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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Présidentielle 2007 : l'analyse du club animé par Dominique Strauss-Kahn.

20 Mai 2007, 17:48pm

Publié par Jacques Heurtault

Je livre à votre réflexion cet éditorial de Jean-Jacques Urvoas, un militant du courant animé par Dominique Strauss-Kahn "Socialisme et Démocratie".

Je le trouve très intéressant ... A l'évidence, les "DSK" ont amorcé une réflexion profonde et particulièrement lucide. La Gauche a tout intérêt à se réveiller si elle ne veut pas aller vers d'autres déboires électoraux.

Début de citation :

2007 ne sera pas une date ordinaire dans l’histoire de la droite. Pour la première fois depuis 1958, un leader conservateur vient de remporter nettement l’élection présidentielle tout en s’assumant avec de « nouveaux habits » selon les mots d’Alain Bergounioux et de Caroline Werkoff-Leloup1. Il a su proposer une synthèse certes complexe mais complète et cohérente lui permettant de s’adresser à un pays dont l’orientation conservatrice est réelle et profonde.

En réalité, ce succès vient de loin et découle d’un long travail idéologique ce qui en soi est une nouveauté. En effet, traditionnellement la droite de gouvernement n’aime pas les idées et moins encore ceux qui les façonnent. Son discours s’est souvent voulu pragmatique et transformiste. Ce fut d’ailleurs l’une de ses principales qualités lui donnant force et aisance : son infatigable capacité d’adaptation aux situations changeantes enfantées par l’actualité.

Pour elle, l’histoire avait peut être un « sens », le sens partiel et contrarié que tentaient d’y mettre les générations successives, mais elle n’avait point de « sens » prédéterminé, qu’il conviendrait de suivre comme un nouveau fil d’Ariane offert à l’humanité toute entière. Pour la droite classique, entre l’idéal et la force des choses, il y avait un hiatus permanent que l’histoire n’avait pas vocation à réduire mais que la politique avait en revanche pour fonction d’aménager. Sceptique sur le sens ultime de l’aventure historique, la droite n’en était que plus à l’aise sur le terrain banal de l’action gouvernementale. « Va et vient entre le réel et les valeurs » comme l’écrivait Merleau-Ponty, une fois guérie de ses illusions historicistes, la politique façon De Gaulle ou Pompidou devenait alors un art modeste et indispensable, l’art du compromis avec le réel.

Ce sont les victoires de François Mitterrand et la conquête par les socialistes de majorités parlementaires qui vont avoir peu à peu raison de ce chef d’oeuvre d’ambiguïté auquel la droite s’était identifiée. Consciente de son déficit de modernité, incapable de penser en termes féconds l’aspiration à une plus grande autonomie de la société civile et de prendre en compte les attentes néolibérales des couches moyennes, la droite va profiter de n’être prisonnière d’aucun système clos.

Ainsi par exemple, après avoir hésité douloureusement entre un statu quo technocratique hérité des belles années de la Vème République et une nostalgie ultralibérale, sorte de fantasme sadomasochiste surgi d’un autre âge à l’usage d’une société qui jouait à se faire peur avec son propre déclin, elle va redécouvrir un certain libéralisme inégalitaire.

Celui-ci lui propose de se doter d’une pensée spécifique, très en retrait par rapport à l’héritage démocratique des Lumières et de la Révolution française. Cette « nouvelle droite » délivre un message sur les inégalités qui tient en trois points : les inégalités sociales ne sont que le reflet des inégalités génétiques et l’action sociale est donc impuissante à les faire reculer, les inégalités ne sont pas seulement inévitables mais, filles de la sélection naturelle, elles sont nécessaires à l’équilibre social et l’action des pouvoirs publics ne doit pas contrarier mais favoriser l’épanouissement des élites, les partis conservateurs et libéraux sont gravement contaminés par la fièvre égalitariste et se conduisent en auxiliaires zélés et sournois du parti de la décadence.

Puis ce sera, à la fin des années 80, la mise en accusation de l’Etat au nom d’un libéralisme, concept à géométrie variable et thème passe partout fournissant une référence commode à tous ceux qui ne voulaient ni payer pour les autres, ni se laisser marcher sur les pieds par la puissance publique, l’Etat. Mais le souvenir gaulliste était trop fort. Le RPR, tiraillé entre l’audace et la timidité, entre le maximalisme de ses désirs et le minimalisme de sa pratique effective, finit par n’accoucher que d’une nouvelle version d’un poujadisme sophistiqué se réduisant à une série d’anathèmes comme un « Etat pléthorique », une « fiscalité spoliatrice », une « sécurité sociale anesthésiante ».

On pourrait encore évoquer le retour des questions spirituelles gommées au fur et à mesure de la déchristianisation du pays. Comme le rappelle Eric Dupin «Ordre, propriété, religion » composaient la trilogie du parti de l’Ordre en 1849 qui retrouve des accents contemporains...

Bref, refusant de ne rassembler qu’un dernier carré de travailleurs indépendants de la terre et de l’atelier en déclin numérique rapide, rejetant ses combats désuets en faveur de privilèges corporatistes, la droite a entamé une mutation idéologique dont le candidat de l’UMP vient de bénéficier.

Il a réussi à devenir le syncrétisme de la droite : idéologiquement orléaniste comme Balladur, politiquement bonapartiste comme Chirac et culturellement légitimiste comme Giscard. A ce stade, peu importe que ces réponses aux questions pressantes d’un pays résolu à inventer un avenir différent alignent la France sur les nouveaux équilibres idéologique du monde occidental entraînée par la révolution libérale. Le danger est ailleurs : désormais c’est la droite qui envisage l’avenir avec confiance.

Fin de citation.

La publication de cet article ne signifie pas que j'adhère à son contenu. Il n'empêche qu'il y a des éléments de réflexion particulièrement intéressants. C'est la conclusion qui me frappe le plus.

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Jean-Pierre 21/05/2007 19:03

Il y a déjà un moment que l'on est entré dans une phase que je trouve dangereuse. Il y a quelques temps, des enseignants on jeté un livre qui leur était destiné à « ceux qui aiment l'école ». On peut discuter de la qualité du contenu de ce livre, mais ce geste particulier m'a choqué et il m'a semblé y voir des heures sombres à venir. La contestation du résultat de l'élection de Sarkozy par une frange assez importante de la population va dans le même sens. Vous avez vu la violence de certains jeunes... Si Sarkozy (et nous avec, ne restons pas uniquement spectateurs) ne remet pas le pays debout, il se pourrait que certains feux allumés soient difficiles à éteindre. Et pour ça, nous aurions bien besoin d'un parti socialiste rénové.

Jacques Heurtault 21/05/2007 22:08

Nous avons évidemment besoin d'un parti socialiste rénové, capable d'éponger durablement l'extrême gauche et ses outrances. Il faut commencer par souhaiter que l'UMP ait réussi durablement à éponger une première partie du vote infamant Front National, voire en éponge une autre partie en Juin! Là encore, ce sont les résultats du premier tour qui seront révélateurs et qui permettront de batir la manière de conduire les réformes pour les cinq prochaines années.

GM 21/05/2007 15:20

Ouaip ! Décalé ! Et pourtant, ce gars là ne se lassera pas d'être particulièrement intelligent dans son propos : Sa vision ne peut pas être fausse, même si le trait est forcé à "usage interne".
Il n'a pas vu un truc que vous révélez aussi dans l'article sur la sociologie des votants : Les bobos n'ont pas fait confiance à leurs fisl énarques (la Technostructure représentée par Ségo qui est énarque) pour sauvegarder leurs propres acquis... La seule couche hésitante étant celle post-soxantuitarde (génération née de 55 à 65), les "fils de" qui ont aujourd'hui de 40 à 50 ans... C'est assez marquant.
Alors oui, il est à côté de la plaque pour être lui-même un "vieux de vieux", donc réac, Jean-Pierre. Et ill passe à côté de la critique de l'élite dont il est issu quand même. Logique en somme.
Mais c'est vous qui avait raison Jacques : à suivre... Selon la déculotée ou non des législatives à venir !

Jacques Heurtault 21/05/2007 15:49

Il est évident que si les électeurs confirment et même au delà le vote du 6 Mai, il faudra bien s'inscrire dans une logique de contribution aux réformes engagées.Reprenant ce matin mon boulot à l'Anpe, je suis assez sidéré par les réactions ... de non acceptations des résultats! J'y reviendrai car l'Anpe est directement concernée par les projets de Nicolas Sarkozy.

Jean-Pierre 21/05/2007 09:07

Ben moi, je ne comprends pas. Ils nous font l'analyse de la droite, au lieu d'analyser la gauche. NS est décrit comme un conservateur. Que devrait-on dire de la gauche, dans ce cas.

J'y lis un discours, encore une fois complètement décalé. La fin est effectivement surréaliste. La gauche à du chemin à faire pour recoller à la réalité, décidément.

Jacques Heurtault 21/05/2007 12:05

Cette analyse, publique, est néanmoins à portée interne au Parti socialiste ... Il faut les laisser régler leur comptes entre eux et ne s'intéresser à eux que lorsqu'ils seront enfin prêts ... Il faut néanmoins les aider à être prêts car la démocratie en a besoin ... Imaginez le tableau si Nicolas Sarkozy échoue alors qu'une relève démocratique n'est pas prête! C'est un retour en force du Front National dans les deux ans qui suivent ...