au bout de cinq ans afin d'obliger tout le monde à créer au plus vite les capacités d'accueil nécessaires.
Pour faire cesser le scandale des personnes âgées condamnées à mourir dans la solitude parce que tout le monde s'est désintéressé de leur sort et pour que la dépendance puisse être prise en charge dans la dignité, je propose que le droit à la prise en charge de la dépendance devienne opposable au bout de cinq ans pour qu'enfin l'effort de la nation en faveur des personnes âgées soit à la hauteur des enjeux.
C'est ambitieux, mais ce n'est pas utopique.
C'est cela, la rupture : se donner les moyens de construire une société où chacun de ceux qui ont une responsabilité se trouve obligé de se sentir concerné par les drames humains et les souffrances sociales.
C'est cela la rupture : ne plus tolérer des injustices qui font honte à notre République.
L'Angleterre et l'Ecosse ont un droit au logement opposable, et la France ne pourrait pas y songer ?
Au Danemark, les femmes qui travaillent n'ont pas de problème de garde d'enfants et la France, elle, ne pourrait pas résoudre ce problème ?
Je vous le dis : l'opposabilité des droits va tout changer.
En devenant effective de façon irréversible à une date donnée, elle mettra tout le monde au pied du mur.

La République ce n'est pas proclamer des principes que l'on n'applique pas, ce n'est pas non plus rendre supportables des inégalités qu'on ne veut pas réduire.
Ne plus tolérer l'intolérable. Ne plus accepter l'inacceptable. Voilà la rupture que je vous propose !

Pour compenser la discrimination négative il faut de la discrimination positive. Je propose un volontarisme républicain qui passe du discours aux actes. Je ne veux pas faire une discrimination positive sur des critères ethniques qui serait la négation de la République. Mais je veux que sur la base de critères économiques, sociaux, éducatifs, on mette tous les moyens nécessaires pour combler des écarts qui sont devenus insupportables et qui mettent en péril la cohésion nationale.
Il faut aider ceux qui veulent s’en sortir à s’en sortir.
Cela vaut d'abord pour les bassins d'emploi durement touchés par les fermetures d'activité et les délocalisations. Dans le cadre de la sécurité sociale professionnelle que je propose, les personnes percevant des bas salaires et qui perdent leur emploi doivent pouvoir bénéficier d'indemnités de chômage équivalentes à leur niveau antérieur de rémunération. Ce droit à compensation intégrale doit avoir pour contrepartie l'obligation dûment vérifiée de s'engager immédiatement dans une démarche active de recherche d'emploi. Conjugué à des services de l'emploi plus performants car profondément rénovés, à des droits à formation renforcés à travers la création d'un compte-épargne formation individuel, à un droit du travail simplifié et modernisé pour faciliter les embauches, il offrira des garanties nouvelles à tous ceux qui, malgré les coups du sort, n'ont pas renoncé à vivre debout des fruits de leur travail.
Cela vaut ensuite pour les individus qui souffrent des blocages de notre société.
Je propose une politique massive de discrimination positive non comme une réparation, non comme une compensation, mais comme un investissement, comme la possibilité donnée à celui qui veut faire des efforts de réussir, d’exploiter ses talents, de tenter sa chance. Je veux qu’on n’aide pas seulement les territoires ou les quartiers mais aussi les personnes. Aménager les territoires, rénover les immeubles c’est bien. Donner de la sécurité, de l’instruction, du travail, des moyens de transport à ceux qui les habitent, c’est mieux.
A ceux qui pensent que cela coûtera trop cher, je veux dire que ne pas faire assez pour restaurer le sentiment de l’égalité et de la justice coûterait infiniment plus cher.
A ceux qui pensent que la pureté idéologique de la République pourrait en souffrir, je veux dire que la République souffrira bien davantage de la persistance d’injustices intolérables. A ceux qui pensent que les bénéficiaires de la discrimination positive prendront les places des autres, je veux dire qu'il n'en sera rien car des places supplémentaires seront créées à cette fin.
C’est la violence née du sentiment d’injustice qu’il nous faut conjurer.
Ce sentiment d’injustice, il n’est pas que dans les quartiers défavorisés où s’entassent les enfants d’immigrés.
Il est dans les taudis des grandes villes.
Il est sur les trottoirs des rues.
Il est dans nos campagnes.
Il est dans nos usines.
Il est dans le cœur de tous les Français auxquels on ne rend pas justice de leurs efforts, de leur travail et de leur peine.
Notre République est un chef-d’œuvre mais c’est un chef-d’œuvre qui a besoin d'être conforté.
Tous les conservatismes se sont coalisés pour en faire une formule creuse qui sert de paravent ou d’alibi à nos renoncements, à notre immobilisme.
La République est une grande idée qu’on a dénaturée.
La République est un idéal qu’on a détourné.

On dit que la France est vouée au déclin et que les Français n’ont plus la volonté de se battre. On dit que la France n’est pas réformable et que les Français ont peur. On dit que la France est bloquée et que les Français sont fatigués.
Vous êtes la preuve vivante du contraire.
Vous êtes l’espérance qui ne veut pas s’éteindre.
Vous êtes les témoins d’une France qui veut renaître et qui ne craint ni le changement, ni l’avenir.
Vous êtes les témoins d’une France qui n’a pas peur de la rupture.
La rupture que je souhaite est au cœur de la République. C'est le meilleur de ce que la République nous a donné, en brisant les chaînes et les liens.
C'est le message de 1789, de 1848, de l'Appel du 18 juin. Quand un peuple décide de rompre ses entraves pour plus de libertés, plus d'égalité, plus de fraternité.

Je vous le promets, nous allons construire une France nouvelle dont vous serez les acteurs.
Je souhaite sceller un nouveau pacte avec tous les Français.

Fin de citation.

Ainsi qu'on peut aisément s'en rendre compte, on n'attendait pas un tel discours de la part de quelqu'un que l'on affuble facilement de l'étiquette "ultra-libérale" ... Voilà même un discours que Jean-Pierre Chevènement, voire même Laurent Fabius, ne renieraient pas!

Décidément, dûre, dûre la politique ... On va finir par s'y perdre!

 

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