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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

L'Afrique. Deuxième chapître.

1 Janvier 2007, 00:00am

Publié par Nadine Goossens

Voici le deuxième chapître du récit authentique d'un voyage quelque peu inhabituel ... Merci Nadine!

Début de citation :

Il était impératif de rejoindre mon oncle (et sa famille) qui avait des plantations de thé et de coton au Ruanda. Toutefois, le passage à Kin, situé complètement à l'opposé, était incontournable.  
L'effervescence régnait à l'aéroport où embarquaient tous les rapatriés. Les seuls vols possibles étaient exclusivement à destination de Bruxelles et Paris.
La liaison Kinshasa/Bujumbura n'existait plus, il fallait trouver une solution pour atteindre "la grande faille" d'une autre manière. 
Des groupes se constituaient. Il faut dire que l'état d'esprit des gens là-bas, est très différent d'ici.   Je dis bien "différent", ce qui ne veut pas dire mieux ou moins bien.
 
Les stratèges et habitués des pistes avaient décidé de passer par le Katanga, province sud du pays qui jouit d'un statut un peu spécial, un peu à part, me suis-je laissé dire.
Et comme j'avais envie d'y croire, ça tombait fort bien. Deux passagers devaient descendre à Kamina.
N'empêche, il fallait être vigilant, prudent, et sans doute un peu fondu... Se faire discret et en dire le moins possible, sinon rien.
Un vent de folie soufflait de plus en plus fort et de plus en plus loin. 
La confusion et l'anarchie s'étaient installées avec leur cortège d'abominations.
 
C'est à ce moment que j'ai apprécié toute la valeur des mots de René Char :
"l'Homme est capable de faire, ce qu'il est incapable d'imaginer".
 
En brousse, les "matiti" (herbes coupantes) étaient hauts et permettaient aux guides habiles qui nous accompagnaient d'approcher des villages pour prendre des nouvelles.
Des hommes exceptionnels. Méfiants ou discrets d'abord, ils finiront pas s'intégrer au groupe et seront unanimement appréciés. Deux d'entre eux, Séséko et Dagobert, étaient de redoutables chasseurs. Ils m'avaient appris comment marcher face au vent pour ne pas diffuser d'odeurs, et comment poser les pieds au sol pour ne pas être repérée. 
On ne s'était pas lavés depuis quelques jours, ça tombait bien, on sentait tous le bouc.
Toilettés comme nous le pratiquons ici, n'est pas à la convenance de "nos hôtes". Nous n'avons plus "d'odeurs" et ils disent que "nous sentons la mort". Etrangement, le gibier le percevrait, affirmaient-ils...?!
La piste nous a conduits à une Mission-dispensaire qu'on découvrit dévastée.
Plus rien, plus personne.
On ne parle pas. On écoute. Tendus.
Aucun son n'est perceptible, même la nature s'est mise en deuil et ce silence est impressionnant. 
Après quelques précautions, le "bwona" (homme...à profil chef) et un guide s'aventurent plus en avant. Le "bwona", de son vrai nom "Jean", surnommé par ses compatriotes belges "Livingstone", parlait quatre langues locales impeccablement, dont le Lingala (parlé à Kinshasa) et le Swahili (parlé à Bujumbura). Il était très précieux comme élément, et il avait fait autorité immédiatement. Ses connaissances sur le terrain étaient fabuleuses.
Il avait de l'humour et un accent bruxellois à couper au couteau. Sa corpulence faisait qu'on évitait de le contrarier.
 
Ordre chuchoté : "restez dans les véhicules".
 
Un cadavre de vache finit d'être dévoré par des oiseaux charognards qui ne daignent même pas nous prêter attention. Des milliers de grosses mouches bourdonnent. Partout.
 
Un homme ressort d'une ruine et vomit... Il pleure.
La consternation nous fige sur place. Je pense que nous avons tous eu des nausées et des larmes.
Les guides nous expliquent que "ces hommes qui font ça" boivent de la bière mélangée à une décoction de chanvre, et que ça les rend sanguinaires.
Plus tard, je saurai les repérer. Ils ont les yeux injectés de sang, et je pense qu'il est inutile ici de poursuivre sur le profil de ces humains perdus et perdants.
 
Mais la brousse restaure ce que la civilisation des Hommes a anéanti. La beauté envoûtante des paysages, de la faune et de la flore, à laquelle s'invite la magie des couchers de soleil,   illustrent le chef d'oeuvre que Dame Nature a installé et que l'Homme ne saurait détériorer. La paix et le calme s'installent doucement.
Pour cette nuit là, quelques bonnes heures de repos sont prévues pour tout le monde.
L'ambiance s'en ressent immédiatement.
On avait vraiment bien roulé, et, au dire des connaisseurs, nous étions sortis de la zone sensible.    
Les ampoules du phare d'un véhicule devaient être changées. J'entendais les gars fulminer, parce qu'ils ne trouvaient pas les boîtes de réserves alors que la nuit tombe très vite.  
Il me vint l'idée de lancer :
-"Faut pas s'prendre pour une lumière quand on n'est qu'une ampoule".
Eclat de rire... Ce rire qui sauve l'Afrique. Ce soir là j'étais heureuse, même les deux chasseurs s'étaient mis à rire avec les autres. Ils ne parlaient pas français, mais le rire est un langage universel.
 
Livingstone, vautré sous un véhicule qu'il bricolait, se dégage prudemment, et se relève calmement. Comme toujours. 
Il interroge du regard et sourit :
- "Qui a dit ça, dis ? (avec l'accent bruxellois)...et puis....
   Aaahhh, comme ça c'est la France qui rigole ici.
   Zeg (dis !) la "ville lumière" (je venais de Paris)...
   Viens un peu par ici nous éclairer au lieu de jouer la comète ! "
Je leur ai amené les torches, sans faire ma maligne. Mais je savais que j'avais marqué un point. 
Nous sommes restés longtemps en contact et chaque fois qu'on se retrouvait, ce pseudo m'était servi. Livingstone deviendra un fidèle copain de mon oncle. 
 
On roule depuis 10 heures d'affilée, et voilà 5 semaines que nous sommes partis. 
Nous sommes en vue de Kasongo au pied des Montagnes du Congo. Il faudra faire faire des réparations à un véhicule, mais Livingstone sait où aller.
Rien d'anormal. On s'arrête dans un village pour préparer le "frichti" (repas), acheter quelques victuailles, et faire le plein d'eau.
La nature a bien pourvu en eau la région qu'on traverse et on en profite pour y plonger. Eau veut dire immanquablement "moustiques". On est gâtés ! Les boursouflures défigurent les visages, les mains, bref...tout ce qu'on ne peut pas cacher.
Les démangeaisons sont insupportables. Les chasseurs, aidés d'un guide et de Livingstone iront à la cueillette d'herbes et plantes. La décoction sera très efficace.
On s'en badigeonne et on ne s'en prive pas. 
  
J'apprendrai également que la contraception des jeunes filles est entièrement gérée par une autre décoction que le chef du village prépare et leur fait boire. Très jeunes, elles ont des relations sexuelles avec des partenaires de la tribu ou du groupe, mais il n'est pas toléré qu'elles soient enceintes. Surprenant mais très efficace !
KASONGO......je me mets à penser "pourvu qu'il faille attendre les pièces".
Je suis fourbue, "cradingue". J'aimerais me laver les cheveux, longs et poisseux, avec un vrai shampooing qui mousse et qui sent bon ! ...me maquiller aussi. Pour l'épilation des jambes...on verra plus tard.
Et.....BINGO ! mon voeux est exaucé. Nous devrons attendre 3 ou 4 jours....à l'africaine!
Délicieux ! Un bain, un vrai bain dans de l'eau chaude. Des "fringues" propres dont un "capitula" (short) tout neuf que je viens d'acheter. Et un maquillage ... pour faire joli.
On se retrouve tous au souper (dîner en France). Il y a des ventilateurs qui brassent l'air, et la "popote" est bonne. Les hommes se sont jetés sur la bière.
Nadine Goossens
Fin de citation.
 
Un troisième chapître va suivre ... Pour une fin d'année, le dépaysement est garanti!

Commenter cet article

jasmin 07/01/2007 10:54

...faut voir...

Jacques Heurtault 07/01/2007 13:02

Il faut, effectivement, que je publie ma photo! Quand j'avais 30 ans, je portais une barbe noire, y compris sur les joues. Je ressemblais à un ...ayatollah! Le turban en moins, quand même! 

jasmin 06/01/2007 16:38

Sans rire, je les adorais quand j'étais plus "jeune".

Jacques Heurtault 06/01/2007 22:45

A ton avis, duquel suis-je le plus proche : Croquignol, Filochard ou Ribouldingue?

jasmin 05/01/2007 15:57

meuhhhhh non !
N'oublie pas que nous sommes dans le pays des privilèges.
Et tu conserves le privilège de toute ma reconnaissance.
C'est pas beau ça ? et chasse gardée !

Mais, pour les pieds cambrés que tu veux me réchauffer, en tout bien tout honneur : c'est quoi ça comme nouvel électroménager ?
J'ai cherché depuis deux jours. Ils connaissent pas à Bordeaux. Ils me demande la marque ou la référence.
Heurtault ????? mais j'ai rien dit hein !

Jacques Heurtault 05/01/2007 22:44

"Meuhhhhh non!" Ah! La vache ... Elle m'a eu!Tu préfères les Pieds Nickelés?
 

jasmin 05/01/2007 10:09

Oh ! un oubli : Bonjour Daniel le frère de Jacques. Je suis navrée, mais je n'avais pas fait attention au prénom.
Quelle idée aussi de porter le même nom !!!
J'espère que vous aurez aimé la suite.
Et j'en profite pour vous souhaiter plein de bonnes choses cette année, et je vous fais une bise sur chaque joue.

Jacques Heurtault 05/01/2007 14:39

Eh, mais! Je vais devenir jaloux, moi!

jasmin 02/01/2007 10:29

Et coucou !
J'en ai encore. Mais si d'autres pouvaient me relayer afin que je puisse à mon tour me régaler, ce serait bienvenu.

Jean-pierre..... Non ? J'aime le lire.....Il est si clair.
Jacques.....Ne fais pas semblant, tu as ratissé toute l'Europe me suis-je laissé dire.
Incognitototo......Savez-vous qu'il revient de Toscane ?
Infreequentable....Les rochers corses et l'Ile de beauté avec la Grande Bleue qui la baigne ?

Allez-y aussi les gars !

Jacques Heurtault 02/01/2007 10:41

C'est vrai àa! Il fgaut qu'on s'y mettent, nous, les gars! C'esr d'autant plus incontournable que c'est une fille qui nous le demande ... Il y a , comme ça, des émulations qui me sont sympathiques ...J'ai visité, c'est vrai, presque tous les pays d'Europe (pas la Scandinavie, pas l'Albanie (Enver Hodja, non merci!) mais quasiment tout le reste ...(Ah, non! Pas la Roumanie ni la Bulgarie ... alors qu'ils viennent d'entrer dans l'Europe). Il va falloir que je m'y mette ...

jasmin 01/01/2007 20:18

merci Jean Pierre. Si vous saviez tous, le plaisir que j'ai eu à raconter. Mes doigts glissaient trop vite. Je revoyais tout au ralenti, avec une légère brume. Brume de chaleur. . ou d'émotion dans les yeuxEt c'est impressionnant..... Régalez-vous autant que moi

Jacques Heurtault 01/01/2007 23:47

Merci, Jasmin! Puisses-tu nous en raconter encore quelques unes comme ça! 

Jean-Pierre 01/01/2007 12:28

Jacques, sont-ce les chocolats fourrés à la liqueur qui vous mettent de bonne humeur ? Bonne année aussi...

Jacques Heurtault 01/01/2007 13:13

Hélas, non! je n'ai pas le droit d'en manger ... Mais je suis de bonne humeur quand même! Il y a des jours, comme ça ...

Jean-Pierre 01/01/2007 11:58

Votre récit est passionnant, Nadine Jasmin, j'ai bien envie de connaître la suite.

Jacques Heurtault 01/01/2007 12:01

Moi je la connais déjà! Na, na, na, nanère ... Bonne année, Jean-Pierre! 

Daniel Heurtault 31/12/2006 14:29

Elle est sympa cette histoire africaine , j'ai envie de connaître la suite..
merci Nadine.
 

Jacques Heurtault 31/12/2006 17:01

Je suis précisément en train de m'en occuper ...

Lutin :0016: 29/12/2006 22:05

Un cotinent a aider Venez voter pour le 1er sondage d'opinion pour les présidentielles de 2007. A vous de votez ! (Sondage Opinin Decembre 2006) sur mon site !

Jacques Heurtault 30/12/2006 00:11

Croyez-vous vraiment que votre sondage sera représentatif? Je m'y suis rendu et j'ai voté pour vous remercier de votre visite. A l'heure où j'écris cette répose il y a moins de 100 votants.Je préfèrerais que vous consacriez du temps pour lire mes propositions dont certaines (beaucoup même!) sont VRAIMENT audacieuses!