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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Indécence de Philippe Jaffré

7 Novembre 2006, 00:00am

Publié par Jacques Heurtault

Denis Clerc, fondateur de Alternatives Economiques, épingle avec vivacité Philippe Jaffré dans le dernier numéro (Novembre 2006), lequel s'est commis dans la rédaction d'un roman ...catastrophe!

Lisz plutôt.

Début de citation :

Indécence


Philippe Jaffré revient ! Le fringant inspecteur des Finances s'était fait connaître du grand public en 2000, comme PDG d'Elf-Aquitaine s'opposant vainement au rachat de " sa " boutique par Total, et finissant par démissionner... moyennant un parachute dôré de 30 à 40 millions d'euros. Cela avait fait évidemment jaser, mais notre homme s'en était défendu en mettant en avant son apport considérable à la prospérité d'Elf et la non moins considérable ampleur du déchirement moral qu'il avait subi en étant contraint de quitter son poste. Il avait dû effectivement beaucoup pleurer et geindre pour que le pretium doloris atteignît un tel montant. Je n'ose dire « pauvre homme », pour le plaindre, mais la preuve est ainsi faite que se faire virer est source d'une souffrance immense : des centaines de milliers de travailleurs l'éprouvent chaque année et je suis sûr que Philippe Jaffré compatit désormais aux affres des salariés de Peugeot qui vivent aujourd'hui la même épreuve.
A vrai dire, l'homme a su rebondir. Il est devenu conseiller personnel de Pierre Bilger, le président d'Alstom, puis directeur financier du groupe. Je me garderai de faire le moindre lien avec les difficultés du groupe, qui a failli déposer son bilan en 2003 et qui a dû sérieusement tailler dans les effectifs pour redresser la barre, avec l'aide généreuse de l'Etat (2 milliards d'euros). Lorsque je dors bien, il m'arrive de rêver que notre homme a conseillé à son patron d'indemniser très généreusement les salariés licenciés, en guise de pretium doloris d'un traumatisme non moins important que celui qu'il avait subi personnellement. Ou qu'il a réinvesti la totalité de ses indemnités dans la relance du groupe Alstom. Mais lorsque je fais des cauchemars, j'entends Jaffré souffler à Bilger, contraint de quitter son poste, « prenez donc l'oseille avant de vous tirer »
(1).
Philippe Jaffré nous revient donc, comme coauteur d'un roman, Le jour où la France a fait faillite (2). Nous sommes en 2012. Sarkozy vient - enfin - d'être élu à la Présidence et la Première ministre est Laurence Parisot. Face à la montée incessante de la dette publique, une agence de notation finit par dégrader la signature publique au rang d'obligation pourrie (junk bonds), entraînant en cascade une série de conséquences désastreuses : impossibilité d'emprunter pour le Trésor public, devenu incapable de payer ses fonctionnaires, arrêt des transactions internationales avec les banques françaises soupçonnées de porter d'importantes créances publiques devenues sans valeur, blocage du système des paiements, appel à la BCE et au FMI, qui mettent des conditions drastiques à des aides d'urgence, forte réduction des dépenses publiques, faillites en chaîne d'entreprises, privées des débouchés que ces dépenses nourrissaient, suppression du statut de la fonction publique et licenciement de nombre d'anciens fonctionnaires. La France compte plus de 6 millions de chômeurs, mais, nous explique-t-on, en 2014, elle est enfin sur la bonne voie. Lorsqu'une bombe explose au passage de Nicolas Sarkozy et de Laurence Parisot...
Après tout, pourquoi pas ? Ce n'est qu'un roman et l'ancien haut fonctionnaire au Trésor, ancien directeur général de la Caisse nationale du Crédit agricole, connaît la musique et les détails qui permettent de rendre crédible ce scénario. Il existe bien des films catastrophes, pourquoi pas des romans catastrophes ?
Le problème n'est pas là, mais dans le cheminement qui conduit au scénario du surendettement public. La gauche, sortie vainqueur des élections de 2007 - Ségo à l'Elysée, DSK à Matignon -, avait évidemment multiplié les fonctionnaires, dépensé à qui mieux mieux - un déficit " à 9 % du PNB "
(3)
 , truqué les chiffres, maintenu les 35 heures, empêché toute réforme du système de santé et des retraites. « Aucun pays n'est à ce point dominé par les corporatismes en tout genre », écrit notre ex-haut fonctionnaire. Préférant oublier l'origine de sa fortune, liée aux grasses prébendes publiques, il poursuit, plus loin, « notre Etat est en crise, (...) mais enfin tout ce qui est privé reste compétitif. Libérons leur énergie. »
A aucun moment, Jaffré n'imagine que le clash français puisse venir d'une explosion sociale, d'un déchirement entre « exclus » et « inclus », entre banlieues délaissées et quartiers favorisés, entre régions paupérisées et régions prospères, entre RMIstes et stocks-optionnistes, entre gens du bas et gens du très haut. Philippe Jaffré et ses semblables n'ont évidemment aucune responsabilité dans le scénario. Ils sont l'incarnation du bon sens, de la sagesse, du dynamisme ; les autres ne sont que des parasites se faisant du gras sur le dos des patrons qui prennent des risques et bossent dur. Ce livre n'est pas seulement imbécile et bêtement libéral. Il est indécent, voilà tout.

Denis Clerc

(1) Lors de son départ d'Alstom, Pierre Bilger a perçu une prime de départ de 4,1 millions d'euros. Devant le tollé, il y a renoncé.

(2)
Avec le journaliste Philippe Riès, chez Grasset.

(3)
On a beau être inspecteur des Finances, on ne sait apparemment pas que le produit national brut n'a jamais existé en France, que c'est un concept de comptabilité nationale américaine..

Fin de citation.

Je préfère être dans ma peau que dans celle de Philippe Jaffré. Je suis certainement moins riche mais je n'ai pas honte quand je me regarde dans une glace. Lui non plus d'ailleurs! C'est bien ça le pire ... A chacun ses valeurs.  

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James Arly 07/11/2006 16:28

Je me demande si il ne faut pas réformer le Code pénal pour y introduire une peine d'exil (comme pour mon cousin, celui qui a réussi) pour tous les membres de la promotion Titanic ! Jaffré devrait pouvoir y figurer... Bon, Breton aussi, JMM, naturellement et quelques-uns qu'ont tapé dans la caisse de l'argent des z'autres : Ils sont nombreux (jusqu'à subventionner des avions qui reniflent : Si !)
Peut-être bien que chez d'autres, ces gens-là leur pourriraient aussi bien la vie, réduisant leur compétitivité : On aurait quelques chances, z'alors, de ne pas paraître si minables que ça dans l'hexagone ? Non ?

Jacques Heurtault 07/11/2006 19:16

Du temps de la Révolution, il y avait une telle peine dite de bannissement. Je crois bien qu'elle est toujours en vigueur mais n'et jamais appliquée!Si encore le Jaffré avait eu la décence de se contenter d'écrire un roman "normal" ... Mais, non! Il est allé jusqu'à écrire des énormités ... pour vendre du papier!je me demande s'il n'est pas un peu "fêlé" (au moins de "légers" troubles de la personnalité). Partout où il est passé, il a semé une sorte de zizanie-provocation.