Présentation générale

Je suis un citoyen, comme vous. Je ne suis membre d'aucun parti politique. Je l'ai été mais les "politiques", décidément, me déçoivent trop. On est tenu de limiter sa propre liberté d'expression,  ce que je ne supporte tout simplement plus!

Comme vous, j'ai besoin d'air! Comme vous, j'ai des choses à dire.
Je suis fatigué de tous ces journalistes qui écrivent et qui parlent sans connaitre les sujets qu'ils entendent traiter, ne craignant pas de commettre de grossières erreurs.
Je suis fatigué de tous ces responsables politiques qui confisquent la parole à leur propre usage exclusif.
Je suis fatigué de tous ces organisateurs de débats qui, lorsque l'on veut parler, nous répondent "Posez votre question, Monsieur!".
Je n'ai pas de question à poser! J'ai des réponses à proposer ... Elles valent ce qu'elles valent.

Mais, à en juger par la pauvreté de certaines propositions de tel parti politique, le caractère manifestement irréaliste des propositions de tel autre, j'ai l'outrecuidance de penser que les miennes méritent, peut-être, d'être lues et commentées, voire, bien sûr, d'être battues en brèche.

Les deux extrêmes du champ politique - l'extrême-droite et les extrême-gauche - viennent de prendre "une grande claque". Je m'en réjouis. J'espère que cette redéfinition vers une plus grande responsabilité va se maintenir et même se renforcer. La démocratie ne s'en portera que mieux.  

Jacques Heurtault

Ancien conseiller municipal de Nogent sur Marne (Val de Marne).

"Sommes nous obligés de subir et de financer les incompétences de ceux qui nous dirigent?" Johnny Hallyday.

 

François Bayrou

Dimanche 3 février 2008 7 03 /02 /Fév /2008 15:48
- Publié dans : François Bayrou - Communauté : Militants du Modem - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...
Vous le savez. Je vous l'ai dit. Ayant été suspendu du MoDem, j'ai décidé de reprendre toute ma liberté d'expression. J'ai décidé de quitter ce parti ...
Sur ma décision personnelle,je ne suis plus membre du MoDem!

C'est en écoutant la radio, ce matin, que j'ai appris que Michel Mercier, un excellent homme, en qui j'ai toujours grande confiance, Président de la Fédération lyonnaise du MoDem, vient de démissionner ...

Pour ceux qui n'ont pas une connaissance suffisamment pointue du panorama, voici ce que je leur suggère de retenir.

1. Michel Mercier est l'un des bras droit de François Bayrou. Avec Marielle de Sarnez et Corinne Lepage, il fait partie du staff rapproché de François Bayrou. C'est, comme on dit dans le jargon, un poids lourd du MoDem. Il est d'ailleurs Sénateur.

2. Anne Marie Comparini, déjà, pour des raisons personnelles (?), avait abandonné la politique ... Elle était, elle aussi, un poids lourd. Ancienne Présidente du Conseil Régional de Rhônes Alpes, fidèle Raymond Barre.

3. Dans le département du Rhônes, la stratègie retenue par la Fédération du Rhônes avait été de constituer des listes autonomes pour le prochain scrutin municipal afin de pouvoir mieux négocier une fusion avec celui qui serait le plus susceptible de gagner le combat sévère qui s'annonce entre Dominique Perben (UMP qui n'a JAMAIS perdu une élection!) et Gérard Colomb, actuel maire, dont il se murmure, ici où là, qu'il pourrait bien être réélu dès le premier tour.  La Ville de Lyon étant un enjeu dont il ne faut pas dissimuler l'importance ...

4. Forcément, ça complique un peu les choses! Une victoire dès le premier tour pour les socialistes et c'est le MoDem qui se trouve marginalisé avec une dizaine d'élus tout au plus dans un conseil qui en comporte au moins 90, voire plus d'une centaine. Qui plus est, sans perspective d'accéder à des postes de responsabilité au niveau de la Communauté Urbaine, autrement connue sous le nom de "Courly" (pour COmmunauté URbaine de LYon).

5. Du coup, la Fédération du Rhône du MoDem explose en plein vol ... et chacun retourne à ses amours antérieurs ... C'est à dire la droite républicaine pour bon nombre d'ancien UDF et la gauche de gouvernement pour bon nombre de nouveaux adhérents!

6. Je souhaite bon vent à tous ces gens!

7. J'ai juste une question : Vont-ils, tous ceux qui vont rejoindre d'autres listes (U.M.P ou P.S.), être eux aussi suspendus comme je l'ai été moi-même? Mieux : vont-ils recevoir de la part du même Philippe Arnaud (il va finir par devenir célèbre avec toute la pub que je lui fais!) une lettre en recommandé avec avis de réception aussi salement rédigée que le fut celle à moi destinée?
Parce que s'ils n'en reçoivent pas une, tout comme moi, il faudra en arriver à la conclusion qu'il y a deux poids et deux mesures au MoDem ... Ce n'est pas fait pour arranger les choses!


Mardi 25 septembre 2007 2 25 /09 /Sep /2007 18:56
- Publié dans : François Bayrou - Communauté : Militants du Modem - Par Jacque Heurtault
Donnez votre point de vue ...
Grâce à traval de Isabelle Dupéron, membre du Modem, que j'ai rencontré à Seignosse, vous allez pouvoir prendre connaissance d'un condensé du discours de clôture de François Bayrou. 

Cela représente, sans qu'il n'y paraisse, un travail conséquent. 

Les puristes pourront, grâce au lien, retrouver le texte complet du discours. Il pourront s'assurer ainsi que le condensé n'a pas altéré le texte originel.

Merci à Isabelle pour son travail. Vous aurez, prochainement j'espère, la possibilité de lire un document dont Isabelle est l'auteure traitant du sujet crucial des "valeurs". A ma demande, elle a bien voulu entreprendre un travail de condensation afin que l'article soit publiable. Le document originel fait plus de 30 pages et n'est pas publiable, de ce fait, sur un blog.

Début de citation :

DISCOURS DE F. BAYROU (EXTRAITS)
CLÔTURE DU FORUM DES DEMOCRATES
 
Nous porterons un seul nom – et c’est un grand nom – le Mouvement Démocrate. Le temps est venu que nous nous définissions, non pas par rapport aux autres, mais par rapport à nous-mêmes, à ce que nous sommes, à ce que nous voulons. Je n’ai jamais renié ce qu’il y a de juste dans l’aspiration du centre ; mais dire « centre », c’est se définir par rapport à la droite et par rapport à la gauche. Et nous, nous sommes démocrates ! Nous sommes démocrates, d’abord parce que « démo » veut dire « peuple », et parce que nous croyons au peuple davantage qu’à toutes les oligarchies, à toutes les confiscations de pouvoir et de privilèges. Nous sommes démocrates parce que nous croyons que l’état de citoyen est un état supérieur d’appartenance à la Cité. Et il y a un grand courant démocrate en formation dans le monde. Et le monde a besoin de ce courant.
En France avec nous, et bientôt, je le crois, dans l’ensemble des pays européens, l’organisation des démocrates dira que l’avenir ne se résume pas à la fatalité et à la soumission aux dominants.
La question est celle-ci : soumission ou résistance au modèle dominant dans le monde ? Il y a un modèle dominant, extraordinairement efficace, extraordinairement puissant. Ce modèle, c’est ce que j’ai appelé le « modèle d’inégalité croissante », où les inégalités s’accumulent au travers des générations. Une étude parue cette semaine montre que l’augmentation du niveau de vie des Etats-Unis, ces dernières années, a profité entièrement aux 5 % les plus riches de la population américaine, et, pour la moitié, aux 1 % les plus riches. Les 95 % autres, ceux qui travaillent, ceux qui triment, pour créer une croissance de l’ordre de 4 % par an, ceux-là ont stagné et reculé ! C’est une société inégalitaire, et ce n’est pas l’aspiration de la société française. L’inégalité croissante comme moteur des sociétés ; l’accumulation continue de capital au profit de quelques uns ; la prééminence de l’univers financier, obsédante, et qui fait que ce qui défile constamment au bas des écrans des chaînes d’information, ce sont les cours de la Bourse ; l’influence incroyable de cet univers sur la politique américaine – tout cela, c’est un modèle de société, et ce n’est pas le nôtre.
Je croyais, je crois, je croirai toujours que face à ce modèle dominant, quand bien même tout le monde plierait, il y aurait toujours dans le monde une résistance, et que cette résistance, c’est celle de la France ! Et si j’ai eu depuis longtemps une confrontation avec Nicolas Sarkozy, une confrontation sur le fond, c’est sur ce modèle de société. J’ai avec lui un conflit de valeurs, et cela va bien plus loin qu’une divergence sur les « mesures », comme on dit, qu’il faut décider et prendre. Ses choix montrent qu’il conduit la France, non pas à la résistance contre ce modèle dominant, mais à l’alignement sur ce modèle dominant !
C’est une question de valeurs ! Tous les hommes d’Etat français, depuis le premier jour de la cinquième République, tous ont partagé implicitement le même patrimoine de valeurs profondes. Qu’ils fussent de droite, de gauche, du centre, et pour certains, au-dessus, – ils avaient en commun une chose : ils ne s’alignaient pas. Ils étaient les porteurs et les garants de cette flamme de l’indépendance française, et de cette idée que nous, France, parmi les nations, notre destin était de porter des valeurs universelles pour le monde ! Chacun à sa manière, Charles de Gaulle, George Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac.
 Et dans cette chaîne, voilà la rupture. Pour la première fois, avec des grands mots, avec de grandes figures, avec des citations à la pelleteuse de Jaurès – en réalité, au-dessous, l’œuvre entreprise, c’est l’alignement de la France sur le modèle qui domine le monde, et sur l’administration qui l’incarne le plus ouvertement. Le modèle où l’on propose l’argent comme valeur ! La ministre de l’économie, l’a dit, naïvement peut-être : le but du gouvernement, c’est de « réhabiliter l’argent, corollaire du succès ». Je pensais qu’il y a bien des choses à réhabiliter en France : l’effort, l’esprit critique, l’idée de justice, l’esprit démocratique, la séparation des pouvoirs, le respect des citoyens, l’amour de la liberté, mais j’avoue qu’il ne m’était pas venu à l’esprit que le but du gouvernement de mon pays pût être de réhabiliter l’argent. Et je conteste, en tant que père de famille, que le gouvernement vienne me dire que l’argent est le « corollaire du succès ». Comme pères de famille, comme éducateurs, nous passons notre vie, et c’est parfois difficile, à expliquer qu’il y a autre chose dans la vie, d’autres dignités, d’autres grandeurs, d’autres succès que l’argent ! Et nous aimerions bien que le gouvernement nous aide dans cette bataille qui consiste à transmettre à nos enfants une hiérarchie des valeurs, morales, intellectuelles, philosophiques, spirituelles !
L’argent, les biens matériels, il en faut, il y a beaucoup de gens qui en manquent ; quelque chose me dit qu’il y aura dans les mois qui viennent, beaucoup de Français qui en auront moins. Les premières décisions du gouvernement, les premiers votes de la majorité ont été pour distribuer 15 milliards d’euros que la France n’avait pas, aux plus aisés de nos compatriotes. On a aggravé le déficit du pays alors qu’il fallait le réduire, pour faire, selon le mot du Ministre des Finances allemand, des cadeaux à une clientèle électorale. Et bien sûr, ce n’est pas juste. Mais mon inquiétude va au-delà : je crains que ce ne soit contre-productif. Car si on voulait dépenser cet argent, il fallait le concentrer sur la production et l’emploi (c’est ce que je proposais, à ma manière, de faire avec les deux emplois sans charges). Quand le moment viendra où, en raison de ces décisions, nous allons être rattrapés par la réalité – par l’impératif des comptes qui dérapent – alors ces largesses vont revenir en boomerang, et les Français vont répondre : « vous nous demandez des efforts à nous qui avons peu, pourquoi alors avez-vous été si généreux avec ceux qui ont beaucoup ? ».
Il y a dans la majorité des hommes et des femmes de droite qui, sans pouvoir le dire, sans oser le dire, partagent cette inquiétude. Mais – et c’est un drame pour la France – nous avons des institutions qui interdisent la parole libre. Nous avons des institutions et une pratique institutionnelle qui sont indignes d’un grand pays comme le nôtre, indignes d’une démocratie ! Nous, le pays de la Révolution, nous acceptons tous les jours quelque chose qui n’est accepté dans aucun autre pays du monde démocratique : nous acceptons l’absolutisme présidentiel ! Le Président de la République décide de tout, tranche sur tous les sujets, le gouvernement a disparu. Chacun pour être bien vu du pouvoir se précipite dans un concours de lèche permanent, le cirage de pompes est devenu un sport national dans notre pays. Les journaux économiques les plus sérieux vous expliquent que les grandes décisions qui vont concerner l’avenir économique de la nation ne peuvent être prises que par le Président lui-même. Et l’absolutisme présidentiel est devenu tel que le secrétaire général de l’UMP s’est cru obligé de faire une très sérieuse déclaration publique pour dire qu’il va falloir que l’on règle en France le statut de l’épouse du chef de l’Etat : « il faut le faire, dit-il, nous sommes en retard : les monarchies ont traité cette question depuis longtemps ». En quel temps vivons-nous, qu’il faille rappeler au premier responsable du parti au pouvoir que, précisément, nous ne sommes pas une monarchie –  nous sommes une République, et nous avons bien l’intention de le rester ?
Nous nous fixons comme but, comme citoyens, de faire sortir la République de l’absolutisme et de la faire entrer dans l’ère nouvelle d’une authentique démocratie, comme celles qui existent dans les pays du même niveau de développement que le nôtre. Et pour cela, de retrouver la pierre de fondation de toute constitution démocratique, qui est la séparation des pouvoirs.
Nous allons commencer dans les semaines qui viennent la construction qui consiste à défendre dans notre pays une idée d’une démocratie de plein exercice, dans laquelle les citoyens sont pris au sérieux, et pas seulement considérés comme des objets de communication.

Fin de citation.
Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 07:56
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

Je reproduis ci-dessous un article que Corinne Lepage publie sur son blog ...

Je ne saurais dire pourquoi précisément mais j'apprécie beaucoup Corinne Lepage. Je me dis : enfin une "écolo" responsable, une "écolo" vraiment verte ... Rien à voir avec ceux et celles qui sont vertes à l'extérieur mais rouges à l'intérieur. J'en connais plusieurs dans cette catégorie. Ce sont généralement des déçus du Parti Socialiste qu'il ne trouvent pas suffisament "révolutionnaire" ...

Avec Corinne Lepage, rien à voir de tout cela ... Nous avons affaire à une personne rationnelle, autrement dit raisonnable. C'est précisément cela qui me convient car avec ces gens-là, on peut forcément discuter même si on n'est pas d'accord (y compris sur des sujets importants comme le nucléaire et la nouvelle technologie dite "EPR").

Pas étonnant que nous nous retrouvions au MoDem ...

Début de citation :

Corinne Lepage: imaginons le Modem

Je suis particulièrement heureuse après ces périodes de stress de retrouver mon blog et plus précisément de m' exprimer sur ce blog d'été.

Nous avons décidé de nous investir pleinement dans la fondation du MoDem. Si nous l'avons fait, c'est parce que nous voulions construire quelque chose de nouveau, qui ne soit pas l'UDF, qui ne soit pas d'avantage CAP21, mais qui soit ce parti de la société civile, en prise directe avec la nouvelle exigence démocratique de nos concitoyens pour reprendre en main leur avenir dont ils avaient le sentiment qu'il ne leur appartenait plus.
J'ai été enthousiasmée par ces milliers de jeunes, dont certains n'avaient jamais eu d'appartenance politique et qui étaient portés par l'espoir de pouvoir enfin agir eux-mêmes. Nous sommes en train de changer de monde.

L'urgence écologique, qui se traduit aujourd'hui par l'apparition d'une nouvelle économie, la nécessité de transformer profondément nos institutions pour passer d'une république bananière à une véritable démocratie, le besoin désormais urgentissime de changer l'administration française pour lui donner les moyens de sa modernité et de son efficacité constituent autant de chantiers qu'il convient de mettre simultanément en oeuvre.
Certes, les projets du président la république sont multiples. Nous aurons, dans un esprit constructif et objectif à nous prononcer sur les réformes et à formuler éventuellement des critiques ou des propositions alternatives. Mais nous avons aussi à mettre en chantier notre propre projet de société .
Le Modem est la seule nouvelle force qui émerge dans notre vie politique. Le fait que plus de 45 000 personnes aient souhaité adhérer à un mouvement qui n'est qu'en formation démontre suffisamment l'attente de nos concitoyens.

Je souhaiterais que mon blog soit tout au long de l'été un lieu de débats très actifs sur ce que les adhérents du Modem et d'autres qui sont intéressés par nos réflexions, attendent du Modem, sur les très grandes orientations qu'ils souhaitent lui voir prendre et sur la manière dont ce parti pourrait être un modèle en termes de fonctionnement démocratique . Venez nombreux débattre avec moi-même et tous ceux qui  voudront nous rejoindre.

Cela ne m'empêche pas de vous souhaiter d'excellentes vacances.
 
Corinne Lepage

Fin de citation.

Nous allons débattre, Corinne! J'adore ça ...

Dimanche 1 juillet 2007 7 01 /07 /Juil /2007 15:16
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

En tant qu'adhérent du Mouvement Démocrate, je viens de recevoir une lettre-circulaire de la part de François Bayrou.

J'ai souhaité vous la faire partager.

Début de citation :

Chers amis,

La phase électorale s’est achevée avec le deuxième tour des élections législatives. Il m’a paru nécessaire d’adresser à chacun d’entre vous une réflexion sur le bilan et sur les perspectives ouvertes par ce grand tremblement de terre que constitue toujours une élection présidentielle suivie d’élections législatives.

 

Le résultat obtenu au premier tour de l’élection présidentielle a été remarquable (avec près de 19% des voix, c’est un des meilleurs résultats de tous les temps pour notre famille politique au sens le plus large).

 

Ce résultat, c’est l’apparition d’un espace politique nouveau dans notre vie démocratique. Cet espace que j’appelle démocrate sera la clé de toute l’évolution ultérieure non seulement de la politique, mais de la société française. Pour la première fois, toutes les couches sociales, toutes les régions, spécialement les grandes villes, autrefois très éloignées de l’UDF, ont participé à cet immense espoir. Ma conviction est que cet espoir ne sera pas oublié dans les années qui viennent dès lors que les Français rechercheront des alternatives. En tout cas, cet espoir n’a de sens que s’il répond à une vision positive et constructive, une vision renouvelée, de l’avenir de la France et de l’Europe.

 

Malgré l’extrême difficulté du scrutin législatif, nos candidats, pour beaucoup jeunes et sans notoriété ont obtenu plus de 8% des voix en moyenne dans les circonscriptions où ils se présentaient. Vous connaissez les résultats : l’injustice de la loi électorale n’a laissé à l’UDF - Mouvement démocrate qu’une poignée d’élus. Ce mode de scrutin est dévastateur. Le journal Le Monde a calculé que sur la base des voix obtenues le 10 juin, au premier tour des législatives, un mode de scrutin proportionnel, à l’allemande par exemple, nous aurait offert 61 sièges, et sur la base du premier tour de l’élection présidentielle, c’est plus de 130 sièges que nous aurions pu obtenir.

 

Bien sûr, nous connaissions les contraintes de ce mode de scrutin, et je n’en ignorais aucune des difficultés.

 

Pourquoi alors n’avoir pas choisi d’entrer dans la majorité de Nicolas Sarkozy ? Ou pourquoi, comme d’autres nous y poussaient n’avoir pas fait alliance avec le Parti socialiste ? Pourquoi être parti au combat sous nos propres couleurs, assumant tous les risques d’une telle élection ?

 

Ma réponse est celle-ci : nous ne sommes pas une sous-marque, ni une variante de l’UMP ou du PS. Nous sommes le courant politique démocrate, autonome, authentique, qui a sa vision, ses valeurs, et dont l’absence depuis des années coûte cher à la France. Et cette autonomie, c’était la seule manière de le montrer, une fois pour toutes, de manière éclatante qui nous étions et ce qu’était notre projet. Il fallait en passer par là pour que cette preuve soit apportée.

 

Si j’avais, à la suite de la plupart des députés, choisi explicitement ou implicitement d’entrer dans la majorité présidentielle, la cause était entendue : la bipolarisation l’aurait définitivement emporté et nous en serions revenus à la case départ.

 

Si nous n’avions pas affirmé cette autonomie, pour toujours, en tout cas pour des décennies, à chaque élection, les électeurs de bonne foi se seraient détournés de nous, nous considérant comme sympathiques sans doute, mais voués à la soumission dans un camp ou dans un autre.

 

Cela nous a coûté. Une vingtaine de nos députés a rejoint la majorité pour assurer leur élection, même si deux d’entre eux n’ont pas pu être réélus. Nous avons été quatre à choisir de nous battre sous nos couleurs ; deux ont perdu, injustement et de peu : Gilles Artigues et Anne-Marie Comparini. Je leur confierai des responsabilités dans notre famille politique et je ferai tout pour que soit corrigée l’injustice qui les a frappés.

 

Cette épreuve est difficile, sans doute. Mais elle était un passage obligé pour la naissance d’un courant politique nouveau.

 

Je considère que ce courant politique manque cruellement à la France et que c’est le moment de l’affirmer.

 

En effet, autour de nous l’offre politique est fixée. L’UMP est vouée à être l’exécutant de l’exécutif. Et le parti socialiste a choisi l’immobilisme, et ne peut d’ailleurs faire un autre choix avant longtemps, car ce choix suppose la fixation d’une ligne politique en même temps que la désignation (et l’acceptation) d’un leader. Visiblement, l’une et l’autre des deux décisions apparaissent aujourd’hui comme impossibles à prendre.

 

Cela nous donne la mesure de nos responsabilités.

 

Il nous revient d’être la force de renouvellement de la vie démocratique en France. C’est une immense ambition. Mais je ne la perdrai pas de vue dans les années qui viennent. Si nous accomplissons cette ambition, si nous travaillons dans cet esprit, alors les Français se tourneront vers nous lorsque sera venu le constat des désillusions d’un côté, des blocages insurmontables de l’autre.

 

Mais si nous sommes indépendants, nous ne jouerons pas la politique du pire.

 

Je veux vous dire quelle est ma vision et mon jugement sur le nouveau gouvernement et sur l’action de Nicolas Sarkozy comme président de la République.

 

Je pense que les premiers pas ont été habiles. La composition du gouvernement, reprenant le principe de l’ouverture que j’ai défendue pendant la campagne (y compris contre le candidat de l’UMP) a affiché un « générique » attrayant. La photo est bonne.

 

J’ai l’intention de faire crédit au gouvernement et de lui donner sa chance d’avancer ou de marquer des points.

 

Deux points m’inquiètent : d’abord les finances publiques. Pour l’instant la communication du gouvernement est tout entière fondée sur des dépenses nouvelles. Soit des cadeaux fiscaux (droits de succession, heures supplémentaires, intérêts d’emprunts immobiliers) soit l’annonce d’augmentation massive des dépenses (hôpitaux, universités, recherche militaire, etc.). Ces dépenses doivent atteindre au moins 20 milliards d’euros, alors que le déficit si lourd du budget de l’État était déjà de 39 milliards. Si ces estimations sont exactes, l’aggravation du déficit serait de l’ordre de 50 % ! Peut-être ne nous a-t-on pas tout dit, puisque qu’il n’a pas été question d’économies pour cette année, mais en l’état actuel des choses, je considère que nous devons être inquiets de cette orientation.

 

De même, le choix du président de la République d’être lui-même en première ligne de toutes les décisions et de tous les contacts annoncés, de faire tout remonter jusqu’à lui, est un signe d’engagement et d’activité. Mais il n’y a aucun pays qui se gouverne utilement ainsi en concentrant au sommet toutes les décisions et toutes les actions. Cette présidentialisation forcenée est sans aucun doute une question pour l’avenir. La France est un grand pays, très divers, complexe : il a besoin de partenariats, de décentralisation des décisions. Et toute concentration supplémentaire, qui peut paraître sympathique en termes de communication, est en fait un facteur de faiblesse pour l’avenir, du moins je le crains. Toute la tradition libérale et démocratique, tous les descendants de Montesquieu et de Tocqueville, ont dénoncé depuis deux siècles une pareille dérive.

 

Ce sont mes deux craintes principales à l’heure où j’écris ces lignes.

 

Les autres actions du gouvernement, nous les jugerons sur pièce.

 

L’accord européen trouvé à Bruxelles permet certes de trouver une « issue » à la crise. Mais comme l’ont noté Jean-Claude Junker, Romano Prodi, et d’autres dirigeants pro-européens, c’est au prix de bien des renoncements. Le but à atteindre était un traité simplifié, lisible par tous, compréhensible par les citoyens pour aller vers la transparence démocratique des institutions européennes. On aura un traité illisible, collection d’amendements aux traités européens antérieurs. Toute référence aux symboles de l’Europe a été gommée et supprimée : plus de préambule, plus de rappel des valeurs communes, plus de référence au drapeau, à l’hymne, à la devise, amoindrissement de la charte des droits fondamentaux. La mise en œuvre des règles nouvelles de droits de vote a été repoussée à 2014 (et même, en fait, à 2017). En attendant, on continuera avec le traité de Nice, ce qui est une mauvaise nouvelle pour l’Europe. Plus mauvaise nouvelle encore, l’ambiance du sommet, où les eurosceptiques tenaient en fait le haut du pavé, et ont saisi toutes les occasions de faire reculer l’Europe.

 

Mais il est juste aussi de dire que des acquis importants ont été préservés (le président pour deux ans et demi, le haut-représentant pour la politique étrangère) ou ajoutés (l’affirmation de la solidarité européenne en matière énergétique).

 

Pour ceux d’entre nous qui ont promu l’idée d’une constitution pour l’Europe, c’est le constat d’une marche arrière. L’Europe de l’inspiration a reculé. Pour les pragmatiques, il conviendra de tirer de cette situation le meilleur du possible. En tout état de cause, nous devrons lire avec attention le texte définitif, tel qu’il sera établi à l’automne par la Conférence intergouvernementale (CIG), avant d’exprimer un jugement définitif sur l’issue de cette crise.

 

Le gouvernement a lancé une réforme de l’université, annonçant une « autonomie » des universités françaises. Le premier ministre, qui a exercé à d’autres époques les fonctions de ministre de l’enseignement supérieur et de ministre de l’éducation nationale, a même indiqué qu’il s’agissait de « la réforme la plus importante de la législature ».

 

S’il s’agit réellement d’une réforme importante, elle ne peut réussir que si la méthode suivie n’est pas celle du passage en force. Le passage en force, contrairement à ce qu’on dit souvent pendant les campagnes électorales, ne peut pas marcher pour des décisions importantes sur des sujets sensibles dans nos sociétés modernes.

 

Il y a beaucoup d’aspects de la vie des universités qui exigent une plus grande autonomie dans la gestion de tous les jours, dans l’administration, dans les décisions budgétaires, dans la recherche de financements. Mais la question du déclassement éventuel des petites universités est une grande question nationale : on ne peut pas la considérer comme secondaire. De même la question des moyens, qui est la question prioritaire de l’université française ne peut pas être négligée : elle est intimement liée à la situation actuelle de l’université. Enfin la question du recrutement des futurs universitaires est la question clé : une grande université, c’est une université où enseignent et recherchent les plus éminents.

 

Le simple énoncé de ces questions montre clairement qu’il s’agit d’une œuvre de longue haleine, qu’il serait dangereux et contre-productif de vouloir régler à la va-vite.

 

Le « paquet fiscal » qui additionne des cadeaux faits au contribuable sera soumis au parlement pendant cet été. Deux questions se posent, celle de l’efficacité et celle de la justice d’un tel dispositif. Pour la justice, on sait que ces libéralités s’adressent évidemment pour l’essentiel aux plus favorisés. Pour l’efficacité, je n’ai jamais cru qu’il suffisait de dépenser l’argent que l’on n’a pas pour « relancer » l’économie d’un pays, surtout en économie ouverte sur le monde… Si cela était vrai, d’autres que nous se seraient lancés dans une politique de cet ordre. Or personne au monde ne l’a fait sans dommage. Toujours les avantages fiscaux se sont accompagnés d’une politique de baisse des dépenses publiques et non pas d’augmentation de ces dépenses. Sur ce point, je vous promets la plus grande vigilance.

 

En tout état de cause, notre attitude sera ouverte, constructive, et rigoureuse.

 

Les premiers, nous avons deviné l’affaiblissement et l’effacement des repères habituels de la droite et de la gauche. La preuve : de nombreux socialistes siègent désormais au gouvernement de Nicolas Sarkozy, alors que ses soutiens et lui-même affirmaient pendant la campagne qu’un tel mélange serait « antidémocratique ».

 

Ce choc culturel ne fait que commencer.

 

Notre volonté, c’est de construire au centre de la vie politique française un mouvement démocrate pour la France.

 

Et la condition de ce projet, c’est qui puissent enfin travailler ensemble des femmes et des hommes venus d’horizons différents. Ceux qui ont construit l’UDF et ceux qui viennent d’ailleurs : tous les démocrates ont leur place dans cette maison nouvelle, qu’ils se sentent au centre droit, au centre gauche, ou tout simplement en recherche d’un idéal politique nouveau. Le projet du Mouvement démocrate, c’est de leur apprendre à vivre et travailler ensemble parce que la France aura besoin du projet qu’ils porteront. Qui ne voit qu’il y a dans ce nouvel espace la clé de l’avenir de la politique française, pourvu que son indépendance et sa liberté d’esprit ne soient pas un mot vide de sens !

 

C’est difficile, bien sûr, de vivre et travailler ensemble. Au début, il arrive qu’on se soupçonne : les nouveaux craignent parfois chez les adhérents plus anciens une volonté de verrouillage ; les anciens perçoivent les nouveaux adhérents comme une menace, parce qu’ils les connaissent mal. Cela est tout à fait normal. Mais lorsque les rencontres se font, alors chacun découvre que l’autre, au fond, lui ressemble et que l’engagement est de bonne foi. En tout cas, il y a un point qui, pour moi, est essentiel : c’est du croisement de ces expériences, de ces parcours différents, que dépendra notre capacité à parler à notre peuple un langage nouveau ! Il faut donc que l’ouverture d’esprit, le partage des responsabilités, soient une réalité. Mais cela ne se fera pas au hasard : nous allons mettre en place des processus de décision, d’intégration, qui donneront des garanties à tout le monde, et que nous définirons ensemble.

Pour préparer tout cela, voilà quel est le calendrier que je propose, dans ses grandes lignes :

dès cette semaine, je commencerai une série de réunions avec les adhérents, de l’Udf et du MoDem, dans un certain nombre de grandes régions françaises. Vous trouverez ci-dessous le calendrier de ces rencontres qui auront lieu à huis clos, donc sans journalistes, mais dont le compte-rendu précis sera disponible sur notre site.

Le 12 juillet, avant le départ en vacances de la plupart d’entre vous, je réunirai un bureau politique de l’UDF.

À la sortie des vacances, vraisemblablement à la mi-septembre -13, 14, 15, 16 septembre- nous réunirons des Assises de la Démocratie, dont le but sera de réfléchir à ce que doit être un parti politique dans notre XXI° siècle (principes d’organisation, statuts, méthodes de travail).

Fin octobre ou début novembre, sera organisé notre congrès national.

Et tout cela s’accompagnera de la préparation partout en France des élections municipales, à propos desquelles je vous adresserai une note particulière dans les jours qui viennent.


Mais nous ne devons pas oublier que le plus important, c’est le projet. Le modèle de société français et européen, confronté à la mondialisation, est en panne de futur. Il est en panne de vision. Nous avons commencé à renouveler cette vision, mais cela ne suffit pas. Ma conviction la plus profonde est que seul le projet démocrate, parce que son but est non pas matérialiste mais civique, parce qu’il vise à la conscience et à la responsabilité de tous les citoyens, est à même de répondre aux questions de notre temps, qui touchent à la condition matérielle et morale des femmes et des hommes, des familles de notre temps. Ce projet, j’entends que nous le préparions de la manière la plus profonde et la plus ouverte, associant comme je l’ai promis milieux intellectuels et citoyens, à égalité de dignité et de responsabilité. Internet et réseaux citoyens joueront un grand rôle dans ce travail profond.

 

Je m’adresserai régulièrement à vous dans les semaines et les mois qui viennent.

 

Je vous assure de mon amitié.

 

François Bayrou

Fin de citation.

 

Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 18:57
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

Je ne fais pas preuve d'une grande originalité, ce soir, en diffusant la déclaration de François Bayrou. Tout le monde l'attendait. Eh, bien! La voici.

Elle me convient parfaitement.

Début de citation :

Mesdames, Messieurs,

Je n’ai à cet instant que deux sujets à l’esprit. Le premier sujet, c’est la France, que j’ai scrutée pendant ces mois de campagne électorale, que j’ai rencontrée en milliers de visages différents, la France qui s’inquiète, qui souffre, qui est déchirée, bien plus qu’elle ne l’a jamais été, et en même temps, la France riche de potentiel, riche de promesses, la France qui voudrait y croire.

Et j’ai à l’esprit aussi, et plus que tout, les quelque sept millions de Français qui m’ont donné leur confiance, qui ont mis leur espoir dans cette démarche nouvelle, faisant surgir d’un coup la troisième force politique française, la seule force nouvelle de notre pays. Les sept millions de Français et tous ceux qui ont eu à un moment ou à un autre l’envie de se joindre à eux, et parfois qui le regrettent. Cela fait un immense espoir.

Il y a désormais dans notre pays trois forces politiques, une à droite, une à gauche, et une au centre. Et c’est le centre qui est la force nouvelle.

Je veux vous parler de l’avenir.

La France a trois problèmes : nous sommes un pays à la démocratie malade ; nous sommes un pays au tissu social déchiré ; nous sommes un pays en manque de croissance.

Notre démocratie est malade de la confiscation du pouvoir, de l’incapacité à faire vivre le pluralisme, des difficultés de la presse, de l’absence de séparation des pouvoirs, y compris du pouvoir économique, de la connivence entre les mondes des affaires, médiatique et politique, de la crise de la justice. Le citoyen n’a pas l’impression d’y trouver sa place. La société civile y est méprisée.

Nous avons à reconstruire, depuis les fondations, notre démocratie.

Le tissu social est déchiré. Partout on croise de lourdes misères, personnes âgées aux ressources très faibles, travailleurs pauvres, difficultés de logement, partout la couleur de la peau, la consonance du nom, la religion, dressent les Français les uns contre les autres, partout le quartier où l’on vit, l’adresse postale, forment ghetto. Entre les policiers et les jeunes, entre les différents quartiers, entre personnes au travail et personnes au chômage ou aux minima sociaux, on se regarde du coin de l’œil, on s’épie, et on est prêts à s’affronter. L’école elle-même, le lieu même de l’égalité des chances, est en situation de doute et d’échec.

Nous avons à retisser notre société.

Nous sommes en panne de croissance. À ce sujet, on prend souvent l’effet pour la cause. Nombre de nos compatriotes par exemple considèrent que le chômage et la faiblesse du pouvoir d’achat sont des maux de notre pays. Ces maux sont des symptômes. Le mal c’est l’absence de croissance. Si nous avions de la croissance, nous aurions des emplois (beaucoup sont à libérer) et nous aurions du pouvoir d’achat à répartir. Beaucoup de nos compatriotes considèrent que l’immigration est la cause de nos maux. La situation de l’immigration est une conséquence. Un pays qui va bien sait intégrer, faire vivre ensemble. C’est l’emploi qui intègre. J’ai rencontré des milliers de jeunes Français d’ascendance immigrée. Ils m’ont tous dit une seule chose : donnez nous du travail et tout le reste s’arrangera ! Donnez nous du taf !

Ma conviction est celle-là : les trois maux de la France, ils doivent être soignés et réparés ensemble !

Or, parlons franchement : Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, dans le face à face sempiternel de la droite sempiternelle et de la gauche sempiternelle, vont non pas réparer mais aggraver l’un ou l’autre de ces maux.

Nicolas Sarkozy, par sa proximité avec les milieux d’affaires et les puissances médiatiques, par son goût de l’intimidation et de la menace, va concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l’ont été. Par son tempérament, et les thèmes qu’il a choisis d’attiser, il risque d’aggraver les déchirures du tissu social, notamment en conduisant une politique d’avantage au plus riche.

Ségolène Royal paraît mieux intentionnée en matière de démocratie, encore que le parti socialiste n’ait rien fait quand il était au pouvoir pour corriger ces maux, plus attentive à l’égard du tissu social, mais son programme, multipliant les interventions de l’État, perpétuant l’illusion que c’est à l’État de s’occuper de tout, et qu’il peut s’occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l’encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur créativité et leur équilibre.

Les deux candidats ont de surcroît promis une augmentation absolument délirante des dépenses publiques, de l’ordre de 60 milliards d’euros chacun, dans un pays endetté comme le nôtre, l’un des deux ajoutant une baisse totalement improbable des prélèvements obligatoires dans une proportion que ni Reagan ni Mme Thatcher n’ont jamais approchée même en rêve.

Notre pays a un problème de démocratie, un problème de fracture sociale, un problème d’économie, un problème de dette. Nicolas Sarkozy va aggraver les problèmes de la démocratie et la fracture du tissu social, Ségolène Royal, par son programme, va aggraver durablement les problèmes de l’économie et l’un comme l’autre vont déséquilibrer le déficit et la dette.

De surcroît, par leur choix de l’affrontement camp contre camp, ils affaiblissent durablement la France.

Dans les deux cas, sauf correction forte que je n’aperçois pas, et dont je tiendrai compte si elles intervenaient, ce qui se prépare, après les belles promesses, c’est une nouvelle déception du pays, une impuissance, une paralysie.

Dans cette situation, je ne donnerai pas de consigne de vote. J’estime que les Français qui ont voté pour moi sont en conscience des citoyens libres de leur choix.

Je ne reviendrai pas en arrière sur notre chemin de liberté. Je ne cherche ni n’accepterai aucune soumission ou ralliement à l’un des deux camps.
 
Je veux au contraire garantir aux Français que quel que soit le vainqueur, ils trouveront pour les représenter une force de contre-pouvoir, libre, capable de dire oui si l’action va dans le bon sens et non si elle va dans le mauvais sens. Capable, autrement dit, de faire sortir la politique des réflexes du toujours pour et du toujours contre, pour défendre l’intérêt général.

Fin de citation.

Cette déclaration me convient parfaitement, en effet.

1. Une analyse, même à très grands traits, particulièrement juste de la situation du pays et des programmes des deux protagonistes. De leur personnalité aussi ...

2. La seule conclusion qui s'impose :
- ouverture et écoute d'éventuels ajustements émanant de l'un et de l'autre afin que l'un et l'autre se rapproche du programme de François Bayrou
- pas de consigne de vote en faveur de l'un ou de l'autre.

Je sollicite, ce soir même, mon adhésion au nouveau Parti démocrate ...  

Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /Avr /2007 19:02
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

Monsieur le Président,

Très sincères et très chaleureuses félicitations pour votre brillant résultat obtenu Dimanche ....

Au dela du "pourcentage" pourtant historique (mieux que Jean Lecanuet en 1965, mieux que Raymond Barre en 1988 ...), ce sont les conditions même de l'obtention de ces brillants résultats qui marquent avant toute chose!

Un taux de participation exceptionnel (85%), un vrai laminage des partis extrêmistes qui, tous ensemble, font moins de 20% alors qu'ils frisaient les 40% en 2002, voilà la vraie signification de ce scrutin que l'on peut qualifier sans risque d'historique.

Les conditions s'en trouvent du même coup réunies pour que vous lanciez votre projet d'un nouveau Parti dont j'ai clairement entendu que vous l'appelleriez "Parti démocrate".

Démocrate, ça me va bien ... Si vous prenez une telle initiative, c'est avec enthousiasme que je solliciterai "votre haute bienveillance", selon la formule consacrée, pour que vous m'acceptiez parmi les vôtres.

Bien sûr, pour qu'une telle initiative réussisse, il faut, je vous livre là mon point de vue de citoyen, que vous restiez sur le terrain de la neutralité dans la campagne de second tour qui va s'ouvrir.

Pour tout dire, le meilleur moyen de marquer un certain détachement, pure expression de votre liberté, serait, judicieusement, que vous annonciez la création de ce nouveau Parti démocrate dès Mercredi prochain, jour où vous nous avez annoncé que vous vous exprimeriez .... En tout état de cause AVANT le second tour du 6 Mai. Nul doute que la résonnance d'une telle initiative serait rien moins que énorme! "Ils" sont si nombreux, dans l'establishment,  à attendre que vous vous ralliiez à tel candidat plutôt qu'à tel autre ...

Une telle annonce signifierait clairement que vous vous situez déjà dans la perspective des législatives de Juin.

On l'oublie un peu trop : pour un deuxième tour, aux législatives, il est tout à fait possible de se maintenir même si on est troisième ... Ce n'est pas une présidentielle! Il y aurait donc, on a bien le droit de rêver, 300 ou 350 "triangulaires" car, pour se maintenir, il suffit de réunir 12, 5% des inscrits, soit, avec un taux de participation de 85%, à peine 15% des exprimés ...

Vous savez déjà combien vous avez fait dans chaque circonscription ... 

Soucieux de préserver les équilibres, les électeurs pourraient bien vouloir une minorité d'UMP ET une minorité de P.S., voire une très forte minorité d'élus du nouveau Parti démocrate qui serait ainsi le véritable maitre du jeu dans la réalisation des orientations programmatiques du futur gouvernement.

On l'oublie un peu trop. Notre régime politique n'est pas un régime présidentiel. Quand le P.S. a gagné les élections de 1997, c'est le programme de Jospin qui a été mis en oeuvre , pas celui de Chirac! 

Voilà, Monsieur le Président, ce que je souhaitais vous dire, en toute simplicité.

 Je suis confiant pour la suite des évènements.

Jeudi 19 avril 2007 4 19 /04 /Avr /2007 23:12
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
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Ce fut le seul meeting du premier tour de cette campagne présidentielle auquel j'ai participé. Il y avait, dit-on, 17.000 personnes plus environ 2.000 à l'extérieur ... qui n'avait pas pu rentrer.

Je ne les ai pas compter ... évidemment! Mais je peux dire ce que j'ai vu :
1. Tous les gradins de Bercy étaient occupés. Pas une seule place de libre.
2. Le parterre, où l'on se tenait debout, était plein lui aussi. A peu près 3 personnes au mètre carré. Autrement dit une foule dense mais pas serrée. J'en faisais partie.
3. François Bayrou, arrivé par la porte principale, et donc dans les gradins du haut situés face à la tribune, a mis un quart d'heure pour parvenir à celle-ci.

J'ai écouté ... Et j'ai retenu cette référence à Louis Aragon. Il a cité ce poème si emblématique : "La Rose et le Réséda". Il nous a rappelé que Aragon l'avait écrit en référence à la Résistance, cette période si chargée d'Histoire qui vit un peuple se rassembler, toutes convictions confondues, pour entrer en résistance face à l'occupant illégitime.
François Bayrou a rappelé que c'était au nom des résistants et pour honorer leur mémoire que Aragon avait écrit ce poème. Il a cité Gabriel Péri, communiste, Honoré d'Estienne d'Orves, royaliste et Guy Môquet, lycéen de 17 ans, tous les trois fusillés ... Il a cité un quatrième nom dont je ne parvient pas à me souvenir mais dont j'ai retenu qu'il était de la famille démocrate-chrétienne, également fusillé.

Voici le poème d'Aragon ...

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

Louis Aragon

Extrait de
"La Diane Française"
édition Seghers



[Poésie de la Résistance]

François Bayrou a aussi cité Albert Camus, tout spécialement la lettre que ce dernier adressa à son instituteur après que celui-ci lui eut adressé ses félicitations pour avoir été lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1957.

C'est, en effet, parce que son instituteur fit les démarches pour que Albert Camus obtienne une bourse que ce dernier put aller au lycée et donc devenir le grand écrivain d'ores et déjà entré dans l'Histoire littéraire de la France.

Voici le texte de cette lettre.


Le 17 octobre 1957, l'Académie royale de Stockholm décerne le Prix Nobel de littérature à Albert Camus (1913-1960), «pour l'ensemble d'une ceuvre mettant en lumière les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes». La lettre que Camus adresse alors à M. Germain est certainement l'un des plus bels éloges du métier d'instituteur.


19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,


J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous.
Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève.
Je vous embrasse, de toutes mes forces.

Albert Camus
Je retiens donc deux idées majeures de ce meeting :
1. Un peuple a BESOIN d'être uni aussi largement qu'il est possible pour triompher des épreuves.

2. L'avenir d'un peuple, c'est sa jeunesse, laquelle s'épanouit principalement par l'action des enseignants.

François Bayrou EST l'élément fédérateur qui peut, de par sa position politique loin des extrêmes, rassembler les françaises et les français afin des les unir dans l'effort face aux épreuves qui nous attendent dans l'indispensable mise à jour historique dont nous avons besoin pour faire face à la tourmente de la mondialisation. 

 

Mardi 27 mars 2007 2 27 /03 /Mars /2007 22:40
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

"Il y a des marges de progrès qui ne coûtent pas d'argent"

Interview de François Bayrou

26.03.07

PRÉSIDENTIELLE 2007 : LES GRANDS DÉBATS DES ECHOS - A l'approche de l'élection présidentielle, Les Echos poursuivent leur série de grands entretiens sur les thèmes qui dominent la campagne.

Cinq acteurs de l'économie sont venus débattre avec François Bayrou de la "troisième voie" économique, sociale et institutionnelle qu'il défend en renvoyant dos à dos l'UMP et le PS. Emplois francs, relations avec l'administration, délocalisations, fiscalité, nouveau contrat de travail, nouvelle majorité, le président de l'UDF précise son projet avec un credo : on peut changer beaucoup sans beaucoup dépenser.

LE CANDIDAT UDF RÉPOND AUX QUESTIONS D'ACTEURS ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX.

JEAN-CHRISTOPHE WIART. Vous voulez donner la possibilité de créer deux emplois pratiquement exonérés de charges sociales pendant cinq ans. C'est l'une de vos principales propositions. Cela m'intéresse en tant qu'employeur, mais que se passera-t-il au bout des cinq ans ?

L'exonération de charges est valable cinq ans. Après, on revient dans le droit commun. C'est une mesure très simple, compréhensible par tous. Je crois à la vertu et à la dynamique de la simplicité. Si cette idée a du succès, comme je le pense, elle pourra être pérennisée. On en fera l'évaluation au bout de deux ans. Tous les artisans et commerçants que je rencontre, toutes les très petites entreprises comme la vôtre y sont favorables. L'autre jour, un artisan est venu me voir, les larmes aux yeux, pour me dire : « Si on avait eu cela bien avant, ma femme ne se serait pas crevée au travail comme elle l'a fait. » Ce n'est pas une mesure conjoncturelle. C'est la démonstration grandeur réelle que la concentration des charges sur le travail est un obstacle à l'emploi. J'attends de cette mesure plusieurs centaines de milliers de créations d'emploi la première année.

J.-C. W. Toutes les entreprises en bénéficieront-elles, même celles pour lesquelles ce serait juste une aubaine ?

Elles seront toutes concernées, sans aucune exception. Et, franchement, si Total crée deux emplois sans charge, cela ne me paraît pas très grave comme effet d'aubaine !

J.-C. W. C'est une mesure lisible. Mais vous proposez en contrepartie de concentrer les allègements de charges sur les salaires inférieurs à 1,3 SMIC. Cela ne risque-t-il pas de tirer les salaires vers le bas ?

J'y ai réfléchi. Je me suis borné à reprendre les conclusions d'un rapport de la Cour des comptes de 2006 sur les exonérations de charges. La Cour préconise exactement ceci. Convenez qu'entre 1,3 et 1,6 SMIC, le changement est tout de même marginal ?

J.-C. W. Où en êtes-vous dans votre réflexion sur la TVA sociale ?

Je ne me risquerai pas à la proposer comme « la » solution miracle. J'ai autour de moi autant d'ardents défenseurs que d'ardents adversaires de la TVA sociale. La concentration des charges sur le travail est néfaste. C'est le problème de nos sociétés qu'on appelle bismarckiennes, du nom du chancelier allemand qui a inventé cette répartition des charges. Cela rappelle le vieil impôt sur les portes et les fenêtres. On l'avait inventé car c'était facile. Mais on a commencé à voir les portes et les fenêtres se murer. Pourquoi ? Parce que, comme toujours, lorsque l'on concentre une taxe sur une seule base, celle-ci a tendance à s'échapper. Sur la TVA sociale, je veux être prudent. Nous avons déjà une TVA élevée.. Le transfert d'une partie des charges sociales sur la TVA, c'est au moins cinq points d'augmentation de la taxe. Même si l'on explique qu'elle ne pénalisera que les produits importés, qui ne s'en inquiéterait ? J'examine ce qui se passe en Allemagne, où la TVA vient d'augmenter de trois points, sans créer d'inflation. On peut imaginer d'autres pistes, mais aucune d'entre elles n'est évidente...

J.-C. W. Vous voulez établir une relation « amicale » entre l'Etat et les entreprises. Le dirigeant de petite entreprise que je suis ne peut qu'y être sensible. Mais comment obtenir la participation de tous, en particulier de l'administration, à ce changement ?

Je suis heureux que vous ayez relevé dans mes propos le terme « amical ». Je veux en effet faire de la France un pays pro-entreprise. Au lieu de considérer que l'administration n'a qu'un rôle de contrôle et de sanction, je voudrais qu'elle fasse du conseil. Autrement dit, que, à chaque fois qu'une infraction est constatée, son intervention soit précédée d'une recommandation.

J.-C. W. Beaucoup de dirigeants sont peu disponibles pendant la semaine pour régler leurs problèmes administratifs. Pourquoi ne pas ouvrir les administrations le samedi matin ?

Excellente suggestion. Cette mesure ne coûterait pas un euro à l'Etat et rendrait la vie plus facile. Ce que vous venez de suggérer montre qu'il y a d'immenses marges de progrès en France, qui ne coûtent pas d'argent.. C'est aussi le sens de la proposition que je fais de remplacer le système de la caution-logement par une assurance obligatoire, qui ne coûterait pas plus de 5 à 6 euros par mois.

J.-C. W. Comment réussirez-vous à mettre en oeuvre un « small business act », alors que l'Europe nous l'interdit ?

Dans le « small business act » que je préconise, il y a quatre volets. La simplification de l'administration ; le droit de saisine des citoyens sur tout ce qui ne marche pas ; l'aide aux deux emplois sans charge. Et le fait de réserver les marchés publics de moins de 50.000 euros aux petites entreprises. C'est cela, me dit-on, qui pose problème, à cause de l'OMC. Mais les Etats-Unis et le Canada, qui sont à l'OMC, le font depuis cinquante-quatre ans. Ma conviction est que l'Europe doit se mêler des grandes choses, pas des petites. Elle doit s'occuper de défense, de politique étrangère, de politique économique, d'harmonisation fiscale, pas de la manière dont nous voulons organiser notre service public postal…

CHRISTIAN POYAU. L'entreprise moyenne, entre 50 et 2.000 personnes, est un moteur de développement, d'emploi et d'exportation. Que préconisez-vous sur les seuils sociaux et fiscaux qui freinent le développement des entreprises moyennes ?

Tout le monde s'accorde à dire que le grand point de faiblesse de la France, c'est son tissu de PME. Or l'aménagement du territoire, la compétitivité, les gains de parts de marché à l'extérieur dépendent de la densité de ce tissu. Je le vois bien dans ma circonscription : Turboméca fabrique les deux tiers des moteurs d'hélicoptères qui volent dans le monde.
Je crois qu'il faut lisser les seuils. C'est attristant le nombre de personnes qui disent : « Je suis à 49 salariés et je n'en bougerai pas », mais on ne peut agir sans en discuter avec les partenaires sociaux. Je suis depuis longtemps persuadé qu'il faut avoir une relation de confiance et de coresponsabilité avec les syndicats. Sur ce sujet, on devrait procéder de manière expérimentale, en prenant deux départements ou deux régions, pour voir si, oui ou non, la question des seuils est lourde pour les entreprises. Moi, je crois qu'elle l'est. L'expérimentation, l'évaluation, voilà la bonne méthode. Autre exemple, le CNE. Marche-t-il vraiment bien, comme certains le disent, ou ne marche-t-il pas du tout ou très peu, comme d'autres l'affirment ? On a prévu une étape d'évaluation, eh bien, faisons-la de manière sérieuse ! Demandons à des gens sérieux, non engagés dans des intérêts, de bien vouloir regarder avec nous si c'est intéressant ou pas.

C. P. Quand vous passez à 50 salariés, la taxe professionnelle augmente et, en plus, vous devez la payer plus tôt? Que comptez-vous faire ?

Il faut reconnaître à la société civile, aux acteurs, le droit d'identifier les problèmes et de saisir une autorité pour dire : « Là, on a vraiment une difficulté ». Je ne connais pas un syndicat qui n'accepterait pas de se mettre autour de la table pour en discuter. Simplement, les syndicats ne sont jamais saisis. Tout fonctionne comme si l'Etat était le patron de tout et qu'à ce patron-là, on n'avait pas le droit d'adresser la parole. C'est cela qu'il faut changer, et ce n'est pas une petite affaire. Il faut convertir la société française au partenariat, à la reconnaissance d'une double légitimité, celle de l'Etat et celle de la société civile. C'est dans ce partenariat, et notamment dans la reconnaissance d'un droit de saisine sur tout ce qui ne marche pas, que l'on trouvera des marges de progrès infinis, sans augmenter les prélèvements obligatoires. Tout cela est source de croissance, de liberté, de confiance.

C. P. Quand on développe une entreprise, on tombe vite sur le problème du financement. Cela m'amène au sujet de l'ISF. Quelqu'un qui investit dans une oeuvre d'art est exonéré, quelqu'un qui investit dans une PME est taxé. Qu'en pensez-vous ?

Ce n'est pas aussi simple que vous le dites, mais la manière dont l'ISF est organisé est effectivement pénalisante. Franchement, même si je condamne ces comportements très inciviques, je ne vois pas quel intérêt la France retire à exporter les gens qui ont réussi chez elle. Il faut réfléchir à ce qui est intéressant pour notre pays. Je suis favorable à une base large et à un taux réduit d'ISF. Le taux réduit, pour moi, c'est 1 pour 1000. C'est simple et compréhensible par tout le monde. J'avais au début pensé faire comme les Suisses et tout inclure dans l'assiette taxable : l'outil de travail, les oeuvres d'art... Les premiers à venir me voir ont été les marchands d'art, suivis de près par les chefs d'entreprise. J'ai entendu leurs doléances. Je ne préconise donc pas de changer la base actuelle.
Mais mon idée reste d'élargir beaucoup l'assiette et d'abaisser le taux, afin que les gens se fassent à l'idée que ce n'est plus un impôt pénalisant. D'ailleurs, cela s'appellerait « impôt sur le patrimoine » et pas « impôt sur la fortune », parce qu'un patrimoine moyen, ce n'est pas de la fortune. Et que le mot constitue une stigmatisation.

C. P. Parlez-nous de vos intentions sur les 35 heures, qui restent un vrai handicap ?

J'ai été très critique à l'égard de la manière dont les 35 heures ont été mises en place, sans considération des différences entre secteurs. Je connais très bien la filière de l'élevage. Une vache, un cheval mangent tous les jours, il faut s'occuper d'eux tous les jours, les faire sortir tous les jours.
Comment faire les 35 heures dans une telle filière ? C'est impossible. Donc on fait semblant, on bricole. C'est absurde. L'Etat ne peut plus décider de tout. Il est en situation d'extrême fragilité, c'est un colosse aux pieds d'argile. La manière dont le travail est organisé doit se discuter entre les organisations syndicales et les entreprises. C'est aux branches de prévoir cette discussion. Les 35 heures ont engendré deux maux : des feuilles de paie trop basses et du stress dans l'entreprise.
On nous avait annoncé les 35 heures payées 39, on a finalement eu les 35 heures payées 35, avec le stress en prime. Le progrès que je propose, c'est que les heures supplémentaires, qui sont aujourd'hui majorées de 10 % pour les unes et de 25 % pour les autres, passent toutes à 35 % et que cette majoration soit défalquée des charges sociales.

MARIE-HÉLÈNE BOURLARD. Vous ne parlez pas beaucoup des délocalisations. Or cela fait des décennies qu'on allège les charges et que les délocalisations se poursuivent. Que comptez-vous faire pour régler cette question ?

Personne ne réglera le problème des délocalisations. Si quelqu'un vient à cette place et vous dit « J'ai la mesure qui va régler la question », il raconte des histoires. Moi, je ne veux pas raconter d'histoires aux gens. Je veux les aider. Qu'a-t-on comme possibilité ? A la vérité, il y en a deux. La première, c'est de réfléchir au coût du travail.

M.-H. B. Quand on gagne 1.000 euros par mois comme moi, la priorité, c'est surtout d'augmenter les salaires.

Je pourrais aisément me rendre populaire à vos yeux en annonçant que je vais augmenter les salaires. Mais, dans une branche comme la vôtre, si vous augmentez le SMIC comme certains le souhaitent, vous avez une délocalisation immédiate. Et je ne connais pas un économiste de gauche qui soit en désaccord avec ça. C'est vrai que c'est dur de vivre comme cela ; je ne peux pas prétendre que ce soit bien payé ni même convenablement payé. Mais vous ne pouvez pas arrêter les délocalisations quand vous êtes un pays exportateur.

M.-H. B. Instaurons des règles européennes !

La deuxième voie face à la mondialisation, c'est, en effet, que l'Europe accomplisse son travail pour que, au moins, la concurrence soit équitable. Qu'on ait la certitude que, quand on impose des règles aux uns en matière d'environnement, elles soient respectées par les autres. Qu'on essaie d'aller vers une harmonisation en matière sociale, qu'on protège ses sites, ses productions. Par exemple en s'intéressant au niveau des monnaies, parce que certaines je pense à la monnaie chinoise sont terriblement sous-évaluées. Le travail en Chine vaut 75 fois moins que le travail en France. L'action ne peut être que politique et européenne.
Mais il y a aussi des entreprises qu'une part de délocalisation sauve. J'ai visité à Marseille une PME de 60 salariés, leader européen dans le domaine des capteurs et régulateurs pour les moteurs Diesel de bateau, avec près de 20 % de parts de marché mondial. Si elle ne faisait pas la moitié de sa production en Tunisie, elle serait déjà morte. Il y a des délocalisations favorables et d'autres mortelles. Quand l'entreprise s'en va, c'est une perte sèche.

M.-H. B. Mais que faire dans ce cas ? A la fin de l'année, mon usine délocalisera, ça fera 147 chômeurs de plus, alors que LVMH, notre donneur d'ordres, a réalisé 1,9 milliard d'euros de bénéfice net en 2006. Il nous tue. Et qu'est-ce que vous faites ?

Et vous, qu'est-ce que vous faites ? La candidate à l'élection présidentielle que vous soutenez, qu'a-t-elle fait ? Le parti que vous soutenez, qui a été au gouvernement, qu'a-t-il fait contre les délocalisations ? J'ai vu, en Vendée, une entreprise qui fabrique des ordinateurs haut de gamme, pour les Airbus, les Boeing et même les trains de tige qui forent pour le pétrole. Entre 350 et 400 de ses salariés, sur un total de 500, sont issus des secteurs du textile et du cuir. Cette reconversion est une réussite.

M.-H. B. J'habite dans le Nord, dans l'Avesnois. C'est une zone sinistrée.

Il n'y a plus rien. Peut-être peut-on implanter des entreprises nouvelles ? Je refuse de baisser les bras : je viendrai dans le sud de l'Avesnois.

M.-H. B. Où est le volet social de votre « social-économie » ?

Il est, par exemple, dans les petites retraites : nous voulons porter le minimum vieillesse à 90 % du SMIC. Il est dans la lutte contre l'exclusion : nous voulons que les personnes qui sont au RMI, laissées sur la touche, puissent avoir une activité d'insertion dans la société qui leur permette d'arrondir leurs fins de mois?

M.-H. B. Combien allez-vous leur donner ? 400 euros ? Vous croyez que ça suffit pour vivre ?

Je donne raison à votre indignation, mais pas à vos solutions. Si la solution existait quelque part, n'importe où, dans votre modèle de pensée, elle aurait été appliquée.

M.-H. B. Que valent vos promesses ? Quand vous étiez ministre de l'Education, 1 million de personnes sont descendues dans la rue et vous n'avez rien réformé.

Un ministre qui a vu 1 million de personnes descendre dans la rue, après tout, ça le forme. Il commence à comprendre des choses qu'il n'avait pas comprises avant. Dans une vie, je trouve cela finalement heureux. Je vais vous le dire, amicalement et respectueusement : nulle part dans le monde, les solutions que vous défendez n'ont été appliquées et n'ont produit quelque chose de bien. Nulle part. Je sais bien que vous avez un idéal et des raisons de le défendre, je sais bien que ce que vous dites de la vie des gens est juste, mais nulle part ce que vous demandez n'a produit autre chose que d'épouvantables malheurs et des millions de morts. C'est, hélas, la manière dont l'Union soviétique a dérivé.

M.-H. B. Moi, j'habite en France, pas en Union soviétique.

Je croyais que vous étiez internationalistes...

ALAIN DUCROCQ. Nicolas Sarkozy souhaite instaurer un contrat de travail unique, vous-même vous vous prononcez pour un CDI à droits progressifs : comment intégrez-vous le travail temporaire, qui représente 600.000 emplois équivalent temps plein ?

Le contrat trop rigide, c'est la fortune des entreprises de travail temporaire. Car les entreprises trouvent chez vous la souplesse qu'elles ne trouvent pas autrement, et certains salariés aussi choisissent l'intérim pour bénéficier des 10 % de prime de précarité. Pour ma part, je ne suis pour rien d'unique, car nous n'avons pas tous les mêmes besoins. Je ne suis pas pour la chaussure à taille unique, ni pour la voiture unique...

A. D. Vous ne voulez rien d'unique, sauf vos deux emplois francs ?

Les deux emplois sans charges ne sont pas une obligation, mais une offre supplémentaire que je fais. C'est là toute la différence. Sur le contrat de travail, je défends un cadre de droit commun, le CDI, avec une période d'essai suffisante. C'est ce que je dirai aux partenaires sociaux, et j'écouterai ce qu'ils ont à dire sur ce sujet. J'ai rencontré tous les syndicats : ils sont tous favorables à la Sécurité sociale professionnelle, à cette idée que le contrat peut s'interrompre dans l'entreprise sans que le salarié ne perde ses avantages et même son salaire, puisqu'il est mis à disposition d'une autre entreprise. Le patronat affirme que cette idée l'intéresse aussi. Eh bien, demandons aux partenaires sociaux de faire des propositions communes sur ce sujet. C'est ma logique : l'Etat ne doit pas tout régler. A lui de fixer les grands principes et, pour le reste, qu'il fasse confiance aux organisations de salariés et d'entreprises !

A. D. Je dirige un comité d'entreprise et je vois combien les positions entre partenaires sociaux sont éloignées. Au niveau national, c'est pareil, le Medef et les syndicats ne savent pas se parler. Alors, concrètement, comment faites-vous pour que la « démocratie sociale » dont vous parlez ne soit pas un voeu pieux ?

Pourquoi, en France, les partenaires sociaux ne se parlent-ils pas ? Pourquoi s'enferment-ils dans un jeu de rôle qui consiste à réclamer tout d'un côté et à refuser tout de l'autre ? Parce qu'on sait que c'est l'Etat qui décidera en dernier recours. Regardez le nombre d'accords qui ont été mis en place avec la bénédiction d'organisations syndicales, y compris les plus revendicatives, qui font semblant d'être contre alors qu'elles ont en réalité donné leur accord ! Ça n'est pas normal. Il faut changer la méthode. Il faut que les organisations syndicales passent de la protestation à la responsabilité. Ce n'est pas facile, certains n'aimeront pas ça, mais il faut absolument aller dans cette direction. Il faut bouger. Et, d'ailleurs, le faible taux de syndicalisation en France montre qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans notre système.

A. D. Je suis préoccupé pour ma retraite. Certaines études évoquent des hausses de prélèvement obligatoires de 3 % à 5 % par an. Quelle est votre solution et comment la financezvous ?

Je suis pour une retraite par points. C'est la seule façon de mettre fin à la multiplicité des régimes, d'instaurer une vraie égalité et de sauver le système. Je soumettrai cette réforme à référendum. La réforme ne fait pas peur si les gens savent qu'au bout du compte ils vont être engagés, consultés, informés.

A. D. Ça, c'est la forme.

Mais c'est important ! Le fond est dans la forme. On a choisi le système de répartition : ceux qui travaillent paient les pensions de ceux qui sont à la retraite. Au début des années 1950, on avait 5 salariés actifs pour 1 retraité, aujourd'hui, on est à 1,5 actif et, d'ici à très peu d'années, on sera à 1 actif pour 1 retraité. Comment fera-t-on ? C'est intenable ! Il faut plus d'actifs et moins de retraités, il faut donc assouplir le système. A partir de 60 ans, on devrait pouvoir partir à la retraite avec un niveau de pension calculé en fonction de différents critères dont la pénibilité, à laquelle je tiens beaucoup. Si la personne trouve que sa pension est suffisante, elle pourra s'arrêter de travailler, sinon, elle pourra continuer à travailler. Mais, je le concède, il faudra pour cela qu'il y ait du travail. Cela montre l'ampleur du changement dont la France a besoin.

GUY CARCASSONNE. Je voudrais aborder avec vous le chapitre institutionnel. Vos propositions sur l'interdiction du cumul des mandats, sujet à mes yeux fondamental, sont nettes. Vous êtes de très loin le candidat qui s'engage le plus précisément sur cette réforme indispensable si l'on veut redonner au pays le Parlement dont il a besoin. En revanche, je ne comprends pas votre insistance à vouloir introduire 50 % de proportionnelle dans le mode de scrutin. C'est à mes yeux le meilleur moyen de ruiner toute possibilité de fabriquer des majorités stables. Pourquoi ne vous contentez-vous pas de limiter la proportionnelle à 10 % des sièges ? Cela suffirait pour assurer la nécessaire représentation des différentes sensibilités politiques.

10 % des sièges, c'est rien. Si l'on suit votre proposition, les Verts auraient cinq sièges, le Front national six. Aucun ne pourrait constituer un groupe. Les citoyens français ont le droit d'être équitablement représentés à l'Assemblée nationale. Pour moi, la démocratie, c'est la protection des minorités et non le culte des majorités. Au premier tour de l'élection de 2002, Jacques Chirac et Lionel Jospin ont totalisé 35 % des voix et ils ont obtenu 92 % des sièges à l'Assemblée nationale. Vous trouvez cela juste et équitable ? Je veux une représentation substantielle des courants d'opinion et des territoires. 50 % de scrutin majoritaire, 50 % de proportionnelle, c'est à peu près le système allemand et cela n'enlève pas l'effet majoritaire.

G. C. C'est vous qui le dites. On a vu dans l'histoire récente des majorités extrêmement étroites. Elles n'auraient pas existé s'il y avait eu 50 % de proportionnelle.

Objection ! S'il n'y a pas de majorité, il y a des coalitions. En 1988, en 1993, en 1995, aucun parti n'avait la majorité à lui tout seul. L'idée qu'il faut un parti dominant pour qu'un système marche est absurde.

G. C. C'est pourtant ce qui passe dans les systèmes majoritaires ! Imaginons que vous êtes élu le 6 mai. Les élections législatives se tiennent dans la foulée, les 10 et 17 juin. Deux cas de figure sont alors possibles. Ou bien le nouveau parti que vous entendez créer obtient une majorité et nous sommes repartis sur une logique assez proche de celle de la Ve République. Ou bien, et je le crains pour vous, vous n'obtenez pas la majorité. Je le crains parce que même De Gaulle en 1958, après le triomphe du référendum, avait été très loin d'obtenir la majorité. Dans ce cas, vous serez conduit à faire alliance avec l'un des deux grands partis. Avec le risque d'être minoritaire dans votre majorité et de devenir l'otage soit du PS, soit de l'UMP.

Quand on demandait à François Mitterrand en 1981 : « Si vous n'avez pas la majorité, comment ferez-vous ? », il répondait : « Faites aux Français le crédit de la cohérence. » C'était une excellente réponse. Je n'imagine pas que les Français, après avoir élu un président de la République sur un schéma aussi novateur que celui que je propose, puissent se déjuger en cinq semaines. La question de la cohérence ne sera donc pas posée au président de la République ou à son gouvernement, mais au PS et à l'UMP ou, plus exactement, à certains membres du PS et de l'UMP.

G. C. Vous tablez sur l'éclatement de ces deux formations ?

Il y aura une heure de vérité. Elle correspond à des questions qui se posent depuis très longtemps, notamment au sein du Parti socialiste. Je crois donc qu'une majorité est possible mais, même dans ce cas de figure, je ne veux pas le pouvoir pour un seul parti. Je défends l'idée de majorités pluralistes dans lesquelles on est obligé de discuter et de se mettre d'accord. Si Dominique de Villepin avait eu l'obligation de convaincre une majorité plus large, moins docile, il n'aurait jamais fait la bêtise du CPE.

G. C. Et si vous n'avez pas de majorité du tout ?

Eh bien les partis s'entendront autour d'un président de la République qui aura annoncé à l'avance aux Français l'idée qu'il faut se rassembler, qu'on n'est plus prisonnier du clivage droite-gauche. Le rassemblement se fera autour d'un courant central, avec des partenaires nouveaux, heureux, croyez-moi, de bénéficier de ce déverrouillage rafraîchissant.

G. C. Dépasser le clivage gauche-droite, n'est-ce pas retomber dans l'illisible ?

En rien. Je récuse la notion de camp. C'est une malédiction. C'est elle qui a obligé Michel Rocard à être du côté d'Olivier Besancenot. C'est elle qui a conduit Jacques Delors à se retrouver minoritaire dans son propre camp, alors que je crois que nous pensons la même chose sur à peu près tous les sujets. Chacun doit évidemment conserver sa sensibilité, mais je veux que les grandes sensibilités de l'arc républicain puissent travailler ensemble. Je suis plus près des sociaux-démocrates que de la droite nationaliste. Regardez combien les vues des responsables politiques se sont rapprochées, sur l'école, l'entreprise, la dette et même la fiscalité.

G. C. Oui, mais Laurent Fabius, par exemple, a dit qu'il ne travaillerait jamais avec vous...

Souvenez-vous de Laurent Fabius qui disait en 2002 : on ne peut pas être battu par la droite, mais on peut l'être par les impôts. Les Français savent bien que la réalité est complexe, que personne n'a totalement raison et personne complètement tort. Il est grand temps que nous en tirions toutes les conséquences sur le plan politique

Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /Mars /2007 12:19
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

Il faut bien le reconnaitre, les aides publiques à l'emploi et au soutien de l'activité sont, depuis deux décennies, un phénoménal maquis administratif duquel il ressort que "l'effet d'aubaine" non seulement n'est pas absent mais se trouve être dominant.

Je rappelle que je suis agent de l'Anpe et que, à ce titre, j'ai à connaitre et parfois à mettre en oeuvre la plupart de ces "mesures" .... C'est donc un sujet que je connais bien.

Quel est l'objectif déclaré? Faire baisser l'insupportable pression d'un niveau de chômage beaucoup trop élevé qui en vient à provoquer un véritable délitement du tissu et de la cohésion sociale. Il faut donc faire ce qu'il faut, quel qu'en soit le coût, pour normaliser cette situation.

A l'origine, toutes les mesures sont centrées sur l'aide au placement de chômeurs en difficulté sur le marché de l'emploi. C'est à dire tous ceux dont la force de travail ne trouve pas preneur parce que l'employeur ne veut pas payer tel niveau de salaire en contrepartie de la mise à disposition de ladite force de travail, dans l'état où elle se trouve, c'est à dire inadaptée, insuffisamment qualifiée, insuffisamment opérationnelle ...

Sont donc, à priori concernés les chômeurs de longue durée, les èrémistes, les "ASS" etc ...

L'Anpe étant un organisme public administratif, tenu de respecter le droit administratif public et donc la totale neutralité vis à vis des bénéficiaires potentiels, tant du coté "demandeurs d'emploi" que du coté "entreprises", ne dispose, dans les faits, d'aucun pouvoir réel d'appréciation du bien fondé de la mise en oeuvre de la mesure concernée .... Tant pour les employeurs que pour les demandeurs d'emplois, il s'agit d'un droit qui a un caractère automatique. Autrement dit, l'Anpe est tenue, selon cette approche, de s'exécuter dès lors que les "critères administratifs " sont réunis.

Or la réalité concrète à laquelle se trouve confronté l'agent Anpe révèle un foisonnement de situations diverses qui rend parfaitement légitime qu'une large liberté d'appréciation soit donnée à l'agent instructeur et à sa hiérarchie signataire de l'engagement de dépenses faite au nom de l'Etat....

Si l'Anpe était une structure de droit privé (possédée par la puissance publique!) signataire d'une délégation de service public, il en irait différemment. Elle retrouverait sa totale liberté d'appréciation de la mise en oeuvre de telle ou telle mesure ... On serait sur le terrain bien connu d'une contractualisation de gré à gré, beaucoup plus souple et, par conséquent, beaucoup plus efficace! Un tel mode de fonctionnement trouverait son plein épanouissement si l'Etat, par convention, donnait une enveloppe GLOBALE annuelle, elle aussi négociée de gré à gré avec l'Anpe avec, en contrepartie des objectifs limpides à atteindre, tel, par exemple, placer X centaines de milliers de chômeurs fragilisés par leur parcours antérieur au regard de la situation concrète du marché du travail ... Suis-je clair?

Je puis témoigner que la plupart des entreprises entendent bénéficier de telle ou telle mesure selon l'avantage financier qu'elles en retirent, un point c'est tout! Or, elles devraient être neutres face à cette logique! Leur raisonnement devrait être : "j'ai besoin d'embaucher tel profil de qualification, immédiatement opérationnel, à tel prix; j'ai le choix entre deux candidats; l'un répond exactement à mes critères, l'autre est moins opérationnel (chômage de longue durée) mais me coûte néanmoins le même prix en salaire; pour que je sois amené à choisr malgré toute logique, le second profil, il me faut une aide financière qui viendra compenser le sur-salaire que je dois lui verser".

En réalité, l'entreprise embauche à un salaire moindre quand elle trouve le candidat correspondant ET demande néanmoins le bénéfice de l'aide quand le candidat répond aux critères définis par l'Etat (et non pas par l'Anpe!). Elle est certaine de l'obtenir pour peu qu'elle se plie à la procédure ... L'Anpe n'a, de fait, aucun pouvoir d'appréciation du bien fondé de la mise en oeuvre. D'ailleurs, quand elle s'avise de s'écarter de l'excessive rigidité du droit administratif, l'employeur saisit le Tribunal Administratif compétent et ... gagne son procès.

Les mesures que l'Anpe met en oeuvre sont destinées non à résorber le volume du chômage mais à diminuer la durée du chômage des personnes fragilisées.

Il existe d'autres moyens qui ne sont pas mis en oeuvre par l'Anpe car ils ont un caractère automatique, légal en quelque sorte. Ces moyens sont gérés par les Directions Départementales du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle. Ces DDTEFP ne s'occupent pas des personnes demandeuses d'emploi mais seulement de la mise en oeuvre de ces moyens auprès des entreprises ...

C'est dans cette catégorie que doit se ranger la mesure "deux salariés sans charges pendant cinq ans à toutes les entreprises". Elle aurait un caractère universel mais non permanent.

Le calcul que fait François Bayrou est simple : Il y a un million cinq cent mille entreprises dont la plupart sont de très petites entreprises (un ou deux salariés). Pour celles-là, le coût du travail au niveau du SMIC "chargé" est excessif. Elles ne peuvent pas embaucher car elles n'ont tout simplement pas l'argent pour en assumer le financement (beaucoup de ces très petits entrepreneurs n'ont qu'à peine les moyens de se payer un salaire pour eux-mêmes et pour leur conjoints).

Comme une éventuelle BAISSE du Smic est inenvisageable pour un candidat à l'élection présidentielle, François Bayrou propose de diminuer le coût du travail pour les deux premiers nouveaux embauchés ...pendant cinq ans.

J'ai une proposition à faire, beaucoup plus simple, beaucoup plus percutante :
A compter de l'entrée en vigueur du nouveau dispositif, toute entreprise embauchant un ou deux nouveaux salariés répondant à l'une des conditions suivantes :
1. ëtre èrémiste
2. ëtre bénéficiaire de l'ASS
3. ëtre chômeur de longue durée (plus de 18 mois de chômage attesté sur une période de 36 mois)
est dispensée de payer les charges URSSAF pendant toute la durée du contrat (même au dela de cinq ans).
Toute personne qui refuserait une proposition d'embauche alors qu'elle est dans la situation ci-dessus décrite se verrait alors retirer le bénéfice des prestations qu'elles perçoit  (RMI, ASS, Indemnités de chômage).

François Bayrou et les deux autres principaux candidats vont-ils m'entendre?     

Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 20:48
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
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Dans la (relative) euphorie qui m'a gagné après avoir constaté que François Bayrou me piquait mes idées (ce n'est sans doute pas exact ... mais j'ai quand même bien le droit  de me faire plaisir en le croyant ... je suis sur mon blog, après tout!), j'ai adressé, pour la première fois, un message à l'intéressé.

En voici la teneur :

Bonsoir Monsieur Bayrou,

J'ai voté pour vous en 2002, au premier tour. Tel que cela s'annonce, je vais probablement faire la même chose en 2007.

Pour l'heure, je gère un blog http//:www.propositions-audacieuses.net .

Je défends l'idée, centrale à mes yeux, que les électeurs et les électrices doivent concentrer leurs votes sur les trois principaux candidats républicains : vous même, Royal et Sarkozy ...

Je viens de reproduire sur mon blog votre discours de Caen.

J'espère que vous deviendrez au moins un homme clé de cette élection ... voire même le futur Président de la République ...

Je suis conseiller municipal dans ma ville de Nogent sur

Marne

Bien à vous."

Et voici la réponse émanant de son équipe de campagne (reçue ce soir).

Bonjour,

 

De la part de François Bayrou, merci pour votre message et pour votre soutien !

 

Je lui transmets avec plaisir votre message, d'autant qu'à son cabinet, nous suivons naturellement votre blog, qui compte parmi les plus actifs en termes de propositions politiques.

 

Excusez notre retard à y répondre et excusez-moi d'y répondre de sa part : les messages affluent par milliers chaque semaine, ce qui empêche François Bayrou de répondre à chacun personnellement, mais nous encourage et témoigne de l'intérêt général pour sa candidature !

 

Bien cordialement, comptant sur l'engagement que vous démontrez dans le débat démocratique,

 

Frédéric

Equipe de campagne de François Bayrou

Vous êtes à même de constater que je n'ai fait que mentionner la probabilité (et donc pas la certitude!) de voter pour lui ... J'apprécie le geste de répondre tout en comprenant parfaitement que François Bayrou ne puisse avoir le temps de me répondre personnellement.

J'apprécie également la reconnaissance de l'activité de mon blog en matière de propositions politiques ...Ca fait quand même un moment que je "rame"; mieux même : que je "souque les avirons"! Les efforts finissent par payer. 

Le plus fort, c'est que je viens de constater que François Bayrou est un récidiviste! Il m'a, à nouveau, piqué une idée ...

Il s'agit cette fois de l'allocation universelle qui ressemble, en moins ambitieux (il est candidat à la la Présidence; moi, pas!), à ma proposition d'allocation d'existence.

Qu'il continue, grands Dieux! Qu'il continue! D'ailleurs TOUS les candidats sont prestement et cordialement invités à faire pareil ...(Comme ça, je suis sûr de gagner!).  

 

Jeudi 8 mars 2007 4 08 /03 /Mars /2007 20:54
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
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Eh, oui! François bayrou, pour qui j'ai voté en 2002, me pique mes idées! Qu'il se rassure tout de suite ... Je ne lui intenterai pas un procès pour plagiat! C'est même tout le contraire ... Pour ne rien vous cacher (depuis le temps que je vous dis tout ce que vous avez envie de savoir ... je ne suis plus un secret pour vous!), je jubile ...

Eh, oui! Je suis comme ça, moi. Quand je suis content, j'aime le faire savoir car je me dis que, ainsi, je vais peut-être vous apporter de la joie, à vous aussi ...

J'ai écouté François Bayrou, ce matin, sur Radio Classique, à 8 heures et demie ... Il parlait face à un parterre de patrons ... et il a évoqué une des réformes auxquelles je tiens le plus : l'impôt sur le patrimoine ...

Juque-là, pas de quoi pousser un cri à la Tarzan ... Je ne suis pas le premier à avoir parlé de cette nécessaire réforme!

Mais François Bayrou va plus loin : il propose trois choses
1. Abrogation pure et simple de l'actuel ISF
2. Mise en place d'un impôt sur le patrimoine calculé sur une "assiette" beaucoup plus large.
3. Le taux de cet impôt serait de 1 pour mille (0,1%)!

Autant dire que vis à vis de ce que je propose,  il a mis ...dans le mille! C'est exactement ce que j'écris dans mes articles sur la fiscalité du patrimoine (chapitre Fiscalité, colonne de gauche).

Pour être franc, je vais nettement plus loin que François Bayrou puisque je propose que toutes les personnes physiques ET morales (les entreprises) y soient soumises, sur la base de ce qu'elles possèdent AVANT déduction des emprunts qui ont été contractés pour acquérir ce bien, sans rien exclure de l'assiette de calcul ...

François Bayrou a expliqué qu'il n'entendait pas s'en prendre à l'outil de travail ... Je crois vraiment qu'il a tort mais, quand on est candidat à la Présidence de la République, on le droit de faire des concessions pour gagner des suffrages!

J'ai vraiment beaucoup apprécié cette émission. François Bayrou a aussi très clairement (il s'est même un peu accroché avec l'un de ses questionneurs) dit qu'il oeuvrerait pour que les logements sociaux soient construits au sein même des immeubles non-sociaux. Ceci afin de faciliter la mixité sociale au sein même des immeubles et donc des quartiers ... C'est tout simplement génial ... mais je dois avoir la modestie de reconnaitre que je n'ai pas inventé moi-même cette idée ... Que voulez-vous! Nous avons tous nos limites! C'est sans doute pour ça que je ne suis pas candidat à la Présidence de la République!

Quand, en plus de ça, on nous apprend, le matin même, que François Bayrou fait un bond dans les sondages et monte jusqu'à 24% ... Je me dis que j'ai peut-être trouvé MON candidat ... 

Dimanche 4 mars 2007 7 04 /03 /Mars /2007 20:00
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
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Cela fait déjà un bon moment que j'ai clairement indiqué que mon vote irait à l'un des trois candidats ayant une réelle stature de Président ... et ayant soutenu le OUI au réferendum relatif au projet de Traité Constitutionnel Européen!

Force est de constater que j'ai largement ouvert mon blog aux points de vue de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal. Assez peu à François Bayrou ...

Ce déficit d'information va commencé à être réparé aujourd'hui même.

Voici le texte du discours que François Bayrou a prononcé à Caen devant 4.000 personnes, le premier mars 2007 ...

Début de citation :

Mes chers amis, je suis extrêmement ému par votre présence si nombreuse, extrêmement ému par la volonté de ceux qui nous ont rejoints, parfois de loin, dont je le rappelle plusieurs centaines n'ont pas pu entrer dans ces salles, parce qu'il y a plusieurs salles, et je répète que je vais aller les voir à la fin de cette rencontre.

Je suis très ému par ce qui se passe en France, par l'engagement, la volonté, le dévouement de tant et tant de Français, de centaines de milliers, de millions de Français qui ont décidé que les choses allaient, en France, changer au moment de cette élection présidentielle.

Je veux saluer d'abord les amis qui nous ont accueillis. Je remercie Philippe Augier, mon ami et mon complice de si longtemps de sa présence et de son accueil et je vous demande d'applaudir tous ceux qui ont organisé cette rencontre.

Je voulais saluer les parlementaires nombreux, ceux qui se sont exprimés. Parmi les parlementaires du Calvados, je salue Rodolphe Thomas, le jeune député-maire d'Hérouville, Claude Leteurtre, le député de Falaise, mon ami et complice Jean-Léonce Dupont, sénateur du Calvados.

Je salue Pierre Albertini, député-maire de Rouen, qui porte, dans notre courant de pensée, la responsabilité du projet. Je salue Catherine Morin-Desailly, sénateur et premier adjoint au maire de Rouen.

Je salue les parlementaires qui nous ont rejoints : Jean-Jacques Jégou, sénateur du Val-de- Marne, Gérard Vignoble, député du Nord, Philippe Nogrix, sénateur d'Ille-et-Vilaine.

Je suis très heureux de cette rencontre et de cette amitié que vous me manifestez en étant là.

Je voudrais avoir un mot particulier pour les plus jeunes qui sont si nombreux ce soir, les centaines et milliers de très jeunes qui nous ont rejoints, qu'ils soient apprentis ou étudiants, parce que cette réunion est leur réunion et je voudrais avoir un mot particulier pour les sourds et malentendants qui sont présents au premier rang et pour qui on traduit cette rencontre.

Il n'y a pas que les jeunes. Il y a aussi des personnes plus âgées et elles méritent nos applaudissements, parce que ce sont toutes les générations qui vont, ensemble, décider du destin du pays.

Et, au fond, cette élection, qui est scrutée absolument partout dans le monde, le nombre d'articles qui, dans la presse américaine, sud-américaine, d'Extrême-Orient, se multiplie sur ce qui est en train de se passer en France, le candidat inattendu qui est en train de bouleverser cette élection, et ils ne savent pas encore à quel point on va la bouleverser!

Cette immense surprise est en train, en effet, d'intervenir dans un scénario qui paraissait jouer à l'avance, décidé à l'avance. Ce n'était pas la peine que l'on organise le premier tour puisque l'on connaissait déjà ceux qui seraient en piste pour le deuxième tour.

Chaque fois, si vous y réfléchissez bien, depuis que l'élection présidentielle existe, chaque fois, les Français, le peuple des citoyens français bouleverse ainsi la donne de ce que l'on annonçait comme un scénario écrit à l'avance.Les observateurs, chaque fois, se perdent en analyses, pour savoir quelles sont les causes de cette surprise. Pour moi, la cause principale de la surprise qui, chaque fois vient changer le résultat attendu de l'élection présidentielle, est extrêmement profonde, extrêmement solide. Elle a une immense signification qui est celle-ci : le peuple des citoyens veut ressaisir le pouvoir dont on voulait le priver.

Les citoyens français voient, entendent et observent, que, à l'avance, on veut leur imposer un scénario et chacun d'entre eux, dans un mouvement qui a une immense signification, avec ceux qui l'entourent, sa famille, ses collègues de travail, ses voisins, à chaque élection, décide que le scénario que l'on avait écrit à l'avance, ce ne serait pas celui qui serait suivi et ceci, si vous y réfléchissez bien, cela veut dire quelque chose à quoi, d'habitude, on n'accorde pas une grande signification.

Il est inscrit dans la Constitution que c'est le peuple qui est souverain et on a inventé l'élection présidentielle pour que puisse s'exercer la souveraineté du peuple français, parce que l'élection du président de la République au suffrage universel donne au peuple des citoyens le pouvoir de changer la donne s'il le souhaite.

C'est cela qui est en train de se passer dans notre pays. Le peuple des citoyens a décidé que le schéma habituel de la politique dans lequel on voulait l'enfermer ne lui convenait plus, qu'il avait connu trop d'échecs et qu'il était temps que l'on tourne la page sur ces 25 années d'échecs. Cette fois-ci, il s'est passé quelque chose d'autre qui expliquera le ton de mon intervention. Je n'ai pas l'intention de faire de la polémique avec qui que ce soit. Je ne dis pas que je n'aperçois pas quelques éléments qui me permettraient de faire de la polémique. Je dois avouer que la multiplication des attaques dont, depuis dix jours, nous sommes l'objet, sous les feux croisés de la gauche, de la droite et de l'extrême-droite, qui auraient donné très cher pour rester entre eux…

Formidable situation : il y avait l'UMP et le PS qui étaient certains d'être en finale. Ils avaient donc une chance sur deux de l'emporter. Une chance sur deux, ce n'est pas mal. Pour ceux qui s'intéressent au concours de pronostics, une chance sur deux, c'est finalement un capital qu'il convient de ne pas laisser perdre et ils avaient une assurance tous risques garantie, un parachute en or. C'était la présence de Jean-Marie Le Pen qu'il suffisait d'agiter, comme on agite la muleta devant le taureau, de manière que les voix se précipitent en masse vers les deux candidats qui étaient censés défendre la République contre l'extrême-droite. C'était cela le scénario et c'était cela le schéma.

Alors, à entendre leurs attaques multiples, multipliées… J'ai même entendu Jack Lang aujourd'hui expliquer que j'étais le responsable de la crise d'Airbus! Aujourd'hui même !... Oui, il faut de l'imagination, n'est-ce pas ? Nous allons donc avoir des attaques de toute nature, les plus politiciennes et les plus désastreuses du point de vue de l'esprit civique. Je n'ai aucun doute sur ce sujet et, finalement, je les comprends ! Les pauvres ! Mettez-vous à leur place, que voulez-vous qu'ils fassent contre la force d'un peuple qui a décidé de se mettre en marche et d'imposer un président de la République qui le respectera et le rassemblera ?

On dit toujours que l'élection présidentielle, c'est la rencontre d'un homme et d'un pays, d'un homme et d'un peuple. C'est exactement ce qui est en train de se produire. C'est la rencontre d'un pays avec un projet, un projet porté par une méthode et une personnalité qui ne ressemble pas, en effet, à ce que l'on a connu depuis vingt-cinq ans.

Je vais vous dire en quoi cette méthode et ce projet diffèrent profondément de ce que nous avons connu depuis vingt-cinq ans. Voyez-vous, j'ai été un responsable politique classique. Je n'en rougis pas, c'était honorable. J'ai été un très jeune député, un très jeune ministre. J'ai exercé une fonction qui est, à mon avis, une des plus belles que l'on puisse rencontrer dans la République : ministre de l'Education nationale. J'en ai été très fier et j'en garde un souvenir profond, comme je l'ai expliqué lundi soir dans l'émission de TF1. J'ai été élu comme chef de parti.

Tout cela était flatteur, était intéressant, puis, peu à peu, j'ai vu se former sous mes yeux l'échec de mon pays. Quand vous êtes un responsable politique, quand vous avez été député, quand vous avez été ministre, quand vous exercez des responsabilités, que vous voyez se succéder, à chaque élection, la flambée des rêves, des promesses de toute nature et, derrière, très vite après, la désillusion, quand vous voyez la chute de la France, de notre pays, dans tous les classements internationaux sans exception, quand vous voyez ce pays, qui a été un des plus lumineux et dont c'est la vocation de le rester, qui accumule, au fur et à mesure que le temps passe, les raisons de se désespérer, alors si vous êtes, non pas un responsable politique, mais un citoyen conscient, soucieux de ce qu'il y a dans l'âme de ceux et celles qui lui confient son mandat, alors vous vous posez des questions qui sont des questions profondes, simples et la principale de ces questions est : peut-on continuer comme cela ?

C'est celle-là la question que je me suis posée.

J'ai vu ce qu'était la guerre des clans, la guerre des camps, les assurances que l'on donnait au pays, trahies au bout de quelques semaines. Je me souviens très bien de Jacques Chirac élu sur la fracture sociale et, quelques mois après, pour des raisons d'ailleurs explicables, qui tenaient à la préparation de l'euro, le revirement, le changement et combien de millions de Français ont ressenti cela comme une trahison de leurs espoirs.

Je me souviens très bien de Lionel Jospin élu en 1997. Il s'est fait élire, et je vois encore l'image sur l'écran de télévision, en disant : "Si je deviens le chef du gouvernement, je poserai des conditions extrêmement fermes et strictes à la naissance de l'euro et, si on ne remplit pas ces conditions, nous n'irons pas à la défense de l'euro."

Lionel Jospin, en quinze jours, a replié les conditions et il a, ce que je trouve d'ailleurs légitime, choisi ce grand dessein européen, mais imaginez tous ceux parmi les Français qui y avaient cru.

Je me souviens très bien de ce que disaient les militants et les responsables de gauche, quand ils ont découvert que le gouvernement de Lionel Jospin avait le record de la privatisation des entreprises. C'était ce gouvernement-là qui avait le record de la privatisation des entreprises.

Je me souviens très bien qu'en 2002, on a dit : "On va baisser les impôts de 30 %, croix de bois, croix de fer et, si je mens, je vais en enfer". Non seulement bien sûr cette promesse n'a pas été remplie, mais les prélèvements obligatoires ont augmenté dans notre pays. On a remplacé quelques impôts par quelques taxes, quelques impôts nationaux par quelques impôts locaux, mais, au bout du compte, les prélèvements obligatoires ont augmenté en France de plus de 1 % de la richesse nationale pendant cette période.

Je me suis dit que, dans cette succession d'affrontements, dans cette succession de promesses et cette succession de désillusions, il n'y avait, au bout du compte, que le désespoir de la France et j'ai décidé que je proposerai à notre pays de changer de cap.

J'ai décidé qu'il fallait, maintenant, proposer aux citoyens français, de regarder la réalité en face, de refuser les promesses mensongères et, au lieu d'épuiser l'énergie de la nation dans une querelle incessante, de la regrouper pour qu'elle se redresse, de la rassembler pour qu'elle réussisse à relever les défis qui étaient les siens.

Je me suis juré que je ne commencerai pas une réunion publique, pas une émission de télévision, pas une émission de radio, pendant cette longue campagne électorale, sans dire la réalité de la situation de notre pays en face de quelque chose que tout le monde voulait ignorer, qui est la réalité du déficit et de la dette qui est en train d'écraser les générations les plus jeunes qui sont là, d'une manière irresponsable, scandaleuse et immorale.

Ce n'est pas possible d'avoir un pays debout qui est en train d'écraser, sous sa propre irresponsabilité, les générations les plus jeunes qui sont en train de se préparer à entrer dans la vie active, voyez-vous, dans cette élection-là, ce qui se joue, ce n'est pas seulement la situation de ceux qui vont voter. Je vous encourage à réfléchir à ceci. Vous tous qui êtes électeurs, vous allez pouvoir déposer un bulletin dans l'urne, mais ce qui se joue c'est la situation de ceux qui ne sont pas encore électeurs. Au fond, le choix politique que nous allons faire, nous ne le faisons pas seulement pour les générations qui ont atteint l'âge de dix-huit ans, mais pour ceux qui ont quatorze ans, douze ans, cinq ans, pour les bébés qui sont nés et pour les bébés qui vont naître. 

Je ne veux pas, et vous ne voulez pas non plus, que des décisions irresponsables compromettre leur avenir, parce que, eux, ce qu'ils vont devoir porter, c'est une charge comme aucune génération avant eux n'a eu à supporter : 
- Dette financière de notre pays : lorsque Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Barre ont quitté le pouvoir en 1981, la France était le pays le moins endetté de la planète. En vingt-cinq ans, on a multiplié la dette de notre pays par six. Elle était d'environ deux cents milliards d'euros, au cours actuel de l'euro, lorsqu'ils sont partis et, le 1er janvier de cette année, elle a dépassé mille deux cents milliards d'euros,
- Dette de l'État
- Dette des collectivités locales,
- Dette de la Sécurité Sociale :
en effet, nous avons renvoyé le paiement de nos ordonnances sur le travail de ceux qui vont suivre.
Chaque famille française paye, sur son travail, plusieurs milliers d'euros tous les ans pour rembourser la dette du pays. La totalité de l'impôt sur le revenu des Français est consacrée à la charge de la dette.
Nous ne pouvons donc pas laisser grandir cette dette et, si l'on dit, comme un peuple debout, comme des gens responsables, comme des citoyens dignes de ce nom : "Il faut que cela s'arrête", alors il y a une chose à faire, c'est de demander aux responsables politiques, et notamment aux candidats à cette élection, d'arrêter de multiplier les promesses inconséquentes, inconsidérées par dizaine de milliards d'euros dont ils n'ont pas le premier sou, car le budget de l'État n'a pas les moyens de les assumer.

Chaque jour, quand des catégories sociales nombreuses et différentes viennent successivement me voir pour me demander de signer des engagements, comme c'est devenu la mode dans la vie politique de notre pays, chaque jour, je dis : "Je ne signerai pas de promesse". J'ai décidé que je ne me joindrai pas au concert de ceux qui, avant chaque élection, sortent un carnet de chèques bien épais, lesquels seront, en réalité, des chèques en bois.

À chaque catégorie sociale, je dis : "Nous n'avons pas les moyens de payer ces engagements qui sont des engagements irresponsables", et je maintiendrai cette attitude jusqu'au bout. L'autre jour, je me suis rendu devant le Comité national olympique et sportif français. Dieu sait que j'aime le Comité national olympique et sportif français et notamment tout ce qui est de l'ordre de ces associations, par dizaines de milliers, qui font le tissu sportif du pays et notamment l'olympisme, pour lequel j'ai une grande affection, un grand soutien et une grande préoccupation.

Tous les candidats sont venus, les uns après les autres, devant le Comité national olympique et sportif français. Mes amis m'avaient écrit un formidable discours dans lequel je prenais l'engagement de multiplier par deux le budget des sports. Ils avaient fait cela en rapport, en particulier, avec les représentants du CNOSF, je l'imagine !

Cependant, en promettant de le doubler, j'étais parmi les plus modestes, car une candidate a proposé de le multiplier par trois et un autre a proposé de multiplier par cinq ce budget. Je me demande d'ailleurs pourquoi on s'arrête en si bon chemin. Quand on est en train de faire des promesses de cet ordre, il ne faut pas s'arrêter.

Je suis monté à la tribune et je leur ai dit que, en dépit du discours qui était écrit et que je trouvais absolument remarquable, pour ma part, je ne prendrai pas ce genre d'engagement, car je sais que ces promesses ne seront pas respectées et, ça, je ne le veux plus, dans notre pays. Je viens encore de le dire à l'ensemble des hôteliers et des restaurateurs. Je suis, bien sûr, d'accord avec l'idée qu'il serait bien de diminuer la TVA à 5,5 %, mais je me souviens très bien de ce qui s'est passé en 2002.

On le leur a promis, on le leur a signé, on le leur a affirmé, on le leur a confirmé, tous les candidats sans aucune exception, probablement y compris moi, car j'étais à encore à un âge de moindre maturité politique -on va le dire ainsi-, et vous avez vu ce qui a suivi. Nous avons été obligés, jour après jour, de constater que les promesses ne seraient pas respectées.

On a dit : "C'est la faute de l'Europe". C'est toujours ce que l'on dit lorsque que les Gouvernants n'assument pas leurs responsabilités. Nous sommes un pays dans lequel il est devenu à la mode de rechercher le bouc émissaire perpétuel à Bruxelles.

Eh bien, moi, je ne chercherai pas de bouc émissaire à Bruxelles. J'assumerai la responsabilité qui sera celle du Président de la République française. C'est à nous qu'il revient de mettre de l'ordre dans nos affaires et de faire que la France soit désormais un pays qui se redresse.

Je leur ai donc dit : "Je ferai ce que je pourrais, mais je ne signerai pas les formulaires préétablis. Je veux une attitude de responsabilité, je peux choisir ce que sont les priorités pour notre pays et je veux vous dire ce que sont ces priorités".

Dans la situation où la France se trouve, c'est-à-dire dans la situation de mondialisation, de très dure, de très âpre compétition dans laquelle notre pays est plongé, dans cette très dure et très âpre compétition, nous avons une arme, probablement la plus efficace et peut-être même la seule, et, cette arme que nous avons, ce sont les jeunes Françaises et les jeunes Français.

Ce que nous avons à faire, dans un pays comme le nôtre, en choisissant la stratégie que nous allons suivre, c'est-à-dire en désignant nos priorités, ce que nous avons à faire, c'est de dire que, pour la France, la chance de son avenir, c'est l'Éducation nationale : l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire, l'enseignement supérieur et la recherche sont la seule arme qui nous permettra de faire face à l'avenir.

C'est la raison pour laquelle je serai solidaire et exigeant. Solidaire, car je ne laisserai pas prendre les enseignants français comme boucs émissaires de toute la crise de la société française.

Je sais bien, j'ai bien vu, après l'émission de lundi soir, qu'un certain nombre de gens regrettaient que je ne me joigne pas au coeur de ceux qui montrent du doigt les enseignants. Je ne le ferai jamais, car j'ai le souvenir récent d'un événement qui s'est produit alors que j'étais ministre de l'Éducation nationale. J'avais eu l'idée de lancer une enquête pour savoir pour quelle raison il y avait -phénomène bizarre-, dans un pays où tout le monde disait que le succès scolaire venait de la famille, il se faisait qu'il y avait des enfants issus de milieux très défavorisés qui réussissaient très bien, pas majoritairement, pas assez, mais il y en avait, et des enfants issus de milieu très favorisés, matériellement ou culturellement, et qui échouaient sans qu'il y ait de raison intellectuelle à cet échec.

J'ai demandé que des gens intelligents, pour une fois très formés et très ouverts conduisent cette enquête et la conclusion a été, pour moi, une leçon que je n'oublierai jamais. Elle était celle-ci : réussissent les enfants dans la famille desquels l'école est estimée, soutenue, défendue par les parents et échouent les enfants dans la famille desquels l'école est méprisée, accusée et, au fond, dépréciée par les parents.

Eh bien, mes chers amis, je voudrais que l'on y réfléchisse tous ensemble, car c'est une grande cause et ce qui est vrai dans une famille est vrai dans une nation. En effet, les pays du monde qui ont les meilleures performances scolaires, les pays du sud-est asiatique et les pays scandinaves, sont des pays dans lesquels l'école est soutenue par l'ensemble de la nation.

Comme je veux que l'Éducation nationale en France devienne, non pas une des meilleures du monde, mais la meilleure du monde et, ce, en quelques années, je ferai en sorte que, à aucun moment, on ignore que la nation a décidé de soutenir son école, pour que l'école fasse réussir l'ensemble de la nation.

Cela a, je dirais, pour moi, une signification extrêmement nette, y compris dans les circonstances budgétaires difficiles qui vont être les nôtres : je garantirai les moyens de l'école et, en échange, je demanderai à l'Éducation nationale de prendre un certain nombre d'engagements, ainsi que de fixer un certain nombre d'objectifs qui seront vérifiables par l'ensemble de la nation.

Le premier de ces objectifs paraît tout simple à énoncer, mais il est très difficile à réaliser, c'est que plus aucun enfant dans notre pays n'entre en sixième sans savoir lire et écrire. Je m'empresse de dire que c'est difficile.

Je ne sais pas s'il y a des instituteurs et professeurs des écoles dans cette salle… Il y en a, je les salue. Ils savent que c'est difficile et, ce, pour deux raisons principales que je vais, devant vous, évoquer.

Il y a eu tout un temps, des générations où la société toute entière tournait autour de l'écrit, lequel était valorisé et constituait, pour les enfants que nous étions, le chemin de tous les rêves, de toutes les évasions. On prenait un livre, petit ou gros, car c'était le moyen de trouver d'autres horizons.

Aujourd'hui, ce n'est pas l'écrit, ce sont l'image, la télévision, les jeux vidéo, les consoles, etc., qui représentent l'univers des enfants. Ce dernier n'appartient plus principalement au domaine de l'écrit. Il appartient au domaine de l'image.

On avait senti, depuis plusieurs décennies, venir cette grande inflexion et il nous faut donc défendre l'écrit dans un monde où l'image est reine. Ce n'est pas simple et c'est très difficile pour des enseignants, car il y a le monde dans lequel on vit, la famille et tout cela n'est pas facile à équilibrer.

La deuxième raison, c'est que, comme vous le savez bien, lorsque des enfants sont en situation d'échec à l'école, ce n'est pas principalement pour des raisons pédagogiques, c'est un grand nombre de fois pour des raisons psychologiques, car ils vivent, dans leur vie de famille, des choses difficiles, douloureuses dans lesquelles ils n'arrivent pas à se retrouver. Ces enfants, il faut les identifier et les accompagner et cela demandera des efforts très importants à l'ensemble de l'Éducation nationale.

Cependant, le seul objectif qui soit digne d'une nation comme la nôtre, c'est "illettrisme = 0 %", pas "illettrisme = 15 %", comme aujourd'hui, parfois "illettrisme = 20 %", pas "illettrisme = 10 %", mais "illettrisme = 0 %", parce qu'aucun de ces enfants ne mérite d'être abandonné sur le bord de la route et nous ne pouvons pas nous rendre complices de non assistance à enfants et à élèves en danger. Ce grand mouvement, il faut que nous le conduisions sur l'ensemble du territoire national, pas seulement dans les quartiers privilégiés, mais sur l'ensemble du territoire national.

Je n'ai pas approuvé ceux qui disent : "C'est très facile, il suffit de décider que, désormais, on abandonne la carte scolaire et que l'on va pouvoir inscrire -d'ailleurs cela se fait assez régulièrement- ses enfants dans les établissements de son choix". Tout d'abord, je trouve que c'est une réflexion courte et je m'y arrête un instant. Que se passe-til le jour où vous avez, dans l'établissement "chic" du centre-ville, quatre fois plus d'inscriptions que de place disponibles ? Que fait-on ? On organise un concours ?!…

Si vous organisez un concours, vous découvrirez, alors, que c'est très souvent le fils de la personne, souvent venue d'ailleurs, qui habite dans la rue du centre-ville, mais qui est, par exemple, le concierge ou un personnel de maison dans une famille du quartier, qui va se retrouver dans l'établissement de banlieue.

Soit l'on tire au sort, soit l'on décide que l'on va seulement conserver les enfants les plus proches du lycée, mais, alors, on revient à la carte scolaire.

Bref, il n'y a rien de facile dans cette idée et, surtout, la question que l'on ne pose pas est celle-ci : que deviennent les établissements que l'on quitte ? Qui sont les enfants qui restent dans les établissements abandonnés et dont vous faites des ghettos ?...

Pour moi, la République, ce n'est pas les ghettos.

La carte scolaire, ce n'est pas une obligation pour les familles. Je suis prêt à l'assouplir pour les familles, mais je ne suis pas prêt à l'assouplir pour l'Éducation nationale. La carte scolaire, c'est l'obligation que l'Éducation nationale se donne à elle-même d'offrir les mêmes chances aux élèves, quel que soit leur milieu d'origine et le quartier où ils sont nés, partout sur le territoire de la République, que ce soient les banlieues en difficulté ou les zones rurales.

On ne parle pas beaucoup des zones rurales dans cette élection. Je pense qu'il est nécessaire d'en parler, car il y a un double abandon : celui des quartiers en difficulté et, souvent, des banlieues et celui de larges zones rurales. Nous vivons dans un pays dans lequel l'État est omniprésent partout où cela va bien et totalement absent partout où cela va mal.

Eh bien, moi, je demande que l'on inverse cette proportion et que l'on décide que l'État, on peut l'alléger partout où cela va bien, mais qu'il faut le réimplanter partout où cela va mal, dans les banlieues et dans les zones rurales en particulier.

Il faut le faire comme un État moderne, il ne faut pas le faire en renonçant à la réforme de l'État. Il faut faire la réforme de l'État. J'ai cité récemment cette étude dans le débat que tu évoquais, Philippe, que j'ai eu avec le premier très haut fonctionnaire de l'Inspection des finances sur cette idée. Il me dit : "Comment allez vous faire la réforme de l'État ?"…

Je lui dis, car c'est un homme que je respecte : "Monsieur, vous êtes le patron de l'Inspection des finances…L'Inspection des finances vient de sortir un rapport qui dit quelque chose de bouleversant quand on y pense, elle dit : depuis le début des années 1980, toutes les administrations qui ont fait l'objet de décentralisation ont augmenté le nombre de leurs fonctionnaires et pas réduit. Notre pays, c'est cela. C'est d'ailleurs une tentation permanente et que l'on comprend très bien : chacun veut renforcer son pré carré, son espace.

Je suis pour que l'on fasse la réforme de l'État, mais que cette réforme permette de réinstaller l'État là où cela va mal, pas de le laisser là où cela va bien.

Il y a une deuxième chose -et je m'arrêterai là- que je veux faire pour que les chances soient égales, quel que soit le quartier d'où vous êtes originel, la profession de vos parents et la composition de votre famille. Je veux que l'on rétablisse le calme qui, seul, permet de faire des études et la discipline qui, seule, permet de se respecter, dans tous les établissements de tous les quartiers, dans tous les collèges et tous les lycées de France.

Je veux que ce mouvement soit conduit. J'ai été extrêmement frappé, pendant le tour de France que j'ai conduit depuis des années, par ce que m'ont dit les femmes dans les quartiers les plus abandonnés des banlieues françaises, des femmes qui élèvent souvent seule leurs enfants.

Comme vous le savez, le nombre de familles monoparentales est très important et des femmes, mères de familles nombreuses, des femmes le plus souvent musulmanes, me disaient, dans le nord, dans le centre, dans le sud de la France : "Monsieur Bayrou, il faut que l'on vous dise quelque chose, l'année prochaine, on inscrira nos enfants dans l'école privée". Je suis très content quand il y a la rencontre des sensibilités religieuses, je trouve que c'est très bien quand l'école privé catholique rencontre des enfants et des familles de sensibilité musulmane, de religion musulmane, je trouve cela très bien et très heureux, mais je suis désespéré de la raison qui expliquait leur choix.Elle me disait : On va inscrire nos enfants à l'école privée catholique, parce qu'ils ne sont plus en  sécurité au collège qu'ils fréquentent habituellement.

Je trouve que, pour nous, pour la République, et pour l'Éducation nationale, c'est une défaite. Nous ne pouvons pas accepter que, où que ce soit en France, des parents, et singulièrement les parents parmi les moins favorisés, les moins soutenus, puissent considérer que leurs enfants ne sont pas en sécurité dans un collège de la République, qu'il y a du racket, qu'il y a de la violence, qu'il y a des gestes d'irrespect à l'égard des enseignants ou entre élèves et je suis déterminé à conduire une politique qui fera que, partout en France, le calme et le respect scolaires régneront et seront imposés dans tous les établissements.

C'est la raison pour laquelle je dis qu'il faut proposer aux sept, huit, dix, quinze enfants dont tout le monde sait qu'ils déstabilisent leur classe et leur établissement, parce qu'ils sont eux-mêmes déstabilisés -ce n'est pas principalement parce que ce sont des caïds, mais ils deviennent caïds parce que ce sont des enfants perdus, parce qu'ils ne savent plus où ils en sont- une scolarité adaptée avec les éducateurs et les psychologues nécessaires sous l'autorité du collège qui leur permettent de se retrouver pour qu'ils puissent, quelques mois ou années après, retrouver les autres.

Cette politique est en effet une politique républicaine, humaniste. En même temps, je veux que l'on offre l'excellence partout, la chance de l'excellence à tous les élèves où qu'ils se trouvent, la chance dont ont bénéficié beaucoup de boursiers de la République, à qui l'on a proposé des options, des chemins de scolarité qui les ont conduits au même niveau que les élèves des plus prestigieux des lycées parisiens.

Je ne vois pas pourquoi on accepterait la ségrégation géographique en France. Je ne vois pas pourquoi on ferait de meilleures études dans les lycées du centre-ville de Paris que dans les lycées normands, les lycées béarnais ou les lycées de la banlieue lyonnaise. Je veux que notre pays retrouve l'égalité des chances républicaines et je dis que c'est un objectif qu'il va falloir désormais défendre et imposer comme un grand objectif national.

Tout le monde a droit à sa chance. Tout le monde a droit à la première chance et, dans mon esprit, tout le monde a droit aussi à la deuxième chance. Si on rate, on doit pouvoir se rattraper.

Je ne regarde pas les choses de la vie avec la simplicité ou le simplisme qui sont défendus à certaines tribunes, je ne pense pas que les gens qui sont au chômage ou ceux qui sont au RMI sont responsables de leur sort. Ce n'est pas parce qu'ils sont... que laisse-t-on entendre… paresseux qu'ils se retrouvent dans la situation qui est la leur.

On stigmatise, sur certaines tribunes, ceux qui ne se lèvent pas le matin. Je vous jure qu'il y a des gens qui sont au chômage et qui aimeraient beaucoup se lever le matin, qui aimeraient beaucoup avoir un travail.

Il faut que notre pays conduise une grande politique de lutte contre l'exclusion et la lutte contre l'exclusion commence, et ce n'est pas la peine que l'on se raconte d'histoire, par la multiplication des emplois que nous pouvons offrir aux Français. Tant que nous n'aurons pas les emplois, toute la politique sociale sera en réalité une politique de... comment dire ... de deuxième ligne, une politique de pis-aller.Le jour où nous aurons multiplié les emplois, alors vous allez voir des chances nouvelles s'offrir à un très grand nombre de personnes dans notre pays et je propose une idée simple pour multiplier les emplois.

Je propose que, à partir de mai 2007, à partir de l'élection présidentielle et de la réunion du Parlement qui suivra l'élection législative, on vote une loi nouvelle qui permette à toutes les entreprises françaises, quelle que soit leur taille, quel que soit leur secteur d'activité, de créer, si elles le souhaitent, deux emplois nouveaux sans charges par entreprise pendant cinq ans.

Je sais, et je vous demande d'y réfléchir en en parlant autour de vous, ne me croyez pas sur parole, d'ailleurs ne croyez plus les candidats sur parole ! Vérifiez ce qu'ils vous disent, quels qu'ils soient, qu'il y a, autour de vous, des dizaines et des dizaines d'entreprises qui rêvent de créer un emploi, mais qui ne peuvent pas le faire parce qu'elles estiment que cet emploi, avec les charges qui vont avec, coûte tellement cher qu'elles n'arriveront pas à le créer.

C'est la raison pour laquelle je propose cette idée novatrice et c'est une idée qui s'applique en particulier aux jeunes qui sont là, en particulier aux jeunes qui n'arrivent pas à trouver d'emploi, y compris les jeunes qui ont un diplôme et qui n'arrivent pas à trouver d'emploi et c'est une idée qui s'adresse aussi à une autre catégorie parmi vous, ceux qui ont plus de 50 ans et qui, peu à peu, ont été marginalisés et laissés sur le bord de la route sans que l'on puisse leur offrir une vocation et une place dans l'entreprise. Je trouve cette situation terrible, terriblement discriminante, terriblement blessante pour celles et ceux qui en sont les victimes et totalement inciviques pour notre pays.

Tout le monde est en train de dire : il va falloir une réforme des retraites et tout le monde sait qu'il faudra une réforme des retraites. Pour ma part, la réforme des retraites, je la proposerai pour que tous les Français aient la certitude qu'elle ne se fera pas dans leur dos. J'ai pris l'engagement que je la ferai adopter par référendum par le peuple français et que, désormais, on ne va pas se retrouver avec l'éternel scénario des campagnes électorales où l'on fait une élection et, très vite, dans les trois, quatre, cinq, huit semaines qui viennent, on fait adopter le plus de textes désagréables possible pour que les Français ne s'en aperçoivent pas.

Moi, je veux que les Français soient considérés comme des citoyens responsables. Je veux que l'on change la manière dont on conçoit, dont on regarde et dont on considère le peuple dans notre pays. Je considère que c'est au peuple des citoyens français qu'il faut exposer les problèmes les plus difficiles.

Il faut la pédagogie nécessaire et il faut le rendre responsable au lieu de le considérer comme irresponsable. Cela, c'est le moyen de faire bouger les choses dans notre pays.

Mais, s'il faut une réforme des retraites, alors, vous voyez bien que cette réforme va conduire, d'une manière ou d'une autre, selon moi, par une décision libre de chacun des citoyens à pouvoir prolonger son activité si on le souhaite, mais vous ne pouvez prolonger votre activité que s'il y a une activité.

Écoutez bien le chiffre que je vais vous dire et qu'un certain nombre d'entre vous vivent dans leur vie : aujourd'hui, sur le nombre de Français qui partent à la retraite tous les ans, plus de un sur deux n'a plus d'emploi au moment où il part à la retraite. Plus de un sur deux des Français qui prennent leur retraite ont perdu leur emploi au moment où ils entrent dans cette situation nouvelle.

Pourquoi ? C'est très simple, parce que les entreprises considèrent que, à partir de cinquante ans, on coûte trop cher, que la progression de carrière normale, la progression des salaires normale fait que vous coûtez trop cher à l'entreprise et on vous remplace par quelqu'un de plus jeune et quelquefois par des stagiaires. Oui ou non ?

Eh bien, ceci ne ressemble pas à ce que je voudrais voir de mon pays et cette idée de : vous pouvez créer des emplois, ceux que vous souhaitez, sans avoir à acquitter de charges pendant cinq ans, c'est une idée qui permet de ramener à l'emploi un très grand nombre de ceux qui en sont exclus aujourd'hui.

Je pense qu'il y a là la politique la plus sociale et la plus économique que l'on puisse conduire pour changer le moral de la nation et faire que ceux qui voyaient seulement des nuages noirs àl'horizon voient une lumière au bout du tunnel pour en sortir eux-mêmes.

Je n'abandonne pas non plus les centaines de milliers de nos compatriotes qui sont en situation encore plus reléguée, en situation de minima sociaux. Je ne les abandonne pas non plus.

D'abord, je m'intéresse à la raison qui fait que tant de personnes sont coincées dans les minima sociaux, sont coincées au RMI par exemple.

Nous avons conduit des enquêtes pour savoir pourquoi ce phénomène était en situation d'aggravation. Savez-vous qu'il y avait un million de RMIste en 2002 et qu'il y a aujourd'hui un million trois cents mille RMIstes. Le nombre des RMIstes a augmenté de presque 30 % en cinq ans.

Ce n'est pas à la gloire de notre pays. Cela ne ressemble pas à ce que je voudrais de la République française.

Quand on s'interroge pour savoir pourquoi tant et tant de personnes sont bloquées au RMI, on découvre quelque chose qui est scandaleux, quand on y pense : il y a un grand nombre personnes qui sont bloquées au RMI parce qu'étant donné l'organisation de nos lois sociales, si elles acceptent un travail, elles y perdent au lieu d'y gagner.

Quand vous êtes au RMI, vous avez, et c'est normal, l'exonération des impôts locaux, l'exonération de la redevance télévision, une aide pour les transports, des allocations logements et quelquefois la cantine gratuite pour les enfants. Tout ceci, cela fait une réalité drôlement importante et drôlement lourde, singulièrement pour des personnes seules. Je pense aux mères de famille qui élèvent leurs enfants toutes seules. Si vous reprenez un travail, pendant quelques mois, c'est un bien, on vous laisse le bénéfice d'un certain nombre de ces avantages, mais, au bout de quelques mois, ces avantages disparaissent. Vous avez accepté un travail et vous perdez tous les avantages que vous aviez avant. Eh bien, ceci ne ressemble pas à ce qu'il faut pour notre pays. Si nous voulons conduire une vraie politique de lutte contre l'exclusion, alors il faut avoir une idée simple en tête : toute personne qui accepte un travail doit y gagner, y gagner vraiment et non pas y perdre des avantages.

Ceci signifie donc quelque chose qui est une révolution fondamentale dans notre pays : au lieu de réserver les avantages en fonction du statut qui est le vôtre, je pense qu'il faut distribuer les avantages en fonction de la réalité des ressources qui sont celles de la famille.

A ressources égales, droits égaux de manière que, si vous travaillez, vous y gagnez. Il y a quelque chose qui se passe et qui, de toute façon, vous donne la garantie que le travail représentera, pour vous et votre famille, un bénéfice et non pas une perte. C'est un changement profond pour la manière dont est organisé le social en France.

Il y a un deuxième chapitre dans cette lutte contre l'exclusion, c'est que les personnes, qui, malgré tout, n'auront pas d'emploi, je considère qu'on ne doit pas les laisser dans cet isolement qui est le leur. C'est très difficile d'être au RMI. Je sais bien qu'il y a des salles où, au contraire, il est de bon ton de mal parler, même par insinuation, de ceux de nos compatriotes qui rencontrent cette difficulté. Je ne veux pas que ce soit le cas dans nos meetings.

Au fond de moi-même, je me suis souvent fait la réflexion que, entre la réussite et l'échec, il n'y avait pas loin. Quand on a été professeur et que l'on voit les élèves que l'on a eus quand ils étaient enfants et ce qu'ils sont devenus quand ils sont adultes, alors on se rend compte que les choses n'étaient pas forcément écrites à l'avance. Il y a des gens qui tombent du mauvais côté et ce n'est pas de leur faute. Il suffit d'un accident, un accident professionnel, quelquefois un accident de famille, un couple qui se défait, une famille qui se sépare, et vous vous retrouvez tout d'un coup du mauvais côté.

Le mauvais côté, cela veut dire que, très vite, vous vous isolez, vous avez honte en fait de la situation qui est la vôtre, injustement, mais vous avez honte et vous ne sortez plus et vous ne parlez plus à personne et vous évitez le regard des voisins et, en même temps, comme vous avez sur le dos le surendettement, comme vous avez sur le dos la même envie de consommer que les autres, quand il y a un peu d'argent qui vient, on le dépense le plus vite possible, bref, ce n'est pas une situation enviable. Je n'ai pas en vie de laisser ces personnes isolées toute seules dans leur coin.

C'est pourquoi je propose, et ce sera une politique très importante à concevoir et à conduire pour la Nation, que toutes les personnes qui sont par exemple au RMI, aux minima sociaux et qui sont valides, on leur offre, en même temps que les quatre cents et quelques euros du RMI, une activité au service de la société, dans les associations et dans les collectivités locales, ce qui leur permettrait d'arrondir leur fin de mois par une espèce de bourse qu'on leur donnerait et, en même temps, de retrouver la certitude de leur utilité, de nouveau le sens de tout le potentiel qu'elles ont et qui peut être mis au service des autres et, au lieu d'avoir une société de la solitude et de l'abandon, nous aurons une société de la solidarité et des coudes qui se serrent.

Je trouve que, cela c'est un projet pour la France.

Vous voyez que, tout d'un coup, si nous conduisons ces projets : multiplication du nombre des emplois par les deux emplois sans charges, sortie de la trappe à RMI que représentent les avantages réservés à ceux qui y sont maintenus et que l'on perd quand on travaille et en même temps ce principe que j'appelle de l'activité universelle, là nous avons une vraie politique adulte, responsable d'un vrai pays moderne, de lutte contre l'exclusion qui est la honte de notre pays et que nous ne pouvons pas accepter, que nous devons combattre de toutes les manières et dans tous les secteurs et auprès de tous ceux qui sont abandonnés dans notre pays.

Je veux un pays de solidarité et pas un pays de l'abandon. Je veux un pays des coudes qui se serrent et pas un pays de l'individualisme, de la solitude et, au fond, de l'égoïsme qui a caractérisé trop longtemps la société dans laquelle nous vivons et vous voyez comme tout d'un coup l'image et le message de la France changent.

Je crois que la France est le pays qui veut que l'on défende le modèle républicain, c'est un pays qui pense que Liberté, Égalité, Fraternité, ces mots que nous dessinons constamment au-dessus des portails de nos écoles et des portes de nos mairies, ont du sens.C'est drôle un pays qui décide qu'il aura comme devise le nom de trois vertus morales : Liberté, Égalité, Fraternité. Il n'y a aucun autre pays qui ait fait ce choix, je l'ai vérifié dans le monde, en dehors des pays francophones qui nous ont suivis, notamment en Afrique. Partout les devises exaltent la grandeur du pays ou le lien, en tout cas l'honneur qui est rendu à Dieu. Chez nous, nous avons choisi trois vertus morales. C'est formidable un pays qui se donne comme devise nationale un projet de société.

Je suis fier que nous portions ce projet de société. Je considère que ce projet de société, on en a encore plus besoin au XXIème siècle qu'on en avait besoin au XXème et au XIXème siècle. Je pense que ce projet, la France l'attend, que le monde l'attend.

Je pense que, écoutez bien, car c'est, selon moi, la clef et le noeud de cette élection qui vient, ce projet de société et de solidarité, c'est la meilleure arme que nous pouvons trouver dans le combat de la mondialisation ; c'est comme une équipe sportive, ce ne sont pas les individualités... Voilà que Johnny Hallyday s'est réintroduit dans le débat de l'élection présidentielle ! ...Ce ne sont pas les individualités qui font le succès d'une équipe. Les individualités, c'est bien, les talents, c'est bien, mais ce qui fait le succès d'une équipe, c'est l'esprit d'équipe.

Si nous réussissons à être le pays qui a les jeunes les mieux formés, la recherche la plus efficace, si nous réussissons à faire revenir en France les jeunes que nous avons formés et qui sont partis dans les laboratoires américains, si nous sommes un pays qui accepte l'innovation et la création, si nous sommes un pays qui soutient l'entreprise au lieu de combattre l'entreprise, si nous sommes un pays qui choisit de lutter contre l'exclusion au lieu d'accepter l'exclusion, si nous sommes un pays où l'on comprend que l'on ne peut pas perpétuellement se parler en se faisant la guerre, alors, tout d'un coup, la France va retrouver la fierté, l'optimisme, l'espoir qui caractérise notre nation.

S'il n'y avait pas cette demande de fierté, d'optimisme et d'espoir, croyez-vous que vous seriez ce soir quatre mille à Caen ? L'immense foule que vous formez et qui a voulu venir pour participer à cette élection présidentielle porte cette attente et cet espoir. Elle en a assez des querelles et des haines, elle en a assez de ceux qui disent : Dans mon camp il y a toute la vérité, dans l'autre camp il y a toute l'erreur. La France sait bien qu'il va être nécessaire de faire travailler ensemble tous ceux qui ont quelques compétences, quelques idées de ce qu'il faut faire pour l'avenir.

C'est comme dans une famille et dans une entreprise. Quelle est la famille dans laquelle on refuserait de parler autour de la table de famille à celui qui n'a pas les mêmes opinions que le chef de famille ? Quelle est l'entreprise où l'on déciderait de ne travailler qu'avec ceux qui ont la même étiquette ou la même carte de parti dans la poche ? Cela n'a aucun sens. Ce que nous avons à conduire comme redressement du pays, c'est plus difficile qu'aucune tâche politique qui ait jamais été entreprise par une génération dans notre pays, en tout cas depuis la guerre.

Je vais vous dire ce que je pense vraiment. Ce que nous avons à faire aujourd'hui, étant donné la réalité de la situation de la France, c'est plus difficile que la reconstruction de notre pays à la libération, car, à ce moment-là, les ruines étaient pour l'essentiel des ruines matérielles. Il y avait aussi beaucoup de fracture morale. C'est plus difficile que ce que le général de Gaulle a eu à faire en 1958 quand il a reconstruit la République au moment du drame de la décolonisation, car nous avons, sur le dos, vraiment des charges énormes et des défis très importants à relever.

J'ai acquis la conviction que le seul moyen de relever ces défis était de proposer aux Français de se rassembler et, pour la période qui s'ouvre, de travailler ensemble d'où que viennent les compétences qui accepteront de le faire et de partager cette charge.

Je considère comme nécessaire de proposer au pays de relever ce défi et si, en effet, comme tout le monde le note dans tous les journaux, les sondages sont en train de bouger considérablement, si les foules qui se rassemblent tous les soirs dans toutes les villes de France sont, comme vous le montrez à Caen, de plus en plus nombreuses, c'est parce que le pays, dans ses profondeurs, a compris qu'il y avait là, désormais, un nouveau chemin qui pouvait le conduire à son redressement.

Je vous remercie d'avoir été ce soir à Caen pour le montrer, le démontrer, le prouver et le soutenir.

Le 22 avril et le 6 mai, nous allons le montrer ensemble.

Merci à tous.

Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /Déc /2006 13:01
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
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Je l'avais, à mon grand regret (qu'il veuille bien me pardonner!), un peu oublié. Cet oubli sera réparé lorsque vous aurez pu prendre connaissance de sa déclaration de candidature.

Début de citation :

Mes chers amis,

Votre présence en cet instant est précieuse pour moi.

Je vous ai invités en cet endroit que j’aime, où j’ai des racines, la place républicaine d’une mairie de village, dans les Pyrénées, un endroit à la fois beau et simple, pour vous dire ceci, qui m’engage, et qui va, pour beaucoup d’entre vous, vous engager aussi.

Je suis candidat à la présidence de la République.

Dans cinq mois, chacun des citoyens français, femmes et hommes, va choisir et décider.

Ces cinq mois sont très importants pour notre pays. Ces femmes et ces hommes, je vais aller les voir, les rencontrer, sinon tous, du moins le plus possible, leur parler à la télévision et à la radio, sur internet, dans la presse écrite, pour les convaincre de ceci : il faut que la France prenne un autre chemin.

Pendant ces années, les gouvernants, perdus dans leurs querelles, n’ont eu ni la volonté ni le courage nécessaires. Mais ce sont les Français qui ont payé les pots cassés.

Ce sont les Français qui sont au chômage. Deux millions d’entre eux, plus un million trois cents mille rmistes, plus les Ass et les minima sociaux divers, en tout quatre millions des nôtres.

Ce sont les Français qui paient la dette. 1150 milliards d’euros, qui coûtent tous les mois à chaque Français au travail, tous les mois 200 € en moyenne.

Ce sont les Français qui voient monter la violence. Nous avons des banlieues où la police ne peut plus entrer, avec des services publics disparus, et des générations détruites au point qu’elles en viennent à se glorifier de faire brûler des voitures, des commissariats, des bus. Et parfois, dans les bus, il y a des jeunes filles transformées en torche vivante. Et dans la cité de l’Ousse des Bois, il y a quelques mois, ce sont deux policiers qu’on a failli faire brûler.

La couleur de la peau, comme la religion ou l’origine, est redevenue une obsession. Les noirs se sentent sous-estimés, et dans certains quartiers, ce sont les blancs qui se sentent mal vus.

Les fins de mois sont de plus en plus difficiles et, des petites retraites jusqu’aux salaires moyens, personne n’arrive plus à joindre les deux bouts.

Les chercheurs français prouvent qu’ils sont parmi les meilleurs du monde, mais c’est dans les laboratoires américains. Nous les avons formés, et ils les utilisent. Les créateurs d’entreprise qui ont réussi vont s’installer, les uns après les autres, en Belgique. Tout cela, c’est la substance de la France qui s’en va.

L’Europe qui était notre espoir est devenue notre découragement. Elle est sans inspiration, puisque l’inspiration ne peut venir que de la France.

Voilà notre pays, et j’en passe, et j’en oublie. Voilà sa situation réelle.

Chacune de ces crises est à elle seule immense. Chacune nécessiterait un immense effort national. Et nous, nous devons maintenant les affronter toutes ensemble.

C’est pourquoi on ne peut plus continuer dans la guerre civile ridicule et sourde d’une moitié du pays contre l’autre.

Chaque semaine, à l’Assemblée nationale, Voir la moitié de l’Assemblée, avec le doigt accusateur, qui hurle : « c’est la faute de la gauche ! ». Et voir l’autre moitié, avec la même violence, hurler : « c’est la faute de la droite ! », d’abord on se dit que c’est ridicule, et puis on éprouve un sentiment de honte…

Ce sont, pour la plupart, des gens intelligents, ils se sont succédés au pouvoir, sans aucune interruption, depuis vingt-cinq ans. C’est la politique comme nous la faisons depuis cinquante ans qui les rend bêtes.

On ne peut pas continuer comme cela.

Je ne crois plus à cette guerre de la moitié de la France contre l’autre.

Les uns vous disent qu’il faut d’urgence battre la droite pour que ça aille mieux. Les autres qu’il faut à tout prix préserver la France de la gauche.

Et moi je dis : tout cela est vain. Ce n’est plus à l’échelle des problèmes. Ce n’est plus à l’échelle du temps.

Pour donner une chance à la France, il faut prendre le meilleur et les meilleurs.

Ce que nous avons à faire est si difficile qu’il faut une volonté ferme capable de fédérer un soutien large.

Désormais, nous n’avons plus le temps de la querelle et de la guerre des camps. Nous n’avons plus le temps de continuer à nous invectiver, de défaire perpétuellement ce que les autres ont fait, avant qu’ils ne défassent à leur tour ce que vous allez faire.

Il nous reste une chance, une seule : rassembler notre pays, fixer des objectifs raisonnables et républicains, nous regrouper et faire reculer, pas à pas, mètre par mètre, avec acharnement, les échecs et le déclin.

Mais la division n’est pas seulement entre ces deux camps politiques. La division a pénétré partout dans notre société, en recherche perpétuelle de boucs émissaires. Pour l’un, les coupables, ce sont les juges qui sont tantôt laxistes, tantôt trop rigoureux. Pour l’autre, ce sont les professeurs qui ont trop de temps libre et se font payer grassement leurs heures de cours particuliers par des sociétés cotées en bourse. Pour d’autres, ce sont les syndicats qui sont coupables. Pour d’autres, ce sont les fonctionnaires. Pour d’autres, ce sont les paysans qui polluent. Pour certains, ce sont les écologistes qui abusent. Pour d’autres, ce sont les musulmans qu’il faut cibler, pour d’autres, l’obsession c’est le lobby gay…

Tout cela, cette recherche éperdue de boucs émissaires, c’est le signe d’un peuple qui va mal.

J’ai passé une partie de ma vie à réfléchir sur Henri IV. Si je l’ai tant aimé, ce n’est pas parce qu’il était béarnais, né dans le château que vous apercevez dans le lointain. Si je l’ai aimé, à quatre siècles de distance, c’est qu’il a voulu et accompli la réconciliation de son peuple, alors que tout conduisait à ce qu’il continue à se haïr.

L’esprit de rassemblement et de réconciliation, c’est ma conception de la fonction de chef d’État.

C’est le plus urgent besoin de la France.

Et il est des responsables publics qui le savent. Ce sont les maires, tous les jours, dans tous les villages de France.

Si je suis élu, je nommerai au gouvernement une équipe pluraliste, équilibrée, des démocrates, femmes et hommes, venus de bords différents avec mission de mettre en œuvre le même projet républicain, et cela non pas malgré leurs différences, mais en s’appuyant sur leurs différences.

Chacun gardera ses valeurs. Tant mieux ! Car on a besoin des valeurs des uns et des autres. L’esprit d’entreprendre, le goût de l’ordre, on les classe à droite ; la solidarité, l’égalité des droits, à gauche ; la tolérance, l’équilibre et l’équité, au centre. Nous avons besoin de toutes ces valeurs, en même temps. Et les écologistes ont raison de rappeler que nous sommes embarqués sur une petite planète, comme une Arche de Noé dans l’univers, et que nous sommes comptables de l’air qu’on y respire et des espèces, chacune des espèces, qui y sont embarquées, y compris la nôtre, l’espèce humaine à tête dure.

Ces valeurs, il faut cesser de les regarder comme antagonistes, il faut se rendre compte qu’on a besoin de les faire vivre ensemble.

Le temps des grandes querelles idéologiques, pour le moment, est derrière nous.

D’autant plus que nous, peuple français, nous avons un modèle de société qui est lui-même en péril, notre modèle de société républicain : si nous voulons le sauver, il va falloir mener le combat.

La pression du modèle matérialiste est immense et en face de ce modèle où l’argent est la valeur dominante, liberté, égalité, fraternité, cela ne pèse pas lourd.

Mais je dois vous dire, pour que tout soit clair entre nous, que ce sont mes valeurs. Que je suis de ce côté là. Et que je ne suis pas près d’y renoncer.

Reconstruire la République affaiblie, réimplanter l’État là où ça va mal dans la société française, notamment dans les banlieues, équilibrer les finances publiques qui sont à bout de souffle, soutenir l’esprit d’entreprise, l’esprit de création, l’esprit de recherche, sortir de l’exclusion le million trois cent mille Rmistes en leur offrant non seulement un chèque de survie mais une activité, faire respecter et progresser l’école républicaine et non pas la mépriser, faire respecter et mieux armer la justice de notre pays, permettre aux femmes de mieux vivre leur vie multiple, combattre la solitude et la violence qui nous minent, reprendre à la base l’idéal européen, tout cela c’est un effort immense.

Cet effort ne peut être conduit avec succès que par des volontés républicaines qui acceptent de travailler ensemble.

Et elles ne travailleront ensemble qu’autour d’un président ayant reçu pour les fédérer un mandat du peuple. Personne ne résiste à la décision clairement exprimée du peuple souverain. Le peuple donne mandat au président et le président organise le gouvernement nouveau et la majorité nouvelle.

Voilà la clé de cette élection. Voilà la clé de ce changement d’ère politique.

C’est une constante dans notre histoire. Chaque fois que la France a voulu se redresser, c’est cette voie qu’elle a choisie. C’est ce qu’a imposé Charles de Gaulle à la Libération et en 1958. C’est ce qu’ont voulu Pierre Mendès-France, Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre, Michel Rocard et Jacques Delors.

Ne croyez pas que ce mouvement soit seulement français et que la France quand elle l’entreprendra sera pionnière et isolée.

Mes chers amis, partout autour de nous, les peuples, contre tous les pronostics, imposent ce choix à des gouvernants rétifs. Cela vient de se produire, vous le savez, dans le plus grand pays de l’Union européenne, chez nos voisins allemands. Cela vient de se produire en Autriche, cela vient de se produire aux Pays-Bas. Cela se produira en France.

Bien sûr, c’est un peu plus difficile en France, en raison de nos institutions verrouillées. Mais nous allons les déverrouiller.

C’est un mouvement des temps ! Les peuples ont compris plus vite que leurs dirigeants que le temps du simplisme est révolu. Que le monde est complexe. Que la société éclate en archipels, tous différents, chacun avec sa logique, ne comprenant pas les autres, et qu’il faut beaucoup de compréhension, beaucoup de tolérance, pour les rassembler et les faire vivre ensemble. Les peuples l’ont compris parce qu’ils le vivent et d’abord dans leur famille.

C’est pourquoi ils disent à leurs dirigeants : s’il vous plaît, montrez-nous l’exemple.

C’est cet exemple que j’ai choisi d’incarner, aidé par votre soutien et votre amitié, aidé par la magnifique équipe qui m’entoure, et aidé par les miens. La France n’a pas seulement besoin d’un changement de visages ou de génération. Elle a besoin de changer de logique. Elle a besoin de temps nouveaux.

Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourd’hui elle a besoin de toutes nos forces. Je m’engage et nous nous engageons à les réunir pour servir notre peuple et notre pays.

Fin de citation.

Samedi 14 octobre 2006 6 14 /10 /Oct /2006 10:49
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

C'est par le plus grand des hasards que je découvre, aujourd'hui, l'existence d'un projet de Constitution élaboré par l'UDF, le parti de François Bayrou.

Certes, il a été rendu public il y a un peu plus d'une semaine. Autrement dit, il y a peu de temps ...

Le fait est que je n'en ai pas DU TOUT entendu parlé ni lu quelque article que ce soit  sur cette initiative qui n'est pas mince.

On sait que, au sein du P.S, Arnaud Montebourg milite depuis quelque temps pour une réforme radicale de la Constitution de la Vème République. Au point de vouloir en changer le nom ou, plus précisément, le numéro. Optant résolument pour un régime parlementaire, réduisant drastiquement les pouvoirs du Président de la République.

J'avais entendu dire que l'UDF réfléchissait à une transformation radicale de cette même Constitution ...
Voilà qui est fait : le projet est né et, je suppose, soumis à la discussion publique. 
L'orientation générale est très explicite. L'UDF prend le contre-pied du P.S en optant pour un renforcement des pouvoirs du Président de la République au détriment du Premier Ministre ...rejoignant en cela les idées de Nicolas Sarkosy.

Voici la présentation générale qu'en fait l'UDF.

Début de citation :

La Constitution de la 6ème République : un nouvel équilibre des institutions

Au fil des ans, la pratique des hommes a singulièrement corrompu l?esprit fondateur des institutions de la 5ème République. Trois défauts majeurs sont ainsi apparus :
- la confusion et la concentration des pouvoirs au profit du Président de la République ;
- l'absence de responsabilité politique et pénale du chef de l'Etat ;
- la transformation du Parlement en simple chambre d'enregistrement.
Confusion des pouvoirs largement entretenue par trois cohabitions et par des nominations deconvenance politique, confiscation du débat démocratique, affaissement du rôle du Parlementdans sa double mission de contrôle et de législateur, accéléré par le mode de scrutin, déresponsabilisation extrême du Chef de l'Etat, remise en cause de l'indépendance de la justice, voilà les maux dont souffrent notre démocratie. Ils ont découragé l'exercice de la citoyenneté (abstentions, votes extrêmes, zapping électoral) et abouti à une défiance croissante des citoyens à l'égard de l'engagement politique.
Cette dérive a eu trois conséquences majeures :
- l'absence de contrôle par le Parlement de l'action gouvernementale, en particulier dans l'utilisation des deniers publics, qui rend impossible la réforme du système public ;
- l'effondrement de l'exemplarité, de la morale et de l'éthique en politique ;
- le manque d'efficacité de la décision publique.
Si les institutions ne peuvent garantir, à elles seules, une pratique vertueuse du pouvoir, elles peuvent y contribuer pour une grande part. La Constitution de la 6ème République, présentée aujourd'hui par l'UDF a pour ambition de construire un système démocratique fondé sur un équilibre retrouvé et des principes de responsabilité et de légitimité. 

Nos principales innovations :

 Des pouvoirs nouveaux pour les citoyens

- par l'extension du champ référendaire aujourd?hui strictement délimité (article 11) ;
- par l'introduction du référendum d'initiative populaire (article 11) ;
- par la saisine de la Cour constitutionnelle par les citoyens qui s'estiment lésés par une loi promulguée (article 68). 

Afin de défendre le pluralisme largement malmené ces dernières années, nous proposons de constitutionnaliser les principes qui doivent gouverner les modes de scrutin, notamment la représentation pluraliste des opinions et des territoires (article 3).

 Un Président responsable

Elu au suffrage universel direct de tous les Français, il ne pourra exercer plus de deux mandats successifs (article 6).
Le Président détermine et conduit la politique de la Nation. Il s'adressera au moins une fois par an au Parlement réuni en Congrès (articles 5 et 17).

Son pouvoir est toutefois « encadré » par la nécessité impérieuse de renforcer le socle de notre démocratie et donc de l'équilibre des pouvoirs : droit de dissolution (article 12), fin du domaine réservé (articles 45, 77 et 87), suppression de l'article 16 (pleins pouvoirs), destitution (article 23). 

Dans cette nouvelle configuration, le Premier ministre a pour mission de coordonner l'action du Gouvernement, qui met en oeuvre la politique de la Nation, dont les membres ne peuvent exercer aucun mandat électif (fin du cumul) et dont le nombre sera limité à vingt (articles 8, 19 et 21).

 Un Parlement de plein exercice

Le « parlementarisme rationalisé » a singulièrement restreint les pouvoirs et les capacités d'initiative du Parlement.

Pour mettre fin à cette situation, nous proposons :
- l'interdiction du cumul des mandats pour les députés et le vote personnel sans possibilité de délégation (article27 et 30)
;
- la suppression de l'article 40 (qui encadre à outrance le pouvoir budgétaire) et son remplacement par une disposition (Constitution budgétaire) qui concerne désormais l'exécutif et le législatif et qui vise à l'adoption de budgets dans lesquels les dépenses de fonctionnement ne pourront dépasser les recettes (article 58)
;
- d'introduire un délai raisonnable (trois mois) entre l'adoption en Conseil des ministres d'un projet de loi et son examen en séance publique afin de permettre le débat public et de rompre avec les lois de circonstance (article 49)
;
- de redonner au Parlement une maîtrise essentielle de son ordre du jour (article 60)
;
- de supprimer les articles 49-3 (adoption d'un texte sans vote) et 44-3 (vote sur l'ensemble d'un texte sans vote sur les amendements) ;
- de supprimer la procédure des ordonnances ;
- d'ouvrir aux présidents des groupes politiques la saisine de la Cour constitutionnelle sur la constitutionnalité des lois ou l'interprétation du Règlement des Assemblées (articles 37 et 67) ;

S'agissant des pouvoirs de contrôle, ce projet introduit deux dispositions : la création d'une commission commune Assemblée-Sénat, chargée du suivi de l'application des lois et la création de commissions d'enquête « de droit » pour les groupes minoritaires (articles 53 et 54) ; 

 Un pouvoir judiciaire réellement indépendant

- renforcement des compétences et du statut du Garde des Sceaux dont la nomination doit être confirmée à la majorité des 2/3 du Parlement (articles 38 et 39) ;
- réforme du Conseil supérieur de la Magistrature, désormais présidé par le Garde des Sceaux :
deux formations (l'une pour le parquet, l'une pour le siège) composées de magistrats et d'un conseiller d'Etat et de six personnalités (article 40) ;
 

 Une impartialité de l'Etat renforcée

- confirmation à la majorité des 2/3du Parlement des nominations des membres des autorités indépendantes ; des membres du Conseil supérieur de la magistrature et des membres de la Cour constitutionnelle (articles 40, 43 et 64). Le Président de la Cour constitutionnelle sera autorisé à sortir de son devoir de réserve, en cas de manquement manifeste à la Constitution, par l'un des pouvoirs constitués (article 69).

Fin de citation.

Pour compléter votre information, vous trouverez le texte complet sur l'article suivant.

 

 

Samedi 14 octobre 2006 6 14 /10 /Oct /2006 09:00
- Publié dans : François Bayrou - Par Jacques Heurtault
Donnez votre point de vue ...

Ayant eu quelques difficultés pour "repiquer" le texte du projet de Constitution de l'UDF, je le réédite sous un autre article.

Début de citation :

PRÉAMBULE

Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004.

Article premier
La France est une République indivisible. Elle participe à la construction de l'Europe et contribue aux efforts des Nations unies en faveur de la paix et du développement.
La République est décentralisée, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction. Elle respecte toutes les croyances. Elle assure le respect de la vie privée et la dignité de la personne. Elle garantit l’exercice des libertés locales et contribue à l’équité et à l’équilibre financier entre les territoires. Elle garantit l’exercice de la démocratie sociale.

TITRE PREMIER - De la Souveraineté

Article 2
La langue de la République est le français, dans le respect des langues régionales qui font partie de son patrimoine.
L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L'hymne national est la « Marseillaise ».
La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Article 3
La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.
Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s'en attribuer l'exercice.
Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. Il est toujours universel, égal et secret. Les modes de scrutin assurent la représentation pluraliste des opinions et des territoires.
Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les citoyens de nationalité française, majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.
La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives.

Article 4
Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils respectent les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ainsi que les lois de la République.
Ils contribuent à la mise en oeuvre du principe énoncé au dernier alinéa de l'article 3 dans les conditions déterminées par la loi.
L’Etat assure et garantit, dans le respect du pluralisme et de la séparation des pouvoirs, le financement des campagnes électorales et des activités des partis et groupements politiques. Il assure le respect des principes d’égalité et de libre information des citoyens dans les consultations électorales.

TITRE II – Du Pouvoir exécutif

Article 5
Le Président de la République veille au respect de la Constitution et assure la continuité de l'Etat.
Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
Il détermine et conduit la politique de la Nation.

Article 6
Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il ne peut exercer plus de deux mandats successifs.
Les modalités d'application du présent article sont fixées par une loi organique.

Article 7
Le Président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n'est pas obtenue au premier tour de scrutin, il est procédé le quatorzième jour suivant, à un second tour. Seuls peuvent s'y présenter les deux candidats qui, le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés, se trouvent avoir recueilli le plus grand nombre de suffrages au premier tour.
Le scrutin est ouvert sur convocation du Gouvernement.
L'élection du nouveau Président a lieu vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus avant l'expiration des pouvoirs du Président en exercice.
En cas de vacance de la Présidence de la République pour quelque cause que ce soit, ou d'empêchement constaté par la Cour constitutionnelle saisie par le Gouvernement et statuant à la majorité absolue de ses membres, les fonctions du Président de la République, à l'exception de celles prévues aux articles 11 et 12 ci-dessous, sont provisoirement exercées par le Premier ministre et, si celui-ci est à son tour empêché d'exercer ces fonctions, par le Gouvernement.
En cas de vacance ou lorsque l'empêchement est déclaré définitif par la Cour constitutionnelle, le scrutin pour l'élection du nouveau Président a lieu, sauf cas de force majeure constaté par la Cour constitutionnelle, vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus après l'ouverture de la vacance ou la déclaration du caractère définitif de l'empêchement.
Si, dans les sept jours précédant la date limite du dépôt des présentations de candidatures, une des personnes ayant, moins de trente jours avant cette date, annoncé publiquement sa décision d'être candidate décède ou se trouve empêchée, la Cour constitutionnelle peut décider de reporter l'élection.
Si, avant le premier tour, un des candidats décède ou se trouve empêché, la Cour constitutionnelle prononce le report de l'élection.
En cas de décès ou d'empêchement de l'un des deux candidats les plus favorisés au premier tour avant les retraits éventuels, la Cour constitutionnelle déclare qu'il doit être procédé de nouveau à l'ensemble des opérations électorales ; il en est de même en cas de décès ou d'empêchement de l'un des deux candidats restés en présence en vue du second tour.
Dans tous les cas, la Cour constitutionnelle est saisie dans les conditions fixées au deuxième alinéa de l'article 67 ci-dessous ou dans celles déterminées pour la présentation d'un candidat par la loi organique prévue à l'article 6 ci-dessus.
La Cour constitutionnelle peut proroger les délais prévus aux troisième et cinquième alinéas sans que le scrutin puisse avoir lieu plus de trente-cinq jours après la date de la décision de la Cour constitutionnelle. Si l'application des dispositions du présent alinéa a eu pour effet de reporter l'élection à une date postérieure à l'expiration des pouvoirs du Président en exercice, celui-ci demeure en fonction jusqu'à la proclamation de son successeur.
Il ne peut être fait application ni des articles 61 et 62 ni de l'article 95 de la Constitution durant la vacance de la Présidence de la République ou durant la période qui s'écoule entre la déclaration du caractère définitif de l'empêchement du Président de la République et l'élection de son successeur.

Article 8
Le Président de la République nomme le Premier ministre et les autres membres du Gouvernement dont le nombre ne peut excéder vingt. Il met fin à leurs fonctions.

Article 9
Le Président de la République préside le Conseil des ministres.

Article 10
Le Président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée.
Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée.


Article 11
Le Président de la République ou les assemblées réunies en Congrès, à la majorité absolue de ses membres, peuvent soumettre tout projet ou proposition de loi à référendum.
Un référendum peut être organisé à l'initiative d'un vingtième des électeurs inscrits sur les listes électorales.
Les pétitions des électeurs sont adressées à la Cour constitutionnelle. La Cour vérifie leur nombre et leur validité. Elle transmet la proposition de pétition au Président de la République, qui la soumet à référendum.
Le projet ou la proposition ne peuvent être soumis au référendum qu'après constatation par la Cour constitutionnelle de sa conformité à la Constitution et aux traités ratifiés par la France.
Lorsque le référendum a conclu à l'adoption du projet ou de la proposition de loi, le Président de la République promulgue la loi dans les quinze jours qui suivent la proclamation des résultats de la consultation.

Article 12
Les pouvoirs de l’Assemblée nationale prennent fin dans le mois qui suit l’élection du Président de la République.
Après consultation des Présidents des assemblées parlementaires et du Conseil constitutionnel dont l’avis est rendu public, le Président de la République, garant du fonctionnement régulier des pouvoirs publics peut prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale.
Les élections générales ont lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus après la dissolution.
L'Assemblée nationale se réunit de plein droit le deuxième jeudi qui suit son élection. Si cette réunion a lieu en dehors de la période prévue pour la session ordinaire, une session est ouverte de droit pour une durée de quinze jours.

Article 13
Le Président de la République signe les décrets délibérés en Conseil des ministres.
Les décrets délibérés en Conseil des ministres ne peuvent être abrogés ou modifiés que par des décrets pris dans les mêmes formes lorsque cette délibération est exigée par une disposition constitutionnelle ou législative.
Le Président de la République nomme en conseil des ministres le grand chancelier de la Légion d'honneur, les chefs d’état-major des trois armes, les ambassadeurs et envoyés extraordinaires, les préfets et les représentants de l'Etat dans les collectivités d'outre-mer régies par l'article 84 et en Nouvelle-Calédonie.
Une loi organique détermine les autres emplois auxquels nomme le Président de la République.

Article 14
Le Président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères. Les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui.

Article 15
Le Président de la République est le chef des armées. Il nomme les officiers généraux des armées de terre, de mer et d’air. Il peut déléguer son pouvoir de nomination au Premier ministre dans les conditions fixées par la loi.
Le Président de la République préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale.

Article 16
Le Président de la République a le droit de faire grâce.

Article 17
Le Président de la République prononce, chaque année, un message sur l’état de la France devant les assemblées réunies en Congrès. Ce message est suivi d’un débat.
A sa demande, il est entendu, à tout moment, par le Parlement réuni en Congrès. Cette intervention est suivie d’un débat.

Article 18
Les actes du Président de la République autres que ceux prévus aux articles 8, 11, 12, 17, 64, 67, 91, sont contresignés par le Premier ministre et, le cas échéant, par les ministres responsables.

Article 19
Le Gouvernement met en œuvre la politique de la Nation.
Le Premier ministre coordonne son action.
Il assure l'exécution des lois. Sous réserve des dispositions de l'article 13, il exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils et militaires.
Il peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres.
Il supplée, le cas échéant, le Président de la République dans la présidence des conseils et comités prévus à l'article 15.
Il peut, à titre exceptionnel, le suppléer pour la présidence d'un Conseil des ministres en vertu d'une délégation expresse et pour un ordre du jour déterminé.
Le Gouvernement dirige l’administration et la force armée. Il est responsable devant l’Assemblée nationale dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 61 et 62.

Article 20
Les actes du Premier ministre sont contresignés, le cas échéant, par les ministres chargés de leur exécution.

Article 21
Les fonctions de membre du Gouvernement sont incompatibles avec l'exercice de tout mandat parlementaire ou local, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle.
Une loi organique fixe les conditions dans lesquelles est organisée la suppléance temporaire des mandats électifs.

Article 22
Il est institué une Haute Cour de justice.
Elle est composée de membres élus, en leur sein et en nombre égal, par l'Assemblée nationale et par le Sénat après chaque renouvellement général ou partiel de ces assemblées.
Une loi organique fixe la composition de la Haute Cour, les règles de son fonctionnement ainsi que la procédure applicable devant elle.

Art. 23
Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs incompatible avec l'exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.
La proposition de réunion de la Haute Cour adoptée par une des assemblées du Parlement est aussitôt transmise à l'autre qui se prononce dans les quinze jours.
La décision de réunir la Haute Cour emporte empêchement du Président de la République dont les fonctions sont exercées dans les conditions prévues au quatrième alinéa de l'article 7. Cet empêchement prend fin au plus tard à l'expiration du délai prévu à l'alinéa suivant.
La Haute Cour est présidée par le Président de l'Assemblée nationale. Elle statue dans les deux mois, à bulletins secrets, sur la destitution. Sa décision est d'effet immédiat.

Article 24
Les membres du Gouvernement sont pénalement responsables des actes accomplis dans l'exercice de leurs fonctions et qualifiés crimes ou délits au moment où ils ont été commis.
Ils sont jugés par la Cour de justice de la République.
La Cour de justice de la République est liée par la définition des crimes et délits ainsi que par la détermination des peines telles qu'elles résultent de la loi.

Article 25
La Cour de justice de la République comprend quinze juges : douze parlementaires élus, en leur sein et en nombre égal, par l'Assemblée nationale et par le Sénat après chaque renouvellement général ou partiel de ces assemblées et trois magistrats du siège à la Cour de cassation, dont l'un préside la Cour de justice de la République.
Toute personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit commis par un membre du Gouvernement dans l'exercice de ses fonctions peut porter plainte auprès d'une commission des requêtes.
Cette commission ordonne soit le classement de la procédure, soit sa transmission au procureur général près la Cour de cassation aux fins de saisine de la Cour de justice de la République.
Le procureur général près la Cour de cassation peut aussi saisir d'office la Cour de justice de la République sur avis conforme de la commission des requêtes.
Une loi organique détermine les conditions d'application du présent article.

Article 26
Les dispositions des articles 24 et 25 sont applicables aux faits commis avant leur entrée en vigueur.



TITRE III – Du Pouvoir législatif

Article 27
Le Parlement comprend l'Assemblée nationale et le Sénat.
Les députés à l'Assemblée nationale sont élus au suffrage direct. Le mandat de député est incompatible avec l’exercice de tout autre mandat électif.
Le Sénat est élu au suffrage indirect. Il assure la représentation des collectivités territoriales de la République et des Français établis hors de France.

Article 28
Une loi organique fixe la durée des pouvoirs de chaque assemblée, le nombre de ses membres, leur indemnité, les conditions d'éligibilité, le régime des inéligibilités et des incompatibilités.
Elle fixe également les conditions dans lesquelles sont élues les personnes appelées à assurer le remplacement des députés et des sénateurs, en cas de vacance du siège, jusqu'au renouvellement total ou partiel de l'Assemblée à laquelle ils appartenaient, ou leur remplacement temporaire en cas d'acceptation par eux de fonctions gouvernementales.

Article 29
Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l'occasion des opinions ou votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.
Aucun membre du Parlement ne peut faire l'objet, en matière criminelle ou correctionnelle, d'une arrestation ou de toute autre mesure privative ou restrictive de liberté qu'avec l'autorisation du Bureau de l'assemblée dont il fait partie. Cette autorisation n'est pas requise en cas de crime ou délit flagrant ou de condamnation définitive.
La détention, les mesures privatives ou restrictives de liberté ou la poursuite d'un membre du Parlement sont suspendues pour la durée de la session si l'assemblée dont il fait partie le requiert.
L'assemblée intéressée est réunie de plein droit pour des séances supplémentaires pour permettre, le cas échéant, l'application de l'alinéa ci-dessus.

Article 30
Tout mandat impératif est nul.
Le droit de vote des membres du Parlement est personnel et ne peut être délégué.

Article 31
Le Parlement se réunit de plein droit en une session ordinaire qui commence le premier jour ouvrable d'octobre et prend fin le dernier jour ouvrable de juin.
Les semaines de séance sont fixées par chaque assemblée.
Les jours et les horaires des séances sont déterminés par le règlement de chaque assemblée.

Article 32
Le Parlement est réuni en session extraordinaire à la demande du Premier ministre ou de la majorité des membres composant l'Assemblée nationale, sur un ordre du jour déterminé.
Lorsque la session extraordinaire est tenue à la demande des membres de l'Assemblée nationale, le décret de clôture intervient dès que le Parlement a épuisé l'ordre du jour pour lequel il a été convoqué et au plus tard douze jours à compter de sa réunion.

Article 33
Hors les cas dans lesquels le Parlement se réunit de plein droit, les sessions extraordinaires sont ouvertes et closes par décret du Président de la République.

Article 34
Les membres du Gouvernement ont accès aux deux assemblées. Ils sont entendus quand ils le demandent.
Ils peuvent se faire assister par des commissaires du Gouvernement.

Article 35
Le Président de l'Assemblée nationale est élu pour la durée de la législature. Le Président du Sénat est élu après chaque renouvellement partiel.

Article 36
Les séances des deux assemblées sont publiques. Le compte rendu intégral des débats est publié au Journal officiel.
Chaque assemblée peut siéger en comité secret à la demande du Premier Ministre ou d'un dixième de ses membres.

Article 37
Lorsqu’un Président de groupe parlementaire estime qu’une disposition du Règlement de l’Assemblée à laquelle il appartient a été méconnue, la Cour constitutionnelle, à sa demande, statue dans un délai de huit jours.

TITRE IV – Du Pouvoir judiciaire

Article 38
Le Garde des Sceaux assure l’indépendance du pouvoir judiciaire. Il est assisté par le Conseil supérieur de la magistrature.
Il met en œuvre la politique pénale proposée par le Gouvernement et approuvée par le Parlement.
Il est responsable devant le Parlement.
Il présente chaque année au Parlement un rapport sur la justice, qui est suivi d’un débat et d’un vote.
Il peut participer au Conseil des ministres, à sa demande ou à la demande du Premier ministre.

Article 39
Sur proposition du Président de la République, le Garde des Sceaux est investi par le Parlement à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés.
Une loi organique porte statut des magistrats et définit les modalités de leur indépendance.
Les magistrats du siège sont inamovibles.

Article 40
Le Conseil supérieur de la magistrature est présidé par le Garde des Sceaux.
Il comprend deux formations, l’une compétente à l’égard des magistrats du siège, l’autre à l’égard des magistrats du parquet.
La formation compétente à l’égard du siège comprend, outre le Garde des Sceaux, cinq magistrats du siège et un magistrat du parquet, un conseiller d’Etat désigné par le Conseil d’Etat et six personnalités n’appartenant ni au Parlement ni à l’ordre judiciaire, désignées, respectivement, à raison de deux, par chacune des autorités suivantes :
-    le Président de la République,
-    le Président de l’Assemblée nationale,
-    le Président du Sénat.
La nomination de ces six personnalités est confirmée par le Parlement à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés.
La formation compétente à l’égard des magistrats du Parquet comprend, outre le Garde des Sceaux, cinq magistrats du parquet et un magistrat du siège et les six personnalités mentionnées à l’alinéa précédent.
Les magistrats sont nommés sur avis conforme de chacune de ces formations.
Lorsqu’elles statuent comme conseil de discipline, elles sont présidées, respectivement, par le Premier président de la Cour de Cassation et par le Procureur général près de la même Cour.
Une loi organique détermine les conditions d'application du présent article.

Article 41
Nul ne peut être arbitrairement détenu.
Le pouvoir judicaire, gardien de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi.

TITRE V - Des rapports entre les Pouvoirs

Article 42
La loi fixe les règles concernant :
   - les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques; les sujétions imposées par la Défense nationale aux citoyens en leur personne et en leurs biens ;
- la nationalité, l'état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités ;
- la détermination des crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicables; la procédure pénale; l'amnistie; la création de nouveaux ordres de juridiction et le statut des magistrats ;
-  l'assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toutes natures; le régime d'émission de la monnaie ;
- la composition et les missions des autorités administratives indépendantes ;
- le régime électoral des assemblées parlementaires et des assemblées locales ;
- la création de catégories d'établissements publics ;
- les garanties fondamentales accordées aux fonctionnaires civils et militaires de l'État ;
- les nationalisations d'entreprises et les transferts de propriété d'entreprises du secteur public au secteur privé.
-  l'organisation générale de la Défense nationale ;
-  la libre administration des collectivités territoriales, de leurs compétences et de leurs ressources ;
-  l'enseignement ;
-  la préservation de l’environnement ;
-  le régime de la propriété, des droits réels et des obligations civiles et commerciales ;
-  le droit du travail, du droit syndical et de la sécurité sociale.
Les lois de finances déterminent les ressources et les charges de l'État dans les conditions définies à l’article 58.
Les lois de financement de la sécurité sociale déterminent les conditions générales de son équilibre financier et, compte tenu de leurs prévisions de recettes, fixent ses objectifs de dépenses, dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique.
Les lois relatives à la libre administration des collectivités territoriales garantissent leur autonomie financière et fiscale.
Des lois de programme déterminent les objectifs de l'action économique et sociale de l'État.
Les dispositions du présent article pourront être précisées et complétées par une loi organique.

Article 43
Sur proposition du Président de la République, les membres des autorités administratives indépendantes sont désignés par le Parlement à la majorité des deux tiers  des suffrages exprimés.

Article 44
La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement.

Article 45
L’engagement des forces armées sur un terrain extérieur, en l'absence de déclaration de guerre, ou lors d'une opération de maintien de la paix décidée par l'Organisation des Nations unies, fait l’objet d’une information du Parlement dans les conditions prévues par une loi organique.

Article 46
L'état de siège est décrété en Conseil des ministres.
Sa prorogation au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par le Parlement. Hors session, le Parlement est réuni spécialement à cet effet.

Article 47
Les matières autres que celles qui sont du domaine de la loi ont un caractère réglementaire.
Les textes de forme législative intervenus en ces matières peuvent être modifiés par décrets pris après avis du Conseil d'État transmis aux Assemblées. Ceux de ces textes qui interviendraient après l'entrée en vigueur de la présente Constitution ne pourront être modifiés par décret que si la Cour constitutionnelle a déclaré qu'ils ont un caractère réglementaire en vertu de l'alinéa précédent.

Article 48
La loi et le règlement peuvent comporter, pour un objet et une durée limités, des dispositions à caractère expérimental.

Article 49
L'initiative des lois appartient concurremment au Premier ministre et aux membres du Parlement.
Les projets de loi sont délibérés en Conseil des ministres après avis du Conseil d'État et déposés sur le bureau de l'une des deux assemblées. L’avis du Conseil d’Etat est transmis aux assemblées. Les projets de loi de finances et de loi de financement de la sécurité sociale sont soumis en premier lieu à l'Assemblée nationale.
Les projets de loi ne peuvent être soumis à la délibération et au vote de la première assemblée saisie qu'à l'expiration d'un délai de trois mois après leur dépôt, sauf déclaration d’urgence.

Article 50
S'il apparaît au cours de la procédure législative qu'une disposition ou un amendement n'est pas du domaine de la loi, le Gouvernement ou le Président de l’Assemblée intéressée, peut opposer l'irrecevabilité. En cas de désaccord entre le Gouvernement et le Président de l'assemblée intéressée, la Cour constitutionnelle, à la demande de l'un ou de l'autre, statue dans un délai de huit jours.

Article 51
La discussion des projets de loi porte, devant la première assemblée saisie, sur le texte adopté par la commission saisie au fond.
Une assemblée saisie d'un texte voté par l'autre assemblée délibère sur le texte qui lui est transmis.

Article 52
Les projets et propositions de loi sont, à la demande du Gouvernement ou de l'assemblée qui en est saisie, envoyés pour examen à des commissions spécialement désignées à cet effet.
Les projets et propositions pour lesquels une telle demande n'a pas été faite sont envoyés à l'une des commissions permanentes dont le nombre est limité à huit dans chaque assemblée.

Article 53
Une commission composée à parité de membres de l’Assemblée nationale et du Sénat est spécialement chargée du suivi de l’application des lois.

Art. 54
Chaque assemblée peut créer des commissions d'enquête destinées à recueillir des éléments d'information sur des faits déterminés, sur la gestion des services publics ou des entreprises nationales ou sur l'évaluation des politiques publiques. Ces commissions ne peuvent se prononcer sur des responsabilités personnelles encourues à l'occasion de faits donnant lieu à des poursuites judiciaires. La création d’une commission d’enquête est de droit lorsqu’elle a recueilli la signature d’un tiers des membres de l’une ou de l’autre des assemblées. Un député ou un sénateur ne peut être signataire de plus de trois propositions de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête au cours d’une même session ordinaire.
Lorsque les commissions d'enquête le demandent, leurs conclusions font l'objet d'un débat en séance publique, en présence du Gouvernement. Si le Parlement n'est pas en session, ce débat a lieu à l'ouverture de la session qui suit le dépôt du rapport.
Une loi organique fixe les modalités de création des commissions d'enquête et détermine leurs règles de fonctionnement, leurs pouvoirs d'investigation ainsi que les conditions dans lesquelles peut être créée une commission d'enquête commune à l'Assemblée nationale et au Sénat. Elle garantit les droits des personnes et le respect des procédures judiciaires.

Article 55
Les membres du Parlement et le Gouvernement ont le droit d'amendement.
Après l'ouverture du débat, le Gouvernement peut s'opposer à l'examen de tout amendement qui n'a pas été antérieurement soumis à la commission.

Article 56
Tout projet ou proposition de loi est examiné successivement dans les deux assemblées du Parlement en vue de l'adoption d'un texte identique.
Lorsque, par suite d'un désaccord entre les deux assemblées, un projet ou une proposition de loi n'a pu être adopté après deux lectures par chaque assemblée ou, si le Gouvernement a déclaré l'urgence, après une seule lecture par chacune d'entre elles, le Premier ministre ou, conjointement, les présidents des deux assemblées ont la faculté de provoquer la réunion d'une commission mixte paritaire chargée de proposer un texte sur les dispositions restant en discussion.
Si la commission mixte ne parvient pas à l'adoption d'un texte commun, l’Assemblée nationale peut statuer définitivement, après une nouvelle lecture par chaque assemblée. 

Article 57
Les lois auxquelles la Constitution confère le caractère de lois organiques sont votées et modifiées dans les conditions suivantes.
La procédure de l'article 56 est applicable. Toutefois, faute d'accord entre les deux assemblées, le texte ne peut être adopté par l'Assemblée nationale en dernière lecture qu'à la majorité absolue de ses membres.
Les lois organiques relatives au Sénat doivent être votées dans les mêmes termes par les deux assemblées.
Les lois organiques ne peuvent être promulguées qu'après déclaration par la Cour constitutionnelle de leur conformité à la Constitution.
Article 58
Le Parlement vote les projets de loi de finances dans les conditions prévues par une loi organique.
Les lois de finances déterminent pour un exercice, la nature, le montant et l'affectation des ressources et des charges de l'Etat, ainsi que l'équilibre budgétaire et financier qui en résulte. Le montant des dépenses ne peut excéder le montant des recettes, hors dépenses d'investissement.
Si l'Assemblée nationale ne s'est pas prononcée en première lecture dans le délai de quarante jours après le dépôt d'un projet, le Gouvernement saisit le Sénat qui doit statuer dans un délai de quinze jours. Il est ensuite procédé dans les conditions prévues à l'article 56.
Si la loi de finances fixant les ressources et les charges d'un exercice n'a pas été adoptée en temps utile pour être promulguée avant le début de cet exercice, le Gouvernement demande d'urgence au Parlement l'autorisation de percevoir les impôts et ouvre par décret les crédits se rapportant aux services votés.
Les délais prévus au présent article sont suspendus lorsque le Parlement n'est pas en session.
La Cour des comptes assiste le Parlement et le Gouvernement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances. Elle leur fournit un rapport sur le respect du principe de l’autonomie financière et fiscale des collectivités territoriales.

Article 59
Le Parlement vote les projets de loi de financement de la sécurité sociale dans les conditions prévues par une loi organique.

Article 60
Les assemblées parlementaires fixent leur ordre du jour. Trois séances par semaine sont réservées à la discussion des projets de loi déposés par le Gouvernement.

Article 61
Dans le mois qui suit sa nomination, le Premier ministre engage la responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée nationale. Hors session, le Parlement est réuni spécialement à cet effet. En cas de dissolution de l'Assemblée nationale, le délai court à compter de l'installation de la nouvelle Assemblée.
Le Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, peut engager devant l'Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur sa politique.
L'Assemblée nationale met en cause la responsabilité du Gouvernement par le vote d'une motion de censure. Une telle motion n'est recevable que si elle est signée par un dixième au moins des membres de l'Assemblée nationale. Le vote ne peut avoir lieu que quarante-huit heures après son dépôt. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure qui ne peut être adoptée qu'à la majorité des membres composant l'Assemblée.
Le Premier ministre a la faculté de demander au Sénat l'approbation d'une déclaration de politique générale. 

Article 62
Lorsque l'Assemblée nationale adopte une motion de censure ou lorsqu'elle désapprouve la déclaration de politique générale du Gouvernement, le Président de la République met fin aux fonctions du Premier Ministre et des autres membres du gouvernement.

Article 63
La clôture de la session ordinaire ou des sessions extraordinaires est de droit retardée pour permettre, le cas échéant, l'application des dispositions de l'article 61. A cette même fin, des séances supplémentaires sont de droit.

TITRE VI- De la Cour constitutionnelle

Article 64
La Cour constitutionnelle comprend neuf membres, dont le mandat dure neuf ans et n'est pas renouvelable. La Cour constitutionnelle se renouvelle par tiers tous les trois ans. Trois des membres sont proposés par le Président de la République, trois par le Président de l'Assemblée nationale, trois par le Président du Sénat. Leur nomination est confirmée par le Parlement à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés.
Le Président est nommé par le Président de la République. Il a voix prépondérante en cas de partage.

Article 65
Les fonctions de membre de la Cour constitutionnelle sont incompatibles avec toute fonction élective. Les autres incompatibilités sont fixées par une loi organique.

Article 66
La Cour constitutionnelle veille à la régularité de l'élection du Président de la République.
Il examine les réclamations et proclame les résultats du scrutin.
Elle statue, en cas de contestation, sur la régularité de l'élection des députés et des sénateurs.
Elle veille à la régularité des opérations de référendum prévues aux articles 11, 75 et 95. Il en proclame les résultats.

Article 67
Les lois organiques, les lois relatives à la libre administration des collectivités territoriales, avant leur promulgation, et les règlements des assemblées parlementaires, avant leur mise en application, doivent être soumis à la Cour constitutionnelle qui se prononce sur leur conformité à la Constitution.
Aux mêmes fins, les lois peuvent être déférées à la Cour constitutionnelle, avant leur promulgation, par le Président de la République, le Premier ministre, le Président de l'Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés, soixante sénateurs ou un Président de groupe parlementaire.
Dans les cas prévus aux deux alinéas précédents, la Cour constitutionnelle doit statuer dans le délai d'un mois. Toutefois, à la demande du Gouvernement, s'il y a urgence, ce délai est ramené à huit jours.
Dans ces mêmes cas, la saisine de la Cour constitutionnelle suspend le délai de promulgation.

Article 68
La Cour constitutionnelle statue sur les recours formés par toute personne physique qui estime qu’une loi est contraire à ses droits fondamentaux. Une loi organique précise les conditions d’application du présent article, et fixe particulier les modalités de saisine de la Cour constitutionnelle et d’examen préalable de la validité des recours.

Article 69
Une loi organique détermine les règles d'organisation et de fonctionnement de la Cour constitutionnelle. Elle précise les conditions dans lesquelles le Président de la Cour constitutionnelle est autorisé à communiquer publiquement lorsqu’une autorité constituée fait, dans l’exercice de ses fonctions, des déclarations manifestement contraires à la Constitution.

Article 70
Les décisions de la Cour constitutionnelle ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles.

TITRE VII - De l'Union européenne

Article 71
La République participe à l'Union européenne, constituée d'États qui ont choisi librement, en vertu des traités qui les ont instituées, d'exercer en commun certaines de leurs compétences.

Article 72
Sous réserve de réciprocité et selon les modalités prévues par les traités sur l'Union européenne la France consent aux transferts de compétences nécessaires à l'établissement de l'Union.

Article 73
Sous réserve de réciprocité et selon les modalités prévues par les traités sur l'Union européenne, le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales peut être accordé aux seuls citoyens de l'Union résidant en France. Ces citoyens ne peuvent exercer les fonctions de maire ou d'adjoint ni participer à la désignation des électeurs sénatoriaux et à l'élection des sénateurs. Une loi organique votée dans les mêmes termes par les deux assemblées détermine les conditions d'application du présent article.

Article 74
Le Gouvernement soumet à l'Assemblée nationale et au Sénat, dès leur transmission au Conseil de l'Union européenne, les projets ou propositions d'actes de l'Union européenne comportant des dispositions de nature législative. Il peut également leur soumettre les autres projets ou propositions d'actes ainsi que tout document émanant d'une institution de l'Union européenne. L’audition du ministre en charge des questions européennes par les assemblées est de droit.
Selon des modalités fixées par le règlement de chaque assemblée, des résolutions peuvent être votées, le cas échéant en dehors des sessions, sur les projets, propositions ou documents mentionnés à l'alinéa précédent.
Article 75
Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un Etat à l’Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République.

TITRE VIII - Des Corps constitués

Article 76
Le Conseil économique et social, saisi par le Gouvernement, donne son avis sur les projets de loi, d'ordonnance ou de décret ainsi que sur les propositions de loi qui lui sont soumis.
Un membre du Conseil économique et social peut être désigné par celui-ci pour exposer devant les assemblées parlementaires l'avis du Conseil sur les projets ou propositions qui lui ont été soumis.
Le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat peuvent saisir le Conseil économique et social sur les projets de loi et les propositions de loi de caractère économique et social déposés sur le bureau de l’une des deux assemblées. Le Conseil économique et social dispose de 15 jours  pour donner son avis.

Article 77
Le Conseil économique et social peut également être consulté par le Gouvernement, le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat, sur tout problème de caractère économique et social. Tout plan, tout projet de loi de programme à caractère économique ou social, tout projet de loi de financement de la sécurité sociale lui est soumis pour avis par le Gouvernement.

Article 78
La composition du Conseil économique et social et ses règles de fonctionnement sont fixées par une loi organique.

Article 79
Le Médiateur de la République, autorité indépendante, examine, dans les conditions et selon les garanties fixées par la loi, les réclamations relatives au fonctionnement des administrations de l'Etat, des collectivités territoriales et de la sécurité sociale ainsi que de tous les organismes investis d'une mission de service public et propose des réformes qui lui paraissent opportunes.
Sur proposition du Président de la République il est désigné par le Parlement à la majorité des deux tiers de ses membres.

TITRE IX- Des collectivités territoriales

Article 80
Les collectivités territoriales de la République sont les communes, les départements, les régions et les collectivités d’outre-mer. Toute autre collectivité territoriale est créée par la loi.
Les collectivités s’administrent librement par des conseils élus et, dans les conditions prévues par la loi, selon le principe de subsidiarité. Dans leur domaine de compétence, elles mettent en œuvre les principes de la démocratie locale et assurent l’information des citoyens : elles peuvent soumettre à la consultation des électeurs des projets de délibération ; dans les conditions définies par la loi, les électeurs peuvent saisir l’une des collectivités territoriales visées au 1er alinéa en vue de l’organisation d’une consultation sur les affaires relevant de leur compétence.
Lorsqu'il est envisagé de créer une collectivité territoriale dotée d'un statut particulier ou de modifier son organisation, il peut être décidé par la loi de consulter les électeurs inscrits dans les collectivités intéressées. La modification des limites des collectivités territoriales peut également donner lieu à la consultation des électeurs dans les conditions prévues par la loi.
Les collectivités territoriales jouissent de l’autonomie financière et fiscale.
Tout transfert de compétences entre l'Etat et les collectivités territoriales s'accompagne de l'attribution de ressources équivalentes à celles qui étaient consacrées à leur exercice. Toute création ou extension de compétences ayant pour conséquence d'augmenter les dépenses des collectivités territoriales est accompagnée de ressources déterminées par la loi.
La loi prévoit des dispositifs de péréquation destinés à favoriser l'égalité entre les collectivités territoriales.
Elles disposent du droit à l’expérimentation dans les conditions fixées par une loi organique. Dans ce cadre, elles peuvent être habilitées par le législateur à fixer des règles adaptées aux spécificités locales, excepté lorsque l’exercice d’une liberté individuelle ou un droit fondamental est en cause.
Aucune collectivité territoriale ne peut exercer de tutelle sur une autre. Cependant, pour la conduite d’un projet commun, des collectivités peuvent décider de confier à l’une d’elles un rôle de pilote, impliquant la responsabilité des études, de l’information et de la réalisation.
Dans les collectivités territoriales, le préfet a la charge des intérêts nationaux et du respect des lois.

Article 81
La République reconnaît, au sein du peuple français, les populations d'outre-mer, dans un idéal commun de liberté, d'égalité et de fraternité.
La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, La Réunion, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française sont régis par l'article 83 pour les départements et les régions d'outre-mer et pour les collectivités territoriales créées en application du dernier alinéa de l'article 83, et par l'article 84 pour les autres collectivités.
Le statut de la Nouvelle-Calédonie est régi par le titre XIII.
La loi détermine le régime législatif et l'organisation particulière des Terres australes et antarctiques françaises.

Article 82
Aucun changement, pour tout ou partie de l'une des collectivités mentionnées au deuxième alinéa de l'article 81, de l'un vers l'autre des régimes prévus par les articles 83 et 84, ne peut intervenir sans que le consentement des électeurs de la collectivité ou de la partie de collectivité intéressée ait été préalablement recueilli dans les conditions prévues à l'alinéa suivant. Ce changement de régime est décidé par une loi organique.
Le Président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal officiel, peut décider de consulter les électeurs d'une collectivité territoriale située outre-mer sur une question relative à son organisation, à ses compétences ou à son régime législatif. Lorsque la consultation porte sur un changement prévu à l'alinéa précédent et est organisée sur proposition du Gouvernement, celui-ci fait, devant chaque assemblée, une déclaration qui est suivie d'un débat.

Article 83
Dans les départements et les régions d'outre-mer, les lois et règlements sont applicables de plein droit. Ils peuvent faire l'objet d'adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités.
Ces adaptations peuvent être décidées par ces collectivités dans les matières où s'exercent leurs compétences et si elles y ont été habilitées par la loi.
Par dérogation au premier alinéa et pour tenir compte de leurs spécificités, les collectivités régies par le présent article peuvent être habilitées par la loi à fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire, dans un nombre limité de matières pouvant relever du domaine de la loi.
Ces règles ne peuvent porter sur la nationalité, les droits civiques, les garanties des libertés publiques, l'état et la capacité des personnes, l'organisation de la justice, le droit pénal, la procédure pénale, la politique étrangère, la défense, la sécurité et l'ordre publics, la monnaie, le crédit et les changes, ainsi que le droit électoral. Cette énumération pourra être précisée et complétée par une loi organique.
La disposition prévue aux deux précédents alinéas n'est pas applicable au département et à la région de La Réunion.
Les habilitations prévues aux deuxième et troisième alinéas sont décidées, à la demande de la collectivité concernée, dans les conditions et sous les réserves prévues par une loi organique. Elles ne peuvent intervenir lorsque sont en cause les conditions essentielles d'exercice d'une liberté publique ou d'un droit constitutionnellement garanti.
La création par la loi d'une collectivité se substituant à un département et une région d'outre-mer ou l'institution d'une assemblée délibérante unique pour ces deux collectivités ne peut intervenir sans qu'ait été recueilli, selon les formes prévues au second alinéa de l'article 85, le consentement des électeurs inscrits dans le ressort de ces collectivités.

Article 84
Les collectivités d'outre-mer régies par le présent article ont un statut qui tient compte des intérêts propres de chacune d'elles au sein de la République.
Ce statut est défini par une loi organique, adoptée après avis de l'assemblée délibérante, qui fixe :
- les conditions dans lesquelles les lois et règlements y sont applicables ;
- les compétences de cette collectivité ; sous réserve de celles déjà exercées par elle, le transfert de compétences de l'Etat ne peut porter sur les matières énumérées au quatrième alinéa de l'article 86, précisées et complétées, le cas échéant, par la loi organique ;
- les règles d'organisation et de fonctionnement des institutions de la collectivité et le régime électoral de son assemblée délibérante ;
- les conditions dans lesquelles ses institutions sont consultées sur les projets et propositions de loi et les projets d'ordonnance ou de décret comportant des dispositions particulières à la collectivité, ainsi que sur la ratification ou l'approbation d'engagements internationaux conclus dans les matières relevant de sa compétence.
La loi organique peut également déterminer, pour celles de ces collectivités qui sont dotées de l'autonomie, les conditions dans lesquelles :
- le Conseil d'Etat exerce un contrôle juridictionnel spécifique sur certaines catégories d'actes de l'assemblée délibérante intervenant au titre des compétences qu'elle exerce dans le domaine de la loi ;
- l'assemblée délibérante peut modifier une loi promulguée postérieurement à l'entrée en vigueur du statut de la collectivité, lorsque la Cour constitutionnelle, saisi notamment par les autorités de la collectivité, a constaté que la loi était intervenue dans le domaine de compétence de cette collectivité ;
- des mesures justifiées par les nécessités locales peuvent être prises par la collectivité en faveur de sa population, en matière d'accès à l'emploi, de droit d'établissement pour l'exercice d'une activité professionnelle ou de protection du patrimoine foncier ;
- la collectivité peut participer, sous le contrôle de l'Etat, à l'exercice des compétences qu'il conserve, dans le respect des garanties accordées sur l'ensemble du territoire national pour l'exercice des libertés publiques.
Les autres modalités de l'organisation particulière des collectivités relevant du présent article sont définies et modifiées par la loi après consultation de leur assemblée délibérante.

Article 85
Dans les collectivités d'outre-mer visées à l'article 84 et en Nouvelle-Calédonie, le Gouvernement peut, dans les matières qui demeurent de la compétence de l'Etat, étendre par ordonnances, avec les adaptations nécessaires, les dispositions de nature législative en vigueur en métropole, sous réserve que la loi n'ait pas expressément exclu, pour les dispositions en cause, le recours à cette procédure.
Les ordonnances sont prises en conseil des ministres après avis des assemblées délibérantes intéressées et du Conseil d'Etat. Elles entrent en vigueur dès leur publication. Elles deviennent caduques en l'absence de ratification par le Parlement dans le délai de dix-huit mois suivant cette publication.

Article 86
Les citoyens de la République qui n'ont pas le statut civil de droit commun, seul visé à l'article 42, conservent leur statut personnel tant qu'ils n'y ont pas renoncé.

TITRE X – Des traités et accords internationaux

Article 87
Le Président de la République négocie et ratifie les traités.
Il est informé de toute négociation tendant à la conclusion d'un accord international non soumis à ratification.
Les assemblées parlemen

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Commentaires

Citations

 

Pas de manequins dans le Parti!
Que les bouches s'ouvrent!
 (Maurice Thorez)

Vingt fois sur le métier,
remettre son ouvrage!
 (Pénélope)

O! Tempora! O! Mores!
 (Cicéron)

 Panem et circenses!
 (Juvenal)

Ici et maintenant.
 (François Mitterrand)

La religion, c'est l'opium du peuple,
 c'est aussi son espérance.
 (Karl Marx)

L'incroyance est la ruine
 non seulement des individus,
 mais des sociétés.
 (Lammenais)

L'amour n'est qu'un plaisir,
l'honneur est un devoir.
 (Pierre Corneille)
(Le Cid)

 Combat terrible,
 au corps à corps,
 voilà déjà longtemps
 que leurs chevaux sont morts.
(Victor Hugo)

 L'humoriste, c'est un homme de bonne mauvaise humeur.
 (Jules Renard)

 La terre n'aime pas
 le sang et les ordures.
 (Agrippa d'Aubigné)

 Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet.
 (Georges Courteline)

 La France est un pays extrêmement fertile.
 On y plante des fonctionnaires
 et il y pousse des impôts.
 (Georges Clemenceau)

 Selon que vous serez
puissant ou misérable
les jugements de cour
vous feront blancs ou noirs.
 (Jean de La Fontaine)

 L'injustice est une mère qui n'est jamais stérile et qui produit des enfants dignes d'elle.
(Adolphe Thiers)

 Le journalisme est une grande catapulte
 mise en mouvement par de petites haines.
(Honoré de Balzac)

 La justice consiste à mesurer la peine et la faute, et l'extrême justice est une injure. (Montesquieu)

 Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.
 (Michel de Montaigne)

 Dans ces meubles laqués,
Rideaux et dais moroses,
 Danse, aime, bleu laquais,
Ris d'oser des mots roses.
 (Charles Cros)

 Dieu fit la liberté, l'homme a fait l'esclavage.
 (Marie-Joseph Chénier)

 O! liberté, que de crimes on commet en ton nom!
 (Madame Roland)
(Dernières paroles sur l'échafaud)

 Caesar pontem fecit.
 (Jules César)
(La guerre des Gaules)

 Pour arriver, il faut mettre de l'eau dans son vin, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de vin.
 (Jules Renard)
 (Ndr : C'est pour cela que je ne suis pas arriviste : j'aime le bon vin! Je préfère boire beaucoup de bon vin plutôt que peu de mauvais).

 Mon Dieu, le plus souvent
 l'apparence déçoit.
 Il ne faut pas toujours
 juger sur ce qu'on voit.
 (Molière)
(Le Tartuffe)

 L'Angleterre, cette colonie française qui a mal tourné.
 (Georges Clemenceau)

 Il faut aimer les gens, non pour soi, mais pour eux.
 (Colin d'Harleville)
(L'Optimiste)

 Une société d'athées inventerait aussitôt une religion.
 (Honoré de Balzac)

 Sans la liberté de blâmer,
 il n'est point d'éloge flatteur.
 (Beaumarchais)

 Si on batissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d'attente.
 (Jules Renard)

 Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.
 (François Rabelais)

Être contesté, c'est être constaté.
 (Victor Hugo)

 Dieu bénit l'homme, non pour avoir trouvé mais pour avoir cherché.
 (Victor Hugo)

 Le courage, c'est l'art d'avoir peur sans que cela paraisse.
 (Pierre Véron)

 La critique est aisée,
mais l'art est difficile.
 (Destouches)
(Le Glorieux)

 L'univers m'embarrasse
et je ne puis songer
 Que cette horloge existe
et n'ait pas d'horloger.
 (Voltaire)

 Aux vertus qu'on exige d'un domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets?
 (Beaumarchais)
(Le Barbier de Séville)

 C'est le devoir qui crée le droit et non le droit qui crée le devoir.
 (Chateaubriant)
(Mémoires d'outre-tombe)

 Les fous sont aux échecs
 les plus proches des rois.
 (Mathurin Régnier)

 Combien l'éducation durera-t-elle?
 Juste autant que la vie.
Quelle est la première partie de la politique?
 L'éducation.
La seconde?
 L'éducation.
Et la troisième?
 L'éducation.
(Jules Michelet)
(Le Peuple)

 Trop de bonté dans les parents cause la perte des enfants.
 (Charles Perrault)

 Il ne faut pas mépriser l'homme si l'on veut obtenir des autres et de soi de grands efforts.
 (Alexis de Tocqueville)

 C'est toujours par là que commencent les partisans de l'égalité : ils établissent les catégories et se mettent dans la première.
 (Boucher de Perthes)

 Les Français vont instinctivement au pouvoir;
ils n'aiment point la liberté;
l'égalité seule est leur idole.
Or l'égalité et le despotisme
ont des liaisons secrètes.
 (Chateaubriand)
(Mémoires d'outre-tombe)

 L'égalité entre les hommes est une règle qui ne compte que des exceptions.
 (Ernest Jaubert)

 Entre tous les ennemis, le plus dangereux esr celui dont on est l'ami.
 (Alphonse Karr)

 Si vous voulez vous faire des ennemis, surpassez vos amis; mais si vous voulez vous faire des alliés, laissez vos amis vous surpasser.
 (La Rochefoucauld)

 Quand on a le droit de se tromper impunément, on est toujours sûr de réussir.
 (Ernest Renan)

 La raison d'Etat est une raison mystérieuse inventée par la politique pour autoriser ce qui se fait sans raison.
 (Charles de Saint-Evremond)

 Les événements sont plus grands que ne le savent les hommes.
 (François Guizot)
(Essai sur l'Histoire de France)

 C'est faire le plus grand des excès que de n'en faire aucun.
 (Joseph Léonard)

 Le mot ne manque jamais
 quand on possède l'idée.
 (Gustave Flaubert)

 Les financiers ne font bien leurs affaires que lorsque l'Etat fait mal les siennes.
 (Talleyrand)

 Les fonctionnaires sont un peu comme les livres d'une bibliothèque : ce sont les plus haut placés qui servent le moins.
 (Georges Clemenceau)

 La France compte trente-six millions de sujets sans compter les sujets de mécontentement.
 (Henri Rochefort).

 C'est une grande habileté que de savoir cacher son habileté.
(La Rochefoucauld)

 La haine, c'est la colère des faibles.
 (Alphonse Daudet)
(Lettres de mon moulin)

 Le trop de promptitude
à l'erreur nous expose.
 (Pierre Corneille)

 On ne ment jamais autant
qu'avant les élections,
pendant la guerre
 et après la chasse.
(Georges Clemenceau)

 Il est difficile de vaincre ses passions, et impossible de les satisfaire.
 (Mme de la Sablière)

 J'aime les paysans, ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers. (Montesquieu)

 Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef.
 (Stéphane Mallarmé)

 Ce n'est point règner qu'être trois à règner.
 (Pierre Santucci)
(Commentaires sur le Consulat)

 Le silence des peuples
est la leçon des rois.
 (Mirabeau)

 Le capital, c'est du travail accumulé. Seulement, comme on ne peut pas tout faire à la fois, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent.
 (L. Barenton)

 La sagesse est le contrepoids nécessaire de la liberté.
 (Talleyrand)

 La liberté ne se reconnaît qu'à ses limites.
 (Louis Latzarus)

 Pour violer une règle,
il faut la connaître.
 (Paul Eluard)

 Il ne faut pas juger un homme d'après ses fréquentations; Judas avait des amis très corrects.
 (Ernest Hemingway)

 Le peuple ne veut pas qu'on lui donne;
 il veut prendre.
 (Henri de Montherlant)

 C'est avec des mots qu'on gouverne les hommes.
 (Disraëli)

 Les hommes sont toujours sincères ; ils changent de vérité, voilà tout.
 (Tristan Bernard)

 Il faut une bonne mémoire
 après qu'on a menti.
 (Pierre Corneille)

 Si le monde progresse par les extrêmes, il ne survit que par les centres.
 (Paul Valéry)

 Le talent est devenu le nom biblique de l'argent.
 (Hervé Bazin)

 L'Histoire est le produit le plus dangereux que l'intellect ait élaboré; elle justifie ce qu'on veut.
 (Jean-Marc Paulhan)

 Plus l'Etat se corrompt, plus les lois se multiplient.
 (Tacite)

 Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.
(La Rochefoucault)

 De tous les signes de la puissance, c'est la retenue qui impressionne le plus. (Thucidide)

 On voit que de tout temps,
 les petits ont pâti
 des sottises des grands.
 (Jean Racine)
(La Thébaïde)

 Le monde est un théatre, la vie une comédie : tu entres, tu vois, tu sors.
 (Démocrite)

 L'espace est la forme de notre puissance ... le temps celle de notre impuissance.
 (Jean d'Ormesson)

 Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
 (Montesquieu)

 La grande aventure et le grand risque, en ces temps désordonnés, c'est un jugement sain et qui s'exprime.
 (Henry de Montherlant)

 Triste époque que celle où il est plus difficile de briser un préjugé que l'atome.
 ( Albert Einstein)

 La France compte 36 millions de sujets ... sans compter les sujets de mécontentement. (Henri Rochefort)

 Il est des temps où on ne doit dépenser le mépris qu'avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.
 (Chateaubriand)
(Mémoires d'outre-tombe)

 La chose la plus importante à toute vie est le choix du métier : le hasard en dispose. (Blaise Pascal)
(Pensées)

 Un ministère qu'on soutient est un ministère qui tombe.
 (Talleyrand)

 La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne de la force et du relief.
 (La Rochefoucauld)
(Maximes)

 La fausse modestie consiste à se mettre sur le même rang que les autres pour mieux montrer qu'on les dépasse.
 (Sully Prud'homme)
(Pensées)

 La nécessité nous délivre de l'embarras du choix.
 (Vauvenargues)
(Réflexions et Maximes)

 Oui et Non sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer et ceux qui demandent le plus d'examen.
 (Talleyrand)

 C'est un grand avantage dans les affaires de la vie que de savoir prendre l'offensive : l'homme attaqué transige toujours.
 (Benjamin Constant)

 C'est mon opinion et je la partage.
 (Henri Monnier)
(Mémoires de Monsieur
 Joseph Prud'homme)

 L'opinion est si bien la reine du monde que quand la raison veut la combattre, la raison est condamnée à mort.
 (Voltaire)

 Si j'avance, suivez-moi;
 si je meurs, vengez-moi;
 si je recule, tuez-moi.
 (Henri de La Rochejaquelein)

 Il est difficile de vaincre ses passions, et impossible de les satisfaire.
 (Mme de la Sablière)

 La patience est le courage de la vertu.
 (Bernardin de Saint-Pierre)

 Ceux qui pieusement
sont morts pour la patrie
 Ont droit qu'à leur cercueil
 la foule vienne et prie.
 (Victor Hugo)
(Les Chants du crépuscule)

 La pensée n'est qu'un éclair dans la nuit. Mais cet éclair est tout.
 (Henri Poincaré)

 Te voilà donc redevenu homme puisque tu pleures.
 (Jules Verne)
(L'Ile mystérieuse)

 Il n'y a que deux puissances dans le monde : le sabre et l'esprit. J'entends par l'esprit les institutions civiles et religieuses. A la longue, le sabre est toujours battu par l'esprit.
(Napoléon)
(Le Mémorial de Sainte-Hélène)

 L'une des plus grandes sagesses en l'art militaire, c'est de ne pas pousser son ennemi au désespoir.
 (Michel de Montaigne)
(Essais)

 Il ne peut pas y avoir de science immorale pas plus qu'il ne peut y avoir de morale scientifique.
 (Henri Poincaré)

 La science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d'être des hommes. (Jean Rostand)

 Mon âme a son secret, ma vie a son mystère.
 (Félix Arvers)
(Mes heures perdues)

 La séduction suprême n'est pas d'exprimer ses sentiments, c'est de les faire soupçonner.
 (Barbey d'Aurevilly)

 (Ndr : Vous voyez bien que je suis tout le contraire d'un séducteur!).
 L'art de plaire est l'art de tromper.
 (Vauvenargues)
(Réflexions et Maximes)

 Servir! C'est la devise de ceux qui aiment commander.
 (Jean Giraudoux).
 

 

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