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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Première déclaration de Ségolène Royal, à Melle au lendemain de son investiture.

17 Novembre 2006, 23:30pm

Publié par Jacques Heurtault

Craignant que, une fois de plus, on ne déforme les propos de Mme Royal (cela a été fait un si grand nombre de fois qu'il ne faudrait pas s'étonner que cela se produise encore, même aujourd'hui où, pourtant, la réserve devrait être de rigueur de la part de ses "concurrents-adversaires" socialistes), je publie le texte intégral de sa déclaration.
Après tout, c'est, dans une certaine mesure, un texte "historique".

Début de citation :

Melle, le 17 novembre 2006 – Déclaration solennelle de Ségolène Royal.

Pour que la France saisisse toutes ses chances,
et réalise le progrès pour tous,  le respect pour chacun.

Je remercie les militants du parti socialiste qui sont venus voter en masse et qui ont donné à toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change la force d’y croire.

Je ne tire de ce résultat aucune gloire personnelle mais je mesure l’immense responsabilité  de ne pas décevoir  toutes celles et ceux qui espèrent.

L’élection présidentielle va à l’essentiel : la possibilité pour chacun de choisir son destin et de le maîtriser dans les turbulences du monde d’aujourd’hui.

Oui, la France peut reprendre la main. Oui elle peut croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l’avenir pour construire un destin commun.

Car les questions que se posent les Français, nous les connaissons : la pauvreté et la précarité sont-elles une fatalité ? Non – ces risques inédits, ces inégalités qui se creusent, ces fragilités qui déstabilisent même ceux qui se croyaient à l’abri, est ce là le visage inéluctable de la modernité ? Assurément pas.

Ces jeunes qui désespèrent de pouvoir vivre un jour de leur travail, ces salariés qu’on pousse vers la sortie bien avant l’âge de la retraite, ces familles qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, à se loger correctement, à élever leurs enfants, et qui s’endettent pour faire face aux dépenses courantes, est-ce cela la condition promise aux millions d’ouvriers, d’employés, de salariés mais aussi d’artisans, de commerçants, de petits agriculteurs et de retraités qui forment l’immense majorité du peuple français ? Je ne le crois pas et je ne le veux plus.

Etre socialiste c’est garder au cœur une révolte intacte.
Le socialisme, c’est mettre le progrès social au cœur de toutes les décisions politiques - le progrès social pour tous et le respect pour chacun.
C’est l’Education au cœur de tout, encore l’Education, toujours l’Education.

Le monde a changé, la France a bougé, alors la politique doit changer.
Je veux non seulement incarner ce changement profond mais le construire avec tous.
La politique doit partir de la réalité de la vie des gens, être attentive aux leçons que le peuple donne, comprendre que le citoyen est le mieux placé pour faire le diagnostic de sa vie et pour dire au nom de quelles valeurs la gauche doit agir.

La France doit donner à chacun les moyens de prendre effectivement son existence en mains. Voilà pourquoi les libertés individuelles appellent des solidarités et des garanties collectives à construire.
N’ayons pas peur des idées neuves, puisons-les dans la vie quotidienne du peuple français, dans ses souffrances, dans ses difficultés mais aussi dans ses talents et dans ses formidables réussites.

La France doit saisir toutes ses chances et se redresser.
Je veux lui donner cette fierté sans prétention inutile, qui l’aidera à rassembler ses forces et à écrire, avec tous les siens, une nouvelle page de son histoire.
Je la vois créative, innovante, mais bridée de trop de lourdeurs et de méfiances, fragilisée par un Etat qui se désengage et qui devra demain  assumer toutes ses responsabilités dans le cadre d’une autorité juste.
Je la sens, cette France, en avance sur ceux qui la gouvernent et qui se plaignent de son immobilisme. Les Français sont prêts aux réformes mais ils ne veulent pas consentir aux décisions qu’on leur impose sans les y associer ; ils ne sont pas partants pour des efforts qui, toujours, pèsent sur les mêmes. Etre socialiste et conduire une politique à gauche, c’est apporter la garantie permanente du recul des inégalités, des précarités et des insécurités. Parce que c’est comme cela que le pays sera plus fort dans la compétition internationale.

On nous répète que le pouvoir échappe à la nation, que la volonté politique peut de moins en moins, que ce n’est plus l’Etat-Providence mais l’Etat-minimal, faiblement protecteur qui serait dans le sens de l’histoire.
Je crois moi tout le contraire. Je crois que la politique peut beaucoup et prouver jour après jour son efficacité.

On nous dit que la mondialisation a disqualifié la nation et l’aspiration croissante à l’autonomie individuelle se ferait forcément au détriment du collectif.
Je crois moi tout le contraire ; ce sont les solidarités collectives qui nous rendront plus forts.
Ma conviction est à l’inverse de cette idéologie insidieuse : c’est au contraire, en restant fidèles à nous-mêmes que nous pourrons résister le plus efficacement aux vents mauvais d’un libéralisme sans foi ni loi et en même temps saisir l’ensemble des opportunités d’une mondialisation qui porte dans ses flancs le pire et le meilleur, selon ce que nous saurons en faire. Et je veux pour la France faire en sorte que ce soit le meilleur.

Imaginer la France, c’est la tâche nouvelle que je propose aux Français. Car ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son exception, de se banaliser et de s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entrave pourvoirait au bonheur de tous, faire cela, c’est rendre à la France un bien mauvais service et attiser l’exaspération des Français.
A cette façon de faire, il faut mettre fin.
Car je crois qu’il y a beaucoup à corriger dans le fonctionnement de nos systèmes de solidarité mais pas pour les amoindrir : pour les rendre plus efficaces.
Je crois que nous devons incarner l’ambition d’une France économiquement dynamique et socialement plus solidaire.
Oui, imaginer la France, c’est à cela que je vous invite car elle s’est beaucoup transformée, diversifiée et colorée sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Et pour en tirer parti et fierté, la France doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes, tous ces jeunes dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière quoique toujours exposés aux discriminations. C’est cela notre tâche: aider la France non seulement à s’accepter telle qu’elle est mais à voir dans sa diversité une formidable énergie. Une nouvelle donne avec tous les jeunes, dans la diversité de leurs talents, est à bâtir.

L’honneur de la République et la fidélité de la France à ses idéaux, c’est la lucidité d’une histoire partagée dans une France respectueuse de toutes les mémoires et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs.

Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs mais quand elle les prend au mot et reste fidèle à elle-même que la France peut aussi, au delà de ses frontières, parler de l’Europe et à l’Europe, parler du Monde et au Monde. Car la nation pour la gauche est indissociable d’une perspective plus large. Car nous sommes de ce pays, la France, qui vota la liberté du monde et où l’on fit une constitution  en pensant à l’univers entier.
C’est en donnant aux peuples l’exemple et le signal de la justice et de l’humanité que la France se ressemble et se rassemble.
Regardez l’histoire de France : c’est toujours quand le peuple s’y met que la France avance et bâtit un nouvel avenir. Et aujourd’hui, je sens que le peuple s’y est mis et que ce mouvement va continuer.

Je crois que la France peut puiser dans la meilleure part de son passé des valeurs pour ses combats d’aujourd’hui, à commencer par celles-ci : de fortes raisons de croire en elle. Pour tirer le pays vers le haut, il faut bien sûr comprendre les changements du monde alentour, mais il faut d’abord aimer la France, cette idée toujours neuve, et vouloir que les Français s’aiment en elle.

Nous allons gravir la montagne jusqu’à la victoire. Aujourd’hui c’est un beau jour pour partir au combat car nous sommes portés par un mouvement populaire généreux et heureux qui sent que nous sommes soutenus par une cause qui est plus grande que nous.
Je lance aujourd’hui un appel à tous les Français, hommes et femmes de notre pays.
Rassemblez-vous, mobilisez-vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour notre pays, imaginons ensemble une France qui aura le courage d’affronter les mutations sans renoncer à son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité.
Pour un ordre juste, contre tous les désordres injustes qui frappent les plus faibles, pour des énergies positives qui se rassemblent et des libertés nouvelles à inventer.
Mettons nous en mouvement pendant six mois au cours desquels il nous faudra investir toute notre énergie et tout le fruit de nos échanges avec les Français, et je vais continuer comme je l’ai fait depuis plusieurs mois. Avec  toute la force de nos convictions socialistes pour unir toute la gauche dans sa diversité puis rassembler une majorité de Français dans un même désir d’avenir.
Fin de citation.
 
A méditer ... Car ce genre de déclaration est toujours une référence, une sorte de fondation. 

    

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James Arly 22/11/2006 10:55

J'abonde, Totor : Mais c'était déjà inscrit dans les gènes de cette élection là !
Et je frémis avec vous, Monsieur Heurtault...
Reste le plus important : Les législatives qui suivent !
Et après, 2012 : Il faut que nous soyons tous prêts pour ce moment là au moins, sinon nos gamins vont nous tondre et ils auront raison

totor 20/11/2006 10:43

Bref, a gauche comme a droite, on va commencer serieusement a 'raser gratis' dans le plus pur chiraquisme cru 95... Je sens que la campagne va me gonfler des fevrier!

Jacques Heurtault 20/11/2006 11:44

Bonjour Totor!Le risque est grand, effectivement ... Mais le cas de figure que vous décrivez se réalise, la sanction va être terrible : Le PEN en tête! J'en frémis d'horreur mais se cacher derrière son petit doigt n'a jamais permis de résoudre les problèmes.

:0026: Niconippon 18/11/2006 10:19

La première pierre est posée, il nous reste 6 mois pour bâtir le rempart contre l'ultra libéralisme, la loi du plus fort, le mépris des plus faibles et la dilapidation des valeurs de la France incarnés par Sarkosy !Clairement, le message de Ségolène est un appel à la France et non pas seulement aux militants PS qui l'avons choisie.Tous unis dans ce nouveau désir d'avenir !

Jacques Heurtault 18/11/2006 11:40

D'ores et déjà, Nicolas Sarkosy a infléchi son discours. Lisez ce qu'il a dit à Agen puis à Périgueux. Vous le trouverez sur mon blog.Les "plus faibles" absorbent un "bon peu" de la redistribution (par exemple, la couverture santé d'Etat pour les sans papiers ..., ou bien le RMI sans aucune contrepartie de travail ni même d'inscription à l'Anpe (car ça ferait augmenter le nombre de chômeurs, or il faut qu'il y en ait le moins possible ...) etc ...

Pierre Bayle 18/11/2006 09:04

Cher Jacques, élu sans étiquette et qui entend le rester. J'ai apprécié que vous citiez Ségolène dans le texte, sans la couper ou la paraphraser, il n'y manquait que l'image, notamment de son premier commentaire à chaud, dans la nuit, très émouvant. J'ai été également ému de savoir que vous aviez mal dormi, alors que pour ma part j'étais rassuré dès 23 heures... Mais je connais votre humour au second degré et compte bien que vous restiez du genre "poil à gratter", qui est l'intérêt de votre blog. J'attends du reste vos commentaires sur "candidature Chirac : le grand suspense", qui suscite pour l'instant plus d'hilarité qu'autre chose. Plus inquiétant, de mon point de vue socialiste, est le début de ralliement de Juppé à une candidature unique UMP qui ressemble bigrement à un soutien à Sarkozy.
Dernier point : la victoire de Ségo aux primaires n'est pas une victoire "contre" DSK et Fabius, même si le fait que ce dernier soit arrivé troisième est objectivement plus confortable que s'il avait été second. Mais il n'y aura pas de nuit des longs couteaux au PS et, à part les grincheux qui s'auto-excluent comme Mélenchon, l'ambiance est déjà à la partie suivante, tous unis à la conquête d'un électorat majoritaire pour éviter un Sarkozy à la France. 
Cordialement,
Pierre

Jacques Heurtault 18/11/2006 11:25

Bonjour Pierre!Vous avez bien raison de reconnaître mon "humour au second degré". Vous êtes assez proche de la vérité. Ce blog est, pour moi, un jeu ... mais un jeu sérieux, constructif. Je ne compte plus les gens qui me demandent " Mais enfin, pour QUI roulez-vous?". Bien qu'ayant déjà donné la réponse sur mon blog, je vais la redonner ici même.Je roule pour MES idées mais PAS POUR MA PERSONNE! Je ne serai certainement pas candidat à la présidentielle (bien que cela m'a été demandé!). Par contre, je fais tout ce que je peux pour que :1. Un vrai débat d'idées est lieu, notamment par blogosphère interposée.2. Les "candidats rigolos" soient évincés du débat avant même d'y avoir participé.3. Les candidats "extrèmistes" soient laminés et donc évincés de la compétiton du deuxième tour après avoir participé au débat. Autrement dit, pour qu'ils ne soient pas en mesure de peser sur les résultats du deuxième tour (extrème gauche ensemble : 10% si possible mais je rêve peut-être un peu; extrème droite ensemble : 10% si possible mais je rêve sûrement, hélas!)4. Les candidats porteurs du NON au référendum (autres que les extrèmistes précedemment cités soient laminés (15% ensemble, souverainistes et gauche anti-libérale)5. Que la "gauche anti-libérale" soit capable de présenter UN CANDIDAT "unique" ou "commun" AFIN QUE, LUI AUSSI, SOIT LAMINE ( 7% peut-être)Bref! Que la partie se joue entre, dans l'ordre alphabétique, Bayrou, Royal, Sarkosy dont je souhaite qu'ils "pèsent", ensemble, au premier tour, au moins 70%, si possible 75%. A 80% pour ces trois là, au premier tour, je suis "AUX ANGES!" Si, en plus, je constate que TOUS ces trois là reprennent quelques unes de mes idées, alors là, ce sera le champagne, bien que mon medecin me le déconseille! Vous vous rendez-compte un peu : me déconseiller le champagne! Quel salaud ce médecin ... Le pire, c'est qu'il a raison. C'est vraiment un bon médecin!