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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Qu'est-ce que la Gauche? Vaste débat!

13 Mai 2011, 22:57pm

Publié par Jacques Heurtault

Terra Nova, un réservoir à idées ("think tank" en anglais), se situe clairement comme (très) proche du Parti Socialiste...

 

Ce réservoir semble faire l'objet d'une polémique salutaire en affirmant, semble-t-il, que l'électorat populaire a quitté le Parti Socialiste - ce qui est indéniable - et que, par conséquent, le Parti Socialiste, devrait, semble-t-il, se repositionner ...

 

Du moins est-ce ce que qu'en dit Coppé, le patron de l'UMP ... lequel n'est sans doute pas le plus qualifié pour s'exprimer au nom de la gauche ...

 

Aussi, en attendant d'en savoir plus, je reproduis ci dessous ce que Terra Nova (Terra Incognita?) pense de son propre rapport ... objet de cette polémique.

 

Début de citation :

 

 

Terra Nova vient de publier un rapport de sociologie électorale, « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? », qui suscite un vif débat. Les interrogations qu’il soulève sur les mutations du paysage politique sont bien légitimes. Mais s’y est greffée une polémique politicienne, instrumentalisée par le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé : Terra Nova proposerait de « dire adieu » aux classes populaires. Rien n’est plus faux.

D’abord, les milieux populaires n’ont pas abandonné la gauche.

Le rapport identifie le cœur électoral de la gauche aujourd’hui. Ce cœur électoral – c’est-à-dire l’électorat « naturel » de la gauche, celui qui vote le plus à gauche – est en apparence composite. Il réunit : les quartiers populaires (avec notamment la France de la diversité), qui votent à 80% à gauche en 2007 ; les jeunes (70%) ; et les femmes, historiquement conservatrices mais qui basculent aujourd’hui nettement à gauche (plus de 60% aux dernières élections régionales).

Cet électorat est plus unifié qu’il n’y paraît. Il réunit avant tout les outsiders de la société, ceux qui cherchent à y rentrer, notamment sur le marché du travail, mais n’y parviennent que difficilement. Ils ont du mal car ils sont la principale variable d’ajustement d’une société qui, face à la crise, sacrifie les nouveaux entrants. Ils ont besoin de l’aide de la puissance publique pour s’émanciper – les jeunes pour briser le plafond de verre qui les empêche d’accéder à un premier emploi stable, les femmes pour leur permettre d’articuler vie familiale et vie professionnelle, les quartiers populaires pour cesser d’être discriminés. Ils partagent également les mêmes valeurs culturelles, progressistes : solidarité, ouverture, tolérance.

Cette nouvelle gauche en émergence n’est pas propre à la France. Elle est la même que celle qui se dessine partout en Europe, mais aussi en Amérique du Nord. Elle a porté au pouvoir tant Barack Obama que Jose-Luis Zapatero.

Ce nouveau cœur électoral est composé en grande partie par des Français issus des milieux populaires : les habitants des quartiers populaires, les minorités, les jeunes déclassés, les mères célibataires en situation précaire… Il est donc absurde de dire que les milieux populaires ont abandonné la gauche : au contraire, ils sont toujours au cœur de son électorat naturel.

En revanche, le rapport de Terra Nova pointe une rupture électorale contemporaine : il n’y a plus de vote unifié de classe. Les classes populaires (ouvriers, employés) votaient hier massivement à gauche : 72% pour les ouvriers, au second tour de l’élection présidentielle de 1981. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les classes populaires sont désormais divisées sur les valeurs. La grille de lecture pertinente n’est plus les classes sociales mais la division outsiders – insiders. Il y a d’un côté les milieux populaires déclassés, victimes du précariat, du chômage, de l’exclusion, et souvent discriminés : ceux-là sont au cœur de l’électorat naturel de la gauche. Il y a de l’autre les milieux populaires intégrés, qui ont un emploi stable, en CDI, mais qui,  travaillés par la crise, ont peur du déclassement et sont tentés par le repli identitaire. Une partie de ces travailleurs, qui il y a trente ans votait à gauche, singulièrement pour le parti communiste, a basculé vers le Front national.

Face à ce diagnostic, Terra Nova ne propose en aucun cas d’abandonner les milieux populaires.

Au contraire : le rapport insiste sur la nécessité pour la gauche de fédérer son électorat naturel. Pour des raisons de stratégie électorale : face au risque d’un nouveau 21 avril, la mobilisation de cet électorat au premier tour est cruciale. Et pour des raisons de fond : au cœur de cet électorat, il y a les milieux populaires déclassés, c’est-à-dire les Français les plus modestes, en situation la plus difficile.

C’est à la gauche de défendre ces Français, en butte à la vindicte populiste du FN et d’une UMP radicalisée. Sous les coups de boutoir du sarkozysme, le virus anti-assistanat a métastasé au sein de la société française. Les chômeurs sont devenus des « assistés », des « profiteurs », des « fraudeurs », à qui il est urgent de couper l’accès à l’Etat-providence. Dans cette logique néoconservatrice, les Français déclassés ne doivent pas être aidés car ils sont responsables de leur sort. De fait, la solidarité décline rapidement en France. Depuis dix ans, les minimas sociaux chutent : ils représentaient 50% du revenu médian il y a dix ans, ils n’en représentent plus que 40%. Laurent Wauquiez l’a à nouveau martelé cette semaine : 466 euros de RSA-socle pour survivre, c’est encore trop. Cette situation est spécifique à la France : les minimas sociaux en Europe atteignent en moyenne 60% du revenu médian, 75% dans les pays les plus solidaires – Allemagne, Pays-Bas, pays nordiques, Angleterre. On dit souvent que la France a l’Etat-providence le plus développé du monde. C’est vrai pour l’assurance : les Français qui travaillent et cotisent sont très bien protégés contre les risques de la vie. C’est faux pour la solidarité : nous avons les minimas sociaux parmi les plus bas d’Europe, et le gouvernement s’acharne à les rogner encore. La France cultive ainsi une exception délétère : paupériser les plus pauvres de ses concitoyens.

Ces milieux populaires déclassés sont aussi attaqués dans leur identité. Ce sont les « jeunes » fainéants, la « racaille » de banlieue… Et naturellement les Français d’immigration récente. A ceux-là, on fait comprendre qu’ils ne font pas partie de la communauté nationale. Que leur religion halogène n’a pas sa place dans la République. Que, tout simplement, ils ne devraient pas être là : « la France, tu l’aimes ou tu la quittes ».

Pour défendre cette France déclassée, la gauche doit faire campagne sur ses valeurs : au plan socioéconomique, la justice sociale et la solidarité, un Etat social fort et redistributif ; au plan culturel, une société ouverte et tolérante. En d’autres termes, elle doit combattre le populisme pied à pied, sur tous les fronts.

Le rapport de Terra Nova s’interroge ensuite sur l’élargissement de la base électorale de la gauche pour, au second tour, réunir une majorité électorale. Le rapport décrit deux stratégies.
Première stratégie: un élargissement au sein des classes populaires, pour aller chercher les Français qui ont fui vers le Front national. Ces classes populaires intégrées ont été, un temps, séduites par le discours de Nicolas Sarkozy, valorisant la « France qui se lève tôt » contre les « assistés ». Mais les promesses électorales ont été trahies : leur pouvoir d’achat n’a pas progressé, leur quotidien s’est dégradé. Les efforts du gouvernement ne leur ont pas bénéficié : ils sont allés vers les Français les plus aisés - 20 milliards d’euros par an d’avantages fiscaux accordés aux 5% des contribuables les plus riches par la droite au pouvoir. Et ces électeurs sont de nouveau tentés de voter pour le Front national, qui se nourrit de leur peur du déclassement.

L’autre stratégie, complémentaire, est un élargissement au sein des classes moyennes, pour convaincre des professions intermédiaires de plus en plus attirées par les idées de la gauche.

Aucune des deux stratégies n’est aisée, aucune n’est fermée. C’est un débat que nous avons cherché à ouvrir, et auquel le livre de François Kalfon et Laurent Baumel, L’équation gagnante, fait écho. Nous ne prétendons pas donner une réponse univoque mais le défi est de taille : la gauche, depuis 1988, n’est jamais parvenue à rassembler une majorité de Français. Il  revient naturellement aux partis et aux leaders politiques de s’en saisir et d’arbitrer, en fonction des valeurs et du projet qu’ils défendent.

A l’aune de cette analyse, on peut toujours polémiquer sur l’identité politique des vrais défenseurs des milieux populaires. Ce n’est clairement pas le sarkozysme, qui a violenté les uns avant des trahir les autres. Ce n’est pas non plus le Front national, qui veut conduire les travailleurs dans une impasse anti-humaniste. C’est, cela a été et cela sera toujours la gauche – à condition, toutefois, qu’elle ne renie pas ses valeurs.


Fin de citation.

 

C'est, comme vous pouvez vous en rendre compte par vous-même, un peu "abscons", un peu (beaucoup?) "intello", pas vraiment conforme à mon style personnel ...

 

A vous de juger ... 

 

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Jacques 26/05/2011 22:14



Eh bien, Cher M. Heurtault, pour parfaire votre culture générale, je me permets de vous suggérer ce lien:


http://www.parti-socialiste.fr/laboratoire-des-idees


Bonne soirée.


jf.



Jacques Heurtault 26/05/2011 23:04



Demain , peut-être, si j'ai le temps ...



GM 26/05/2011 18:50



Vous devrieez revoir votre mise en page : Pas moyen de vous laisser un commentaire sur les "journaleux" de Libé...


 


Qui sont assez coutumier du fait que de baver sur ce qu'ils ne connaissent pas : Ca va faire 27 ans que je ne les lis plus pour avoir bavé en... "plus que bien" sur l'assassin de mon père.


Des trucs qui ne se pardonne pas et j'attends avec impatience je jour où ils créveront tous que d'avoir omis de se renseigner en professionnel.



Jacques 26/05/2011 09:54



Ce n'est pas parce que vous, vous ne le savez pas.....


M. Christian Paul est Député, Secrétaire National du PS et ancien Ministre du Gouvernement Jospin. Il n'est donc peut être pas complètement inconnu.....


Et quand on veut se renseigner un tant soit peu sur ce parti, il n'est pas très compliqué de visiter son site internet.... C'est sûrement plus complet que ce que racontent les journaleux de m...
que vous affectionnez tant.


jf.



Jacques Heurtault 26/05/2011 13:35



Ce que raconte le P.S. sur lui-même est nécessairement plus intéressant que ce qu'en racontent les journaleux et les journaleuses ...


Je n'ai hélas pas le temps de faire les recherches utiles ...


Je me fie beaucoup à ma culture personnelle générale. Jusqu'à présent, elle m'a été incomparablement plus souvent utile que inutile ...


Qui connait Christian Paul? Quelles sont les idées que son laboratoire produit? Pourquoi personne n'en parle-t-il jamais?


Ce serait bien que vous profitiez des colonnes que je mets à votre disposition pour lui faire un peu de pub ...


Sont-ce des propositions audacieuses? Je l'espère . Mais je vous confirme que je n'avais, jusqu'à ce jour, jamais entendu parlé de ce laboratoire d'idées ... Ni même qu'il s'était démarqué de
Terra Nova ... Dans ce pays, il y a plus de gens qui sont comme moi que de gens qui sont comme vous (sur ce point précis;).



Jacques 25/05/2011 23:54



je note avec satisfaction que M. Christian Paul, Député et Président du Laboratoire des Idées du PS rejette publiquement ce "Rapport" de Terra Nova.


C'était d'ailleurs ma réaction de départ, à savoir que les "propositions" de ce groupe de réflexion ( pour continuer de parler français...) n'engagent en rien le parti en question.


jf.



Jacques Heurtault 26/05/2011 05:52



Soit! Mais, comme de toutes façons, les "promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent et non pas ceux qui les font ...


Je ne savais même pas que le Parti Socialiste avait un "Laboratoire des Idées" ... Il y a au moins 99% des habitants de ce pays qui sont dans le même cas que moi ... A commencer par la plupart
des membres du P.S.!



Jacques 16/05/2011 12:14



Si vous restez dans les limites de la confrontation, même très vive, vous ne serez pas
censuré.
Vous avez ma parole!



Jacques 14/05/2011 22:29



Ce texte est assez compréhensible.


Ce qui l'est moins c'est que Terra Nova s'est placé dans une situation où il est obligé de se justifier....


Est-ce à dire qu'il n'avait pas anticipé la "polémique" qu'il allait déclencher ??? Curieux tout de même pour des "visionnaires"....


Ceci dit (bravo à vous pour avoir publié la dite mise au point) j'ai été horrifié par France Inter ( ce qui ne m'arrive pas souvent.. par rapport à d'autres médias...!) qui a osé interviewer Mme
Le Pen sur le sujet (elle s'est évidemment régalée) sans autre commentaires, autre interview d'un responsable socialiste et sans même signaler que les prétendues "conclusions" de
Terra Nova (aujourd'hui comme hier) n'ont jamais engagé le PS comme tel.


jf.


 


 



Jacques Heurtault 14/05/2011 23:48



A mon avis, le PS  n'a pas fini de payer cette énorme faute politique ... La pression des "médias" est trop forte pour pouvoir résister ...


Statistiquement, l'analyse est juste : incontestablement, l'électorat populaire a glissé vers le ... populisme. Dans quelle proportion? Avec quel poids électoral réel? Lex voix se comptent, une
par une. Mitterrand disait qu'il savait très bien faire des additions ... C'était un phénoménal stratège.


Au lendemain de la signature du "programme commun de la gauche", en juin 1972, il est allé à Vienne pour assister à une réunion de l'Internationale Socialiste qui était horrifiée de l'accord
qu'il avait passé avec les communistes. Il s'en est expliqué : "Sur 5 millions de voix communistes, trois peuvent désormais voter socialiste! C'est la raison d'être de cet accord."


Les faits lui ont donné largement raison : le Parti Communiste n'existe plus ... Il ne reste que des lambeaux.


J'ai eu sous les yeux, pas plus tard que cet après midi, un document de la FédérationPS du Val de Marne. Il y avait la photo de leur "Premier Fédéral". Pas du tout l'allure d'un homme issu de la
"classe ouvrière"! Mais plutôt celle d'un "jeune cadre dynamique" ne représentant pas du tout son électorat ... Rien à voir avec un Favier (communiste)! Ce n'est pas demain que le PS va prendre
le contrôle du val de Marne bien qu'il pèse, aux élections législatives, au moins deux fois le PC ... En Seine Saint Denis, avec Bartolone, le PS est beaucoup plus malin ... mais n'est pas à
l'abri de grossières erreurs. Ca a failli lui coûter sa jeune majorité au Conseil général...