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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

L'Afrique. Troisième chapître.

1 Janvier 2007, 18:05pm

Publié par Jacques Heurtault

Nadine Goossens, alias Jasmin, m'a fait parvenir la troisième partie de son récit africain. Prenez et lisez. ceci est (une partie de) sa vie ...

Début de citation :

Ce Livingstone est impayable. S'il n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer !
Je suis un peu contrariée. Personne ne sait comment il s'y est pris, mais il s'est procuré les pièces le surlendemain.
J'ai des courbatures partout. Mal aux fesses et au dos. Et il faut repartir. La route est encore longue jusqu'à Bujumbura. On va se fondre doucement dans la montagne.
La terre est rouge et colle à la peau.
-"Comète ! Tu ressembles tout à fait à un Indien avec tes peintures de guerre. C'était bien la peine de te maquiller ! " glousse Livingstone. Ca les fait rire... Pppffttt.
 
Nous devons traverser la chaîne de montagnes et plonger ensuite sur Bujumbura étalée autour de la pointe Nord du lac Tanganyka.
Les deux chasseurs et un des guides sont restés à Kasongo. Leur ethnie n'est pas la bien venue de l'autre côté des montagnes. Livingstone les reprendra au retour.
Une bonne grosse "mama" allait s'occuper d'eux sur place et les "bichonner". On les avait charriés à ce sujet, ce qui n'avait pas manqué de déclencher l'hilarité générale.
Ahhhh.....ce sont des petits "coquins" les hommes quand il savent parler aux femmes.
 
Les cartes routières sont dépliées sur le capot du véhicule et les voilà en grande discussion. D'après le guide, la route/piste que veut emprunter Livingstone se serait effondrée lors d'un mouvement de terrain et cet axe ne serait donc pas praticable.
Un gros orage s'amène. Nous ne pouvons pas rester là où nous sommes. Le sol n'est pas bien stable disent les hommes Moi non plus, je ne suis pas du tout rassurée.
 
Je me souviens ....j'avais une petite dizaine d'années. C'était en septembre 1960 à Bujumbura. Un début de matinée, quand un grondement sourd mais puissant s'amène. Un roulement de tambours s'amplifie dans tout l'espace. L'air vibre et le sol bouge. Le grondement s'intensifie et s'installe. Je suis encore jeune mais je comprends que c'est très grave. Les lampes accrochées aux fils du plafond commencent à décrire des cercles de plus en plus larges et de plus en plus rapides, les vitres éclatent, les linteaux des portes bougent, et ce bruit....et ce bruit...et ce bruit...terrifiant... Je suis tétanisée.
Mon père arrive et m'arrache au sol. Il hurle pour d'autres :
-"Sortez par derrière ! La maison a bougé. Les portes avant ne s'ouvrent plus !!". 
Je ne sais pas par où je suis sortie, mais je me suis retrouvée les quatre fers en l'air, au milieu du jardin. Mon père me demande :
- "Ca va ?! Tu n'es pas blessée ?".
Non, je n'étais pas blessée. Mais...? avec un papa comme le mien, ce n'était pas possible d'être blessée n'est ce pas ? Il est tellement fort ce papa. Tellement beau. Tellement parfait.
Il me regarde étrangement. Il y a de la poussière rouge en suspension dans l'air.
Le grondement s'éloigne et se meurt. Alors s'installe ce silence absolu, impressionnant. La nature est en deuil et vous le fait savoir. Il s'accroupit, remet en place les mèches rebelles de mes cheveux, et d'une voix douce me dit : "c'était un tremblement de terre. Tu comprends ? C'était juste un tremblement de terre". Ses yeux sont si grand ouverts aujourd'hui...Ca a duré 1 minute, mais pour moi une éternité.  
Je ferai alors la connaissance de "Richter" et apprendrai que son échelle indiquait
7.7 °pour cette fois là. Plus tard, mon père me dira : "tu étais devenue verte et j'ai eu peur que ce soit fini". Il y aura de très nombreuses répliques. Ce tremblement de terre suivra de peu celui d'Agadir qui avait fait tant de victimes.
L'Afrique se disloquait. Elle souffrait. Elle tremblait. 
 
La poussière retombée, la désolation était au rendez-vous. Par-delà les maisons fortement abîmées, des pans entiers de montagnes s'étaient effondrés emportant dans leur chute de nombreux villages. La route d'Uvira n'existait plus, le lac avait subitement monté de plusieurs mètres, toutes les installations qui étaient sur la plage étaient sous les eaux.  
Oui, c'est terrible la nature en colère.
 
L'orage gronde et des pluies torrentielles s'abattent sur la montagne. On s'est abrités, on ne distingue plus la piste, il a fallu s'arrêter. C'est comme ça en Afrique, la météo bat la cadence. Nous sommes trempés. la bâche n'a pas pu être rabattue assez vite et le vent nous a compliqué la tâche. Un moment de repos sous le brouhaha du déluge. Les gars s'en grillent une. La fumée de cigarettes dans une atmosphère trempée, c'est pas franchement respirable.
- "Ooohhh ...les gars ...c'est une puanteur ici !" dis-je.
Livingstone répond tout de go :
- "Zeg Comète, va te doucher. Ton oncle va te reconnaître qu'à tes chaussettes !
Si tu veux, je garde ta serviette au sec et pour la savonnette, on va se dévouer pour pas qu'elle tombe dans la boue".
Le pire...c'est que ça les faisait rire, même le seul de la troupe qui ne déclinait jamais aucun signe de contentement ou mécontentement. Il avait été surnommé "Toutankhamon". Ca lui allait assez bien et ça avait l'air de lui convenir.
Une vraie momie ce gars là. 
 
On franchit plusieurs pics dans les nuages. Mais voilà que le ciel se dégage. Une vue imprenable sur le lac Tanganyka, et au fond, tout au fond de la vallée, je devine Bujumbura, USA ! (prononcez ouza) comme disaient les grands lorsque j'étais enfant.
La descente est délicate, les routes sont dévastées. La voie encombrée par un arbre mort devra être dégagée à coups de machettes. Les hommes y passeront un bout de temps. 
Une voie pas fort fréquentée, l'arbre y est vautré depuis longtemps, au vu de la boue qui s'est solidifiée et des fourmis qui y sont installées. En fait, c'est une fourmilière qui
a été bâtie sous le tronc. Les jurons volent à la pelle ! J'en apprends plein de nouveaux, mais je ne les dirai jamais...(clin d'oeil)
On ferme les yeux et on fait confiance absolue au chauffeur. Tout le monde sue. On reste silencieux. Le pouls est rapide.
Livingstone a pris le volant. On glisse dans la boue plus qu'on ne roule et il n'y a pas de parapet. J e regarde discrètement sur ma droite : c'est le vide, le grand plongeon si...
Si...? Non, c'est interdit de penser à ça !
Le véhicule navigue bien où il veut. Livingstone hurle "je maîtrise" ! Pour se rassurer ou pour nous rassurer ? Des heures de conduite scabreuse se succèderont pendant cette étape là. Puis des lumières, oui des lumières se distinguent dans la pénombre. Là-bas il y a un village ! Je ne sais plus comment me positionner. J'ai mal partout.
- "Tout le monde est vivant ?" crie le guide. 
On est exténués. Livingstone s'arrête dans le village et nous annonce qu'on y passera la nuit. Il est vanné. C'est la première fois que je le vois ainsi et je comprends que ça a été très dur. Je ne suis pas bien assurée sur mes jambes....l'estomac dans les talons...
On ne distingue plus très bien, il va faire noir et c'est beaucoup trop dangereux de poursuivre dans ces conditions. Les villageois sont de la même tribu que notre guide et nous sommes fort bien accueillis. Tout s'organise avec méthode : que la fête commence.
Une splendide flambée réchauffe car il fait froid la nuit dans la montagne, puis un "plat mijoté" sera servi. Aujourd'hui, c'est du serpent au menu. Ce n'est pas mauvais du tout.  
 
Le soleil brille et la dernière étape est entamée. Les vues sont somptueuses.
Enfin Bujumbura qui s'offre à nous. Direction centre ville. Je ne reconnais plus rien, sauf mon oncle assis à une barzza (terrasse) qui nous accueille avec un sourire qui illumine tout son visage. Sacha !
- "Voilà ta Comète...et en entier !" Livingstone accompagne son commentaire d'une poignée de mains sympathique et chaleureuse. Les deux hommes se regardent et sourient.  
Dans l'immédiat, il n'y avait rien d'autre à faire que de se doucher instantanément,    une, deux, trois fois, tant nous étions "sinistrés".
Si on s'était laissés sécher au soleil, je pense qu'on aurait fait, pour le coup, concurrence à Toutankhamon.
Tiens, à propos ....où était-il passé celui-là ? Eclipsé discrètement.
Les regards de Livingstone et du guide se croisent. Ils se sont compris.
C'est ça aussi l'Afrique.   
 
Note : A tous ceux que j'ai connus, appréciés, aimés. Vos visages souriants et vos voix chaleureuses m'accompagnent encore et toujours. Merci à vous. Vous me manquez. 
Nadine Goossens  
 
Fin de citation.
Ce récit d'un vécu "bien vrai de chez vrai" aurait pu ne pas voir le jour ... A cause d'une fin qui aurait pu être tragique et qui ne l'a, heureusement, pas été, malgrè des difficultés bien réelles.
Amis lecteurs! Si vous avez des choses à raconter, des histoires qu vous avez vécues, une partie de votre vie ... , des colères à exprimer ... ce blog vous est ouvert ... Tout ce qui sort du fond du coeur est le bienvenu!   
 
 

 

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jasmin 06/01/2007 12:37

"...tout à coup me file aux mains".

Quand je serai vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers en vous émerveillant,
..?... me célébrait du temps que j'étais belle.
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle.......

Ah, c'est tellement beau de dire les choses avec grâce.

jasmin 05/01/2007 19:45

Merci Daniel.

Je vous invite à revenir sur le second chapitre (Réciter l'Afrique) car je viens de m'apercevoir d'une négligence.
Même que Jacques, il m'a fait une scène.
Ppppppppffffffffffffftttttttttttt.

Jacques Heurtault 05/01/2007 22:53

Pendant que je me surmène Dans un travail surhumainElle arpente l'avenue du Maine En tenant son fichu d'une mainET TOUT CA M'ATTIRE DES SCENES Que j'évite à dessein (en un seul mot! NdR; sinon ça donne : Que j'ai, vite, à tes seins) Pour ne pas que ma Philomène Tout à coup me file aux mains

Daniel Heurtault 05/01/2007 19:02

Bonjour à tous les trois et bonne année à jasmin et jean-pierre, jacques quant à lui a eu un traitement personnalisé....normal c'est mon petit frêre.
Vous m\'avez fait rire avec vos jeux de mots et vos histoires de l'ancien temps.....
Pour le chauffage jacques n'a peut-être pas connu les briques réfractaires chauffées dans la cuisinière à bois puis enveloppées dans le journal "ouest-france" et glissées au fond du lit pour se réchauffer les pieds......et la cabanne dans le jardin chez la grand mère paternelle.....
Merci à jasmin pour son histoire très touchante.
 

Jacques Heurtault 05/01/2007 22:47

J'avais oublié les briques!  Exact! Bien sûr que j'en ai eu ...

Jean-Pierre 04/01/2007 18:29

Les relations se réchauffent grace à l'Afrique ;-)))

Jacques > Vous avez oublié les toilettes dans le jardin et les asticots dans le fromage... et tant d'autres choses, les chevaux de labour, les charretiers sifflant pour les faire pisser... le marchand de peaux de lapin... ;-)

Jacques Heurtault 04/01/2007 18:56

Je n'ai connu les toilettes dans le jardin que chez mes grands-parents maternels. Il n'y avait pas de fosse sceptique (si, si! ne soyez pas septique ...) mais une fosse en béton que le vidangeur venait vider chaque année (sans sa femme ... car elle préfère l'odeur de son amant, c'est bien connu!). C'étaient les anciens numéros de Ouest-France qui étaient recyclés ... Rétrospectivement, j'ai pu comprendre pourquoi ceux qui dénigraient ce journal l'appelait Ouest-torche!Jamais connu, non plus les asticôts dans le fromage... C'est notamment moi qui tuait les lapins (grâce au coup du lapin, of course!), les saignait, les dépiautait, les vidait ... et changeait la litière. J'avais installé un "lapinodrome" avec des tuyaux de poêle ... j'ai bien cru que j'allais être la cause de la mort (involontaire) de plusieurs d'entre eux. Ils étaient restés coincés à l'intérieur, parce que trop gros! Je me serais fait appelé "Léon" (c'est mon deuxième prénom!) .... Quest-ce qu'on ne fait pas comme conneries quand on a une douzaine d'années!

jasmin 04/01/2007 09:34

Where is the bed ?

Look for the bed ouiiiiinnnnnn ........

Jacques Heurtault 04/01/2007 09:46

At home, of course! Are you "tired" (by paratroops ...) or are you "shooted" (by the same)? Come on at home ...

jasmin 04/01/2007 09:04

Oh mon Dieu, tu me fais rire !!! Allez je rends les armes, seulement aujourd'hui. Ne va pas t'imaginer que c'est définitif. Un nid de poule et hop !.....l'omelette.
J'en peux plus de rire............

Jacques Heurtault 04/01/2007 09:14

The home let? Are you embedded? Where is the bed?

jasmin 03/01/2007 18:28

Attention hein : je n'ai pas fait de parallèle entre le Bois de la Cambre et le bois de Boulogne.....non mais....et tu te promènes où tu veux Jacques.

Jacques Heurtault 03/01/2007 21:47

Sûrement pas au Bois de Boulogne, sauf le jour, évidemment ... Les brésiliens, c'est pas mon truc! Il y a sûrement des nids ...de poules!

jasmin 03/01/2007 18:24

Pour moi la période des vacances de Noël était horrible.
Mon père me laissait chez ma grand mère à Bruxelles....pour que ça me fasse un vrai Noël, bien de "chez nous"....un Noël blanc.
C'était un vrai calvaire tant je me gelais. Je restais collée au petit poëlle à charbon qui ne parvenait qu'à chauffer la pièce de séjour. Et encore !
Et les chambres à coucher étaient des glacières.
Elle m'emmenait me promener dans le bois de la Cambre (tu dois connaître) et, il faisait si froid, que j'entendais les branches des arbres éclater.
Tu imagines le choc thermique. Là bas, les écoles fermaient quand on atteignait les 50 ° (cinquante) et à Bruxelles il faisait - 15 °.....j'en ai encore les doigts de pieds glacés.

Jacques Heurtault 03/01/2007 21:44

Il faut que je vienne te réchauffer ... les pieds, cambré juste comme il faut (en tout bien tout honneur, évidemment!).

jasmin 03/01/2007 17:40

Wouaw Jacques ! Il faisait froid et pas de chauffage dans ta chambre ?
Je comprends mieux pourquoi tu as toujours les idées fraîches....

Jacques Heurtault 03/01/2007 17:48

Il y avait une sorte de poële au bois et au charbon dans la salle en bas. On laissait les portes ouvertes pour faire monter la chaleur dans les chambres. En outre, il y avait une sorte de chauffage d'appoint qui fonctionnait au kérosène! J'ai donc non seulement les idées fraiches (merci!) mais encore, de temps en temps (souvent?), ça pête le feu et ça carbure en réaction à mon vécu citoyen et professionnel ...

jasmin 03/01/2007 17:08

"défenses d'ivoire"....


Et....y voir qui mal y pense hein

Jacques Heurtault 03/01/2007 17:44

Au nid soit qui mâle y pense ... mais au nid-soie qui bien y pense!

Jean-Pierre 03/01/2007 13:25

Jacques, merci pour votre proposition. J'ai trop peu de temps pour écrire quelque chose, mais si j'arrive à trouver le temps, je pourrais conter la vie à la campagne à 50 ans de distance... si différente de celle d'aujourd'hui où nous avons « tout », alors qu'à l'époque, nous n'avions « rien » ;-)

Jacques Heurtault 03/01/2007 14:31

Rétrospectivement, je puis témoigner que1. Il n'y avait pas de chauffage dans 'notre chambre" (nous étions 3 frères) jusqu'en 1965, date d'installation du chauffage central.2. Je prenais mon bain dans une grande bassine, dans la cuisine puisque c'était la seule pièce qui était vraiment chauffée.3. On a eu la télé en 1966...

jasmin 03/01/2007 09:23

Jean-pierre, pardonnez-lui le chapeau sur le "i". Il voulait se protéger du soleil de l'Afrique et, distraitement l'a pendu là où il avait trouvé un support......
C'est comme les cannes....combien de fois n'en vois-je pas dans la marre.
Que les gens sont distraits de nos jours, ne trouvez-vous pas ?
Bien contente que mon récit vous ait plu.
C'est une invitation à la tolérance, la différence et l'Humanité. Dans tous les pays du monde il y a des gens merveilleux et puis....il arrive qu'on en croise de redoutables.

Jacques Heurtault 03/01/2007 13:00

C'est au Viet Nam que l'on trouve des chapeaux comme ça. Pas en Afrique ...Merci, Jasmin, de prendre ma défense ... Défenses d'ivoire, évidemment!

Jean-Pierre 02/01/2007 17:34

Jacques, il n'est pas nécessaire de mettre un accent circonflexe sur le « i » de chapitre... Le mieux est parfois l'ennemi du bien. ;-)))

Jacques Heurtault 02/01/2007 17:55

C'est vrai! Ce n'est pas nécessaire ...

Jean-Pierre 02/01/2007 17:31

Merci nadine pour ce récit supplémentaire. C'est cent fois mieux que « Hatari »

Jacques Heurtault 02/01/2007 17:57

Et vous, Jean-Pierre? Rien à raconter? Un voyage particulièrement marquant ... Un souvenir particulièrement brûlant? Si ça vous tente, allez-y! Le blog est ouvert ....