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Le blog politique de Jacques Heurtault. Propositions audacieuses. Invitation au débat.

Vittori (Les Echos), un éditorialiste que j'aime bien ...

14 Janvier 2014, 00:25am

Publié par Jacques Heurtault

Je ne résiste pas à l'immense plaisir de reproduire in extenso le billet de Jean Marc Vittori paru dans Les Echos de ce jour ...

 

On y trouve la pointe d'humour juste comme il faut, ni trop ni trop peu ... Ni primaire ni au second degré ... Bref : parfait!

 

Début de citation :

 

 

François Hollande va dans la bonne direction. Non, il ne s’agit pas d’une appréciation de sa vie privée, quoi que l’on puisse en penser. Mais de sa vie d’homme public. Alors que l’on va beaucoup parler fiscalité dans les jours qui viennent, il a posé le problème dans le bon sens. Depuis près de trente ans, la baisse d’impôts est l’étoile polaire de la politique économique française. A droite, c’est une promesse naturelle des candidats à l’Elysée (Jacques Chirac en 1995 et en 2002, Nicolas Sarkozy en 2007) et une priorité classique des hôtes de Matignon (Chirac en 1986, Edouard Balladur, Dominique de Villepin, François Fillon). A gauche, c’est une logique de second temps – Pierre Bérégovoy en était un chaud partisan et Lionel Jospin avait fini par s’y résoudre sous la pression de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Et pourtant, la pression fiscale est aujourd’hui à un niveau record. L’explication est simple : aucun de ces gouvernants n’a regardé la Croix du Sud de la dépense publique, qui n’a cessé d’augmenter et qu’il a donc fallu financer.

François Hollande met enfin les bœufs avant la charrue. Il veut d’abord « réduire la dépense publique » pour « pouvoir, à terme, baisser les impôts » qui sont « devenus lourds, trop lourds, à force de s’accumuler depuis de nombreuses années ». Le fils de médecin a formulé le bon diagnostic et propose le bon remède. Reste à savoir s’il voudra, s’il saura convaincre le malade de l’absorber.


La petite fable des îles Kerguelen 


Car cette volonté de réduire le poids de l’Etat dans l’économie pose deux questions majeures. La première est politique. Même si des ministres affirment le contraire, François Hollande a été élu sur la promesse d’augmenter les impôts (sur les plus riches, évidemment), pas de les baisser. Dans ses « Soixante engagements », un tableau indique clairement que les impôts et cotisations sociales devaient augmenter sans cesse au cours de son quinquennat, passant de 45,1 % du PIB en 2012 à 46,9 % en 2017. Les dépenses publiques, elles, devaient reculer dans le PIB mais un calcul simple montre que leur volume devait tout de même monter de 5 à 7 %. François Hollande a gagné avec ces promesses. Rappelons qu’il n’aurait pas été élu sans les voix des fonctionnaires (de même que Nicolas Sarkozy n’aurait pas été élu sans les vieux). En renversant ses priorités, il sape la base de sa légitimité électorale. D’aucuns rétorqueront que sa popularité est devenue tellement mince qu’il n’a plus grand-chose à perdre...

La baisse de la dépense publique pose ensuite une question de management. Si les gouvernants précédents ne se sont pas attaqués à ce tabou, ils tournent autour depuis des décennies, forgeant des outils résumés par d’inimitables sigles – de la « RCB » (rationalisation des choix budgétaires !) du début des années 1970 à la MAP en passant par la RGPP. Leur échec à changer la donne vient d’une absence de volonté au fond, mais aussi d’un problème de méthode : ces techniques échouent à détecter les vrais problèmes, les redondances, les dépenses inutiles. Qu’il soit permis de faire ici une citation inhabituellement longue pour conter la petite fable des îles Kerguelen : « Une mission scientifique d’une dizaine de personnes aurait, dit-on, été envoyée dans ces îles, à l’époque désertes, pour y faire des observations météorologiques. Mais un jour, quelqu’un s’avisa que les dépenses de la mission ne pouvaient pas être contrôlées. On envoya sur place un contrôleur financier qui demanda des états de dépenses, des justifications, des engagements, etc. : il fallut envoyer du personnel administratif. Pour gérer cette équipe, on envoya alors un directeur du personnel qui demanda des effectifs, des avancements, des congés, etc. ; il fallut envoyer à nouveau du personnel administratif. De fil en aiguille, le personnel passa en deux ans de 10 à 200 personnes ! Mais… entre-temps, la mission avait terminé sa tâche et les 10 experts étaient partis sans que, dans le va-et-vient incessant, personne ne s’en aperçoive » (1).


Montagne de frustrations


Il y a bien sûr des îles Kerguelen dans le privé comme dans le public. Sauf que, dans le privé, le client choisit librement de les payer, ce qui cantonne vraisemblablement leur existence. Côté public, le contribuable les finance par des prélèvements obligatoires auquel il ne peut échapper, sauf à quitter son pays (d’où les débats et rumeurs sur les exilés fiscaux). La pression pour mieux organiser le travail dans les ministères, les mairies, les conseils généraux et les hôpitaux est donc bien moindre que dans les entreprises. L’auteur de la fable des îles Kerguelen a aussi tracé deux dessins très explicites. Sur le premier, un homme tire une lourde charrette. Sur le second, trois hommes tirent la même charrette dans un sens et quatre dans l’autre. Le résultat physique est le même, le résultat psychologique est une montagne de frustrations. Toute une série d’exemples reviennent aussitôt en mémoire : contrôleurs de contrôleurs, millefeuille administratif, etc.

La dépense publique ne baissera pas si les îles Kerguelen ne sont pas détectées puis démantelées. Cela suppose de faire un travail en profondeur, requérant des compétences à la fois managériales, administratives et politiques. Sur le papier, François Hollande paraît en mesure de piloter cet immense chantier – après tout, c’est un élu, passé à la fois par l’ENA et HEC. Mais en a-t-il ­vraiment l’envie et l’intention ? Ou raconte-t-il des histoires dans sa vie publique, comme il semble le faire dans sa vie privée ?

(1) Le phénomène Administration. Contribution à la formulation mathématique de la loi de Parkinson, par Michel Martin, Annales des mines.

Par Jean-Marc VITTORI

 

Fin de citation.

 

Mais, au fait, j'y pense ... Kerguelen, c'est un nom breton, ça! Tout s'explique!

(Bon, je sais, je suis moins bon que Vittori. Pas la peine de me le faire remarquer!)

Commenter cet article

Jean Rivaud 14/01/2014 14:32


Si la Valérie quitte l'Elysée, ce n'est pas que du privé si on économise les frais de son cabinet. Ce cabinet est-il public ou privé ? - Les choses ne sont pas aussi tranchées que vous le pensez.

Jacques Heurtault 14/01/2014 15:51



Là, je suis plus réservé. Si "il" était marié, la prise en charge des frais de fonctionnement de son épouse ne poserait aucun problème à personne. Par extension, on peut considérer que sa
concubine notoire (c'est le terme légal) bénéficie du même traitement ... à condition qu'elle ne soit pas remplacée intempestivement!



Jean Rivaud 14/01/2014 11:14


Je pense que si la Valérie a été hospitaliée, c'est en apprenant qu'elle était cocue et non parce que cela était écrit dans un magasine qu'elle a eue un coup au coeur. La rumeur court depuis 9
mois, cela doit donc faire au moins un an que le François pas franc lui raconte des hisoires et la trompe. Lorsque le journaliste pose la question: "...raconte-il des histoires
...COMME IL SEMBLE le faire dans sa vie privée", pour moi la réponse est évidente.


Valérie a un avantage sur nous, elle va être débarassée sans avoir à attendre la prochaine élection...

Jacques Heurtault 14/01/2014 12:37



Il vaut mieux ne pas s'engager sur le devenir de Valérie ... Pour le coup, il s'agit bien, là, d'une affaire strictement privée.