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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Le point de vue des Communistes : tordant!

21 Mai 2007, 22:09pm

Publié par Jacques Heurtault

Je vous livre ici ce que j'ai repiqué sur le blog de la Section PCF de Hénin Liétard ... C'est d'une lucidité sidérante même si j'arrive à des conclusions diamétralement opposées.

Début de citation :

La défaite de Ségolène Royal ouvre la voie à un recentrage du Parti socialiste attendu depuis longtemps par les libéraux.

Le visage de Ségolène Royal est souriant. Il est 20h02 et la candidate du PS apparaît à la tribune. Des militants l’interrompent. Elle traverse la salle pour aller à leur rencontre, elle les remercie, elle remonte à la tribune et entame son discours. Derrière le sourire, les mots dessinent un programme politique : « Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles. C'est la condition de nos victoires futures […] Je serai au rendez vous de ce travail indispensable et j'assumerai la responsabilité qui m'incombe désormais. »
Sur le plateau de TF1, Dominique Strauss-Kahn fait franchement la gueule, mais l’orientation politique est identique : « Les Français ne veulent pas qu'on leur sorte des solutions qui ont 20 ans. Ils voient bien que la gauche doit apporter autre chose que ce qu'elle a toujours dit […] J'ai tenté une révolution sociale-démocrate, elle n'a pas abouti ».

L’offensive pour une rénovation sociale-démocrate du Parti Socialiste vient de commencer. Elle se poursuit le lendemain dans les colonnes de Libération ; Laurent Joffrin, dans son éditorial, accuse : « L’immobilité doctrinale du PS, produite par ses divisions d’ambition, a plombé d’avance l’élection. Refus de tirer une leçon claire de la bérézina du 21 avril 2002 […], négligence à l’égard du centre […]. La gauche doit aujourd’hui organiser sa refondation. Ce revers doit réveiller les forces d’imagination et de modernisation, celles qui allient audace et réalisme. » 
Le constat est le même pour la presse régionale. Dans La Voix du Nord, Jean-Michel Bretonnier conclut son éditorial par un conseil adressé au Parti Socialiste : le score de Ségolène Royal « rend surtout plus que jamais nécessaire l’aggiornamento du Parti socialiste ».

Aggiornamento. Le mot est dans tous les éditoriaux, dans les discours de tous les experts convoqués sur les plateaux de télévision. On le retrouve sous la plume des économistes du Monde ou de Libération. A l’origine, l’aggiornamento renvoie au concile de Vatican II et à la volonté pontificale de « mettre à jour », de moderniser la doctrine, les pratiques et la liturgie de l’Eglise catholique.
Sous la plume des éditorialistes de la presse parisienne ou régionale, il va de pair avec l’invocation rituelle du congrès de Bad Godesberg, là où le SPD allemand, en 1959, a renoncé au marxisme et adopté l’économie de marché.

La formule revient comme une antienne : « Le PS n’a pas encore fait son aggiornamento idéologique. Il doit faire son congrès de Bad Godesberg et devenir franchement social-démocrate ». Variante : « Le PS n’a pas encore fait son congrès de Bad Godesberg. Il doit effectuer son aggiornamento idéologique et devenir franchement social-démocrate »…

Dans les sections, beaucoup de militants sont abattus par l’échec et désarmés face au rouleau compresseur médiatique. 

Que répondre quand Le Monde (09.05.07) offre à ses lecteurs une analyse toute en nuances de Michel Noblecourt qui écrit que : « Sur le plan doctrinal, le PS a le choix entre une social-démocratisation assumée et une fuite en avant à gauche. » ?

Le vocabulaire employé vise déjà à circonscrire le débat.

Alors, les militants socialistes se prennent à douter. Secrétaire de la section socialiste d’Hénin-Beaumont, Daniel Duquenne explique ainsi à La Voix du Nord (08.05.07) : « Il y a aujourd’hui deux clans au sein du parti. D’un côté Fabius-Emmanuelli qui veulent un parti très à gauche, de l’autre, ceux qui, comme Ségolène Royal, cherchent la social-démocratie. Moi qui étais très à gauche, je tiens compte de l’avis des électeurs puisque, on l’a vu, c’est ce qu’ils recherchent… »

La logique paraît imparable : confronté à une droitisation de la société et à une droite conservatrice-libérale qui dispose d’une idéologie cohérente et structurée, le Parti Socialiste devrait prendre en compte les attentes des électeurs et moderniser son idéologie et son système d’alliances en se transformant en Parti social-démocrate.
Un Parti social-démocrate positionné au centre-gauche, allié aux centristes du Mouvement Démocrate, et qui aurait rompu avec les antilibéraux d’ATTAC, du PCF et de la LCR et leurs attentes forcément irréalistes, euro-incompatibles…
Les députés socialistes européens de toute l’Europe ne sont-ils pas unanimes à déplorer l’archaïsme étatiste des socialistes français ?

On en oublierait presque que le Parti socialiste a clairement fait le choix de l’économie de marché capitaliste depuis 1983 et le tournant de la rigueur emprunté par François Mitterrand. Le Parti socialiste est déjà, et depuis longtemps un Parti social-démocrate.
François Hollande est très éloigné de Rosa Luxemburg lorsqu’il théorise le « réformisme de gauche » dès 2003 au congrès de Dijon. Pour le premier secrétaire du PS, la défaite électorale de 2002 s’expliquerait par le hiatus entre le discours keynésien et volontariste du PS dans l’opposition et sa pratique gestionnaire et sociale-libérale du pouvoir. Conclusion de François Hollande : le programme du PS doit être gestionnaire et social-libéral !
Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn ne disent pas autre chose et ils traiteraient de fou quiconque oserait émettre l’hypothèse que peut-être, ce sont les pratiques gestionnaires et libérales du PS au pouvoir qu’il faut changer.

Au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, l’académicien Jean d’Ormesson comparait le président de l’UMP à Antonio Gramsci : « À son insu peut-être, son souci de refondation idéologique lui fera pourtant jouer le rôle inattendu d’une espèce imprévue de Gramsci de droite : il devine que ce sont les valeurs et les idées qui font bouger les choses ».
Les dirigeants socialistes n’ont pas lu Gramsci. Ils se refusent à penser l’hégémonie culturelle. Il leur faudrait affronter les représentations véhiculées par les classes dominantes et les élites journalistiques ; il leur faudrait aller à rebours de l’opinion publique. Inacceptable quand l’objectif ultime est de conquérir le pouvoir.

Conquérir le pouvoir pour en faire quoi, si le PS se résigne à la domination des valeurs de droite ?

A la gauche de la gauche, on a lu Gramsci ; des associations comme Attac ou la Fondation Copernic, des journaux comme Politis ou Le Monde Diplomatique définissent les contours d’un antilibéralisme qui irrigue désormais la LCR, le PCF et les écologistes alternatifs.

L’impossible candidature unique de la gauche antilibérale a posé les jalons d’une unité organique de la gauche radicale qu’attend avec impatience son électorat.
Une unité qui pourrait être précipitée par un virage à droite du Parti socialiste.
Car sous la conduite de ses dirigeants sociaux-libéraux, le Parti socialiste emprunte le chemin de Bad Godesberg qui lui est montré par tout ce que la France compte d’experts et d’éditorialistes de marché.
Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn pourront bientôt réciter ce que Tony Blair disait déjà il y a dix ans : « Je voudrais une situation comme celle des États-Unis. Là-bas, personne ne met en doute que les démocrates sont un parti favorable au business. Nul ne devrait non plus se poser la question à propos du New Labour » (Financial Times, 16.1.97).

Nicolas Sarkozy peut savourer sa victoire. Il a remporté la bataille des idées.
En contraignant le PS à une refondation dans laquelle il pourrait bien se perdre, le chef de l’UMP remporte une victoire à double détente : car la défaite de Ségolène Royal risque de précipiter un aggiornamento idéologique en forme de capitulation pure et simple du PS devant les forces du marché.

Depuis le dimanche 6 mai, la mue du PS en un Parti démocrate à l’américaine a cessé d’être une hypothèse d’école. Les communistes et les militants du mouvement social ont désormais les clés de la gauche entre leurs mains. A eux de relever le défi.

par David NOËL
Fin de citation.
Les commuinistes ont toujours été excellents pour expliquer "après" pourquoi les choses ont évolué de telle ou telle façon. Leur prévisions sont, par contre toujours fausses!
Combien vont-ils avoir de députés? Aucun, je l'espère ... Intéressant à suivre!

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GM 25/05/2007 11:13

Plus que ça, même, Jacques : l'humour n'est-il pas la seule façon pour l'Intelligence de rendre hommage à la désepérance de la condition humaine ?
Pour le reste et sauf votre respect, Pierre, (j'enfonce le clou) il n'y a pas de déterminisme de classe dans mon esprit, dès lors que "le fils" ressemble au père... C'est vrai que j'emploie la formule, parce que pour moi le déterminisme (que je combats comme attentatoire à MA liberté et donc celle de tous les autres) reste d'abord dans la formation du bonhomme ! Le reste ce n'est que de l'atavisme ! On peut encore s'en défaire assez aisément.
Par contre il est stupéfiant que la technostructure ambiante, quelle que soit l'origine du type qui la représente, quelle que soit la fonction et les responsabilités qu'il occupe, fasse appel strictement aux mêmes archétypes (y compris vous même). La réponse à ce travers est dans l'analyse systémique, dont on sait qu'il force à reproduire toujours les mêmes erreurs, pour ne pas savoir innover et sortir des sentiers battus de la "pseudo pensée unique" !
Plus que la systèmique, le bon outil de compréhesion et de décryptage, c'est vraisemblablement le "situationisme" appliqué. Celui qui s'offre "la der des der" comme une vaste boucherie, celui qui est résumé (assez étroitement mais habilement parce que déguisé) dan "I comme Icard" pour la partie la plus médiatisée et vulgarisée.
On sait aussi que le situationisme débouche peu ou prou sur soit la dictature, soit l'anarchie : Force est de constater que notre "bon peuple de France" évolue entre la dictature technocratique et l'anti-tout des alter-quelque chose en passant par les "débats participatifs" et l'événementocratie médiatisée à outrance.
Cela ne vous a-t-il pas frappé ?
La "lutte des classes" est aujourd'hui bien là, car ceux qui l'ont comprise, sont aujourd'hui arrivés aux plus hautes fonctions, politiques certes, mais surtout "dans les affaires" pour leur plus grand profit personnel. Mais ils sont moins médiatisés quand même, alors ils ne se voient pas. J'en connais quelques-uns pour les compter parmi mes clients et parfois amis et reste toujours stupéfait de leur vision de leur propre vie, tendue vers la maximisation des profits (pourquoi pas ?) en restant ignorants indécrottables du "pourquoi ?" ou du "jusqu'où ?" Ils ne savent pas, ils ne comprennent même pas la question.

Jacques Heurtault 25/05/2007 13:04

En matière d'humour, les gens du peuple soviétique étaient les champions toutes catégories! Il est vrai que, en matière de production de désespérance, le régime était, lui aussi, champion toutes catégories. Jusqu'au jour où il s'est effondré, comme un chateau de cartes complètement vermoulu. 

pierre bayle 24/05/2007 08:53

Jacques, je pense que GM applique un marxisme dogmatique en décrétant que tout jeune qui échappe à son déterminisme de classe est un social-traître. C'est une vision archéo-marxiste où les dominants sont toujours dominants, et les dominés doivent le rester, sauf lorsqu'on instaure la dictature du prolétariat. On a vu l'avantage qu'en tirait le prolétariat dans les pays concernés, où les dominants s'appelaient apparatchiks mais c'était toujours pareil.
Bref, et c'est marrant que ce blog devienne un carrefour post-marxiste, je pense qu'on peut facilement se mettre d'accord sur le fait qu'une pensée libérale (libéral-capitaliste, en fait) doit être équilibrée par une pensée anti-libérale pour le bien-être de la démocratie. Maintenant les lignes de clivage ne sont peut être plus entre "riches capitalistes français" et prolétariat indigène, car la précarité n'est pas le prolétariat, mais pourrait davantage se poser en termes d'équilibre entre nos pays développés et ceux qui ne le sont toujours pas ou ceux qui essaient de nous rattraper : on n'apprécie pas le chômage en France sans examiner les délocalisations, de même on ne peut pas aborder l'immigration sauvage sans s'attaquer à ses racines par le co-développement dans les pays d'émigration. La gauche a encore un terrain fantastique à labourer pour trouver des solutions que la droite libérale ne sera pas à même de fournir.
   

Jacques Heurtault 24/05/2007 10:36

C'est précisément ce que j'attends de la gauche : qu'elle soit capable de labourer de nouvelles terres afin de trouver des solutions capables de mobiliser POSITIVEMENT une large majorité des citoyens de ce pays. Jusqu'à présent, elle n'a su mobiliser que sur la base d'un rejet de l'existant, autrement dit que sur la base d'un NON. Ce n'est pas suffisant pour gagner.Ségolène Royal a commencé le travail de refondation avec ses débats participatifs. C'est sa démarche qui m'a intéressé, beaucoup plus que le fond qui demande à revu de fond en comble et qui reste loin derrière la cohérence programmatique défendue par l'UMP.J'ai beaucoup apprécié l'intervention de Manuel Valls, ce matin sur France Inter. De même la démarche de Hollande qui semble décidé à laisser la place.Je pense, Pierre, que GM manie surtout l'humour au deuxième degré voire au troisième. c'est ce qui le rend parfois difficile à comprendre. Il n'est pas marxiste ... D'ailleurs Marx lui même disait qu'il ne l'était pas!

GM 23/05/2007 11:23

Comment combattre la "troisième classe" celle de la technostruture, alors même que tous les gamins, ceux qui sont "fils de" (ce qui est naturel) ceux des "couches populaires" et ceux de la "middle class" s'apprêtent à jouer les "socio-traîtes" tout au long de leurs études ?

Jacques Heurtault 23/05/2007 11:25

Pouvez-vous être plus explicite? Je ne saisis pas très bien. Merci!

el diablo 23/05/2007 09:40

Vous faites erreur : ce n'est pas Hénin Liétard mais Hénin Beaumont dans le Pas de Calais...nuance........

Jacques Heurtault 23/05/2007 10:51

Oui, mea culpa! Hénin Liétard doit être dans le Nord!

GM 22/05/2007 15:40

Plus complexe que ça, Jacques ! Vous passez vous aussi à côté ! Il y a 3 classes et non pas une succession de dualités. Une dominante qui se sert de la technostructure et de ses bonus pour exploiter des dominés que sont les classes moyennes et le sous-prolétariat qui vit sur les berges du canal saint-martin (et encore, ceux-là ne sont que la partie émergée de l'iceberg, mais il en arrive toujours plus)...
Le danger est que la classe moyenne (nous tous ici, arrivant peu ou prou à survivre) se paupérise à grande  allure sans pour autant réduire le monde des exclus... Et sans accéder non plus au reste (sauf les quelques exceptions qui font figure d'alibi d'un ascenseur social qui n'existe plus en France)...
Comment "vendre" cet avenir là à nos gosses, qui en ont, quoiqu'on dise,  une perception instinctive assez claire ?

Jacques Heurtault 22/05/2007 15:54

Il ne faut pas "vendre" ce machin à nos gosses! Il faut le combattre en ne craignant pas de dénoncer ceux qui veulent récupérer les légitimes mécontentements en les dévoyants vers des issuses nécessairement vouées à l'échec et à l'impasse.

vinz 22/05/2007 09:39

Analyse très lucide de David Noël. Mais ce qu'il oublie de dire c'est que le PC doit également imploser pour laisser la place à un grand parti de gauche allant de LO aux verts (et même aux courants anti-libéraux du PS) qui pourra faire le contre-poids à la sociale-démocratie-de-centre-droit-et-mou-du-genou qui se profile à l'horizon entre les DSK et Bayroui-ouistes.

Jacques Heurtault 22/05/2007 10:19

Bonjour Vinz! Comptant de vous compter à nouveau parmi les commentateurs! Restez si'l vous plait et intervenez plus souvent. Merci!J'(appelle de tous mes voeux la constitution d'un parti de gauche radicalement anti-libéral. J'ai souhaité que les cinq candidats d'extrême gauche se présentent sous une même bannière. Force est de constater qu'ils n'en ont pas été capables ...C'est aux électeurs de trancher! Je souhaite que que ce nouveau parti, après être venu au monde, soit clairement désavoué par le corps électoral ... Je ne peux pas être plus clair.  

GM 22/05/2007 09:29

Lucide mais dur, pour mes petits camarades du PCF... Je n'en suis pas et pourtant, le dogme fondateur de la lutte des classe reste d'actualité ! Comme eux-mêmes ne la voient plus, c'est que la société a évolué entre l'époque de Marx et celle de Sarkozy... Et là, personne n'a encore fait l'analyse clairement : c'est justement ce qui manque, alors tout le monde a perdu ses repères !
J'en rigole encore !

Jacques Heurtault 22/05/2007 10:13

L'analyse est assez simple : il y a toujours eu et  il y aura toujours des conflits d'intérêts dont le fondement est fondamentalement économique. Un employeur en difficulté avec ses clients va chercher à agir là où il a du pouvoir certain : sur ses salariés. C'est normal. Les salariés vont chercher  à prendre leur part des gains en participant à des luttes sociales. C'est normal aussi!Pour atteindre un certain équilibre dynamique, il faut que les uns et les autres soient groupés dans des associations ayant vocation à les réunir sur la base de leurs intérêts conjoints. Les salariés dans leurs syndicats, les employeurs dans leurs syndicats, les consommateurs dans leurs associations qui doivent devenir des syndicats... etc.D'où ma proposition audacieuse  visant à favoriser le développement du syndicalisme de masse financièrement autonome des pouvoirs publics, autonomie qui seule peut garantir l'indispensable indépendance de ces syndicats revivifiés.