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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Interview de Pascal Lamy dans La Croix du 4 Juillet ... Le débat s'impose!

4 Juillet 2013, 16:00pm

Publié par Jacques Heurtault

Pascal Lamy est, jusqu'au 31 Août 2013, le Directeur Général de l'Organisation Mondiale du Commerce, l'OMC. L'OMC est l'organisme qui gère, fait respecter les accords de "libre échange" entre les pays adhérents de cette organisation et signataires des Traités Internationaux et PROMEUT les principes du libre échange à travers le monde.

Autant dire que Pascal Lamy est, un peu, le chef d'orchestre du commerce mondial. Un peu, seulement ...

 

Mais Pascal Lamy est aussi un socialiste français, assumé - du moins sauf erreur de ma part (peu probable...) - mais les choses changent si vite, n'est-ce pas!

 

Pascal Lamy fut aussi le Directeur du Cabinet de Jacques Delors quand ce dernier était Président de la Commission Européenne (pendant 10 ans). Il est souvent critiqué pour ses convictions "mondialistes". Aussi, l'interview que vous allez lire ci-dessous est-il particulièrement interessant à ce titre.

 

Début de citation :

 

ENTRETIEN Pascal Lamy, Directeur général de l’Organisation internationale du commerce (OMC)

  

La Croix : L’Europe cherche désespérément de la croissance. Un accord de libre-échange avec les États-Unis lui donnera-t-elle de nouveaux gains ? 

 Pascal Lamy : Pas à court terme, compte tenu du temps que requiert ce type de négociation. Il ne s’agit pas d’un accord « à la papa » où l’on s’entendait pour baisser les droits de douane sur les produits. Seuls 30 % de la négociation vont porter sur ce qui protège le producteur. Le reste, 70 %, porte sur ce qu’on appelle les barrières non tarifaires : protection des données personnelles, sécurité des produits, normes sanitaires, émissions polluantes, qui visent la protection du consommateur. Il s’agit de questions où les sensibilités et les philosophies diffèrent de part et d’autre de l’Atlantique, débouchant sur des écarts entre régulations. La négociation, si j’ai bien compris, consiste à créer un standard euro-américain.


 La Croix : L’Europe négocie des accords de libre-échange avec le Japon, le Canada, l’Inde… Avons-nous tant besoin d’ouvrir les échanges commerciaux ? 

P. L. :  Depuis le traité de Rome de 1957, la politique commerciale de l’Union européenne vise l’ouverture des échanges internationaux. C’est écrit noir sur blanc dans les traités européens. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre. L’ouverture crée de la concurrence, qui crée de la spécialisation, qui créé de l’efficience, qui créé de la croissance, laquelle est porteuse de bien-être.

À court terme, l’Europe doit aller chercher la croissance sur les marchés des pays émergents. 90 % du supplément de demande qui sera adressée à l’économie européenne, dans les dix années qui viennent, proviendra de ces pays, dont un tiers de la Chine. Et les sondages montrent qu’à travers le monde les populations sont favorables à l’ouverture du commerce.


La Croix : Sauf en France… 

C’est en effet aussi ce que montrent les sondages. La France est un cas spécifique, comme l’illustre son histoire. Ce n’est que sous Napoléon III qu’elle a rejoint le consensus selon lequel l’ouverture des échanges était bonne pour l’économie. L’opinion générale n’a pas cette compréhension aujourd’hui. Démontrer que délocaliser une partie de sa production permet de maintenir de l’emploi en France et que le protectionnisme ne protège pas l’emploi est très contre-intuitif pour la pensée française, de droite comme de gauche.

Aujourd’hui les chaînes de production sont devenues globales. Grâce aux technologies qui réduisent les coûts de la distance, les produits que nous exportons sont fabriqués à partir de biens intermédiaires importés, au point que la notion de pays d’origine est obsolète. Il faut s’inscrire dans ce paysage, là où notre valeur ajoutée est la meilleure. Le terme de « libre-échange » lui-même est trompeur : l’échange n’est pas libre, il existe des normes à respecter. Personne ne veut des échanges au détriment de la santé, de l’environnement.

Mais, de fait, l’ouverture à la concurrence recompose les tissus économiques et sociaux. Elle est porteuse de changements plus durs à supporter par les faibles que par les forts. C’est pourquoi les pays qui réussissent le mieux ces mutations sont ceux qui disposent des meilleurs systèmes sociaux. C’est là que l’attitude envers l’ouverture des échanges est la plus positive. À l’exception du cas, ici encore, de la France, qui reste symboliquement attachée à la sidérurgie sans apprécier toute sa valeur ajoutée et son potentiel dans le secteur des services. On ne peut pas établir une culture d’anticipation sur la nostalgie.


La Croix : Comment développer nos échanges avec de grands pays émergents sans être victime de dumping social ? 

Longtemps, les pays riches étaient puissants et les pauvres faibles. Cette donne a basculé depuis les années 1990, au point qu’aujourd’hui on ne sait plus trop si la Chine est un pays riche avec beaucoup de pauvres ou un pays pauvre avec beaucoup de riches. De la réponse à cette question dépend que l’on exige la réciprocité dans l’ouverture des échanges avec ces pays ou que l’on accepte des entorses à la réciprocité en faveur des pays en développement, comme le veulent les principes qui régissent l’OMC.

Mais l’Europe n’est pas victime de dumping social des pays émergents, elle y bénéficie de l’essor des classes moyennes. La France gagne des parts de marché en Chine, où les salaires augmentent de 20 % par an et, donc, où le pouvoir d’achat et le marché augmentent aussi.

La question qui doit inquiéter la France est pourquoi elle perd des parts de marché en Europe, où elle réalise l’essentiel de ses exportations et où les règles de concurrence sont les plus proches des siennes. En clair, ce n’est pas la mondialisation qui est responsable du déficit commercial français. 

La Croix : À la fin de votre mandat à la tête de l’OMC, allez-vous prendre de nouveau part à la construction européenne ? 

Je n’ai pas décidé ce que je ferai après l’OMC. Je le déciderai après la fin de mon mandat, le 31 août à minuit.

Recueilli par Pierre COCHEZ et Sébastien MAILLARD 

 

Fin de citation.

 

J'ai pris la liberté de surligner les éléments de l'interview qui me paraissent les plus essentiels pour ne pas dire les plus fondamentaux.

Je suis particulièrement sensible à la solidité de ces développements intellectuels. Je crois profondément que Pascal Lamy a raison! Il met le doigt là où ça fait mal, très mal, à notre ego franco-français ...

 

Pourtant, je constate, autour de moi, que beaucoup de gens souffrent de cette "mondialisation". C'est, du moins, l'impression qui est assez communément partagée en France. Disons-le, reconnaissons-le : nous aimons bien notre "coq gaulois"!

 

On apprend toujours de l'expérience que l'on acquiert au fil du temps. Je me suis investi, à fond, dans la campagne en faveur du OUI au Traité Constitutionnel Européen, en 2005. Je serais bien incapable de compter les milliers de mots, de phrases, d'arguments que j'ai développé ... Il y en a beaucoup, vraiment beaucoup!

Rien n'y a fait! C'est le NON qui a gagné ...

Tout semble indiquer que les "souverainistes" vont faire un tabac en juin 2014, lors des élections européennes. Comment éviter le désastre qui s'annonce? Comment apporter ma pierre personnelle dans ce débat qui va dériver sur les problèmes franco-français alors qu'il devrait, au contraire, être l'instrument d'une prise de conscience collective selon laquelle la France n'a AUCUN avenir en dehors de l'Europe ni même en dehors du processus de mondialisation de l'économie?

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GM 08/07/2013 10:05


la "Crétine-attitude" vise nos "sachants & leurs dogmes".


Or, vous le savez, un "dogmatique" ne peut pas être convaincu d'avoir tort : il ne s'amende jamais jusqu'à "plier" la réalité pour la rendre conforme à son dogme.


D'où l'inutilité de tenter une autre qualification, n'est-ce pas ?

Jacques Heurtault 08/07/2013 10:28



Exact! Reste à savoir où sont planqués tous les dogmatiques! Généralement, on est toujours le dogmatique de quelqu'un d'autre ...


Les meilleurs sont ceux qui expliquent "après" pourquoi il a été normal que ça se soit passé comme ça ... Les communistes sont très forts à ce jeu-là! Comme des chats qui retombent TOUJOURS sur
leurs pattes, même si on les bourre de coups de poing avant!



GM 05/07/2013 09:50


En étant didactique !


Comme avec ce post.


 


Ce n'est pas une lutte idéologique, mais seulement un combat contre la "crétine-attitude".

Jacques Heurtault 05/07/2013 14:14



C'est précisément pour cette qualité-là que j'ai chposi de publier l'interview.


D'un autre point de vue, pour faire évoluer l'état d'esprit, il vaut mieux ne pas taxer de "crétins" ceux que l'on veut convaincre. les gens sont susceptibles de nos jours!



Rivaud 04/07/2013 17:58


J'ai voté contre le traité parceque je suis convaincu que notre salut est dans l'Europe...mais pas comme ça!


On en est à 28 àu 29 sans que soit effectué les harmonisations qui auraient dues avoir lieu à 6 avant même d'accepter l'Angleterre.


Je pense que Baladur avait raison en préconisant une Europe "concentrique" - De plus, je n'ai jamais été partisan d'une monnaie unique, nous avions l'écu, il suffisait d'étendre ses possibilités
d'emploi. Pour moi, une monnaie unique dans une association d'Etats aux règles fiscales et sociales disparates est une abbération, on a mis la charrue avant les boeufs. 

Jacques Heurtault 04/07/2013 18:37



Mille fois d'accord! Mais, juste une question : comment faire MAINTENANT?