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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Même d'Orcival y va de son couplet anti-Ségo ...

20 Novembre 2006, 12:00pm

Publié par Jacques Heurtault

Je n'aime pas l'étalage des aigreurs. Je viens de lire le dernier éditorial de François d'Orcival, dans "Valeurs actuelles". Certes, cet hebdomadaire est classé (très nettement) à droite. D'aucuns disent même "à l'extrème-droite", ce que je conteste; je dirai plutôt à la droite libérale. cela me semble plus juste.

Voici cet éditorial que je reproduis en totalité afin de ne pas en déformer le contenu.

Début de citation :

Qui va garder les enfants? C'est à peu près la seule remarque ironique que se soient autorisée ses concurrents. Ségolène Royal est aussitôt montée sur ses grands chevaux : honte au machisme! Comme si elle ne jouait pas elle-même sur tous les registres de la féminité : son physique, son sourire, son maquillage, sa coiffure, sa prononciation, sa façon de s'habiller. L'ancien ministre socialiste Louis Mexandeau raconte dans ses souvenirs (François Mitterrand, le militant) une anecdote qui remonte à la préparation des élections législatives de 1986. À la réunion de section qu'il présidait, il vit Ségolène Royal se présenter de la manière suivante : « J'ai 28 ans. Je suis mère d'un enfant. Je travaille à l'Élysée auprès de François Mitterrand. Les deux personnes que j'aime le plus au monde, c'est mon bébé et François Mitterrand. Je voudrais être candidate aux élections l'an prochain. » Pourquoi raconter aujourd?hui ce souvenir ancien ? Mais parce qu'elle n'a pas changé ! Elle a 53 ans, quatre enfants, elle préside la région Poitou-Charentes, elle a travaillé à l'Élysée pendant six ans, elle voudrait y retourner. C'est aussi simple que cela.
Le Grand Jury LCI-RTL-le Figaro du 12 novembre était un parfait raccourci de cette certitude de soi. « Tout va repartir grâce à l'élection présidentielle », dit-elle. Comprendre : grâce à son élection. Mais comment ? « À cause de la confiance. » La confiance, c'est encore elle. « Si je suis élue, j'augmenterai les bas salaires, précise-t-elle tout de même : cela créera de la consommation, donc de la croissance. » Mais encore ? « On ne relance pas la croissance par des mesures techniques qui ne sont que des gadgets » Pour la dette, que fait-on ? « Si on remet trois millions de salariés au travail, on rétablit les comptes. » Certes, et pour obtenir ce résultat ? « Je ne fonctionne pas avec des recettes. » Alors ? « Ce n'est pas de la magie, c'est de la confiance. » Comme elle le dit aussi : la boucle est bouclée. Il suffit « que les Français y croient ». En eux, en elle. La méthode Coué conjuguée au futur.

On aurait tort de s'arrêter là. Car il y a bien un système Royal. Depuis son entrée en campagne, qu'a-t-on retenu de ses propos ? « L'ordre juste et la sécurité durable », son slogan de campagne. Pas du tout, on a retenu ceci : pour les jeunes délinquants, les internats à encadrement militaire ; pour les salariés modestes, les 35 heures peuvent être une régression sociale ; dans les quartiers, la carte scolaire n'est pas un outil de mixité mais de ghettoïsation ; pour surveiller les élus, elle préconise des jurys populaires tirés au sort ; et maintenant, de manière involontaire, à travers un enregistrement vidéo diffusé sur Internet (une réunion de section à Angers, en janvier dernier), elle déclare que les enseignants ne font pas assez d'heures de présence dans leurs lycées et leurs collèges. Cette succession de sujets n'est pas le fruit du hasard, mais un procédé : elle se donne une posture afin d'éviter de répondre sur le fond, tout en provoquant un débat public sur des trompe-l'oeil.
Critiquer la carte scolaire ou le temps de travail des enseignants n'est qu'un leurre si l'on ne traite pas de l'essentiel : quelle formation doit-on donner aux professeurs, quel contenu à l'enseignement, quelle méthode aux élèves, pour éviter que 170 000 d'entre eux quittent le système scolaire sans aucun bagage?
Faire encadrer les internats par des militaires (mais quels militaires, dès lors que l'armée est professionnalisée ?) ne répond pas à la question : combien d'internats pour combien de délinquants ? L'autre semaine, toujours à LCI, Pascal Clément, ministre de la Justice, se félicitait de l'ouverture en cours de 37 centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants. Heureuse alternative à la prison en effet  mais combien de jeunes sont ainsi repris en mains ? Douze par centre. Et il faut trois moniteurs par délinquant. Total : 444 mineurs en même temps, quand la Justice examine 80 000 cas par an. Qu'en dit Ségolène Royal ? Rien.

Lorsqu'elle porte une juste condamnation sur les 35 heures, invite-t-elle à les supprimer ? Évidemment non, le parti veut au contraire les généraliser. Propose-t-elle de détaxer les heures supplémentaires pour permettre aux petits salaires de gagner plus en travaillant plus ? Non plus, le parti veut les surtaxer, pour partager le travail. Comme ministre, elle s'est opposée (quand il fallait faire adopter le Pacs) au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels. Elle se veut toujours l'avocate de la famille, de l'apprentissage des interdits aux enfants, etc. Mais elle dit oui, comme le parti, au mariage et à l'adoption pour les couples homosexuels. Elle prétend (le 24 octobre, sur La Chaîne parlementaire) que le programme socialiste « n'est pas le petit livre rouge », mais en quoi s'en distingue-t-elle, autrement que sur la forme ?
Elle revendique une sorte de présomption d'innocence, et demande qu?on la croie sur parole. Elle se réclame de la démocratie participative et de la transparence mais, en Poitou-Charentes, elle écarte d'une main de fer ceux qui, dans son propre camp, ne seraient pas des exécutants disciplinés ; elle dénonce ceux qui ont diffusé la vidéo pirate d'Angers en les accusant de l'avoir tronquée ; elle la diffuse à son tour en tronquant elle-même les passages qui la dérangent. Et pour s'assurer de la discipline de vote des élus socialistes en sa faveur, elle les fait prévenir que les indisciplinés n'auront pas leurs investitures pour les législatives? On comprend que Nicolas Sarkozy ait appelé, par dérision, à voter pour elle.

Fin de citation.

Voici maintenant les réflexions "en défense" que cet éditorial m'inspire.

1. Ainsi, Ségolène Royal n'aurait subi aucun autre outrage de la part de ses concurrents, autre celui que cite François d'Orcival (encore un autre François ...; c'est à croire que ce prénom la poursuit partout!).
J'en ai entendu pourtant beaucoup d'autres et je suis loin d'avoir tout entendu. Sans parler des sous-entendus graveleux ("Vous imaginez une femme appuyant sur le bouton rouge de la "bombe"?; la position de Ségolène sur le nucléaire civil pour l'Iran où on la couvre de quolibets alors qu'elle a raison sur le fond ...)

2. Les jeunes délinquants encadrés par des militaires. François d'Orcival est-il assez malin pour nous faire croire qu'il n'a pas compris? Que fait-on actuellement? On leur met de "psy" à leur chevet (ou c'est tout comme; trois moniteurs par jeune délinquant!). La réponse, c'est, évidemment, un serrage de vis en bonne et due forme conduit par des "hommes à poigne", autrement dit des "militaires" qui ont exercé un commandement sur des hommes et qui ne s'embarrassent pas de chichis. C'est tout simple!

3. Les 35 heures. Elle fournit la réponse. Le projet socialiste, ce n'est pas le "petit livre rouge". Autrement dit, on va faire des réformes qui vont satisfaire tout le monde. Par exemple en laissant à chacun la LIBERTE de faire ou de ne pas faire des heures supplémentaires. Actuellement, un salarié qui refuse de faire des heures supplémentaires risquent un licenciement pour faute grave!

4. Main de fer. La démocratie participative, elle se fait avec le PEUPLE. Pas avec les apparatchicks. Un Président de région, encore moins un Président de la République, n'a pas à négocier ses décisions. Il les prend et il les assume.

5. Video tronquée. Depuis quand un responsable politique n'a t-il plus le droit de réfléchir tout haut? Depuis quand n'y a-t-il plus de réunion de travail dans les partis politiques? Depuis quand un responsable politique n'a t-il plus le droit de maitriser sa communication? François d'Orcival, journaliste de son état, se permettrait-il de diffuser des informations "off" qu'il reçoit d'un de ses "clients"? Il n'y a que Frantz Olivier Giesbert qui l'a fait, jusqu'à présent, avec des propos de Chirac ... Au fond, cette transparence, ça n'est pas plus mal! Les responsables politiques n'ont qu'à bien se tenir ... A mon avis, ils vont vraisemblablement bien se tenir désormais.      

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pierre lafite 21/11/2006 11:12

On a connu D'Orcival mieux inspiré.
Je ressens dans cet édito deux choses :
le mépris pour Ségolène ROYAL, décrite comme une incompétente qui avance des idées en l'air sans en mesurer les conséquences.
Le machisme quand il regrette que ses compétiteurs n'aient pas utilisé cette arme plus souvent.
En réalité, M.d'Orcival, craint beaucoup cette candidate qui elle seule dans le PS peut battre Sarkozy. M Sarkozy ne s'y est pas trompé lui meme en tentant un "baiser qui tue" depuis Alger deux jours avant notre vote.
Alors, des éditos de cette nature, nous en aurons beaucoup d'ici le 22 avril prochain. Qu'ils continuent, ils sont sans doute plus contre-productifs qu'autre chose.
Pierre Lafite PS Oise

Jacques Heurtault 21/11/2006 15:57

Bonjour, Pierre!J'ai pris le parti, sur mon blog, de dénoncer tous les dérapage que je trouverai. Je souscris à votre analyse. Un second tour entre deux des trois protagonistes suivants présenterait, pour moi, un réel intérêt. Il s'agit de Ségo, de Sarko, de Bayrou.Si vous avez le contact avec Ségo, dites lui que sur un blog que vous lisez de temps à autre, il y des propositions intéressantes qui peuvent retenir son attention... 

Pierre Bayle 20/11/2006 19:15

Jacques : l'éditorialiste que vous citez n'est pas le plus imaginatif, et sa publication aurait flingué le candidat socialiste quel qu'ait été le résultat des primaires.. en particulier si ça avait été l'un des deux autres... Qu'une femme jeune et sereine agace les machos plus tout jeunes est une raison de plus, mais évidemment pas suffisante, pour soutenir Ségolène. Mais que ce soit la candidature d'une femme est en soi un gage de nouveauté. La démocratie française s'est enrichie lorsque les femmes ont eu le droit de vote en 1945 (trente ans après l'Egypte, quand même) et vous avez cent fois raison de citer Aragon : la femme est l'avenir de l'homme. Très beau slogan. Tout un programme. Les féministes que je cite sur mon blog ne s'y sont pas trompées : le ralliement d'un certain nombre dès les primaires du PS est un signe clair que c'est le parti de la nouveauté, et pas la vision caricaturale d'une mère de famille réactionnaire et ambitieuse que nous décrivent de bien mauvais journalistes. Cordialement, Pierre

Jacques Heurtault 21/11/2006 00:51

d'Orcival est, bien sûr, à droite. Classable par certains comme "ultra-libéral" (ce mot est très à la mode; tout ce qui est "ultra-quelquechose"). Logiquement, il ne devrait pas s'y intéresser ... Je reviens d'un "dîner en ville" : Ségolène aurait au moins deux chances sur trois de gagner. Personnellement, je ne crois pas que ce soit vrai. La joute sera serrée. Il va falloir réécrire le projet socialiste à la façon "démocratie participative" et, ça, c'est une perspective qui n'est pas sans intérêt (dans l'intérêt du pays, tout simplement).