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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Offres d'emploi non satisfaites : toujours les mêmes incompréhensions!

11 Juillet 2013, 13:30pm

Publié par Jacques Heurtault

J'entends, ce midi, sur France Inter, au journal de 13H00, une de ces aberrations qui me font toujours sursauter ... Il s'agit du parallèle qui est fait entre le nombre d'offres d'emplois non satisfaites et le nombre de chômeurs. 300.000 offres d'emploi non satisfaites et 3.000.000 de chômeurs ... Donc, si les offres d'emploi non satisfaites étaient satisfaites, il y aurait 300.000 chômeurs de moins! Voilà le "raisonnement" que le journaleux du jour (dont je n'ai pas retenu le nom) a développé.

 

Ce "raisonnement" est stupide! Ce "raisonnement" ment à la raison ...

 

Je ne développerai pas ici les habituelles explications sur la véracité des chiffres. J'ai dit et je redis que le chiffre de 3 millions de chômeurs est très largement sous-évalué. Mais cette vérité que j'affirme est sans intérêt pour la suite de mon propos.

 

Il faut avoir présent à l'esprit que lorsque l'on parle de 3 millions de chômeurs, il s'agit d'une grandeur de stock. cela veut tout simplement dire que, à l'instant "t" (là, maintenant), il y a 3 millions de personnes qui sont prêtes à signer un contrat de travail car elle n'en ont pas, pour faire un boulot qui leur convient (compétences demandées, savoir-faire, conditions de travail et salaire, etc.).

 

Quand on parle des offres d'emploi non satisfaites, il ne s'agit évidemment pas des emplois disponibles, à l'instant "t", qui ne trouvent pas preneur pour quelques raisons que ce soit. Cette grandeur (ce nombre, si vous préférez) est un flux cumulé sur toute une année civile. Les deux notions n'ont rien de comparables!

 

Pour éclairer mon propos, je vais faire quelques comparaisons.

 

1. Vous avez, là, maintenant, dans votre portefeuille, 100 euros en argent liquide. Cela ne signifie pas que votre revenu annuel est de 100 euros ... Il est, je l'espère pour vous, nettement plus élevé. Vos 100 euros sont une "grandeur de stock"

 

2. Vous déclarez vos revenus à l'administration fiscale, chaque année. Supposons que ce soit une somme de 20.000 euros. cela ne veut pas dire que vous vous balladez avec une somme de 20.000 euros dans votre portefeuille. Vos 20.000 euros sont une "grandeur de flux".

 

3. La France a une production intérieure brute de 2.000 milliards d'euros. Cela ne veut pas dire que l'Etat est propriétaire d'une telle somme! On voudrait bien mais la vérité oblige à dire que ce n'est pas vrai ... Le P.I.B. est une "grandeur de flux".

 

4. La dette publique de la France est de 2.000 milliards d'euros. cela ne veut pas dire que la France doit rembourser, à la fin de l'année, une somme de 2.000 milliards d'euros. Cela veut seulement dire que le total des emprunts souscrits par la puissance publique et qui reste à rembourser au 31 décembre 2013 est de 2.000 milliards d'euros. La dette publique est une "grandeur de stock".

 

5. Cette même puissance publique était propriétaire, au 31 décembre 2012, de biens dont la valeur est estimée à 600 milliards d'euros. Cette grandeur est une "grandeur de stock".

 

6. Il en va de même des offres d'emploi non-satisfaites (grandeur de flux) qui ne peuvent, en aucune façon, être comparées, rapprochées ou je ne sais quoi d'autre, avec les 3 millions de chômeurs (grandeur de stock).

Pire même ... Il est rigoureusement impossible, par nature, de connaitre le "stock" d'offres d'emploi non satisfaites puisque ce n'est qu'en fin de "vie" qu'une offre diffusée puis finalement retirée de la diffusion pourra rentrer dans la catégorie des offres d'emploi non satisfaites!

 

7. Combien de personnes ont, à un moment donné, dans le courant de l'année 2012 (la dernière qui puisse servir de référence), été inscrites à Pôle Emploi? Certainement beaucoup, beaucoup plus que 3 millions ... Vraisemblablement 10 voire 12 millions; peut-être bien plus! Ce chiffre n'est pas diffusé car, probablement avec raison, il n'aurait pas beaucoup de signification ... Il n'empêche que, par principe, j'aimerais bien qu'il soit diffusé! Ayant été agent de Pôle Emploi, je n'ai JAMAIS pu avoir accès à ce nombre d'inscription à Pôle Emploi en une année. Cette "grandeur de flux" n'est pas accessible.

 

8. En s'appuyant sur un chiffre tragique en soi - l'accroissement du stock de demandeurs d'emploi de 30.000 chaque mois - "on" en déduit que nombre d'emplois perdus est de 1.000 par jour avec comme raisonnement primaire "30.000 chômeurs de plus sur 30 jours, cela fait 1.000 emplois de moins chaque jour". FAUX! La réalité est, hélas!, beaucoup plus importante ...

 

Auront nous droit, un jour, à un examen sérieux de ces chiffres jetés en pâture au public qu'il est si facile de berner avec des "raisonnements" qui ont toute l'apparence du bon sens mais qui sont, en réalité, profondément pernicieux? J'ai de sérieux doutes! La relation des faits entendue ce midi sur une chaine de radio de service public abonde, hélas!, dans le sens du pessimisme!

 

 

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GM 11/07/2013 16:19


Il y a une façon plus rapide que les 5 ans : Les sources du BIT de Genève.


Eux comptent aussi le nombre d'heures travaillées dans une année (trimestre par trimestre) et avec la sommation du PIB en déduisent le prix de l'heure.


Tout confondu, c'est-à-dire avec l'ensemble des charges sociales et autres prériphériques de rémunération.


 


Inversement, à partir de ce ratio, il suffit de suivre l'évolution du PIB, qui n'est jamais que le total des VA de toute nature, donc le fruit du travail de l'Homme et on retrouve les ETP en
appliquant bêtement les temps de travail annuel.


Mais là, ça redevient une approximation qu'on peut corréler avec le reste.


 


Par conséquent, si le PIB stagne (+ 0,1 %) que vous retirez l'inflation (- 0,9 % au dernier relevé), forcément, il y a destruction d'outils de travail (et d'emplois).


Encore qu'il faille corriger de l'augmentation de la valeur de l'heure ouvrée/payée, qui compensait jusque-là (les gains de productivité).


en 2006, on en était à 29 €/h, en 2012 on passait à 39 €/h... C'est dire si on a "cassé" de l'entreprise au passage, parce qu'un tiers de mieux en productivité horaire en 6 ans ça fait du 5 %
l'an et on n'a pas vu ces progressions dans le PIB, mais plutôt dans l'accroissement du "stock" de chômeur.


 


Je crois qu'on en est à 30.000 destructions d'entreprise, pour un cap "historique" d'au moins 70.000 en fin d'année, plus que de création (sans compter les mises en sommeil) : C'est énorme et
c'est la conséquence directe de la folie fiscale qui s'est emparée de la "boutique" qui ne finance aucunement des réformes structurantes depuis 2 ans...


Un comble non ?


 


Et on veut que ça aille mieux dans mon "beau-pays" ?


J'en rigole encore, figurez-vous...

Jacques Heurtault 11/07/2013 18:16



Par nature, le BIT prend ses sources dans les pays concernés ... En France, c'est vraisemblablement l'INSEE.


La démarche est la même avec Eurostat. Les sources d'eurostat sont les pays membres de l'Union Européenne. Vous avez présent à l'esprit les dissimulations grecques! Plus précisément les
majorations artificielles du PIB.


L'Italie sous-évaluait tellement son PIB (par méconnaissance et défaut de fiabilité) que, tout d'un coup, ils ont décidé de réévaluer de 20%! c'était il y a 20 ans environ ... Peut-être même
avant!


Il va quand même bien falloir qu'on en sorte de ces tricheries en tout genre! Philippe Le Bel et la falsification de la monnaie, c'était il y a bien longtemps ... mais, apparemment, dans d'autres
domaines, ça continue!



GM 11/07/2013 15:01


Bon rappel !


 


Quoique sur la perte de 1.000 emplois/jour, on parle de destruction (du stock) de postes, pas des inscriptions à "Paule-en-ploie" (les flux).


Et encore, ce n'est que le "solde net", c'est-à-dire toutes les destructions moins toutes les créations...

Jacques Heurtault 11/07/2013 15:53



Justement, je me demande si "on" ne fait pas la confusion entre les destructions d'emploi par fermeture d'usine d'une part, le solde net des destructions/créations d'autre part, et le "ratio"
imbécile "30.000 chômeurs de plus chaque mois donc 1.000 chômeurs de plus chaque jour - ce qui est exact -!


Mais 1.000 chômeurs de plus chaque jour (accroissement du stock), ça ne veut pas dire destruction nette de 1.000 emplois chaque jour en moyenne ...


Pour le savoir exactement, il faut connaitre le stock "début", le stock "fin", mesurés en équivalent temps plein, et en déduire la variation du stock ... Or, le stock d'emploi mesuré en
équivalent temps plein n'est pas une donnée directe mais une donnée estimée ... C'est aussi difficile à établir que la mesure du PIB (qui ne peut être connu, par la comptabilité nationale,
qu'avec un décalage d'environ 5 ans!).