Il y a queques semaines, Nadine Goossens a bien voulu donner suite à ma proposition de publier sur mon blog certains de ses récits de voyages ... Elle nous a parlé alors de l'Afrique et de son épopée au Congo-Zaïre quand il lui fallu fuir ce pays pour assurer sa propre sécurité.
Aujourd'hui, elle nous parle de l'Amérique latine et, plus précisément, de la Colombie ...
Lisez. C'est du vrai vécu ...
Début de citation :
SUR LES TRACES DE SIMON BOLIVAR
La Colombie est le quatrième pays d'Amérique latine, après le Brésil, l'Argentine et le Mexique. Sa superficie est deux fois celle de la France.
Dernière décennie du siècle passé. On est en Juin, les journées sont les plus longues. Le lourd Jumbo décolla de Paris vers 23h00. Escale prévue à Madrid, puis à Barranquilla
et enfin terminus à Bogota.
Il est prévu 14h00 de vol.
Le voyage commence par une panne d'électricité à bord dès le décollage.
Des membres d'équipage remettront un peu d'ordre, mais le temps de se poser à Madrid, on restera avec un éclairage de secours. Intervention en Espagne par une équipe d'électriciens. On redécollera avec 1h30 de retard sur l'horaire prévu.
Si les vents nous sont favorables, on arrivera à l'heure en Colombie.
Vol de nuit. L'ambiance à bord est toujours différente d'un vol de jour. Je crois que je préfère le premier au second. La température ambiante est réglée à 18 degrés, ce qui invite les passagers à rester assis au chaud sous une couverture.
Je suis l'invitée d'AVIANCA (Cie colombienne), et découvre une splendide décoration à bord de l'avion.
Dans le nez de l'appareil, le Compagnie a fait installer une reproduction du Musée de l'Or de Bogota. Sublîme.
Nous traversons d'importantes zones de turbulences et l'appareil doit monter pour rendre le voyage plus agréable aux passagers. Malheur à ceux qui ont une tension basse, dont moi.
A 12 000 mètres d'altitude, la température extérieure est de - 60°. Vision surnaturelle des puissantes décharges électriques qui se fichent dans le sol frappé par la foudre. J'imagine le bruit déchirant au sol. C'est impressionnant et féérique à la fois.
On se pose à Barranquilla à 5h30 du matin, heure locale. L'air est suffoquant.
En quelques secondes on passe de 18° à 35° et le fond de l'air est de surcroît très humide.
Je rejoindrai plus tard cette ville bordée par la mer des Caraïbes, située à l'embouchure du Rio Cauca, car à l'instant on redécolle pour Bogota.
Atterrissage en douceur. Il fait frais à Bogota. Une température constante toute l'année à hauteur de 16°, mais par contre pluies fréquentes. Le ciel est très souvent nuageux.
Pourtant, il y a quelque chose qui gêne. On est tout de suite essoufflé. En effet, la capitale est plantée à 2 600 m d'altitude dans la Cordillère Orientale et il faut prendre le temps de s'acclimater.
C'est une ville à l'américaine où les tours semblent rivaliser d'insolence avec les nuages. La population est métissée et les filles sont fort belles.
L'émeraude et l'or sont l'emblème du pays. Il s'en vend partout, même sur les marchés. Gare aux fausses émeraudes qui abondent. A l'époque, dans les rues et les galeries marchandes on croisait toujours quelqu'un qui propose de la drogue.
On a pourtant vite fait de remarquer l'omni présence policière. Ils ne disent rien aux vendeurs, mais ne vous avisez pas de toucher au produit, sinon ils s'occuperont de vous. D'ailleurs, ils vous observent tout le temps. Ils sont très aimables lorsqu'on leur demande le chemin.
Les taxis vous emmènent où vous voulez. D'une ville à l'autre si c'est votre bon plaisir. Il y a la Compagnie des "taxis officiels" ... puis les autres. Les tarifs de ces derniers sont très abordables, et les chauffeurs très rapides à vous extorquer ce qui n'est pas dû. Si vous n'avez pas l'âme aventurière, empruntez seulement les taxis officiels qui possèdent un "vrai" compteur.
Soyez toujours sur vos gardes. Le sac à mains solidement accroché autour du corps, vers l'avant sinon...il s'envole. Vous n'avez rien senti. Pour la suite, direction consulat ou ambassade.
J'ai visité, entre autres, l'incontournable "Musée de l'Or". Plusieurs tarifs sont proposés, mais j'ai vraiment eu envie de pénétrer dans la salle forte. D'anciens voyageurs m'avaient dit : "à ne surtout pas manquer".
Dans cette "forteresse", les guides nous laissent entrer par dix personnes à la fois. On plonge dans une obscurité totale. Une lourde porte blindée se referme sur nous. C'est impressionnant le silence associé au noir absolu. Ca me fait presque perdre l'équilibre.
Une pâle clarté s'amène et s'intensifie tout doucement et progressivement jusqu'à une luminosité maximum, et je me suis retrouvée dans une salle circulaire, entourée d'or ! Absolument fabuleux, un amoncellement d'or du sol au plafond. La stupéfaction est générale.
Hameçons, cannes à pêche, vaisselles, bijoux, objets de décoration et que sais-je encore, tout est fabriqué en or massif. On y reste un bon moment mais on n'a pas assez de nos deux yeux pour tout voir.
Tout est protégé, impossible de toucher. Je remonte le temps : leur histoire est celle des civilisations précolombiennes et des "conquistadores" espagnols. Celle de la route de l'or.
Alors la lumière décline, l'obscurité envahit l'espace et l'ouverture de la porte blindée vous invite à la sortie.
Il faut vraiment y revenir à plusieurs reprises.
La nouvelle Constitution de 1991 a modifié beaucoup de choses pour les Colombiens.
Je reste préoccupée par des nouvelles qui ne m'arrivent plus depuis plusieurs années. L'occasion rêvée de me rendre à Popayan, petite ville du Sud Ouest du pays.
Au début des années 1980, j'avais rencontré là-bas des religieuses françaises qui vivaient dans un petit monastère. L'endroit sentait bon l'encaustique et prêtait à la sérénité quand bien même il était devenu un point touristique. C'était vraiment magnifique comme endroit. On parlait surtout de la nouvelle loi d'amnistie promulguée par le Président Bélisario Bétancur. Partout on craignait la violence liée au trafic de la drogue.
Les religieuses étaient ravies de rencontrer des Français et s'enquéraient des nouvelles du pays. L'élection en France de Mr Mittérand les animait d'une curiosité bien légitime, et c'est de bonne grâce que je me prêtais aux questions-réponses.
J'étais restée en contact avec elles mais après le violent séisme je ne suis plus parvenue à obtenir quelque information. La seule disponible : "la ville a été rasée de la carte".
Il faut savoir qu'à l'époque internet n'avait pas la puissance de communication d'aujourd'hui et la téléphonie mobile n'existait pas.
Il me reste mes diapositives qui figeront à tout jamais d'inoubliables moments. Je n'ai retrouvé personne et suis envahie de mélancolie. Je ne saurai jamais si elles ont pu s'en sortir ou pas. Les victimes étaient si nombreuses.
Je rejoins Cali (ville culturelle) en voiture, située au nord de Popayan et puis la côte caraïbe au nord du pays. Il faut dire qu'en Colombie, beaucoup de monde voyage en avion. Le réseau routier est dangereux et le réseau ferré inexistant.
De l'hôtel où je suis descendue, l'accueil a négocié une "course" Barranquilla-Cartagena avec un taxi .
Le chauffeur du taxi est le frère d'un des employés de l'hôtel. Enfin, je fais semblant de le croire.
Les tarifs qu'il me propose me conviennent et l'homme est sympathique. Je reste sur mes gardes tout de même.
En matière de conduite sur la voie publique, c'est assez surprenant. Notre ministre de l'intérieur et nos pandores s'arracheraient les cheveux. Moi aussi.
Je vous avoue avoir mis un certain temps à comprendre si dans ce pays, on roulait à gauche ou à droite.
Les taxis font la course entre eux et avec les bus, et les bus font la course avec d'autres bus.
Les bus sont très colorés et pleins à craquer. Je ne sais pas s'ils ont tous des problèmes d'amortisseurs ou de suspension, mais ils roulent tous penchés. Il y a énormément d'accidents mortels.
Le réseau routier est en partie responsable, mais leur façon de conduire reste essentiellement coupable.
J'ai eu des montées d'adrénaline pour toute une vie.
Ils apprécient particulièrement les dépassements en sommet de côte. C'est toujours un challenge que se lancent les deux chauffeurs.
Croisez les doigts que personne ne fasse la même chose dans l'autre sens, ce qui n'est pas exclu, et fermez les yeux... ou gardez-les grand ouverts. Au choix.
Il y a un chapelet suspendu au rétroviseur du taxi. J'ai appris à compter chaque dizaine plusieurs fois. Il y a aussi une vierge qui se balance au gré des nids de poule et des coups de volant. Oh Mama .....! Mais que suis-je venue faire dans cette galère ?
En cours de route on se fait arrêter par des policiers. Ils palabrent avec le chauffeur et me jettent des coups d'oeil qui ne disent rien qui vaille. Ils ne demandent mon passeport et restent étonnés que je ne peux pas m'exprimer en espagnol. Je leur propose l'anglais ou...le français, mais j'ai les "chocottes". Ils ne veulent pas plus de l'un que de l'autre. Ils parlent si vite que je ne comprends pratiquement rien. Je sors du taxi qui est devenu une fournaise. Voilà une demi heure que la discussion est engagée avec le chauffeur et je comprends qu'il explique aux policiers que "je suis l'invitée d'AVIANCA". Aussitôt leur regard change. Ils me rendent mon passeport et on repart. Qu'ont-ils bien pu se dire pendant tout ce temps ? Je ne le saurai jamais.
Côté social, je dirais qu'il n'y a pas de classe moyenne. Des très riches et des très pauvres. La poliomyélite fait des ravages et le gouvernement a entrepris une vaste campagne de vaccination. Dans les grandes villes les parents se rendent volontiers aux centres de vaccinations avec leurs petits, mais dans les campagnes, c'est moins ou pas suivi.
Un jour que j'allais décoller de Cali et que l'avion était stationné en début de piste, j'aperçois un bidonville accroché aux portes de la piste.
Le pilote venait de mettre la poussée des réacteurs. Les enfants jouaient, imperturbables.
Le souffle des moteurs secouait les portes et les battants des fenêtres de ces frêles constructions qui s'ouvraient, béantes.
J'imaginais la chaleur torride s'échappant des réacteurs ainsi que l'odeur de kérosène qui devaient s'engouffrer dans ce qu'il convient d'appeler "habitation".
Côté scolaire, l'Education était obligatoire et gratuite jusqu'à l'âge de 10 ans.
Le port de l'uniforme est de rigueur. Les enfants sont assez coquets ainsi habillés.
Malheureusement, il faut bien admettre que l'analphabétisme est étendu. Dans les campagnes, les parents ont besoin des bras de leurs enfants et sont insensibles à la culture de l'esprit.
Je sympathise avec une guide chilienne de mon âge. Très cultivée, multilinguiste, elle est toute dévouée aux gens qu'elle accompagne et prend la peine de nous mettre en garde contre d'éventuels impairs que nous serions à même de commettre bien involontairement. Elle était très subtile et habile.
"Ménagez la susceptibilité locale et vous serez accueillis avec beaucoup de grâce".
Elle m'informe que l'apprentissage de la langue française est l'apanage des enfants de riches. La tradition veut qu'un voyage vers la France leur soit offert à l'âge de quinze ans. Les établissements scolaires concernés organisent ce voyage chaque année, et les candidats voyageurs signent de ce fait leur entrée dans l'adolescence.
Chez les gens instruits et aisés, il est de très bon ton de meubler et décorer des pièces de leur maison dans un style français.
A Cali, je découvre même un restaurant français dont la cuisine ferait pâlir les "toqués" et autres "étoilés" de chez nous. La carte est établie en espagnol et en français.
Le Chef parlait impeccablement français et venait volontiers faire la causette avec nous.
A chaque fois, il nous offrait le pousse café. Elégant avec ça !
Et attention à la mise en scène du baise-main et autres délicatesses qu'il réservait aux dames. Je m'en souviens toujours avec beaucoup de plaisir.
Nadine Goossens
Fin de citation.
La suite demain ....
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